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Full text of "Revue des études juives 1881"

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in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



i://archive.org/details/revuedestudesjui03soci 




7S 



r -?. , 



REVUE 



DES 



ETUDES JUIVES 



VERSAILLES 

CERF ET FILS, IMPRIMEURS 
HUE DUPLESSIS, 59 



^ REVUE 




DES 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
DE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME TROISIEME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER Ac^ 4 * 

83 bis , RUE LAFAYETTE i , k 

1881 



** 

*$ 



lis 

101 

t. 5 



ETUDE SUR 



IV, LIVRE DE JOSEPH LE ZÉLATEUR 



RECUEIL DE CONTROVERSES RELIGIEUSES DU MOYEN AGE 



(SUITK KT FIN ') 



Avant de poursuivre le cours de ce travail, qu'il nous soit per- 
mis de présenter deux observations se rattachant à l'article pré- 
cédent et destinées à le compléter. 

La première se rapporte à l'origine probable de la relation de la 
discussion de 11. Iechiel avec Nicolas Donin, du célèbre Vih- 
houach. On a vu que M. Kisch attribue cette relation à R. Joseph 
i'offleial, le principal auteur du loseph Hamehatiè ; il se fonde 
sur le mot jna « Nathan » placé en vedette dans le petit poëme qui 
la termine et sur le mot iodk"i, où il voit l'anagramme de rpv ou 
NDpT 1 *. Mais il y a plus et mieux. Le poème se compose de dix vers, 
OÙ je relève les mots suivants, surmontés de points : 1° "r^àâ 
(bfct) au premier vers. Le mot doit se lire ^Qi$ « je bénirai », 
mais en même temps l !p3« J ce qui désigne évidemment Joseph, 
par allusion à Genèse xiv, 43; 2° le second vers commence par 
;ann) nnb = mn "p ; dans le même vers, il y a les mots frà 
nm) ; 3° dans le troisième vers se trouvent les mots $£ -iôêtài où 
se reconnaît facilement le nom de b&PO^DiN « officiai » ; enfin 
dans le huitième vers, il y a (133) prn. Le tout donne, sans le 
moindre doute : p7n bano^T» )rft :nn p ejD"p. 

Si le poëme fait réellement suite au Vikkouach, comme l'in- 
dique la place qu'il occupe dans le manuscrit de Paris, la conjec- 
ture de M. Kisch devient une certitude. Je ferai remarquer en 
outre que les huitième et neuvième vers paraissent faire mention 

1 Voir tome 1 er , pa^e 222. 

1 Monatêschrift, année 1874, p. 60 ; voir Vikkouach, édition Tuorn, p. 16. 
T. III. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du recueil qui fait l'objet de cette étude, car voici ce que nous y 
lisons : « Mon cœur, loue le Seigneur qui m'a soutenu jusqu'ici 
par sa grâce, et m'a accordé la laveur d'achever les répliques 
mawnîi trbffiîib mn nom mtt> ï*q iy iujn. » C'est le nom même 
que, d'après notre supposition antérieure, R. Joseph a donné à 
son propre recueil 1 . Il y aurait là un nouvel et important argu- 
ment à l'appui de nos conclusions précédentes suivant lesquelles 
la composition du Ioseph Hamehanë aurait eu lieu au plus tôt 
après 1240 «. 

Deuxième observation. — L'hypothèse émise tome I er , p. 235, 
que Todros de Narbonne, le chef de la famille de Nathan l'official 
et de Joseph le Zélateur est le même que Todros le Nassi, dont 
parle Benjamin de Tudèle, paraît confirmée par cette circonstance 
que le nom de Meschullam se rencontre à plusieurs reprises parmi 
les descendants du Nassi. Ainsi dans la première lutte que pro- 
voquèrent les écrits philosophiques de Maïmonide dans le Midi de 
la France (en 1235), nous voyons figurer Meschullam ben Kalony- 
mos ben Todros 3 . Kalonymos II, dont Benjamin de Tudèle fait un 
si grand éloge, vivait encore en 1195 4 . Il eut pour successeur son 
fils Meschullam, qui exerçait encore ses fonctions quarante ans 
plus tard. Si notre identification de Todros est exacte, les deux 
frères Kalonymos ben Todros et Nathan ben Todros auraient 
donc eu l'un et l'autre un fils du nom de Meschullam. 

Le même nom de Meschullam se retrouve encore dans la 
deuxième lutte contre les études philosophiques qui s'éleva en 
1305, et dont Maïmonide fit principalement les frais. Le promo- 
teur de la correspondance longue et passionnée qui fut échangée à 
cette occasion entre les chefs des communautés du Languedoc et 
du Nord de l'Espagne, Abba Mari, écrit au Nassi de Narbonne qui 
florissait en ces temps et qui s'appelait de nouveau Kalonymos 
ben Todros 5 : rrzyi yny w^n 'n -rm nuîi-f *pbtf nmb tièo TNtti 
-rrr 'îanŒ' 1 ûbnra 'n nrna ^nsurs mna "Wi to ismrttt « Lorsque 
je suis venu pour m'entretenir avec toi, maître élu du Seigneur, 
j'ai demandé ton avis et tu m'as promis ton concours dans la 
maison de notre parent le respectable R. Meschullam, où nous 
avons demeuré ensemble G ». Sans vouloir tirer des faits qui pré- 



1 Revue, t. I, p. 226 et 227. 
a Revue, t. I, p. 230-234. 

3 Geiger, Ozar Nechmad, 2 e année, p. 172. 

4 Saige, Les Juifs du Languedoc, p. 70. — Nous recommandons vivement à nos 
lecteurs cet excellent ouvrage, qui vient de paraître. 

5 Minhath Quenaoth, passim : Les Rabbins français, p. 679 et suiv. 

6 Minhath Qitenant/i, p. 120. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZÉLATEUR 3 

cèdent des conclusions arbitraires et forcées, n'est- il pas permis, 
du moins à titre de simple indice, de supposer que le R. Meschul- 
lam de notre manuscrit, celui qui résidait à Melun, appartenait 
également à la famille de Todros, le Nassi de Narbonne? 



s 5. — Rabbins cités dans le recueil. 



Nous allons donner maintenant la liste complète, par ordre 
alphabétique, de tous les autres rabbins cités dans notre recueil, 
en faisant suivre de quelques notes le nom des moins connus, et 
en nous contentant pour les autres d'une simple mention. 

R. Abigdor ben Isaac, prnF p "riwaa 'n. — Il rapporta à Joseph 
l'official une conversation qui eut lieu, en sa présence, entre le 
chancelier de Paris d'une part et R. lechiel et R. Isaac (son père 
sans doute) d'autre part, au sujet de l'accusation de sang qu'on 
commençait à diriger dès cette époque contre les Juifs (n° 36). Il a 
donc vécu dans la spconde moitié du xm e siècle, et, selon toute 
apparence, à Paris. 

Luzzatto raconte que, dans un commentaire manuscrit sur le 
Pentateuque, il a vu cité sur la marge R. Abigdor le Français 
■^nsnatïT). Le même est mentionné dans un manuscrit de la Biblio- 
thèque de Munich (n° 92), dont il résulterait que R. Abigdor s'est 
occupé de cabale. Nachmanide, dans une consultation adressée à 
la communauté de Béziers nomme R. Isaac et R. Abigdor l . Selon 
M. Zunz, le deuxième est probablement identique avec celui de 
notre manuscrit 2 . J'ajoute que le premier est peut-être son père. 
Le Mordechaï 3 cite également un R. Abigdor qui est, selon toute 
apparence, le nôtre. Il se peut que R. Isaac ben Abigdor qui est 
nommé dans le Minhat Quenaoth, et qui demeurait en 1305 à 
Lunel, soit son fils 4 . 

R. Abraham ben Isaac. pttar '-a dîna» 'n. — Il est cité deux 
fois par Joseph le Zélateur : 1° au n° 64 « R. Abraham ben Isaac m'a 
dit à Melun » ; 2° au n° 115, où Joseph rapporte de lui une inter- 
prétation curieuse d'un verset des Psaumes (lv, 17) : ^pmsN nnn 
^32 TST « que tes enfants prennent la place de tes parents ! » 
R. Abraham, lui, traduit : que tes enfants soient suivant tes désirs 

1 Grœtz. Geschirhtr, VII, p. 48. 
1 liitus. p. 194. 

3 Edition Riva di Trento, IV, n° 1017. 

4 Minhoth Quenaoth, p. 58 et 06. 



4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

(racine 3«n». M. Zunz ' pense avec raison que c'est le même qui 
est cite* dans nos Tossaphoth a . 

Dans Sihlbbolê h leket ,n° 95, f° 40 h) on lit : 'nn ûoa ^nKSfci 
b"T priar -«ai nan- p ûma«, ce qui est à rapprocher de notre ms. 
n° 115 : pn:r n'a'na orna» 'n — pnar 'n naasn p 3 . R. Abraham a 
vécu dans la deuxième moitié du xn. e siècle. Il était peut-être le 
Irère du précédent. 

K. Eliahou de Troyes, yn-ica» iïT»bn 'n. — Il est cité par Joseph 
le Zélateur comme un des polémistes auxquels il a emprunté 
quelques-uns de ses arguments 4 ; mais, chose bizarre, ce nom ne 
paraît pas une seule lois dans le corps de l'ouvrage ; il est d'ail- 
leurs totalement inconnu. 

R. Eliahou, nmbN 'n. — Auteur de la préface de notre recueil et 
sans doute d'un certain nombre d'addi lions au travail de Joseph :i . 

R. Iechiel de Paris, «"ne» hem* 'n. — Cité aux n os 36 et 59 c . Il 
ne peut y avoir de doute sur l'identité de ce personnage. Il s'agit 
bien certainement de R. Iechiel ben Joseph qui prit en 1240 une 
part si considérable à la dispiitalion religieuse provoquée par 
Nicolas Donin. Il fut longtemps à la tête de l'Académie juive de 
Paris, et son enseignement, renommé au loin, attira de nombreux 
disciples. Nos Tossaphot le mentionnent souvent. Il composa un 
ouvrage de casuistique religieuse 7 , et dut à sa science ainsi qu'à 
sa brillante défense du Talmud le surnom de ©"Hp?! « le Saint » s . 
Il fut exégète en même temps que talmudiste, et son nom se ren- 
contre fréquemment dans les recueils des commentateurs français 
tels que le Daath zehénim et le Paanêah raza. A la suite de la 
condamnation du Talmud et de l'auto-da-fé qui en fut la consé- 
quence, il quitta Paris et la France pour se rendre en Orient, et il 
mourut en 1268 à Kaïffa, où l'on montre son tombeau 9 . 

R. lomtob de Joigny b j Saint, *wxm aia dv 'n 'pr^. — Il est cité 
au n° 3, où on rapporte de lui une explication fort originale de la 
phrase de la Genèse (I, 26) qui était souvent exploitée par les 
théologiens chrétiens : iJÈbara ûtn niB25 d^nba -ittan « Dieu dit : 
faisons un homme à notre image » : aïs ùv 'n ann 'pn -nm ïrn'sn 

1 Zunz, Zur Crfschichte, p. 86. 
s Par ex. Maccoth, 18 b, v° 'JN'ET. 
3 Zunz, l. c, p. 48. 
« Revue, t. i, p. 229. 

5 L.c, p. 226. 

6 L.c, p. 232. 

7 "DITO "Pj^a Tlî'nDX) bfiOrp '") ; voir Gross, dans Monatsschrift, année 1869, 
p. 539. — Sur R. Iechiel. voir encore Carmoly, France Israélite, p. 69 et suiv. , 
Kisch, dans Monatsschrift, année 1874. p. 539. 

8 Kolbo, n° 22 ; cf. Zunz, Zur Geschichte. p. 326, et Kisch, l. c. 

9 Carmoly, L c, p. 74 ; Itinéraires de la Terre Hainte, p. 189, 254 et 449. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 5 

«sep Nb mura trust: baa "nn ">bN Nnp*« td^o niBN cj-isn ■qw» 
.irtr^b airo NStoP ï-rtmsa D^r 'i ans ^a d*û?n ,mai3 un ^a fiwa 
,ïW7Knrrn osaai a^ian KpJai b"Wi y^oai a^aujyai "ne rvcir y?a 
in rrona Tb , n «bi dth -rôma «)"i"ps inr^b iana atb rrab d^n rr«wai 
pi nyw pxe "na^tt rrn ht ^a *"3 ain 152N (»b) "p br rpr in mn 
a*r« ibv 1 ûiwa "îfcnba a™ tj^ïc dvtbK mx i3b d*wm nttôn mine 
,"pna to* icn cdsh pn û*tb3 ït'W wsîsi a*7N ">aab înrab i?:d "inri 
u R. Iomtob traduit le passage de la Genèse comme il suit : Dieu 
dit que nous (les hommes'] fassions des hommes à notre image, 
conformément à la loi générale qui est donnée, lors de la création, 
à tous les êtres, de se reproduire suivant leur espèce. » 

Il s'appelait Iomtob ben Isaac ». Il avait quitté Joigny et s'était 
fixé à York en Angleterre. En 1190, la population fanatisée se 
jeta sur les Juifs, qui se réfugièrent dans la forteresse. Après quel- 
ques jours de résistance, sur le conseil de R. Iomtob, la plupart 
des assiégés, se donnèrent volontairement la mort : les survivants 
furent massacrés par les assaillants. R. Iomtob fut au nombre des 
victimes ; de là son surnom de ©"Hp « saint » -. R. Iomtob est cité 
fréquemment dans nos Tossaphoth, notamment avec l'épithète 
de 'w-npr; 3 . 

R. Joseph Beehor-Schor, -rïta TO3 fc]OT 'n. — Cité aux n os 17. 84, 
107, 113. 1.18, 123, et principalement comme commentateur des 
Psaumes. Nous croyons devoir donner ici un extrait de notre ma- 
nuscrit relatif au fameux passage d'Isaïe ch. lu, qui commence 
par les mots i*na» b^W rrai et que l'Eglise applique au Christ 4 : 
p-nwN mma ^nw\ wira ns -Dan ,"nana b* it riens a^oia a^npnsn 
M -"w-id by a^tanb bia" 1 pria pe b"N -nia -naa rp"n 'n snn ^ab -ipv3 
b^w^ -:n ,^zij hpwb ppniïï nfc *pT« wo"* peiie mis -naa a-iri b"a 
p« "rTcr- -ms snp TE ,13* nniwN amp "jcto trib» &nn uni n^;' 
rtanœna nîm naftn iabaP3i "maa. « Les libertins rapportent ce cha- 
pitre au Christ. Un jour un apostat qui était fort lié avec R. Joseph 
Bechor-Schor vint le trouver et lui dit : Que pourrais-tu répliquer 
à ce chapitre? — Bechor-Schor lui répondit : « Fou que tu es, 
puissent tes oreilles se rendre compte des paroles que prononcent 



i Tebamoth. {• 44 «, Toss.. v° HftbN : pfi£i W3 3*1lÛ ET 'lu PCpP- 

8 Voir Emek Habbncha de Joseph Hacohen, p. 36 et fragments hébreux d'Ephraïm 
de Bonn, p. 10; (iraetz, Gesrhichte. p. 265 et note 9. 

» Jnma. 48 r/. v« 'pJHia et Keritout, 14 * ,• dans Yebamot, 57 J. v« -)E"lN ai on 
l'appelle **T\iJ2 310 DT 1 '"1 : d est cité aussi à diverses reprises dans le Mordechaï, 
par ex.. 1. n° 1524 : n"l 31373 "172813 "^T» 31Ï2 3"P '"1 0**33 TIMSÏ3. I' a donc 
été le disciple; de n"l- 

4 M. Neubauer a publié un recueil complet des commentaires, en grande partie 
inédits, auxquels ce passage adonné lieu dans le Judaïsme; voir The fitfty-third 
Chapter of Iaaiah. Oxford et Londres, 4876. 



6 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tes lèvres ! Mon serviteur prospérera, dit le prophète ; or, s'il 
s'agit là d'un Dieu, comment peut-on le nommer serviteur ? » — 
Aussitôt l'apostat déchira ses vêtements, se roula dans la cendre et 
lit pénitence. » 

Bechor-Schor était disciple de Raschbam et de Rabbénou Tarn, 
et vivait dans la seconde moitié du xn c siècle. Ses rares mérites 
comme exégète ont été mis en lumière par Geiger * . Les citations 
assez étendues que donne notre manuscrit de son commentaire 
sur les Psaumes, resté inconnu jusqu'à présent, ne font que con- 
firmer la haute opinion que la critique moderne a de sa méthode 
saine et rationnelle. 

Une thèse intéressante et extrêmement plausible, soutenue par 
MM. Gross et Berliner-, tend à identifier Joseph Bechor-Schor 
avec Joseph d'Orléans, dont le nom revient si souvent dans nos 
Tossaphoth imprimés sur le Talmud. Le surnom de Bechor-Schor 
parait désigner le commentateur de la Bible plutôt que le Talmu- 
diste. 

Bechor-Schor connaissait saint Jérôme et la traduction latine de 
la Vulgate. Il cite cette traduction sur les mots nn nptz:3 « embrassez 
le fils » du Psaume II : nampri Wnb pTtfii ntf5N (sic) Ntoïn - ' ïi^a fao 

crpiiî» th ïtïtib rvni-o "piab aba n^ôn , p -fl-nns st *d -o n^-ib 
ipoi nn ipiu: Dnb ittn&n ,rrb?ttbia piOD p 3 ^ ïwto ù^^ in^b 
y^-ons ,span fs nrrnan dSTos*. « Ici Jérôme qui a traduit l'E- 
criture à l'usage des chrétiens a commis une erreur ; car in bar 
signifie fils, pureté, blé, etc. Lui s'est trompé en prenant ici na 
dans le sens de fils , alors qu'il veut dire uniquement pureté. 
David, en effet, exhorte les hommes à servir Dieu avec crainte 
comme il l'a déjà recommandé plus haut (verset 10), et il leur 
dit m ïpttïï, c'est-à-dire armez-vous de pureté, de peur qu'il ne 
s'indigne, garnissez-vous. » Nous savons encore d'autre part que 
les rabbins du moyen âge pratiquaient la Vulgate 3 . R. Iechiel, 
dans sa controverse avec Donin, la cite à deux reprises 4 . 

R. Joseph Kara, sip rpr '1. — Cité aux n os 21, 74, 77; célèbre 
exégète de la première moitié du xn e siècle 5 . 

R. Jacob fils de Méir, célèbre sous le nom de Rabbénou Tarn 
(n"-i); cité au n°23. 

* Parschandatha ; cf. Rabbins français, p. 434. 

2 Magasin fur jûd. Gesch. u. Lit., année I, p. 93 et 94. 

3 Rosin, R. Samuel ben Méir, p. 61 ; ci'. Kisch. Monatsschnft, année 1874, p. 124. 

4 Le ms. de Hambourg a la leçon inexacte de NfàTTTO \1l2lp * un Ancien de 
Rome >. 

5 Sur Joseph Kara voir Zunz, Zur G.eschichte, p. 68 ; Geiger, Parschandatha ; 
Berliner, Plct. àoftrvm; Rosin, Raschbam, p. 72. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZÉLATEUR 7 

R. Isaac, pTnF 'n. — Cité au n° 36. Nous ue savons rien de lui si 
ce n'est qu'il fut contemporain de R. Iechiel de Paris, et qu'il avait 
un fils nomme' R. Abigdor (plus haut, p. 3). Un R. Isaac est 
mentionné à plusieurs reprises dans les Tossaphot sur le Penta- 
teuque. C'est lui qui traduit le célèbre verset de la Genèse xi., 10 : 
J-j^nû N2-> ">p *iy vb:n •pa» pp-in»i rmma aaia iid^ Nb de la façon 
originale que voici : « Le sceptre ne sortira pas de Juda et l'au- 
torité d'entre ses pieds iy en aucun temps, car le libérateur 
viendra *. » 

R. Méir, -p&md 'n. — Cité au n° 1. Il est difficile de déterminer 
de quel R. Méir il s'agit. Peut-être est-ce R. Méir de Ramerupt 
(département de l'Aube), gendre de Raschi et père des trois 
fameux Tossaphistes, Isaac (û'a-n), Samuel (û'mm) et Jacob (n"n). 

R. Menachem de Joigny, ^ntve ûto» 'n. — Cité au n° 124. Con- 
temporain de R. Iomtob. également de Joigny, et souvent men- 
tionné à côté de lui dans les écrits rabbiniques du moyen âge 2 . 
Il est cité aussi dans les recueils des glossateurs français sur la 
Bible 3 . 

Il paraît être mort comme martyr, du moins on nomme quelque- 
fois un smpii ariïtt 'n, san& doute identique avec le nôtre 4 . Peut- 
être fut-il une des victimes du massacre de Bray-sur-Seine qui 
eut lieu pendant le règne de Philippe-Auguste (en 1190), et sous 
les yeux de ce prince, ennemi des Juifs 5 . 

R. Mosché de Paris, ta"n&fc TOtt 'n. - Cité une fois dans notre 
ms. à propos de l'usure (n°49) : win DTpantt t yeb yrxsb "pan Jsb 
Nb -bwN tvbw 'nan ^îasa ïna Nb idds "T'e Twaroa m ntt&ra ^ab rrcnft by 
ian b^ pibnb na ib *pNi î-pr» ïtbe bœ "TPttbn "jbttn Tn rtaitan ,£51»"" 
V'wP «b ^prtaVi ^"cn *naob n^N von ïiwi nai b^ ynabi sponïibi 
ktîi "pria ^a wïn a^nn Nb airoiû -ab vma b?ro dTOttïi "ntt&r uni 
i^a trwi nfcNta mnan -non mm* Nbr? m'n&n ïto» -i"nrt a-rott 
nson nbnna airott diiN b* na-iio îtïi &nm art» nnao nnN na Tnrra 
. . . cmKb i;^?3^ n^iOT. « Tu ne prêteras pas à intérêt à tes 
frères (Deutér. v xiii, 20). — On nous reproche de faire de l'usure, 

1 Daath Zekénim, f° 27 b. 32 a. 40 b où se lisent les mots priiH" 1 "OIE "TlWia. 
I/auteur de ce recueil a été, en effet, contemporain de notre R. Isaac-, voir Rabbins 
français, p. 437. 

1 Tossaph. sur Pessahim 116 a, v° ia*"!l ï"ï)3 : Mordechai, IV, f° 164 a. 

3 Par ex. ZtoafA Zektnim, 29 « : (lis. "^NTE) *>3"N*7!0 ÛÎIjE 'H UTTO *pb et 
Minhath Monda. f° 33 b : rib^ba pl^Sib DOba ^IVO S"^N "1HN na*! 

(lis. -onte) n"w an;» von ©n*o *p latnm t*b a"a^N- 
* Tossaph. sur chouiiin,{» n *, v« onsDi :onpn ans» ison aiaa ns^îg pi. 

» Voir J5WA habacho. traduction allemande de Wiener, p. 36 et les additions en 
hébreu, p. 10. — 11 se pourrait que dans. le récit relatif au massacre de Bray, il fal- 
lût substituer le nom de an5» '"1 à celui de aiûû D"P '", qui se trouve aussi dans 
celui du massacre de York en Angleterre. Voir Graetz, VI. p. 456. 



.s HEVUK J)KS ETUDES JUIVES 

pt on rappelle que David a dit dans le psaume xv : ... Celui qui 
ne prête pas à intérêt. . . quiconque agit ainsi ne bronchera pas. 
Réponse : David était disciple do Moïse, il ne pouvait donc se 
mettre en contradiction avec son maître, faire des additions ou 
des suppressions à la loi ; or Moïse a dit : A l'étranger tu pourras 
prêter à intérêt, mais à ton frère tu ne prêteras pas à intérêt. Nos 
persécuteurs prétendront peut-être qu'ils sont nos frères en vertu 
du verset : Tu ne mépriseras pas l'Iduméen, car il est ton frère 
(Deutér. xxm, 8), mais à cela R. Mosché de Paris a répliqué : Le 
prophète Obadiah a constaté que cette fraternité n'existe plus, car 
il a dit : Des étrangers sont entrés dans tes parvis et, toi, tu étais 
du nombre. Or il s'adresse à Edom, comme cela résulte du com- 
mencement de son discours : Nous avons appris une nouvelle con- 
cernant Edom ' . . . » 

R. Mosché de Paris paraît avoir été totalement ignoré jusque 
dans ces dernières années ; mais grâce à un manuscrit apparte- 
nant à la Bibliothèque du Séminaire rabbinique de Breslau et qui 
contient, outre les commentaires de Raschi et de Raschbam sur le 
Pentateuque, des additions de quelques autres exégètes français, 
il a été possible de reconnaître en R. Mosché un commentateur 
du xir siècle, dont le système d'interprétation est tout à fait con- 
forme à celui de la grande école française d'exégèse, illustrée 
surtout par Raschi. 

Le D r Berliner est un des premiers qui aient publié quelques 
spécimens des gloses de R. Mosché-. En voici une, et des plus 
remarquables, qui se rapporte au verset 8 du chapitre xxxvm 
de l'Exode : « Moïse fabriqua le bassin en cuivre et son support en 
cuivre : 1^)2 bnx nnsa iN2£ ivs nNnsti nanfca, ce que l'on tra- 
duit d'ordinaire « au moyen des miroirs des femmes qui s'étaient 
attroupées à l'entrée de la Tente d'assignation ». R. Mosché, lui, 
traduit man^n par les mots « bien en vue » comme mœnstfi marn, 
car, dit-il, c'est à ce bassin qu'on puisait les eaux amères servant 
à l'épreuve de la femme soupçonnée d'inconduite : Moïse voulait 
inspirer par là aux femmes une crainte salutaire 3 . 

Un fait raconté dans le Machzor Vitry et que cite le D r Berliner 
d'après Luzzatto 4 permet de préciser davantage l'époque de 

1 Cette réponse, comme on le verra plus' loin, n'est pas du goût de l'auteur de notre 
recueil, car il ajoute Dlb^ ."l^N !"IT. 

2 Monatssch-ift de Frankel, année 1864, p. 219, 221 et suiv.; Plet. Sof., p. 27. 
Voir aussi (Monatsschr., année 1865) un article sur le même sujet par le D r Marx 
Landsberg. 

* La même explication est rapportée 'dans.le NT") ^1223 d'après le p et dans Daath 
Zekénim d'une façon anonyme. j 

4 Mayazin, iv« année, 1877, p. 3 du texte hébreu. ^^- \ 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 9 

R. Mosché. Le t'ait est assez intéressant pour mériter une place ici. 
Nous donnons la traduction littérale de ce passage du Machzor 
Vitry. « A Paris des apostats juifs calomnièrent un jour leurs 
anciens coreligionnaires auprès du roi, en les accusant de lancer 
de la terre derrière eux à la suite des enterrements, et cela dans 
le but de jeter un sort sur les non-juifs et d'amener leur mort. 
Le roi, ajoutant foi à cette délation, fit venir R. Mosché fils de 
R. Iechiel fils de R. Mathathia le Grand de Paris. « Que signifie, 
lui dit-il. cette mauvaise pratique dont vous vous rendez coupable, 
d'après ce que j'ai entendu, en jetant un sort sur les non-juifs 
quand vous revenez d'un enterrement? » — R. Mosché répliqua : 
« Dieu nous en garde, Sire ! Rien de pareil ne se passe en Israël ; 
mais nous croyons que Dieu ressuscite les morts ; or, l'Ecriture 
dit : Ils refleuriront après être sortis de la ville, comme l'herbe 
des champs (Psaume, lxxii, 16) ; et c'est ce verset que nous réci- 
tons en arrachant des herbes et en les lançant du côté de la tombe. 
Par là nous confessons notre croyance que tout comme l'herbe, qui 
après être desséchée et flétrie, reverdit par l'action divine, les 
morts, bien qu'ils aient cessé d'être, ressuscitent par la volonté de 
Dieu 1 . » Le roi dit alors : « S'il en est ainsi, vous avez raison et 
vous agissez bien ; c'est là une grande et belle croyance, digne 
d'un peuple consacré à Dieu. Maudits soient vos calomniateurs 
qui ignorent la beauté de votre croyance, car c'est là tout 
l'homme ! » Le rabbin, étant revenu en paix de chez le roi, fit 
part de sa conversation aux membres de la Communauté, et ils 
remercièrent Dieu en disant : « Le cœur des rois est entre les 
mains de Dieu comme un cours d'eau, il le dirige comme il veut » 
(Prov. xxi, 1). , 

D'après la conjecture de M. Gross, qui a toutes les probabilités 
pour elle 2 , l'exégète R. Mosché est le même que le héros de ce 
récit. Son père aurait donc été R. Iechiel et son grand-père 

1 L'usage d'arracher de l'herbe en quittant le cimet'ère, usage qui ne remonte pas 
au-delà du xn e siècle et a probablement une origine superstitieuse (Gùdemann, Erzie- 
hungsrvesen, etc., p. 211), donna lieu plus d'une fois à des accusations analogues ; 
voir ïchébet lekouda de Salomon Ibn Verga, n° 41, où la réponse donnée au pape 
est la même que celle de R. Mosché. L ; usage de se laver les mains en revenant d'un 
enterrement suscita les mêmes soupçons de sorcellerie et provoqua même des scènes 
sanglantes ; Landshuth, Maabor labok, p. lxix ; et Zunz, Die synag. Poésie, p. 18 ; 
Taschbez, II, p. 449. C'est du reste à partir du xn e siècle que les Juifs sont soupçonnés 
d • pratiquer la magie contre les Chrétiens. A propos de l'usage de renverser les lits 
dans les maisons de deuil, R. Isaac de Vienne dit : DY'D^mj '{"P^ "^j T,"n ^TD"1 

roua, p. 177. § 223 et suiv. : Cf. Gùdemann, l. c., p. 223 et suiv. — Louis IX rend 
en 12^4 une ordonnance défendant aux Juifs d'exercer la magie ; ibid., p. 79 ; Grretz, 
VII, p. 467. 

» Magazin, L c, p. 182 du texte allemand. 



10 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

R. Mathathia le Grand. Ce dernier a vécu à Paris du temps de 
Raschbam, petit-lîls de Raschi, mort avant 1170, et qui dit dans 
une de ses consultations l : ■paatt ©*ns ^pî ^on nnïs ^nrûi innoa 
'I5i ïr»nri53 'n « J'ai discuté la chose devant les anciens de Paris, 
le Gaon R. Mathathia, etc. » R. Mosché a donc vécu dans la 
deuxième moitié du xn e siècle, et il est probable que le roi dont il 
est question plus haut n'est autre que Louis VII (1137-1180), qui 
avait des sentiments si bienveillants pour les Juifs. 

Rabbénou Nissim, d^D3 irai. — Cité au n° 4. Voir à son sujet la 
notice de Rappoport dans Biccuré Haiiim, année xn e et Grsetz, 
Geschichtc, VI, p. 14. 

Rabbénou Saadia le Gaon, rm^o '1 ïlîWtt. — Cité aux n os 3, 
4, 13. 

Parchon (Salomon), "pme. — Cité au n° 5. Voir l'introduction 
de Rappoport à l'édition de l'Aroukh de Parchon par Stern, Pres- 
bourg, 1844. 

R. Salomon h. Isaac de Troyes (Raschi), prûfci p nttbttî 'n. — 
Cité un grand nombre de fois dans notre manuscrit. 

R. Samuel fils de R. David, m n'nn p b&OOT. — Cité sur la 
marge de la note de Joseph Hamekané , qui est intercalée entre 
les n os 166 et 167 (voir tome I er , p. 229, n° 1). D'après cette addi- 
tion marginale c'est pour lui que R. Joseph aurait composé son 
recueil. Nous avons déjà dit que sur la couverture du volume se 
trouvent deux fois les mots m 'n 'nïi p ^na b«iM 'n rvrnian, 
mais couverts d'une rature. Nous ignorons absolument quel est ce 
personnage. 

R. Samuel fils de R. Méir (Raschbam) D'aizn, petit-fils de Raschi 
et frère de Rabbénou Tarn. — Cité au n° 113, sur Psaume xxn, 
29. M. le D r David Rosin a publié récemment une excellente 
étude sur cet exégète célèbre-, digne émule de son grand-père. 
Raschbam, à côté de ses autres commentaires bibliques, paraît 
avoir écrit aussi un commentaire sur les Psaumes 3 . 



§6. — Les interlocuteurs chrétiens mentionnés 
dans le recueil. 



Trop souvent, dans le moyen âge, on voit figurer au nombre des 



Or zeroua. I, p. 138 b. 

Jahresbericht du Séminaire de Breslau. 1880. 

L. c, p. 14. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 11 

plus ardents adversaires du judaïsme des Juifs apostats. Se servant 
de la science qu'ils devaient à leur éducation première et obéis- 
sant soit à une conviction sincère, soit, ce qui était plus fréquent, 
à un de ces sentiments inférieurs trop naturels hélas! au cœur 
humain, tels que l'intérêt, le désir de se faire pardonner une 
origine compromettante et de se f aire bien venir de leurs nou- 
veaux amis, ou encore le zèle bruyant propre aux néophytes, ils 
harcelaient leurs anciens coreligionnaires par des discussions sans 
tin sur le sens des textes de la Bible ou de certains passages à 
double entente du Talmud. Si encore ils se fussent contentés de 
ces discussions plus ou moins subtiles ! Mais ils ne reculaient 
même pas devant la calomnie et la délation. Aussi plusieurs de 
ces apostats ont laissé de tristes souvenirs dans l'histoire juive du 
moyen âge. 

. Dans notre recueil les apostats occupent naturellement une 
grande place. À tout instant c'est un apostat nriN ifc'NDfc qui pose 
une question insidieuse à Nathan l'official ou à son fils Joseph l . 
Un seul est désigné par son nom, c'est Adan l'apostat te'nûeïi "pat, 
qui prétend appliquer à Jésus le fameux passage d'Isaïe, vin, 
14-16 (n° 82). Au reste je ne possède aucun renseignement sur ce 
personnage. 

A côté des Juifs apostats, notre manuscrit nomme encore d'une 
façon générale empesa -, p^rs ou "ina ■pfc J , désignation que je 
suis tenté d'appliquer également à des Juifs infidèles ou du moins 
à des libres-penseurs, à des esprits forts, et plus vaguement en- 
core bifcttz: ^iï53n (n° 2) « les hommes de l'enfer », ms -n:m (n° 119) 
« les diseurs de mensonge », "p» *enn (n° 102) « les artisans de 
l'iniquité », d"nmo (n° 127) « les infidèles », rm ^in (n° 120) « les 
esprits égarés ». Puis des membres inférieurs du clergé séculier, 
sans autre désignation : nim ntti^ (n oS 7, 27, etc.) et nriN nba (n os 14, 
20, etc.), et une fois'urnstt "jï-în nba (n° 132) « un curé de Paris ». 

Parmi les dignitaires de l'Église sont nommés : ' 

Le Pape sans autre indication (n os 37, 114), et sur la marge de la 
page 27, Grégoire qui discute avec R.Nathan sur le sens du verset 
Nombres xxiv, 17, sp^tt dsid ^-il « un astre a procédé de Jacob » 
et sur la valeur de la confession auriculaire. Nous avons déjà dit 
(tome I, p. ^30) que ce pape est probablement Grégoire X ; 

-rm )yaxn « un évêque » (n oS 69 et 129) ; 

L'archevêque de Sens (passim). Celui-ci témoigne une rare 



1 Voir les n * 3, 6, 12 et passim. 
* N°«33, 42, 61. 
3 N« 3, 13, 43. 



12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

bienveillance à Nathan l'official. Je ne crois pas me tromper en 
supposant que cet archevêque ou au moins un des archevêques 
de Sens qui ont eu des rapports avec Nathan était Gauthier de 
Cornut, si bien disposé pour les Jui s et qui prit leur défense lors 
du procès intenté au Talmud en 1240. Il administra le diocèse de 
Sens de 1221 à 1241 '. Peut-être l'influence de Nathan ne lut- 
elle pas étrangère à la conduite de Gauthier. Du reste les Juifs à 
Sens paraissent avoir joui depuis longtemps d'une situation fort 
prospère. Ils y possédaient une synagogue qui était plus élevée 
que l'église du voisinage, au grand scandale de quelques âmes 
pieuses 2 ; 

L'évêque du Mans (n° 25) ; 

L'évêque de Meaux (n° 30)*; 

L'évêque de Vannes (n oS 54, 58, 107) ; 

L'évêque d'Anjou (n° 70) ; 

L'évêque de Poitiers (n° 85) ; 

L'évêque d'Angoulême (n° 85) ; 

L'évêque de Saint-Malo (n° 113) ; 

L'évêque du roi Louis "jb^rs -ib "jntta'n (n° 38) ; 

Le curé (le confesseur) de la reine robÊrt nbs (n° 41). — Il est 
probable que cette reine est Blanche de Castille et que les mots 
"rDbft!-; nba désignent Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris 
(1228-1249). Celui-ci était le confesseur de la reine 3 . Il joua un 
rôle assez important dans l'affaire de la disputation de R. Iechiel 
et de la condamnation du Talmud 4 ; 

Le chancelier de Paris lynstt n^b^jipïf 5 (n os 46, 40), n^bnp- 
HJ'nDfc (n° 8) et simplement *pbsapfi (n° 122). — Il s'entretient avec 
Nathan l'official, avec R. Iechiel de Paris et R. Isaac. enfin avec 
le frère de Joseph l'official, le saint R. Eliahou. Nous avons tout 
lieu de croire que ce nom désigne, au moins en ce qui concerne 
l'interlocuteur des deux premiers, le même Eudes de Châteauroux 
dont la personne fut mêlée également à la persécution contre le 
Talmud 6 . Son nom (au n° 40) est accompagné de la formule vir 
qui prouve que les Juifs avaient eu, dans tous les cas, beaucoup à 
se plaindre de lui. Il est sans doute un des premiers qui lancèrent 
contre eux l'odieuse accusation de sang qui devait causer tant de 
mal dans la suite et faire tant d'innocentes victimes ; 

1 Histoire littéraire, t. XVIII, p. 27. 

2 Graetz, VII, p. 11, Gùdemann, /. c., p. 64. 

3 Noël Valois, Guillaume d'Auvergne, Paris, 1880. 
* L. c, p. 124. 

5 Les extraits publiés par le D r Berliner portent plus correctement "^bltSNpin, 
Plet. Sof., texte hébreu, p. 32, n°« 13 et 17. 

6 Isidore Loeb, Revue, t. I, p. 248 et 293. 



LK LIVRE DE JOSEPH LE ZÉLATEUR 13 

L'abbé de Gluny ^bptt bîtxn* (ms. de Paris, f J 16 b, sur la 
marge : ms. de Hambourg, f° 54). — La conversation qu'eut 
avec lui R. Nathan se rapporte peut-être à l'époque où le pape 
Innocent IV, saint Louis, et l'empereur Baudouin, avec de nom- 
breux prélats et seigneurs, se trouvèrent réunis dans cette grande 
abbaye (1245). On sait qu'il y eut une discussion religieuse en pré- 
sence de toute cette assemblée entre un docteur juif et un cheva- 
lier, discussion qui se termina d'une façon si tragique pour le 
rabbin ». Il est vrai que la conversation rapportée dans notre 
recueil n'eut pas lieu à Gluny même, mais à Moulins (rarbitta) où 
il y avait un évèché suffragant de Sens et qui n'est guère éloigné 
que d'une vingtaine de lieues de Gluny. 

Les ordres religieux, qui étaient de création récente (tome I, 
p. *231 ) fournissent un certain nombre de disputateurs . Ce sont 
tantôt des Cordeliers 3 m» bain, D^bmnn (n°* 19, 35, 56, etc.) 
et tantôt des Jacobites ou mieux Jacopins (•ps^) nom français 
des Dominicains ou Frères prêcheurs 4 . C'est sans nul doute cet 
ordre que notre ms. appelle quelque part (n° 05) et de façon très 
irrévérencieuse ^rma « les aboyeurs » 5 : dv bas û\N"n i:k «bïii 
attisions pipe rnz'D Dï"ïb Famai pï"»b •pmjfcia ■pm3ïi: «Ne voyons- 
nous pas tous les jours les aboyeurs qui leur aboient (les prédica- 
teurs qui leur prêchent) et qui leur imposent des expiations qu'ils 
appellent pénitence (cf. n° 81) »? 

Un seul membre d'un de ces ordres religieux est désigné nomi- 
nativement : c'est le frère Garin "pna nx G (n oS 34, 38, 51, 90). Le 
nom de Garin étant très répandu, il est difficile de déterminer de 
qui il s'agit ici. C'était à coup sûr un Dominicain d'une assez 
haute situation : il se trouve une fois en compagnie de l'évêque 
du roi Louis. Ses discussions ont lieu uniquement avec Nathan 

1 baN et non ^ntt (Sleinschneider, Catal. Hambourg) ; ^DN, même nbstt (ab- 
bessej sont fréquents daus un ms. bébreu de Dijon (communication de M. Loeb). 

2 Joiuville, Histoire de saint Louis, chap. x. 

3 Appelés ainsi a cause de la corde qui servait à ceindre leur robe : ils appartenaient 
à l'ordre mineur des franciscains, de là le nom de Û^*T^£ qu'ils reçoivent quelque- 
fois dans lus sources juives ; Zunz, z. &., p. 181. 

4 On trouve aussi le nom de Û^CTH ou D'^'Cll « prédicateurs »,Zuuz. I. c. 

s Je crois devoir reproduire à ce propos un curieux passage du père Jacques 
Echanl : Ideo prsedictas et alias audacius evomunt blasphemias, in hoc arbitrantes se 
obsequium praestare Deo. Et ex hoc hab.nt in usu quod B. Virgiaam Themea id est 
pollutam, Kezesa (J-NDTp) id est meretiicem appellant. Sacramentum altaris Zevatarne 
(N72L3 IIS") vocant. id est sacriticium poliutum. . . praedicationem nostram nybuah 
quod est latratus uominant. Père Jacques Echard, Sumrna Sancti Thomae, Paris 
1708, p. 581 ; Ct. le ms. latin. n° 16,558 de la Bibliothèque nationale, f° 216, 
i c alinéa. 

Cette lecture n'est pas douteuse. L'incertitude des leçons du ms. de Hambourg a 
l'ait lire à tort Oltt^TT^ « Hieronvmos » ; Berliner. /. c, p. 32, Steinschneider, l. c, 
p. 179. 



14 REVUK DES ÉTUDES JUIVES 

l'official ; elles témoignent d'une grande malveillance pour les 
Juifs, dont il raille les mariages consanguins, et qu'il veut à toute 
force faire passer pour des ennemis de Dieu et des réprouvés. 
Aussi son nom est-il accompagné ordinairement de la formule 
d'exécration fiû^ = ")-on I53tt5 mr : « que son souvenir s'efface et 
périsse ! », ce qui est rare dans notre recueil. 

Ces ordres religieux, institués en partie pour opérer la conver- 
sion des hérétiques, ne paraissent pas avoir joui d'une grande con- 
sidération en France, dès l'époque de leur apparition. Cela ressort 
d'une réponse que s'attira ce même frère Garin de la part de 
Nathan dans la discussion suivante sur le verset du Deutéro- 
nome xxxn, 21 : 'i'v^ "p^a HN ,dï-pbnTn ■rçiDJS btf »bn ^issp dïi 
•»Bb "i"b d^daniûtt dna ûbmahai ddâw ^b nb n£Ni jns 'iï~> da* nsina 
ïTitt lïïï rra ansa netiw lY'npfi bia irriîa "p -n^rr; ,asa d-aïon naa^ 
wiow bN «ba ^laap drt '«ara iib rm* pi toe an^aa iïtoo*:*! 
inr baa ^na rro dan do^dN bna -nas na» abn dérapa ^a*ri drrbnm 
ÏT nttn lama "rdanaft fnîi ddtt: « Ils m'ont irrité par des non-dieux, 
» ils m'ont indigné par leurs vanités. — Le frère Garin discutait 
» avec R. Nathan et lui disait : C'est en raison de votre impiété 
» et de votre indignité que vous nous êtes asservis ; car nous va- 
» Ions mieux que vous. » R. Nathan répliqua : « Un des attributs 
» de Dieu consiste à rétribuer chacun mesure pour mesure. Nous 
» l'avions irrité par des êtres qui étaient au-dessous de lui, il 
» en a agi de même avec nous, comme il est dit : « Ils m'ont 
» irrité, etc. » S'il y avait des gens plus vils que vous, c'est à 
» eux qu'il nous aurait soumis (n° 51) ». La même réponse est 
rapportée en termes plus précis dans le Daath Zekénim, mais de 
façon anonyme : d*n£tt drnû n»nN a-ifi œsnp'n d^bswi ba»tt itfinai 
d^tf ^as ^D.da bdtt f-nn drr ■nttti da> ab v^^P û!-n dipiï baa bans^b 
« Il semble que le texte du Deutéronome ait en vue les Cordeliers 
et les Jacopins qui persécutent les Israélites en tous lieux. Ce 
sont eux qui sont appelés un non-peuple, car ils sont méprisés de 
(ou plus que) tous les autres rangs de la société ' . » 

Il nous reste encore à expliquer un mot d'apparence difficile et 
qui a été altéré par le copiste : ba* *îtwn dnatt na^n a-roti pi 
trbiûWtt abparadati-ï (n° 124) ; le manuscrit de Hambourg qui a le 
même passage porte KbpfiPtaMtti. En combinant les deux leçons, 
nous pouvons former le mot KbpREPBOKtt, qui désigne bien certai- 
nement un frère de Tordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jéru- 
salem. 

1 M. Neubauer, Zeitschrift de Greiger, 1871, p. 215. cite la même application d'à 
près deux recueils manuscrits de la Bodléienne, ma s le texte est moins correct. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 15 

Citons eniin pour mémoire une « dame de Loches » (Indre et- 
Loire) ttjsibfc wnat), qui signale à son curé la contradiction qui 
existe 1 entre le dogme chrétien de l'incarnation et Daniel, ch. n, 
v. 11 (n° 133). 



§7. — Provinces ou localités françaises mentionnées 
dans le recueil. 



Bien que la plupart de ces localités aient déjà été nommées dans 
le cours de cette étude, nous croyons devoir en dresser un ta- 
bleau d'ensemble, d'autant plus que plusieurs des noms de ville 
sont difficiles à reconnaître sous leur forme hébraïque : 

Angoulême a^biiON (n° 85); 

Anjou 3T3N (n° 70. Le ms. de H. porte Angers tt-pâaa) ; 

Chartres tû-itarip (n os 56, 88); 

Cluny i^bp (f° 16 & sur la marge) ; 

Étampes lassai [n° 44 et la note entre les n 0i 106 et 107); 
Joigny wn (n os 3, 124) ; 
Loches près Chinon sjpib (n° 133) ; 
Mans 1252» (n° 25) ; 
Meaux (Miauz) yvn ( n ° 30) ; 

Montchauvet crabjE'iîa (canton de Houdan, arrondisse- 
ment de Mantes, Seine-et-Oise) ; 
Moulins "©irbitt (f° 16 b et n° 64) ; 
Narbonne {ttnma (note entre les n 03 106 et 109) ; 
Paris 'û-nD (passim); 
Poitiers «j-na^si (n° 85) ; 

Pons piD (n° 85) ; chef-lieu de canton de l'arrondisse- 
ment de Saintes (Charente-Inférieure) l ; 

1 II s'agit bien de Pons dans la Saintonge, et non d'une des autres localités qui 
portent le même nom, car voici ce que dit notre manuscrit au n° 85 : V31D nb^bi'd 

mabs: nc-i? yp^n rptttt acrbiJûNEi ttn^msfc )imnh t-itoni d"na iN2 
■p»»» *M riT br> )rù 'i dîib n^N , d^b&t mdft d^nos qpiT û'm* npid 
.i:Nw Rbb TioniD n-ridi rm» "»3t3p b^mzn d^di nwyb b^-i 'pn ^ 

« Lors de l'accusation (de sang?) à Pons, des chrétiens vinrent dire à Tévêque de 
Poitiers et d'Angoulème que la personne (en question) faisait des miracles, rendant la 
vue aux aveugles, le mouvement aux paralytiques, la parole aux muets. R. Nathan 
leur dit : « Je crois tout cela, car Dieu opère d'ordinaire des miracles pour les gens 
de peu de foi. comme il est écrit : Je me présente à ceux qui ne me demandent point 
(Isaïe, LXV, 1). » Malgré toutes les recherches, secondées avec une rare complaisance 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Provins ttwwiB (n° 3). Il est question dans ce para- 
graphe du marché de Provins, si célèbre au moyen 
âge; 

Saint-Malo ib» mip (n° 113) ; 

Saint-Prix (arrondissement de Rambouillet, dans Seine- 
et-Oise) «"no nnp (n° 134) ; 

Sens yatt) (passim) ; 

0^î3?(n 08 46,80) ' ; 

Troies y-«nna (note entre 106 et 107) ; 

Vannes C5*n (n os 55, 58, 107) ; 

Villeneuve non -p* (n° 3). Ce dernier nom désigne sans 
doute Villeneuve-1' Archevêque, à 53 kilomètres de 
Sens. « J'ai prêté, dit Nathan officiai à Uarchevêque 
de Sens, vingt livres à un citadin qui demeure sous 
ton autorité, à Villeneuve, moyennant la moitié des 
bénéfices, tcn -hn yn^yh *oq natnab ^np^b 'a inna 



S 8. — Gloses françaises du recueil. 



Les exégètes juifs du moyen âge qui vécurent en France avaient 
souvent recours à la langue populaire pour expliquer les termes 
difficiles qu'ils rencontraient dans la Bible. Parfois aussi ils cher- 
chaient à éclaircir un passage douteux, en s'en référant aux usages 
régnants qu'ils avaient sous les yeux dans la société contempo- 
raine -. Notre manuscrit ne fait pas exception à la règle : il fournit 
lui aussi son petit contingent de mots français transcrits en carac- 
tères hébreux. J'en donne ci-après le relevé complet, en me ser- 
vant des indications qui m'ont été gracieusement données par le 
juge le plus compétent en cette matière, M. A. Darmesteter. 



par M. Israël Lévi et M. Louis Audiat, Président de la Société des Archives Histori- 
ques de la Saiutonge et de VAunis, il a été impossible d'établir avec précision à quelle 
date eut lieu l'événement auquel ce passade Jait allusion. Armand Maichiu {Histoire 
de Saiutonge, etc., 1671) dit seulement en parlant de Pons (p. 139) : « Mais la haute 
Ville n'est pas fort peuplée, parce que les Juifs y demeurant autrefois et y ayant 
pendu un Religieux croisé, ils en furent tous chasses et leurs maisons abattues. • 

1 Peut-être est-ce un des villages appelés Trve et qui se trouvent près de Gisors 
(Eure). 

2 Voir surtout A. Darmesteter, Rapport sur une Mission en Angleterre, Gloses et 
Glossaire hébreu- français du moyen âge et Revue des Etudes juives, t. II, p. 205. 
Cf. Gudemann , Erzichunqswesen . etc.. pp. 26-33; Kosin, Samuel ben Aléi, 
pp. 91-98. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 17 

•p-n: : noiz — noix n tt lj: 

^stb^N^iwN^ : e 1 ol éploé = et eut éployé, dans le sens de : «Mit 
achevé. Esploier, eployer est assez rare avec cette signi- 
fication. On trouve pins communément une formedérivée 
esploitier (= exploiter) (n°5); 

Wiû^'paN (lis. pn«) : arez détorbé = aurez détburbé. Dé- 
tourner est un vieux mot signifiant remuer, secouer 
(même numéro); 

'j.v:-?,'ï : skrmnt = sacrement (n° 15). C'est la forme savante et 
probablement postérieure ; la forme populaire est assa-viD : 
sairement d'où le mot serment. Le mot ûifcnpiû se trouve 
aussi dans une addition marginale ; 

"WfcWi : resociter (n° 48) ; 

^j:r^ ,, :r : pénitence (n° 65) : 

ttarwcnbata : ta glotonie = gloutonnerie n° 75] : 

œntt : hrns = liarens (n° "76) ; 

f^nsmo : sorparleiz = surparlé, maltraité en paroles (n° 84) ; 

«•ntoitl : liosdie (?) pour hostie (addition marginale) ; 

ffonawïp : confession (n° 92) ; 

ûafco^afcittn )yn : mon resocitemant (n° 95) ; 

tD^bTTfi : prunels = pruneaux (n° 104) ; 

y^cms : garnissez (n° 10?) ; 

»ïw*W : demeisels ou demisels = demoiselles (n° 115) ; 

■jiUJ'nis : foison (n° 120) ; 

ÏTÉRUM NCparb »rnoaa« K3ia : bonne aventure li ete (sic pour et, 
= est ' ) avenue. 

Toutes ces gloses qui offrent un mélange continuel de formes 
savantes et populaires, avec certaines bizarreries d'orthographe, 
comme la chute de Y s devant une consonne (détorbé, éploé p. 
éploié) ne peuvent guère être antérieures à la fin du xii° siècle. 



$ 9. — Les principales questions discutées dans le recueil. 
Intérêt exégétique et historique qu'il peut offrir. 



Les discussions rapportées dans l'ouvrage de swpEfi EjOT ne dif- 
fèrent pas beaucoup, par le fond, de celles qu'on rencontre dans 
des recueils analogues imprimés depuis Longtemps. Elles se dis- 

1 Darmesteter. Gloses, etc., p. 18; Revue, t. II, p. 206. 

T. III. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tinguent seulement par un tour plus vif et un ton plus personnel. 
Ce ne sont pas des débats purement théoriques, anonymes, ima- 
ginés par l'auteur dans le silence de son cabinet ; on sent, à un 
accent tout particulier, qu'il s'agit là de controverses prises sur le 
fait, si l'on peut s'exprimer ainsi, et conduites avec l'ardeur et la 
passion que les questions religieuses inspirent d'habitude à ceux 
qui combattent pour les vérités des plus chères, et qui se trouvent 
aux prises avec des adversaires non moins convaincus, non moins 
résolus. Tous les textes de l'Ecriture Sainte qui se prêtent avec 
plus ou moins de facilité au système des théologiens chrétiens, 
voulant à toute force faire sortir le christianisme de l'Ancien 
Testament, sont scrutés, analysés, disséqués en quelque sorte; 
et on voit ainsi paraître tour-à-tour sur la scène les principaux 
dogmes de l'Eglise , défendus par les uns et combattus par les 
autres au nom des mêmes textes et avec une vivacité égale des 
deux parts. 

La personne de Jésus, sa naissance, son origine davidique, sa 
mission sur la terre, sa passion , sa mort, sa résurrection sont 
naturellement au premier rang des questions en litige. On sait 
avec quel zèle les polémistes chrétiens recherchaient dans les 
poésies des psalmistes ou dans les discours des prophètes des pré- 
dictions ou tout au moins des allusions relatives au Sauveur. Un 
grand nombre de passages de notre recueil ont pour but de réfuter 
leurs prétentions (n os 41, 48, 63, etc.). Afin de donner une idée de 
ce genre d'application, qui frise souvent la puérilité, je citerai en 
entier le paragraphe 120 qui se rapporte au Psaume LXXIL L'in- 
terprétation suivie par l'auteur du recueil, en opposition avec les 
exégètes chrétiens, et qui cette fois est anonyme, émane sans 
doute de Joseph Bechor-Schor : 

mi ^m tnnttiN ,^b» "jab ^npin fn ^bttb ^pasra d-iiba ncbttfb 
2-n p^at iwa rns* .^btt pi ^b^ aima «nm by nm^ *a 
ianb"* id^ Twai û^ss isna* i^db .dbi^n rpo inr t rr\> "bd i* dibtt 
\\y* vniv ^sb dbi^b ittia *ït ,irmar* d^iibd d^dbtt bd ib nnn^i 
liin iittbrab aina nfcmn nbnna ^ntt "n "pi iw ab ">a îbana .ikv 
toi ,di5tfiïi p*n dib© d"nîi i&wji ii3>i ^nxia by la^E "tinne i^n 
idbnrt nsptt dba™ d\Nii 13&* y*m piûi* joti ■p-'aN *33p awn 
12 d">ft YTn 1121 , ia>ba d^n lïrn na iîï^n mab» b^ ii&msa abttbNi 
Nd© anîiï ib im wi , ûbi?n bd b? b^iïï *o!-t abfn nwnn "Wfc n"» 
aôi d"nna b^ bbsn-> ni!i in rua bbsnnb ann -pis ^ai "ma bbsrm 
15a rrabra bj> bbonïï t-pn m i^inns ïit abfi* ,bbsm ^bi ain a^nbN 
ïw»jj> *3TOît» ,vb dibu> tmn laun .^btt *jai ^btt rrtn "jbttimda 
rm -ojn-o dy ^int" , ^d^ d^an dbn dibu> ^bid^ d^rt 'vona dibid 
iNOd Tnb ïiinn du: rrn "bd -j? dibra a-n ,ib»u3 d? *pNT"i» iixn 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 19 

, nanti rrabtôa û^ip» kïtoî bbania îwi abu jw rma ^im ©fcœa 
imn û"nDi3> bjrrcr (Us. bs) bis îwa iîtib p^iat VE^a ma*ia n^iN imm 
nn:pT n^bffi ^V- irvna n« vaa ■ntotti' 1 un r-i"apî-ï ib nsnr; 'pia *sb 
"jn" wb ,«a« am» ib imi ,nt nbsn iifc^pna ab *pb îaab ittti Tnoa 
iros un 173a -nai ,na no*e w ,rw>a bbanîa «uni »a«» aar; anra 
^sbvb v«oam -imab» dib -iDia^a abirb îfctfi w ,ïwns T"3»bai ma dp 
*nra n&io inr «553115 *asb ,"Wi w ba abi*b "nasn i^a abu>ï> N""n 
nanrr abi-n ,^1 p m mben iba /watt b^ ^n Niintt vsDb tt72ttï-itt 
bbenrs «b ttiobtt rr nww ,im^:i aipiw "pa &tba !*tï nnx ito« d'hâte 

♦ nrvr 
« ^4 Salomon. Dieu, accorde tes jugements au roi et ta justice 
au /î& tfti roi. » — Les esprits égarés prétendent que le Psal- 
» miste parle du Christ, roi et fils de roi. Le juste fleurira, en ses 
» jours et il y aura une abondance de paix, jusqu'à ce qu'il n'y 
» ail plus de lune. Ces mots auraient en vue la fin du monde. 
» Les habitants du désert plieront le genou devant lui, ses en- 
» nemis baiseront la poussière, les rois se prosterneront en sa 
» présence, tous les peuples le serviront. Son nom sera éternel 
» et autant que le soleil son nom durera. — Ils sont insensés, 
» car ils ne connaissent pas la voie de Dieu. Le psaume ne com - 
» mence-t-il pas par les mots : à Salomon ? preuve évidente qu'on 
» ne parle pas de Jésus. On dit encore : Les montagnes produi- 
» ront la paix. Où est donc la paix ? Il viendra en aide aux fils du 
» malheureux et écrasera V oppresseur ; cependant nous voyons 
» encore le fort accabler le faible et sans la crainte de la puissance 
» publique, l'un dévorerait l'autre tout vif *. De plus il dominera 
» d'une mer à Vautre, quoi d'étonnant, puisqu'il serait le maître 
» du monde entier ? Enfin il lui donnera de Vor de Saba et priera 
» jiour lui. Le Christ a-t-il besoin que d'autres prient pour lui ou 
» se peut-il qu'il prie pour d'autres ? N'est-il pas Dieu lui-même et 
» à qui peut-il adresser des prières ? Mais voici l'explication du 
» psaume : David prie pour son fils Salomon, au moment où 
» celui-ci commence à régner, et peut être désigné alors comme 
» roi et fils de roi. Que les montagnes produisent toujours la 
» paix, car l'abondance est une cause de paix, comme il est dit 
» ailleurs : Dieu accordera la paix à ton territoire, il te ras- 
» sasiera de la moelle du froment (Ps. CXLII, 14). On te crain- 
» dra avec le soleil c'est-à-dire, plaise à Dieu qu'on te craigne 
» avec le soleil ! Qu'il y ait abondance de paix jusqu'à ce qu'il 
» n'y ait plus de lune! Dieu avait dit en effet à David : Ton trône 
» sera comme le soleil devant moi et comme la lune durera tou- 

1 Expression empruntée au Traité des Principes. III. 2. 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» jours (Ps. LXXXIX, 37), et David prie Dieu d'accomplir cette 
» promesse en faveur de Salomon et de sa postérité. Il demande en 
» outre que le juste fleurisse à son époque, c'est-à-dire que tout 
» Israël suive la volonté divine, car cette condition avait été posée 
» par Dieu : Si ses fils observent mon alliance (Ps. CXXXII, 12) ; 
» mais comme dans sa vieillesse Salomon se laissa détourner vers 
» le mal par ses femmes, ce vœu ne fut pas réalisé Et qiCil lui 
» donne de Vor de Saba, c'est-à-dire que Salomon donne au pau- 
» vre de l'or importé de Saba, afin que le pauvre prie pour lui. 
» Qu'il y ait abondance de blé, fio^a a le sens de "nai comme le 
» prouve le verset fiiasn nias un (Lévit. XIII, 7), et en français le 
» mot équivaut à foison. — Que son nom dure éternellement, 
» c'est-à-dire que la gloire de son règne et de sa sagesse soit pro- 
» clamée en tout temps ; d'autres disent : ûb*)3>b a le même sens que 
» dans ab"u>b msn, toute sa vie (Exode, XXI, 6). — Que son nom 
» se propage derant le soleil, c'est-à-dire que son nom grandisse 
» tant que le soleil luit à ses yeux, pendais toute son existence. 
» — Ici se terminent > es prières de Davi i. ; mais il composa pour- 
» tant beaucoup d'autres psaumes après celui ci Réponse : le clas- 
» sèment des psaumes n'est pas rigoureux, ou bien David ne fit 
» pas d'autre prière en faveur de Salomon. » 

Le dogme de la Trinité occupe également une très grande place 
dans notre recueil. La forme plurielle du mot û^fiba Dieu (n° 1), 
les mots -iDttbsn d"iN fittisrç « faisons un homme à notre image 
(n° S), les trois anges qui font visite à Abraham (n° 13), jusqu'à la 
célèbre phrase du Deutéronome qui proclame l'unité de Dieu : 
Ecoute Israël, Y Eternel notre Dieu, Y Eternel est un (n° 42), enfin 
la triple sanctification de Dieu par les anges dans Isaïe (ch. VI, 
v. 3) : Saint, saint, saint est l'Eternel Zebaoth (n° 77), seraient, à 
entendre certains docteurs du christianisme, des preuves de la 
Trinité. On comprend qu'il ne devait pas être difficile à leurs con- 
tradicteurs de la synagogue de répondre sur ce point : il suffisait 
de lire les textes sans prévention. Voici le paragraphe de notre 
manuscrit relatif au passage du Deutéronome : 
nvbw "nrj npD OTmp^en .in« 'fi i^fiba* 'n b&n^ yn® wnn*o 
Epia -ittib nsb smfi p un wœn ,'fi tnnba bN pi mariai 
3"n rriûfi 3>"d fria n"nm 'fi o^fibN ba dtqjd ^iû in airo-iû mîTW rata 
yn ifiTta -rcns ia^ w , nwwn rnabia tws m* m* m* ainaia ^fiT 
WH "irN ht ûS!qk . rr^rr '- ba^fi 'fi ba^fi 'fi ba^fi /jn» y-)N yna pnssn 
bônia^b rratt -itoxs -p- -p berna* wû , Jttï» &nn *pia fibaro in^b 
ûj n :>s w-a rratt nfttf ^ttti ris a^n nm^ fin» b*nia^ ?ot îfca 
,m3TOi nœ'pTDîo "i:\x nni< »in 'n lavib» «irraî im&o îrnba ann 'n ba-iia*» 
-itt^i in» 'fi rnrr Ninn ava ynafi ba b? ^bïïb f n rpfii ittia aofi pi 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 21 

abiD -ma* mm ieei mm'W 'a -m o^ tien* abra imn mm aiii ^hk 

« Section Vaethanan : Ecoute, Israël, V Eternel notre Dieu, 
» VEU'riicl est un. » Un hérétique s'est permis de conclure de là 
» qu'il y a trois personnes en Dieu. Il en est de même, suivant lui, 
» des mots 'n û^nbN ba Seigneur, Dieu, Eternel (Josué XXII, 22). 
» — Ou lui a répliqué : « Pour être conséquents vous devriez 
» admettre six personnes en Dieu, car la formule Seigneur, Dieu, 
» Eternel est répétée deux fois de suite (/. c.) . » R. Nathan (que son 
» âme repose en paix !) a répondu d'une autre façon : « Dans votre 
» système, les mots m* ma> ma> (Ezéchiel, XXI, 32) désigneraient 
» donc aussi la Trinité? » On peut ajouter que ces répétitions sont 
» simplement une (orme oratoire de l'Ecriture comme terre, terre, 
» terre (Jérémie, XXII, 29) ou sanctuaire de Dieu, sanctuaire de 
» Dieu, sanctuaire de Dieu (Ibid., VII, 4). A vrai dire cependant, 
» la proposition : « Ecoute Israël, etc. » diffère de celles-ci et doit 
» être interprétée de cette façon : Ecoute Israël, c'est Moïse qui 
» parle ainsi à Israël comme dans cet autre passage : Ecoute, Is- 
» raël, aujourd'hui tu franchis le Jourdain îDeutér., IX, 1). Il 
» dit donc : « Crois-moi, ô peuple d'Israël, c'est l'Eternel qui est 
» notre Dieu, et ce Dieu que nous reconnaissons, l'Eternel, est 
» unique et il n'y a pas en lui trois personnes. » Il est écrit de 
» même : « Le jour arrivera où V Etemel sera roi de toute la 
» terre ; en ce jour V Eternel sera un et son nom sera un » ; il 
» sera un, on ne dira plus qu'il est composé de trois personnes, 
» et son nom sera un, on ne lui donnera plus tous ces noms qu'on 
» lui donne maintenant. — Joseph l . » 

Après la Trinité, le débat porte fréquemment sur le rôle divin, 
la Conception miraculeuse, la virginité de la mère de Jésus. Voici 
une des discussions les plus intéressantes empruntées à notre ma- 
nuscrit : 

■jb w* d"n *b n^N p ib *mtJK ^kxïi *b rtnr b»r«tt «sntti bttr&o 
then ïroa +y ïpna «p m»N "m by bpbpns bbwïro d»5C mYittb 
s*o en fro« ■m br fpnb irana rïba> r:tt *2Dtt ^b mran D3!bn ba« ib 
Nb mn bsN mtasatû tn» *t» br napnb ib mn Nainrt -m b^ ipnb 
nnr ïim* errro -ifcan ont ■nTOtt mwaiea n&naa Nb in^ra maxa 
Nainn ^ mtjn rro»!TO baraïi ttmn «*m bssb nbm rrnon -im 
Tiji ban f» "iitm "jVwWnn n'OEîi «inra rcnan "m bv ipnb ib mn r>"N 
■roi û^Nin ijN t£*o rtbipbpa mtta» br«m rro» *"a> ban flâna ^n 



1 Passage pris textuellement dans les notes de Joseph officiai ; voir Revue, t. I er 
p. 227. 



22 REVUE DES ETUDES JUIVES 

mot» "jbttb mn -rnn ïittb ^b b'^ttN -an ,rw>p pv n&nan nbbpr; 
«antt ïrntiî Dip?a baam mbaa inbun ibiû "pubs T n73 1tan " J " nar """^ 
nn« û?d . ■pm^pnp baa annsi mas "O^buatti "noia mn minpTa iriN 
"jb to* ^ujn ttann by tana "jbttrt ib maa la? imab nnN ûin K2E 
-p ban p *]b mtayb -nnan ibœ ûtzna *pa Dmwim T^anp ba npb-i 
^n ht i2^ ^n^n im« ib n^N . rwsà ib mmsnptt nna npbœ nttb 
nNin ^an vnbaa min piîrm n^ni^ pnr ib mais ntt *»awa b"K "p^ara 
t^ïïnn m&o abaa d^din ^mp Niritt aima aip?a baai nw^u: ^ana "pi* 
D"ntt"ia ûna *p . ibiîï ataia pa Wnp frù *si o^snai annnte Niniû 
bai nawb aab pE&o vai Dama*: m^ttjan finatirt ^ai bnpb^pn ipna'j; 

: r)D"i N ' '*i man iba . n wp p^ mbbpn 
« Un apostat m'interrogea un jour devant de nombreux clercs. 
» Vous prétendez, dit-il, que le Créateur frappe et guérit avec le 
» même glaive ! , n'est-il pas vrai? — Oui, lui répondis-je. — S'il 
» en est ainsi, tu devrais reconnaître avec moi que le monde, ayant 
» été perdu par une femme, a été également sauvé par une femme. 
» — Je lui répliquai : En vérité ! dis-moi donc pourquoi Dieu 
» devait sauver le monde par l'entremise d'une femme ; est-ce 
» parce que le salut devait venir de l'auteur du péché? Dans ce 
» cas, c'est Adam qui aurait dû être l'instrument de salut, car la 
» défense émanée de Dieu s'adressa à lui et non à la femme, qui 
» n'était pas encore créée quand la défense fut établie. Tu diras 
» peut-être que la faute de la femme fut plus grave, puisqu'elle 
» incita son mari à manger (du fruit défendu) ; on peut donc affir- 
» mer qu'elle fut la cause du mal, le séducteur étant plus coupable 
» que le pécheur. Mais alors, le monde aurait dû être sauvé par le 
» serpent, qui fut l'instigateur premier du péché et le plus grand 
» coupable. En outre, comment soutenir que tout a été réparé par 
» la femme, puisqu'elle-même subit encore les effets de la chute, 
» ce qui est facile à constater ? De plus, la prétendue malédiction 
» ne continue-t-elle pas à peser sur nous ? Permets-moi de raison- 
» ner par voie de comparaison : un roi, irrité contre un de ses 
» serviteurs coupable de désobéissance, le chasse de son palais, 
» l'envoie en exil; partout où il peut saisir un de ses parents, il le 
» fait arrêter, jeter en prison, et détruit ses propriétés. Un jour, 
» quelqu'un fait la rencontre de ce serviteur et lui dit : Sache que 

1 L'apostat avait lu le Midrasch : ûTl n"©a "l»N "nb VT) DUia rTOTS "0*1 

asma aon natt siït® ntta n"apn bsa n^Lna «Dnttn bmr^a nato 

^NDn&t 'pmaWttn "jb Ï-DI-IK rtb^N ^ -lEfiOtt « R- Berachia dit au nom de R. 
» Lévi : L'homme blesse avec un couteau et guérit avec un emplâtre ; mais Dieu 
• guérit par le même instrument qui lui sert à frapper, comme il est dit (Jérémie, 
» XXX, 17) •. Je te rendrai la santé, et je te guérirai au moyen de tes blessures 
» (Lévit. R. ch. XVIII, et Exode R. ch. XXVI, à la fin) ». — Il va sans dire que le 
sens véritable de "pmaEE est : de tes blessures. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 23 

» le roi regrette tout le mal qu'il t'a fait ; il a rapproché de lui tes 
» parents qui étaient détenus en prison, et les a établis dans son 
» parc parfumé ; il te réserve le même traitement, et tout cela 
» parce qu'il a pris une de tes parentes pour femme. Mais le ser- 
» viteur lui répond : « Voilà ce que je ne crois point. » — « Pour- 
» quoi donc pas? » demande l'autre. — « Comment, reprend-il, 
» 1< 4 roi me maintient encore en exil, mes terres sont en ruines, 
» mes amis sont en prison, et je croirais ce que tu me dis, qu'il 
» est apaisé, qu'il pardonne, et qu'il a placé mes proches dans son 
» délicieux parc I » Vous en ètes-là, vous autres ; vous prétendez 
» que le mal est réparé, qu'il (le Sauveur) a racheté les âmes de 
» l'enfer ; qui pourrait ajouter foi à vos paroles ? Est-ce que toutes 
» les malédictions ne subsistent pas comme par le passé ? » Ici 
s'arrêtent les paroles de Joseph. 

Outre ces dogmes fondamentaux du christianisme, il y a d'autres 
points moins importants de la doctrine chrétienne qui sont dis- 
cutés dans notre manuscrit, tels que la présence réelle de Jésus- 
Christ dans l'Eucharistie, la damnation de toutes les générations 
antérieures à l'arrivée du Sauveur et des non chrétiens (n os 9, 19, 
46, 56, 111), le célibat obligatoire des prêtres (n° 57), le culte des 
saints n° 111), la confession auriculaire (n os 92, 114) le droit 
d'absolution (note marginale sur n° 92). On prétendait que toutes 
ces doctrines et d'autres du même genre trouvaient un point d'ap - 
pui dans la Bible hébraïque. Voici, par exemple, une controverse 
qui se rapporte à l'impossibilité de faire son salut en dehors du 
christianisme (n° 19) : 

apr^ Kbim tpv 'nb bsxa Tfia bain ^biaw ba« ^a ba y-in ^a nron 
vn Nb en tiïïrub mnb fin* 1 rro ^wn ban nanb r^n im p*nst 
-m ab© maa fpn îibttrmû baantt rr- pb ib then , na a^-m^ bar^ 
■rça ba ■nan nwo ib ^ranatt DSïvab tin ïit «an bmuja rraatf nttan 
then , i2a aia s-pïtcj aw a"a ^a ba frôa b3> anna *pa b"a , ^a br i^a 
■hyw Tïian nnoa ^;abtt 'nai iiaaDa Nan t]DT< (lis. mai) ''mai *p nb 
, Drpa« b» ttan anai na £|ot awn 'nan rm jrsttfc îtïi è|0 ; n m^ssa 
b^ta dsfpab t-imn un ^an •ptabtt n^ï-rii: launa zrtsis t\ov ap^ n»N 

« Section Vayescheb. — Certes je descendrai auprès de mon 
» /?te en d£t«£ dans te Scheol (Gen. XXXVII, 36). — Un corde- 
» lier fit à R. Joseph l'objection suivante : Jacob était assurément 
» un juste parfait, de l'avis de tout le monde ; pourquoi donc crai- 
» gnait-il d'aller en enfer, si ce n'était pas alors la loi commune à 
» toute l'humanité ? — Je lui répliquai :' De là venait précisément 
» son chagrin ; il avait eu d'abord la certitude qu'il n'irait pas en 
» enfer, mais (après la disparition de Joseph) il se dit : « Mainte- 



24 REVUE DES ETUDES IllVES 

» liant que j'ai commis une grande faute, car c'est moi qui ai 
» causé la mort de mon fils, je descendrai dans le Scheol. » Je des- 
» cendrai ">aa ba auprès de mon fils = ■rça hv à cause de mon fils. 
» Le cordelier reprit : « Mais le texte porte bat auprès et non hv à 
» cause, Jacob savait donc que «on fils était en enfer. » Je ré- 
o pondis : « Tu dis vrai ; Joseph avait commis un péché mortel 
» suivant ce verset : Celui qui calomnie son prochain en secret, 
« je le livrerai à la destruction (Ps. CI, 5); or, Joseph colportait 
» des médisances comme il est dit : Joseph faisait à leur père de 
» mauvais rapports sur leur compte (Gen. XXXVII, 2) ; Jacob 
» pouvait donc se dire : Joseph a péri par sa faute, car il calom- 
» niait, et moi je le suivrai en enfer, parce qu'il est mort en quel- 
» que sorte de ma main ' . » 

Voici, maintenant, un débat sur la valeur de la confession 
(n- I14j : 

tara *mb *vns -ittia ^bara ,ïT«ûn -nos jmbd -moa "mua bra^tt Tnb 
iNb ib tton aabtt ïmb tr-nn» ana "w ">b n»N 'pïib ib TrraK d^in» 
•h-iï-îk i$np i^ap p aa ib ^n^pm nbap «b varçjs noaa 'nam "«b ntt« 
ivtDB ttoaa ib ^m»N iifittan -noa anoa -nœa «maa wnnN wnp 'nai 
t^ur: -iibk inNan ba» stopïti 'ris prc nbapï «b 'prrb smn» "i^aia 
inbo inaan yia> nanaa nnai 'ftb ia>©s *b9 mis then 'na ï-jî m»TEai 
. snn pnb rimboïi "p? *a 'na*j ïTapii i*a abat brtob na ïwa ^ 
i« ^bnrt nsna amâ ib u^ un vnaa^a in» «nba» mo un ûti ^naa ^ba 
nvïib ba^ an» i*»n ^ p "i^n ;i"apn baa naa "îo^aiib iftt ba^ ptn ùin 
ba pa n"iïi a^Sîîi irn .ntn •pbi mab ïTaprr ^nbira bn^D iaia» 
•naa anaa -nt» -mûN ittïn nt ba> ans QTob -iai3> mbab ba*< -n^saNn 

« Méditation de David. — Heureux celui dont le péché est 
» rends, la prévarication couverte (par le pardon) (Psaumes 
» XXXII, 1). — Un prêtre me demanda : « A qui vous confessez- 
» vous? » — A Dieu, lui répondis-je. — Vous ne vous confessez 
» donc pas à votre ministre religieux ? — Non. — Il est pourtant 
>> dit : Celui qui cache ses fautes n'aura pas de bonheur (Prov. 
» XXVIII, 13). A mon tour je lui objectai : cette phrase est en con- 
» tradiction avec le verset : Heureux celui dont le péché est 
» remis et la prévarication reste couverte. Voici comment je 

1 Cette explication, passablement bizarre, inventée pour échapper à la déduction 
non moins bizarre des chrétiens, est donnée aussi par le Panéach Raza (GeD., 20 a). 
d"après le G an : TWuab ■nnnblDUÎ b^ MÏTttb '"■& ïlbïÉW) bafc* ?33 b« TIN ^a 

ttmttn laaai Npn^i ^33 b^^3 -«aa b^ irn maamsb piîai însao ûip^'? 
^a b^ïii n^n)3T a^n^ti «a^ ia> damab û^nr baïi^a d^ttiNrt d^m^ 

ûain^îa abl3>. Cf. aussi Sépher Nizzachon, de Lippman Miilhausen, p. 25, Alt- 
dorf, 1644. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUB 25 

» résous la contradiction : Celui qui cache ses fautes, c'est-a- 
» dire qui n'en fait pas l'aveu à Dieu, n'aura point de bonheur, car 
» il est dit : II confessera le péché qu'il a commis ! (Lévit. V, 5) 
» et dans notre psaume il est écrit également : J'avoue mon péché 
» à Dieu, el toi tu pardonnes la faute dont je me suis rendu 
» coupable. En effet, Dieu seul a le pouvoir de pardonner, comme 
» il est écrit : Auprès de loi est le pardon, et de là la crainte que 
» tu inspires (Ps. GXXX, 4). Un roi mortel offensé par un de ses. 
» serviteurs peut être amené à pardonner, si le coupable a un 
» ami ou un protecteur puissant à la cour royale, mais Dieu n'agit 
» pas de même; lui seul, sans subir d'influence étrangère, par- 
» donne aux fautes de l'homme, puissant motif de crainte. (Telle 
» fat aussi la réplique que donna R. Nathan au pape.) Mais pour 
» ce qui est de faire la confession de ses fautes à un homme quel 
» qu'il soit, à cet acte s'appliquent les mots : Heureux celui dont 
» le péché est remis et la faute reste cachée ! 

Passons maintenant à des discussions qui touchent plus directe- 
ment le judaïsme. Ses ennemis prétendent que la loi de Moïse 
n'avait qu'une valeur temporaire, et qu'elle a été supplantée par 
une révélation ultérieure (n os 8, 11, 12, 45, 50, 62, etc.). 
y"} •jna -i""iïib thn i^ito hxv .nbrrt ^m 'n ^n ti* n^ao ab 
ab irm :d"k ib nttN iy ^b"i?b ib -ihk i? ^bi?b -in pîb ttana ûsmin 
*;nN£ û*n n*t TûTn pnb mro abm 'W rrbrïr nm "n ^n Y12 -ieêt 
m*b froc ^b»b s-rcm n^n rrab bra» ^b bttitta b"« "«n û-n:*» "pa» 
r?TD -wS2 ono ^b "jro -^ wtt i» ib -nEK wa Tb? na-n srftn iwa oid 
D^bmat anat ttfc ûïib -i»n û^rrttin TW ^a vm ib "jna ^b^rr anb 173» 
i-ima^n ^pnfti nara ïiaiiart mna riïntt ^b fmia "rnr i3N n* ttï b? 
vu ïibifittini *p mmî ans* nït abi ïi^iN^b narorw it irarfloft rrïin ab 
. rrap ïianzm ù^stt nbiN^ mnn abra ttaiwi *p ba ïrïin 
« On ne dira plus : par le Dieu vivant qui a fait sortir Israël 
de V Egypte, etc. (Jérémie, XXIII, 7-8). Un apostat demanda à 
R. Nathan d'heureuse mémoire : Votre loi a- 1- elle été promul- 
guée pour un temps ou pour toute l'éternité ? — Pour l'éternité, 
répondit-il. — S'il en était ainsi comment comprendre les mots : 
> On ne dira plus par le Dieu qui a fait sortir, etc. ? Il est pour- 
tant écrit : Tu te souviendras du jour de la sortie d'Egypte 
pendant toute la durée de ton existence (Deutér., XVI, 3). — 
Je vais établir une comparaison, répliqua R. Nathan : Un roi 
donne à son serviteur un magnifique cheval qu'il monte en tra- 
versant la ville : les habitants lui demandent alors : Qui t'a 
donné un si beau cheval? — C'est le roi, répond-il, au grand éba- 

1 La citation n'est pas toul a tait exacte. 



26 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

» hissement de tous. Gela vous étonne, continue-t-il, eh bien ! 
» sachez que dans un avenir plus ou moins prochain il me fera un 
» présent encore plus précieux, un présent tellement précieux que 
» celui d'aujourd'hui ne comptera plus pour rien, et que personne 
» n'en fera plus mention. Il en est de même de la délivrance finale 
» promise à Israël, elle sera tellement brillante que la délivrance 
» d'Egypte en sera complètement effacée (n° 62). » 

Les adversaires du judaïsme soutiennent en outre que les pres- 
criptions de Y ancienne loi ont un sens figuré, comme, par exem- 
ple, la loi de la circoncision (n° "72), la défense de manger de la 
viande de porc(n° 126). Us ajoutent qu'Israël a été rejeté par Dieu 
(n os 78, 90), et la preuve en est que les Israélites sont laids en com- 
paraison des chrétiens : 

y&\tifà b"a (lis. d?n) n^yti bdb tpbsun b-nsa û:hk inna ^n dm 
■^ai ranan "od hy mua d*tn bdtt nrrn d^n;ndtt dna "jdj n"nnb inx 
nra d^oa û^bnan rabbins *pmpu3 ■vpo'ntû ima* ii^n ixk d^ -1 13W 
■*pa anna" 13N "p b"N dîna b"K i-)2 msnn mai pb b"N dm mn me 
DD-iNn ûna pb rmaïi i» d-man snTtt dna bas d^inis iras *pb pbi 
5a û^iïïn Tnua n^Nu: i^a mbaa la^w isb û^an baa . a^tti annat 
na rt-jcaia ^aittffi m "nro ^en "»aa ra^n lansnaio nnrnrrr ^txà ^nann 
'na^ia lato ïiêp w>n -wa Tnuaias baa ■waa ab ibto ^-o û'wort 

(n° 104.) , ^pEpa a^isa du: "p wfn 

« Et en retour, moi, je vous ai livrés au mépris et au dédain 
» de tout le peuple (Malachie. II, 9). — Un apostat dit à K. Nathan : 
» Vous êtes plus laids que tous les hommes qui sont sur terre, 
» tandis que les gens de notre race sont fort beaux. » Il répliqua : 
» Les pruneaux qui croissent sur les haies (et qui sont noirs) de 
» quelle fleur sortent-ils? — D'une fleur blanche. — Et quelle est 
m la couleur de la fleur du pommier? — Elle est rouge. — Eh 
» bien ! nous, Israélites, sommes issus d'une source pure et blan- 
» che, c'est pour cela que notre figure est noire ; mais vous sortez 
» d'une source rouge et impure, c'est pour cela que vous avez le 
» teint blond et haut en couleur. Mais le véritable motif est que 
» nous sommes dans la servitude, comme dit le poëte du Cantique 
» des Cantiques (1,6): Ne me regardez pas, car je suis noirâtre, 
» étant bridée par le soleil : les fils de ma mère m'ont traitée 
» avec dureté; ils m'ont contrainte de garder les vignobles, et 
» mon vignoble, je ne Vai point gardé. Mais lorsqu'il m'était 
» donné de garder mon vignoble, j'étais d'une grande beauté, 
» comme il est dit : Tu avais un renom parmi les nations par ta 
» beauté » (Ezéchiel, XVI, 14). » 

1 R. Nathan n'avait que trop raison. L'oppression et la misère ne sont pas plus fa- 
vorables à la beauté physique qu'à la beauté morale. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 27 

Les rabbins ont à repousser des accusations plus graves que celle 
de la laideur et surtout plus dangereuses. On reproche aux Juifs 
de se servir de sang chrétien (n° 36), on leur fait un crime des 
mariages qu'ils autorisent entre proches parents (n 08 34, 38, 53), et, 
ce qui ne pouvait manquer, on leur jette à la face leur prétendue 
passion pour l'usure ' (n os 49, 110). Souvent aussi il devient né- 
cessaire de prendre le parti de certains personnages de l'histoire 
sainte, dont la conduite peut prêter à la critique. Plus les adver- 
saires mettent de zèle à attaquer les hommes vénérés par le 
judaïsme et à rechercher leurs faiblesses, plus les rabbins se font 
un devoir de les défendre et de les disculper. Jacob surtout a le 
privilège de servir de cible aux traits des railleurs : ils ne peuvent 
lui pardonner ses procédés à l'égard d'Esaù et de Laban (n os 17 et 
18). C'était encore une façon de faire le procès aux Juifs, une atta- 
que détournée contre les habitudes commerciales qu'on leur attri- 
buait : 

!-p- aas ûmna apsn -ib -i^ao rc^ns h p ta n t|D"p 'n as» "ma "p 3 '^ 
mp [pipr] r-tirntt mie ï-rrrma ma im*p b^aujaiD irrita n*ai bana fw 
mt» *naa tp"p ^"nii aras tb 3*nDfn a^pnpT t|ba ïtiiû iirïrô ïmaatt 
nwn Nttta ûïm m»» n»a ara ^b ^rrroa na a-na ma» ap3>-> n^N-n 
na tt5"n8 ï-tttttt naît] n^a a-y^n ^b ima i3Ni ibir» na naan in ira» atip 
r-r:zan d"Wi ba ami îtnd utn ït»ïto m»!? ^birr ^a ït:ïi wj inw\ 
2-p^i a^ai^n û"wa apr^b irmaa nN natt*n ïmaa ^b ïit nttbi mrrb 
&*b« û"W* TWi anba ap^->b -irrnaa na^i aifib ^a 'Wi ûnb ita^b "{ni 
ira !-ma»tt na^ii b^araa ^a^n w b^ a^na ib ïrûia itfiyb frû apyn 
. b"T ina n"nria 8|OT . r-mnan ^a mia?b yi* •pb^nra 

« Un Jacopin rencontra R. Joseph sur la route de Paris et lui 
» dit : « Votre patriarche Jacob était un voleur, et il n'y a pas 
» d'usurier comme lui : au prix d'un seul plat qui valait bien la 
» moitié d'un [sequin], il acheta le droit d'aînesse valant mille 
» sequins. » Il répondit par l'interprétation qu'avait donnée Joseph 
» Bechor-Schor : Jacob dit : Vends-moi ton droit d'aînesse a-pa, 
» c'est-à-dire pour ce qu'il vaut en ce jour, car tu peux mourir 
» avant notre père, ou il peut perdre sa fortune; or, moi, je te paie 

1 R. Nathan se croit obligé de dire un jour à l'Archevêque de Sens : J— I2T 1 !"in&M 
rPa"ia ÏTlbfà "O^tf "O « Tu sais bien que je ne prête jamais à usure. » Au reste 
cette perpétuelle accusation d'usure ne doit être accueillie, même pour le moyen âge, 
qu'avec une grande réserve. Voir les travaux publiés ici-même par MM. Bardinet, 
Isidore Loeb, S. Luce. — Dans tous les cas, le même reproche pouvait être renvoyé 
sans injustice aux chrétiens, et notre manuscrit ne manque pas de le leur dire : aS^ON 

nwa aamino n:ipb "pot a^ana^n a^-naa ma bina ma-ia a^ibto Brw 

m^M n;rï72ï"7 "OC a^bûW *p3>""lD « C'est vous qui prenez un intérêt exagéré ; 
vous exigez le double de ce que vous prêtez. Lorsque vous accordez des délais 
à ceux qui vous achètent des marchandises, vous vous faites bien payer ces retards 
(n« 49). . 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

» comptant le prix actuel que ton droit comporte. Esaù répondit : 
» Voici, je vais au devant de la mort (car il était chasseur et 
» courait tous les jours des dangers), à quoi me sert donc ïaî-r 
» nesse? Il vendit donc son aînesse à Jacob à un prix élevé, et 
» Jacob donna à Esaù du pain, etc. Le texte ne dit point : il ven- 
» dit son droit d'aînesse à Jacob pour du pain et un plat de lentilles, 
» mais bien : Jacob donna à Esaù, c'est-à-dire qu'il les lui donna 
» gratuitement, outre le prix d'achat, à titre d'arrhes, comme les 
» marchands ont encore l'habitude de le faire 1 : Joseph fils de 
» R. Nathan d'heureuse mémoire. » 

On ne sera pas étonné que dans toutes les controverses recueil- 
lies par notre manuscrit, le dernier mot reste invariablement 
aux champions du judaïsme. Le rapporteur, sans doute, peut pa- 
raître suspect : il est intéressé dans la question, il plaide pro domo 
suâ. Mais, sans faire preuve de partialité, on peut croire à la sin- 
cérité et à l'exactitude de son compte rendu. Nous avons déjà dit 
que les rabbins n'étaient étrangers à aucun des secrets, à aucune 
des finesses de la dialectique. Ils manœuvraient, avec la plus 
grande facilité, sur ce terrain de la Bible, qui était comme leur 
champ clos à eux, qu'ils passaient jour et nuit à explorer dans 
tous les coins et recoins. Ajoutez à cela un esprit plein de malice, 
un jugement droit, exercé, nullement dupe des apparences, une 
grande perspicacité à reconnaître les pièges qui leur étaient ten- 
dus, et vous comprendrez qu'ils aient eu souvent beau jeu en face 
de contradicteurs, en général moins bien armés pour cette guerre 
de textes et ces assauts de subtilités exégétiques. Aussi, à en 
croire notre recueil, arrive-t-il plus d'une fois à ces derniers d'être 
poussés dans leurs retranchements et forcés d'avouer leur embar- 
ras, sinon leur défaite. « A la fin il me demanda l'explication, et je 
la lui donnai », dit Joseph en racontant un entretien qu'il avait 
eu avec un curé : -ib innft&o ra^sn "rçbawi -p nna (n° 2*7). De même 
le pape, discutant avec Nathan, finit par lui dire : dna ïixj dnan 
^rûïiaa ^b tien trujnDTa. « Et vous, comment expliquez-vous donc 
le passage (apj^fc asis "pn, une étoile a surgi du sein de Jacob) ? 
dis-le par amitié pour moi. » Le même Nathan, discutant avec 
plusieurs ecclésiastiques, les déconcerte au point qu'ils « le sup- 
plient de faire connaître sa manière de comprendre le sens du 
texte en question » û*un ainb iittab }n3 'nttb ibm (n° 41). On pour- 

1 Cette explication est rapportée dans le Daath Zekénim presque dans les mêmes 
termes, mais sans nom d'auteur. Elle est adoptée également par Raschbam : "itlNI 

...W û^pb t=HN iss 3ÏT3735 DT^pbi m^b baNttrr ^b fra *p 

Mais elle n'est pas du goût de Nachmanidc : rmaaïl "PTO *pK "O Û'HE'IK ©*1 

.■wi it "pan -nman ïbt'b ab ainasn ••*r , nwi 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZÉLATEUR 2U 

rait relever dans notre recueil beaucoup d'autres aveux du même 
genre. 

Mais ce qui frappe plus que tout le reste dans ce recueil vrai- 
ment curieux, c'est le ton dégagé, la bonne humeur, la spirituelle 
hardiesse qui y régnent d'un bout à l'autre. La riposte s'y montre 
aussi libre que l'attaque. A des observations qui ne sont pas tou- 
jours sérieuses, on oppose des réponses qui ne le sont guère 
davantage. Une plaisanterie, un bon mot à la française, je dirai 
presque un calembour, il n'en faut pas plus pour réduire au si- 
lence un adversaire qui n'est pas bien exigeant et qui se prête de 
bonne grâce à ces jeux d'esprit. On dit qu'en France l'esprit fait 
passer bien des choses : cela est vrai, paraît-il, même dans la po- 
lémique religieuse, où les esprits s'enflamment si vite, et cela ne 
date pas d'aujourd'hui, comme la suite le prouvera. 

L'auteur de la compilation de mpnn S|D"p a lui-même conscience 
de ce qu'il y a parfois d'un peu léger dans son œuvre : il croit 
devoir s'en excuser à l'avance dans son avis au lecteur, dans sa 
préface : 

nawi dn fivsa, nast-i , tts airûïi b* aitûîrb rrbjn n^a ab by uni 
■tt , 'apin ^mn dnt , ispa ia*nN v»wi un Ywa trop* bs ûit *ixb 
, tnbca wdnb m?to , benn mp3> asn iima •*■© or-man y^Va tr^bb 
. ûïtod bs uns wrn , trb-ib^na nnaa ^«n , trVinn TWînb 

« Et s'il vient à l'idée de quelqu'un de faire des réserves au 
» sujet de ce qui est rapporté ici, qu'il suspende son jugement ! 
» Si tel ou tel lecteur est tenté de me prendre à parti, qu'il ne se 
» hâte pas de me condamner, d'interpréter à mal mes intentions, 
» parce que je combats mes adversaires avec des brins de paille, 
» et que parmi mes arguments il s'en trouve de bizarres ! La plai- 
» santerie est de mise avec les plaisants 1 , dont les paroles sont 
» le fruit du mensonge, et avec les esprits tortus, il est permis 
» d'avoir recours à la raillerie -. Ils ont l'habitude d'apporter des 
» arguments imaginaires, d'inventer des raisonnements risibles : 
» Eh bien ! j'adopte, moi aussi, ces jeux 3 , et je les éclabousse 
» avec leur boue 4 . » 

Nous avons déjà vu plusieurs de ces répliques qui sont simple- 



1 Proverbes. III, 34, 

* II Samuel, XXII. 27. 

3 Allusion à Isaïe, LXVI. 4. 

* Malach'e, II, 3. — L'auteur du Séfer N>zachon, Lippmann de Mulhausen, à la 
fin de son ouvrage. s>xprime dans des termes analogues : UN ttï^N aba ÏT»Z3p^ bfiO 
Stîip^n "Haï TIT 1 nmtXS ffipa lTIH D"WBb rtmK : voir mss. de Paris, 
n° 735, f'° 94 a. Le Talmud avait déjà dit : X'T^ RTVttaT'bîa 12 NTDN Nmaafb ba 
fiOTlUT « Toute raillerie est défendue, excepté les railleries contre l'idolâtrie qui 
sont permises [Meguilla 2o b). » 



30 KKVUE DES ETUDES JUIVES 

ment des arguments ad hominem, et qui rentrent plus dans le 
domaine de la fantaisie que d'une rigoureuse exégèse. On se rap- 
pelle peut-être pourquoi, au dire de Joseph Kara, le judaïsme ne 
fait point usage de cloches (t. I, p. 240) ; pourquoi, au dire de Jo- 
seph de Chartres, Dieu choisit un buisson d'épines pour s'y révé- 
ler à Moïse (p. 246). Voici quelques autres extraits de notre 
manuscrit où régnent la même allure caustique et le même franc 
parler : 

bra ">3ia ûto ma ^ nE&w ab rm ^b» frti n"ni-;b hwû ^iz»n nbau) 
!-7D^i n-prrb mnsnd n» wn nirny j-idiit !-t"npn dnb m^n rrowna 
"p^b d^idjtti d^bpbiptt dm draîi *r b? d'wa rvrnb 'j^n? dr diT© 
. wa icnaa d^în ma 13 dï-ia aindi» nxi ab 

« Des suppôts de l'enfer demandèrent à R. Nathan pourquoi, 
» dans le récit de la création, l'œuvre du deuxième jour n'est pas 
» accompagnée de la mention « c'était bien ». Il répondit : «Dieu 
» prévoit l'avenir, il connaît d'avance les événements futurs ; il 
» savait donc que dans un temps ultérieur beaucoup de gens 
» seraient égarés par l'eau (le baptême) et se perdraient de la 
» sorte. Aussi ne voulait-il pas qu'il fût dit de la création de 
» l'eau, œuvre du deuxième jour que « c'était bien * » (n° 2). 

Cette question du baptême revient encore une autre fois et n'est 
pas traitée plus sérieusement : 

mn "j^d ftrra sp^ n"nrib bais ^na n>o*D ; ftDM ibbin barw* ^an 
n^N ?ntt"ia nnN ritt finai nb ^mioK naina bania^ na?i tr^r? i^paro 
j^bn TOa^a na^ia dma ni-PEi snnn^i p ib then itt^b i^d iht ^b 
■Haa* ama nabdbn:n nuîmn iabï-i «bia dm» baa 1*12513 a^a idbabn:: 
ain )wo ib ^mttN défait ^s b* dd^binb nb !-ptt ipbns îifcb a"a ^b n^N 
ibib^K ib ^mfcfcn ©in^sïi "^baro "p nna a^wa 'jbdbro Nbn bwa îtwb 

; maa tPïro ">sb mb?b 1*2 diib mn pbn 

L^s enfants d'Israël marchèrent à pied sec (Exode, XIV, 29). 
Un clerc demanda à R. Joseph : « Quel symbole y a-t-il dans ce 
» fait que les eaux se sont divisées pour livrer un passage aux 
o Israélites? — Et toi qu'en penses-tu ? lui répliquai-je. — Il me 
» dit : C'est le symbole du baptême. — Très-bien, répondis-je; 
» seulement ceux qui passèrent à pied sec et sans être touchés par 
» l'eau furent sauvés, tandis que les autres périrent. A quoi il 
» objecta : — Mais pourquoi les eaux se sont-elles séparées ? Dieu 
» pouvait faire passer les Israélites par dessus. ~ C'est un signe. 
» dis-je, que nous vivrions mêlés à vous, sans être touchés par 
» l'eau (du baptême). Ensuite il me demanda la véritable rai- 

1 Le Cod. Opp. n° 31 de la Bodléienne rapporte la même réponse : bll) d^fà *>"y 
T"3>ba ïlîfliMIDa 'pmpttJ TOUS • Neubauer, dans Zeitsrhrlft de Geiger, 1871, 
p. 215. 



LE LIVRK DE JOSEPH LE ZELATEUR 31 

» son, et je lui dis : Si Dieu n'avait point fendu les eaux, ils au- 
» raient eu plus de mal à passer, la mer étant haute (n° 27). » 
Je continue mes citations. Un apostat veut prouver à Rabbénou 
Tarn que le fameux ttV'iB (Siloh) de la bénédiction de Jacob dési- 
gne Jésus-Christ, à cause de l'acrostiche ïbi J-jWj aa 8 * (= W*). 
Le rabbin le paie de la même monnaie et riposte par un autre 
acrostiche formé avec les deux mots suivants, et qui donne le 
mot d*m il les égarera : 

1T53-1 »b!Tl iTXÛn ÏTÏ *pN ïlb'nDttJ TlttMTI "pN n"-|b -|!ON ^HN Ittl^tt 

■rçMn û*W nrîp*»* -p-inN ttan nm p n"n b"« ïbi nb^ÛJ Na^ ainsi! 
(n° 23) ,û3>m f»i in» ujrii nwn ^diot main 

Un cordelier trouve dans le serpent d'airain auquel les Israé- 
lites doivent la guérison le symbole de J.-C. sauveur des hommes. 
« C'est bien cela, lui dit R. Nathan, le serpent d'airain représente 
bien Jésus crucifié; et il suffit de le voir dans cet état, pour être 
guéri de l'envie de croire en lui (n° 35) : 
TWtrsTt ram ï-nîi i^d WN ^na bain baia n^ren lansn ba oiafn 
'*1M ib *i»N . ûbirb rtWiB^i ïTtfa TT 1 b*i "nbn !-nn pus ^ibnîi 13DH ab un 
ibnpbpa "tans) îit f*wa min mni-hû ra bau> i^nb i^o niîi n^N fna 

. nwsn dï-ib u:i 

Les théologiens chrétiens soutiennent que les anges, dans la 
vision d'Isaïe, proclament la Trinité par leur eulogie : « Saint, 
saint, saint est l'Eternel Zebaoth (Isaïe, VI, 3). » Vous avez raison, 
leur réplique Kara, les anges ont commis en effet une hérésie, et 
c'est pour cela que le prophète s'est écrié immédiatement après : 
« Malheur à moi, car je suis un homme aux lèvres impures, 
pour n'avoir pas protesté, et je me trouve au milieu d'êtres aux 
lèvres impures, puisqu'ils osent parler de la sorte. «Mais on peut 
les réfuter plus sérieusement en disant que c'est Jà une figure de 
rhétorique comme « terre, terre, terre » (plus haut, p. 21) : 
i-TDi fcnprr a^m nTnizn tabia nttib d^ipns \\xyn ia-np ©mp ©Trp 
■osn dMsïï tmi tDiN ^a imjaia ^a -b ^n ïr*yw n^a "pb n-i^a 
ynN i73a dmmb ©i bas tien 'piD ûmsï) xïï'û uy ^înan inpntoiD 

(n° *7Tf) , ynN yna 

Le prophète Zacharie, qui aime beaucoup à parler par images, 
se représente lui-même sous les traits d'un berger, muni de deux 
bâtons, auxquels il donne les noms significatifs de No'am (bien- 
veillance) et de Hoblim (destruction). Ces deux bâtons, disent les 
chrétiens, figurent la croix. « Tant pis pour eux, ainsi s'exprime 
notre manuscrit, les deux bâtons furent brisés (Zacharie, XI, 10, 
14), preuve que la croix disparaîtra de la terre » (n° 99) : 
mbptti-i ^a anb *n« an?*i Tito iïto -i?oib dism . mbpE "5123 "6 np&n 

. yn^n 173 mai a-i*sn "ruars p un wjû 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dans les extraits qui précèdent, l'intention plaisante se remar- 
que plutôt dans la pensée que dans l'expression. Voici maintenant 
deux exemples de véritables jeux de mots, que leurs auteurs ont 
dû accompagner d'un sourire : mb bau::: . ^nzntûiab tnbn -wi 
iam»i ora N"irr n^ïi "nbnb î-û ûmio* i-rab unaipE t|o-n i"nîi ^na n"nïi 
-m-inc ^n . Dn bnn vàTOîab tTNibn "»5Q^i a^nsi ithûs isbs nibnb 
DnsHiDn b^ iraobn dn N"s .Nb îdn iâw un pzzi vn ûwbn ^tDn ' n s^ 
.miiDna Nba rn^ibn ttma « On a demandé à l'oncle de R. Nathan, 
» R. Joseph de Chartres : « Pourquoi avez- vous agi de la sorte à 
» l'égard de Jésus? » Il répondit : « C'est qu'il nous avait menacés 
» de nous pendre tous à son retour, comme il est dit : ù^sribn ra^i 
in:niz3fcb : Mon peuple sera pendu à mon retour (Osée, XI, 1). » 
» R. Joseph voulait rire. La véritable explication de ces mots est 
» celle que donne Raschi : Mon peuple reste en suspens, il ne sait 
» s'il doit venir vers moi ou non. Autre explication : Mon peuple 
» est suspendu au retour vers moi, c'est-à-dire, son salut y est 
» attaché » (n° 88). 
i^se p^îi b"a Tria cn3K banian "p^n D3> -mb ^br; }n3 Yntt row 

">3pmb ^n -ma intt^ .vn br narb ^oaab ^d asn iai*i« *nB3fâ wnt 
'ibs vimM ttitm wïïn . tr» ■'b* ■psma ims b*a itoan bs> t^» ids 

, inbïifrijra m»» TttntDttb -nas&t ■»« Tibias 

« R. Nathan alla un jour trouver un évêque pour lui parler au 
» sujet d'un Israélite qui avait été baptisé de force i . L'évêque lui 
» demanda : « Où est-il dit qu'on ne doit pas accepter de conver- 
» sions forcées ? » R. Nathan répliqua : « Un Israélite ne peut pas 
» recevoir le baptême, car voici ce que dit Jérémie (Lament., III, 
» 51-53) : mes ennemis m'ont pourchassé gratuitement comme 
» un oiseau, pour me contraindre de trahir mon culte, ils m'ont 
» poussé dans le fossé, pour me faire violence ; les eaux se sont 
» répandues sur ma tête, malgré moi ils m'ont aspergé des 
» eaux du baptême, mais f ai dit : je suis circoncis - (TntM = 
» ^nbïiw) je ne veux pas du baptême, puisque je suis circon- 
» cis » (n° 130). 

Je terminerai enfin cette longue suite de citations par un der- 



1 Les papes s'élevèrent souvent contre les conversions imposées par la l'orce : voir, 
par exempie, dans Raynaldi, I, p. 124, les bulles de Clément III en 1188 et de 
Grégoire IX en 1235. Le 3 e Concile de Latran décrète en 1179: Iudœi ad baptismum 
non sunt compellendi ; Graetz, VI, p. 400. 

2 R. Nathan joue sur le mot Tflï3!3 « Je suis coupé, détruit • qu'il prend dans le 
sens de circoncire. Je ferai remarquer d'ailleurs que le mot *iî3 est employé souvent 
dans le Talmud comme équivalent de bl!?2- Dans le moyen âge le Mohel ou périto- 
niste s'appelait aussi TH3 ; voir Luzzatto, Ozar Nechmad, II e année, p. 10; et 
Giïdemann, 1. c p. 198. 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEl R :J3 

nier passage où H. Joseph s'explique sur la défense de la viande 

de porc, défense qui a fourni matière à tant de moqueries, et dont 

l'antiquité païenne s'était déjà égayée : 

b© ns\-iri "P3&5 rtfim ïrin thn nb; ■sba© . D*nBa ia Tnnr; dni 

,Tnn d^baoN brvwïi un dD^ttbab ©^ losn tia *b "i?:n ir'nbx Ttn 

n» in©» fnari «b© rran da> ina "TOît ansna© ïTtt n©a>a ib vh!»» 

ttb ma» p ©*m ^b^a 'jevat vpdïi ttb^a nb n»N rrba labr: vd 

îma "nwp rtb *i»8 p ©*m -pana b* im« ^©i binn- ^b \N-ip 

rrrt wo iwib baia nab "na© ^ab nb naia ïtïi aa p ©a>m •jBvaKa 

"W3N©a bas maa ttnarta ttrm ab -pa r-m mair ïwïi a ni pan iai 

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xb Bjfion Kb natin ab ^aî-na îaan» ^ïiba 12b !-n£©a -p , inama 

-:x lanai-ta iwia «b "pai «in fi ïwpa la&n atra aimai aiaan 

■rça© ia aerns matai Tin biaa ^nbab 12b fnawtt ba« naama ba nab 

n«ta fm» fwwp» iswaa "pa ©^ nbann na a^aiNi îaib* pîtonn ùtn 

(n° 47) »inai pvœ '!-; naaw îit ban lawiab lanarjN wna 

« Un curé, qui avait devant lui un morceau de porc rôti, me 

» dit: « Quel préjudice cela peut-il porter à votre Dieu que vous 

» mangiez du porc? » Je lui répondis en ces termes : « Un Israélite 

» fit un jour à un de ses amis le pari que sa femme lui obéirait 

» en toutes choses. Ils se rendirent auprès d'elle. Le mari lui dit : 

« Ote ton voile ! » et elle le fit. « Appelle le chat et pose-le sur tes 

» genoux ! » Aussitôt fait que dit. « Attache-le avec ton voile ! » 

» Et elle d'obéir. Si le mari avait dit: « Va, achète-nous des 

» vivres pour nourrir notre maison », c'eût été un ordre raison- 

» nable, et la docilité de la femme n'eût pas témoigné de son 

» amour ; mais par cela qu'elle a exécuté des ordres futiles et 

» bizarres, elle montra clairement combien elle l'aimait. Il en est 

» de même de nous Israélites. Lorsque notre Dieu, notre Maître, 

» notre Ami, nous dit : « Tu ne tueras pas, tu ne commettras 

» pas d'adultère, tu ne voleras pas, etc., » notre obéissance est 

» toute simple et ne prouve pas combien nous aimons notre 

» Créateur. Mais quand il nous prescrit de nous abstenir de porc 

» ou qu'il nous impose d'autres lois de ce genre qui excitent la 

» surprise du monde et lui font dire : « Quelle utilité peut-il y 

» avoir à suivre de tels préceptes ? » alors notre empressement 

» à obéir est une grande preuve de notre amour pour notre 

» Créateur, et c'est en ce sens que le Psalmiste a dit : Dieu 

» éprouve le Juste (Ps., xi, 5). » 



A en juger par tout ce qui précède, le recueil inédit dont nous 
avons entrepris de rendre compte, n'apporterait peut-être pas, 
T. m. 3 



34 REVUE DKS ETUDES JUIVES 

s'il était publié,, une large contribution à la science de l'exégèse 
biblique. Les représentants des deux cultes qui s'y escriment de 
leur mieux au profit de leurs croyances respectives, sont préoc- 
cupés avant tout de triompher de leurs adversaires et se soucient 
médiocrement d'interpréter suivant les règles de la grammaire et 
de la logique les textes qui forment l'objet du débat. Cependant 
tel qu'il est, le fcttpttn ïjdt 1 ne manque pas de pages qui méritent 
d'être placées à côté de ce que l'exégèse saine et rationnelle de 
nos grands commentateurs du moyen âge a produit de plus distin- 
gué. Cela est vrai particulièrement des notes étendues qu'il donne 
sur les Prophètes et encore plus de ses commentaires sur les 
Psaumes. 

Mais là n'est pas l'intérêt principal du recueil : cet intérêt il 
faut le chercher plutôt dans ces curieux traits de mœurs qu'il 
fait passer sous nos yeux, dans les échappées qu'il nous ouvre 
sur la vie sociale des Juifs dans la France du moyen âge et leurs 
relations avec le monde chrétien. On l'a remarqué avec raison *, 
malgré l'énorme quantité d'ouvrages hébreux qui nous viennent 
de cette époque, nous ne possédons que de très rares renseigne- 
ments de cette nature, à tel point qu'on serait tenté par instants 
de croire que nos ancêtres, absorbés dans l'étude de leur loi et 
retirés au fond de leurs juiveries, formaient une société absolu- 
ment isolée, fermée à tous les bruits, à toutes les agitations, à 
toutes les influences du dehors. En lisant le arapErt ê]D"P, on s'aper- 
çoit bien vite que ce serait là une idée fausse, une illusion d'op- 
tique. Les Juifs sont mêlés de toutes parts à la société générale ; 
ils ont avec les Chrétiens des rapports fréquents et étroits, qui ne 
sont pas seulement des rapports de négoce et d'argent ; ils discu- 
tent librement avec les hauts dignitaires de la chrétienté, comme 
avec les simples moines, les questions les plus brûlantes, les points 
de doctrine les plus délicats; et ce phénomène remarquable se 
produit non seulement aux époques relativement calmes et heu- 
reuses, où ils jouissent de la bienveillante protection du chef de 
l'Etat, comme au temps de Louis VII, mais encore plus tard, 
quand ils sont déjà sous le coup de mesures vexatoires et violen- 
tes, comme au temps de Philippe-Auguste et de saint Louis. Cela 
prouve, ainsi que l'a établi ici-même un écrivain bien informé -, 
que les lois ne donnent pas toujours la mesure exacte de l'état 
social d'un pays et que la vie morale des nations se compose 
d'éléments bien complexes et parfois contradictoires. 



! Graetz, VI, p. 435. 

- M. Siméon Luce, dans la Revue. I. II, p. 16 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZELATEUR 35 

A part cette impression d'ensemble qui se dégage avec force de 
la lecture duacpftfi tpv, il s'y rencontre nombre de détails inté- 
ressant L'histoire, tant an point de vue de la société générale du 
moyen âge qu'au point de vue spécial du judaïsme et de ses adhé- 
rents. La guerre est à l'état endémique dans cette société chré- 
tienne; les peuples se précipitent à l'envi les uns contre les 
autres avec une arrogante furie et un déploiement bruyant de 
forces 1 , l'Occident chrétien unit toutes ses ressources guerrières 
contre l'Orient musulman - ; les violences, les rapines sont à 
l'ordre du jour, et personne n'a jamais la vie assurée (plus haut 
p. 19). Cependant, à entendre les docteurs de l'Eglise, eux seuls 
sont en possession de la vraie foi : tous les autres hommes, même 
les descendants directs d'Abraham vivent dans l'erreur, et ne con- 
naissentpas Dieu 3 . Mais ce Dieu, ils sont les premiers à le négli- 
ger, et à le rejeter à Farrière-plan ; leurs prières s'adressent de 
préférence aux Saints 4 , dont ils visitent sans cesse les tombes ; ils 
se rendent en pèlerinage sur les sépulcres de saint Jean et de saint 
Pierre, y passent des nuits entières 5 , et les enrichissent de leurs 
offrandes (i . 

Sur la condition faite aux Juifs pendant le xn° et le xm° siècle, 
les renseignements, comme on peut s'y attendre, sont encore 
plus abondants. Les plus graves accusations, dirigées contre eux 
par les populations chrétiennes, pendant ces siècles d'ignorance 
et de brutalité, trouvent un écho dans les rapides discussions que 
notre recueil a si soigneusement conservées. La plupart ont déjà 
été signalées ; je me contenterai d'indiquer encore le reproche 
d'avoir condamné et fait mourir Jésus, reproche que les Juifs 

1 ©à-DM ancr; ûdn bna asa ©ina ania 'pso fïfria tniûio b"i3> d^b "pK 
iiD*)tûb ï-irom bwn nhbr^ sibfcœi «jna ■paa "pao bs ^ ïitjbn ban 
n ifioai b*na ta:na a^abin ana nw^o tpsbin dna^a ion nbaa» 
danbiî "pan da^rn aam^iao mn ^baia ana awa ïrbb™ nbM"! 
Mm nbbr^ ï-fbfcto Sa ■pian? danaia iv anria r-namb tabnso 

(N° 80 sur Isaïe, IX, 4.) 

2 s-mDttï-raa iin* n^a »bi '- n»E irïin tnbis bu aoîira ïma» irriN 

(ibid.) a^bac^u^ "p 31 û^* V n rnttnbttn nnn nb^aN n»na 

3 to»b ^no^» ira mfciN na^i rmap mn bacM^ ^n aïma-ibi 

(N° 103 sur Malachie, I, 11.) .tTYlîTO rtWlQ fnUl* T**" 1 ^" 3 P^ 

4 tPttTpîi -cpnb a^abin ww d^ie-in dn -p n^n 'pan nia a twnpb 
. fcafmaTï] ï-tt ba un ^ssn ba "n^an np^ dma pun^i dïib û^bbcn^i 

(N° 111 sur Ps. XVI, 2.) 

5 rnmwi bs trebiïitt tms «rr* ■»■£■* ûmsm D*napa a^nwi": 
ï-îb-^b- Sa &maw pim wipVi apan wipb trabnnia ta^ian ifta 

(N° 8o sur Isaïe, LXV, 4.) 

c , irnna r-rnsTo i-rma t^rtn ^fipm mm»n b* nnnpn û-w? dm 

(N° 103 sur Malachie, I, 11.) 



REVUE DES ETUDES JUIVES 

repoussent de toutes leurs forces en se fondant sur les paroles 
mêmes de l'Evangile *. Nous pouvons saisir aussi sur le vif, dans 
ces pages qui n'ont pas la prétention d'être une histoire et qui n'en 
méritent que plus de confiance, la situation précaire où vivaient 
les Israélites, les spoliations dont ils étaient trop souvent les vic- 
times, l'arbitraire qui, pour eux, remplaçait la protection des 
lois. Assez souvent, au cours d'une simple explication de textes, 
il se fait entendre comme un cri d'angoisse ou une sourde plainte. 
Les souffrances, les vexations du présent servent de commentaire 
aux sombres prévisions des prophètes ou aux tristes peintures 
sorties de la plume des psalmistes. On ne se contente pas de con- 
fisquer la fortune de ces pauvres parias, au mépris de tout droit 
et suivant le caprice du moment 2 , on trafique même de leur per- 
sonne comme d'une marchandise qui passe de mains en mains, et 
on se croit tout permis à leur égard 3 . Que si de temps en temps 
on leur témoigne quelque bienveillance, c'est un marché qu'on 
fait avec eux et à beaux deniers comptants 4 . Aux violences s'a- 
joutent les railleries, les gens des plus basses classes, qui vivent 
des miettes tombées de la table des riches, osent leur faire voir 
un insolent mépris s . Hélas ! parmi les Juifs eux-mêmes il s'en 
trouve d'assez dénaturés pour trahir leur origine et leur foi, et 
poursuivre leurs frères par de dangereux sophismes . Mais n'im- 

1 a^iaa^ ^aa itttfn liiwttTD dmab brw nnmtt rroara diib mrû wi 
"i^n^tttt isirnaan iittb a>"an twi? [an] i-rtt ûwp d3\x *>5 dr»b brra 
mbaa ï^ii dYip d^t> ïi^a «btti ^hk isrnbs inm» ii:?a dmttwa Tun 

(N° 39 des répliques sur l'Evangile). , nb^fab aindttî 1533 b3!"î bfitttt: *715>1 
Cf. n° 93 sur Amos, II, 6 : p^£ fj33a andfa b^. 

2 îk inbw Nb niûN , mnatïi iba linsaio nbaia , mban îiî ira vum 

(No 119 sur Ps. LXIX.) , 1^3 nb^ ^53)3 lltttt "pbott dTO a^USN 

3 nantt mte b&ntt^ b^ na^a : i:ni-n lïrap n-asa rtt-ittîi ins n« ttan 
ïmao i^n : 173'wwN^ abn , man mn^w bîrbr ynn:n dm» !-»3ip rrn 
l^na-iM n?a i^apïï i^n i^-TWKi 'rt "p"" 13 ^- i»ni imisîai ,&nt:rïb 

.tambr l^nttttr; i^ttidï-î : lï-pbr Sftm >*b daïwm ,î"ïmttb ima 

(N° 100 sur Zacharie, XI, 4-5.) 

4 aa -iJaniû an d"H&n :tpa ^*ia oenn» .ïi*ttntt ïwin jfisp mn iw 

(N°118 sur Ps.LXVIII, 31), p^fr d^bïl^l £p33 NbN dTO 11X1 I^SIft pÉTO 

s nrr'ii:-' ,110* 153 iba pen "^ab nasi ^ÉWatt^ ^a pnab win nn» 
Vn'fcïib d^ra? btt d^n^iaa d^aiaTïr d^p'n d^bnrr nb^aN : n^o iatim ^a 
to-iaiarfi : "idia imio mns^si . ^a i^w^n ^b^ trmiDîa baNttn +mo 

(N« 119 sur Ps. LXIX, 9, 13.) ,13 d^STlbn» nTOTD 
Ces doléances sur la déplorable situation des Juifs sont tirées pour la plupart des 
commentaires de Joseph Bechor-Schor, et se rapportent évidemment au règne de 
Philippe-Auguste, dont les premiers actes furent si funestes aux Juifs (Grœtz, VI, 
p. 247). On peut conclure de là que J. Bechor-Schor vivait encore dans le dernier 
quart du xn° siècle. 

6 R. Eliahouj auteur de la préface de N3p73ïl T\0^ écrit ceci : 

ab -«a ^>y bT&tta nsm sîpnn tp^ marirt diaa \nNnp ini 



LE LIVRE DE JOSEPH LE ZÉLATEUR 37 

porte : ils ont beau dire, Israël reste toujours le peuple de Dieu, 
et il peut compter sur un avenir meilleur '. 



Le recueil de fittpfctt rpr\ dont nous venons de montrer le pais- 
sant intérêt, a-t-il exercé quelque influence sur la littérature 
rabbinique postérieure? Occupe-t-il la place qu'il semble mériter 
dans l'ensemble de ces ouvrages que nous a légués le moyen âge 
juif, si fécond en productions littéraires, exégétiques, morales, de 
toute espèce et de toute valeur ? C'est la dernière question qui 
nous reste à examiner. A ma connaissance, il n'est cité expres- 
sément par aucun des écrivains qui ont vécu après les Nathan et 
les Joseph officiai, pas même par ceux qui ont entrepris la même 
tâche que ces derniers : défendre le judaïsme contre les attaques 
de ses ennemis. On dirait qu'il est tombé dans un complet oubli. 
Peut-être l'expulsion des Juifs de France, qui eut lieu en 1306, un 
petit nombre d'années, par conséquent, après la composition de cet 
ouvrage, ne fut-elle pas étrangère à ce fait qui paraît surprenant. 
Les liens avec le passé étaient violemment rompus : les Juifs de 
France furent obligés de chercher ailleurs une nouvelle patrie, de 
nouvelles destinées, et l'on comprend qu'une œuvre, essentielle- 
ment française par l'origine, par les adversaires aux prises, par le 
fond et par la forme, et qui du reste n'avait pas une utilité prati- 
que immédiate comme les travaux des casuistes ou les commentai- 
res universellement adoptés des exégètes, ait quelque peu échappé 
à l'attention de la postérité. 

Vn certain nombre de discussions rapportées par le wpttfi £p*n 
se rencontrent, il est vrai, dans d'autres recueils de même nature, 
mais sans qu'on puisse affirmer que ce soit par suite d'emprunts 
directs. Le Nizzaclion, publié par Wagenseil sous le nom de 
fc ïinatD, et qui a vu le jour en Allemagne, offre quelques rares 
points de contact avec le qo*i\ notamment pour la discussion dé- 
veloppée sur la mère de Jésus, que soutient Nathan officiai devant 
l'archevêque de Sens et pour les réflexions suscitées par certains 
passages de l'Evangile. De même Lippmann de Mulhausen, qui 



ïtt; tm *npîa tpan* is*»»* ^^s iba ^m&n *nos bsn bania^ vrbab 

revfwh r::n ûtd d^plnb n^aii ictm TWttb cpatt»ntti bnlnn "ntia lïm 

. dmbna na nbsa ïf^ai npnb dmttar npnn bsm npœ 'nni by 

Joseph Kimchi, dans le $éfer haèrith, qui est également un ouvrage de polémique 
religieuse, s'exprime dans des termes presque identiques; voir le recueil r\lZTVJ2 
~mn Constantinople 1710 p. 19 a; Geiger, Ozar Ncchaad , l ,c année, p. 116. 

1 Dans un grand nombre de passages du recueil. 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

commente à sa façon et clans un ordre méthodique les textes de 
l'Ecriture exploités par les théologiens chrétiens, se rencontre 
parfois avec notre recueil ; mais là encore il ne semble pas qu'il y 
ait eu un rapport de filiation entre les deux ouvrages. 

Le ivpti- tpv paraît avoir été plus souvent mis à. contribution 
par les recueils des Tossaphot sur le Pentateuque qui sont, comme 
lui, d'origine française, et remontent à la fin du xm e et au com- 
mencement du xiv e siècle, tels que le Daath Zeliénim, le Min- 
liath Iehonda, le Panêacli raza, que nous avons eu occasion de 
citer dans le cours de ce travail. Là un grand nombre de répli- 
ques de notre recueil se trouvent reproduites, quelquefois avec le 
nom des rabbins à qui elles sont attribuées, plus souvent sous une 
forme anonyme. Il existe encore dans les bibliothèques publiques 
une certaine quantité de recueils inédits de commentaires de rab- 
bins français, qui contiennent bien des passages dont notre ma- 
nuscrit pourrait à bon droit revendiquer la paternité : tels le 
manuscrit de Munich d'où le D r Berliner a tiré une vingtaine de 
morceaux copiés presque textuellement du Nipftï-r îp-p, et plu- 
sieurs manuscrits de la bibliothèque d'Oxford dont M. Neubauer a 
donné des spécimens dans le journal de Geiger (année 1871). Il 
est probable que les autres grandes bibliothèques renferment des 
recueils analogues, et l'on peut conclure ainsi qu'en France du 
moins, et dans les premiers temps, notre recueil a été beaucoup 
lu et beaucoup reproduit. 

Quoi qu'il en soit, nous pensons que la publication du ttiptoî"; tpv 
ne serait pas une entreprise oiseuse. Bien entendu, ce n'est pas 
à titre d'ouvrage de polémique que ce recueil nous paraît mériter 
l'attention du monde savant. Ces discussions subtiles qu'affec- 
tionnait le moyen âge sont passées de mode, et les armes qui 
servaient aux rabbins et aux prêtres pour l'attaque ou pour 
la défense sont quelque peu émoussées. La critique moderne a 
d'autres exigences, qui ne peuvent être satisfaites à si bon compte. 
C'est du reste l'honneur de notre temps et de notre pays, si sincè- 
rement épris de tolérance et d'équité, que les différentes croyances 
puissent vivre côte à côte, sans se combattre et se déchirer mu- 
tuellement. Mais cela n'empêche nullement de recueillir avec un 
soin jaloux ces précieuses épaves du passé, qui nous permettent de 
pénétrer un peu plus dans l'intimité des générations disparues, en 
nous donnant le spectacle vivant et animé de leurs mœurs, de 
leurs idées et de leurs passions. 

Zadoc Kahn. 



LA CONTROVERSE DE 1240 



SUR LE TALMUD 1 



XV US . Asserunt eciam Dominum peccasse. Hoc legitur in Kazas- 
■\t/i/i, in macecta Sirassim, in perec Illu terefod (i. e. iste rapte). 
« Scriptum est : Fecit Deus duo magna luminaria, et scriptum est : 
» Luminare magnum et luminare parvum (Gen. i, 46). Dixit luna 
» co-ram Sancto benedictus sit ipse (coram Deo) : Domine seculi, est 
» possibile duc-bus regibus quod serviant uni corone ? Dixit ci Deus : 
» Vade et minora te ipsam. Dixit coram eo : Domine seculi, quia 
» dixi coram te verbum decens, minorabo me ! Dixit ei Deus : Vade 
» et presis diei et nocti. Dixit ei : Quid valor candele ad meridiem? 
» Dixit ei Deus : Vade et Israël computent in te dies et annos. Et 
o ait illa : Similiter per dies computabunt terminos suos, sicut 
» scriptum est : Et erunt ad signa et ad terminos et ad annos et ad dies 

XV. Ils [les docteurs] disent aussi que Dieu a péché. Ceci se lit 

dans Kodascliim, traité de Sirassim [Htillin*], chapitre Êllu terefot (voici les 

bêtes déchirées), où il est dit : « Il est écrit 3 : Dieu fit les deux grands 

» luminaires, et il est écrit : Le grand luminaire et le petit luminaire. La lune 

■• dit devant le Saint béni soit-il (Dieu) : Maître du monde, est-il possible 

que deux rois se servent d'une seule couronne? Dieu lui répondit : Va, 

>i , rapetisse-toi. Elle dit devant Dieu : Maître du monde, parce que j'ai 

dit devant toi une parole [pourtant] convenable, je dois être diminuée ! 

Dieu lui répondit : Va et préside au jour et à la nuit. Elle répondit : Que 

ml une simple chandelle en plein midi? Dieu lui répondit : Va, les 

I-raélites fixeront d'après ton cours le comput des jours et des années. 

» Et elle dit : Mais ils compteront aussi leurs époques d'après le jour 

» [le soleil] , comme il est écrit : Et ils seront des signes pour les époques, les 

» années et les jours? Dieu répondit : Va, les justes seront nommés d'après 

1 Voir tome I e -, p. 247 et t. II, p. 248. 

2 F° GO h. Ce mot Sirassin se trouve encore ailleurs dans le ms. Serait-ce ù^Tiïî 
(conjecture proposée par M. Isr. Lévi) ? 

3 La lune est supposée avoir été, à l'origine, aussi éclatante que le soleil, mais elle 
veut avoir seule cet éclat, que Dieu diminue pour punir l'envieuse. Il lui donne en 
compensation l'avantage de servir à fixer le calendrier juif, qui se règle sur le cours 
de la lune, tout en tenant compte, il est vrai, par l'embolisme, du cours du soleil. 



/jO REVUE DES ETUDES JUIVES 

» [ibid.j. Dixitque ei Deus : Vade et iusti vocentur nomine tuo, 
» Jacob parties, [suppl. Samuel parvtis] et David parvus. Vidit illam 
>■> Deus quod non resederat animus eius et ait Deus : Afferte super 
» me indulgcnciam, quod minoravi lunam, et hoc est quod dicit 
» Relakys : Quarc demittatus est edulus principii mensis ? Quoniam 
» diciturin eodem [Num. xxviii, 15] : Dixit Deus, edulus iste sitin 
ï> indulgenciam super me quod minoravi lunam. » 

XVI US . Et penituisse iuramenti quod fecit in ira. Hoc legitur 
in Mohed, in macecta Aguigua, in primo perec, ibi dicitur : « Qîtod 
iuravi in ira mea, in ira mea iuravi et penitet me. » 

[XV1I US .] Et sibi maledixisse quia iuraverat et absolucionem 
exinde postulasse. Hoc legitur in Jessuhot, in macecta Bava Batra, 
in perec Hamocher, ubi dicitur : « Dixit Rava filius filii Anna : Dixit 
» mihi quidam mercator : Veni, ostendam tibi montem Syna. Et 
» vidi quod circumdabant eum scorpioneset erant sicut aggeres albi. 
» Et audivi filiam [f° 215 a] vocis (vocem Dei) dicentis : Gay (vhe) 
» mihi, quia iuravi (glosa : de subieccione Israël), et modo quia 
» iuravi quis absolvet me? Gumque venissem coram magistris, 



» toi [qui est plus petite que le soleil], Jacob le petit, [Samuel le petit], David 
» le petit*. Dieu vit que le cœur de la lune n'était pas apaisé et il dit : 
» Apportez un sacrifice expiatoire pour moi, parce que j'ai diminué la 
» lune, et c'est cela que dit Rêsch-Lakisch : En quoi diffère [des autres] le 
» bouc [du sacrifice] de la néoménie, dont il est dit [qu'il est consacré] à 
» Dieu ? C'est que Dieu dit : Ce bouc sera offert en expiation pour moi, 
» parce que j'ai diminué la lune. » 

XVI. Et qu'il [Dieu] se repentit du serment qu'il avait fait 
dans sa colère. Ceci se lit dans Moëd, traité de Hagiga 2 , chap. 1 er , où 
il est dit : « Que j'ai juré dans ma colère, j'ai juré et je le regrette. » 

XVII. Et qu'il se maudit d'avoir fait un serment et qu'il a 
demandé a en Être relevé. Ceci se lit dans Yeschuot, traité Baba-Batra 3 , 
chap. ha-Moklier, où il est dit : « Rabha, fils du fils de Hana, dit : Un 
» négociant m'a dit un jour : Viens, que je te montre le mont Sinaï, et je 
» vis qu'il [le mont Sinaï] était entouré de serpents et c'était comme des 
» monceaux blancs. Et j'entendis une fille de la voix (voix de Dieu) disant : 
» Oï (malheur) à moi, de ce que j'ai juré, (glose : [juré] la sujétion d'Is- 
» raël),ct maintenant que j'ai fait ce serment, qui m'en relèvera ? Et quand 
» je vins devant les docteurs, ils me dirent : Tout Abba k est un âne, et 

1 Samuel parvus est sans doute interpolé dans nos textes. Dans urie des lettres de 
David Kimhi ù Juda Alaf'khar (celle qui commence par les mots blî"ïN Ittb), ce pas- 
sage du Talmud est cité, mais les mots "j^p bN"l73!L5 ne se trouvent pas dans la 
citation. Jacob est petit, par allusion à Genèse, xxvn, 15 et 42 ; David, par allusion 
ù I Samuel, xvi, 11 et xvir, 14. Pour Samuel nous ne savons sïi s'agit ici du pro- 
phète ou du docteur Talmud appelé Samuel-le-petit. 

2 F° 1() a. Voir article XIV. 

3 F° 73 h à 74 a. 

* Le docteur qui parle s'appelle Rabba =-. Rabbi Abba : ceci s'adresse donc à lui- 



LA CONTROVERSE DE 1240 SUU LE TALMUD 41 

» dixerunt mihi : Omnis Rava asinus, omnis filius filii Ana inscius ; 
» erat tibi ad dicendnm : mutharlach, mutharlach (i. e. solutum tibi, 
» solutum tibi, hoc est : absolvo te). Et ille putavit quod iuramen- 
» tum de diluvio illud (esset), et magistri (dixerunt) : Si ita est, quid 
» est Veh mihi* » Glosa : « Si de iuramento diluvii est, quare dixit : 
Tch mihi, cum iuramentum esset bonum? » sed quia de iuramento 
subieccionis erat, dicebat Veh mihi, propter dolorem quem inde ha- 
bebat, sicut scriptum est : In omni triàulacione eorum est ei tribulacio 
(Ys. lxiii, 9). » Tamen ibiest lo pcr lameth et aleph scriptum, quod 
significat non, et legunt lo per lameth et vahv, quod significat ei. 

XVIII™. AC SINGULIS NOGTIBUS SIBI MALEDICERE QUIA DIMISIT 

templum et israel subdidit servituti. Hoc legitur in macecta Bra- 
fcod (quod interpretatur benedicciones), in primo perec, secundo folio, 
ubi dicitur : « Trescustodie sunt innocte, et supra 1 quamlibet custo- 
» diam est [lege : et] custodia[m] sedens Deus et damans sicut leo et 
» dicens : Veh mihi, quia destruxi domum meam et combussi pala- 
» cium meumet captivavi filios meos inter gentes seculi. Dixit Rby 
» Ioce : Semel intravi desertum unum de parietinis Ierusalem ad 
a orandum, venit Helyas rememoratus in bonum et custodivit mihi 



» tout fils du fils de Ilana est un ignorant ; tu aurais dû dire [à Dieu] : 
» Muttar lakh, muttar lakh, (cela t'est permis ! cela t'est permis ! c'est-à- 
» dire : je t'absous 1 ) ; mais lui [Rabha] croyait que la voix parlait du 
» serment du déluge 2 , et les docteurs (dirent) : S'il en était ainsi, qu'au- 
» raient signifié les mots : Malheur à moi ! » — Glose 3 : « Si la voix avait 
parlé du serment du déluge, pourquoi aurait-elle dit : Malheur à moi! puis- 
que ce serment était bon ? Dieu avait donc parlé du serment de sujétion, 
et il dit : Malheur à moi ! à cause de la douleur qu'il en éprouvait, 
comme il est écrit : Dans toutes leurs souffrances, il y a souffrance pour lui 
[pour Dieu] ». Il faut pourtant remarquer qu'il y a là lo par les lettres 
lamed et aleph, ce qui signifie non, et les Juifs [déjà la Massora] lisent lo 
par les lettres lamed et vav, ce qui signifie à lui [Dieu] 4 . 

XVIII. Et que chaque nuit il se maudit d'avoir abandonné le 
temple et soumis Israël a la servitude. Ceci se lit dans Berakhot s 
(bénédictions), chap. 1 er , folio 2, où il est dit : « La nuit est divisée en 
» trois veilles et pour chaque veille Dieu est assis et s'écrie et dit : Malheur 
» à moi! par ce que j'ai détruit ma maison et brûlé mon palais et livré 
» mes fils en captivité parmi les nations de la terre. Rabbi Yocé dit : Une 
» fois je suis entré dans une ruine des ruines de Jérusalem pour prier. 
» Survint Elie, de bonne mémoire, et il m'attendit à la porte [ou : me garda 
» la porte], et attendit jusqu'à ce que j'eusse fini ma prière. Je sortis, et 

' C'est la formule employée pour relever quelqu'un de son vœu. 
* Serment de ne plus faire de déluge, et naturellement Rabba ne voulut pas relever 
Dieu de ce serment. 

3 Interprétation libre de Raschi. 

4 L'auteur du ms. fait remarquer que le texte porte "■)!£ N5,il (Dieu) ne souffre pas, 
et non *£ ib, il y a souffrance pour lui. 

5 F° 3 a. 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

» ostium et expectavit me donec explevi oracionem. Exivi et dixit 
»*mihi.Helyas : Pax super te, magister meus, etrespondi : Pax super 
» te, magister mi et domine. (Et infra : ) Et dixit mihi : [f° 215#] Fili, 
» quam vocem audisti in isto dcserto ? Dixi ei : Filiam vocis rugien- 
» tis (gallice : bruient) ut columba et dicentis : Veh mihi quia f'eci 
» desertam domum meam et combussi palacium meum et captivavi 
» filios meos inter gentes seculi. Et ait mihi (Helyas) : Per vitam tuam 
» et vitam corporis tui, non hac hora solum dicit ita, immo in omni 
» die et die dicit hoc modo ; et non tantum, sed in termino in quo 
» Israël intrant domos oracionum et domos scolarum et respondeut : 
» Sit nomen eius (Magistri) benedictum, Deus quatit caput suum 
» dicens : Beatus rex qui laudatur in domo sua ita, vhe patri qui 
» captivavit filios suos et vhe ipsis filiis qui captivati sunt desuper 
» mensam patris sui. » 

XIX US . Item digunt eum àerahe fuisse mentitum. Hoc legitur in 
Iessuholy in macecta Bava mecya, in perec Hachoker, ubi dicit Rby 
Ysmael : « Magnum quid pax, quia [Deus] variavit in ipsa (i. e. 
» mentitus est pro illa), sicut scriptum est : Dixit Deus ad Abraham : 
» Quare risit Sara uxor tua dicens : Num vere paritura sum anus 
» (Gen. xvin, 1 3) ? Et non dixerat sic, sed : Postquam consenui et 



» Elie me dit : La paix soit avec toi, mon maître ! Je répondis : La paix soit 
» avec toi, mon seigneur et mon maître. . . Et il me dit : Mon fils, quelle 
» voix as-tu entendue dans cette ruine ? Je lui dis : [J'ai entendu] la fille de 
» la voix roucoulant (en fr. bruient) comme une colombe et disant : Mal- 
» heur à moi 1 de ce que j'ai dépeuplé ma maison et brûlé mon palais et 
» envoyé en captivité mes enfants parmi les nations du monde. Et il (Elie) 
» me dit : Par ta vie et la vie de ton corps 2 ! ce n'est pas seulement à 
» cette heure que Dieu a dit cette parole, mais chaque jour il parle ainsi, 
» et ce n'est pas tout, mais à l'époque où les Israélites entrent dans les 
» maisons de prières et les maisons d'études et disent : « Béni soit son nom 
» élevé 3 , » Dieu secoue la tête et dit : Heureux le roi qu'on loue ainsi 
» dans sa maison ; malheureux le père 4 qui a envoyé ses fils en esclavage 
» et malheureux les fils qui ont été exilés de la table de leur père. » 

XIX. Ils disent aussi que Dieu a menti a Abraham. Ceci se lit 
dans Yeschuot, traité Baba-Meciya s , chap. ha-Sohher, où Rabbi Ismaël 
dit : « Le prix de la paix est si grand, que Dieu lui-même changea pour 
» elle (mentit pour l'amour de la paix), comme il est écrit : Dieu dit à 
» Abraham : Pourquoi Sara ta femme a-t-elle ri disant : Pourrai-je encore 
» enfanter, je ne suis qu'une vieille femme ? Cependant Sara n'avait pas dit 
» cela, mais elle avait dit : linfanterai-je après que je suis âgée et que mon 

1 Le texte a : Malheur à mes fils ! car c'est à cause de leurs péchés que j'ai... 

2 Le texte a : Ta tête. 

3 C'est par erreur, sans doute, que le copiste du manuscrit a mis magistri en Ire 
parenthèse, comme explication de eius. 

4 Le texte a njsb "O !"îfà. Que doit l'aire le père ? 
s F 87 a. 



LA CONTROVERSE DE L240 SI U LE l'ALMi'l) '.;; 

« (fomiiius meus retulus est, etc. [Ib. 12], et Deus mutavit verba, ne 
» oflenderetur Abraham, quia ipsa vetulum vocabat eum. » 

XX ns . Et Samueli PRorHETE mandasse mentiéi. Hoc legitur in 
Nassym, in macecta Ieramo:, in perec Habahal Icrimor, ultimo folio, 
ubi dicitur : « Solutum (concessum) mentiri in re pacis, ut dicitur : 
» Pater Unis precepit noHs antequam moreretur ut hec iïbi vcrha dice- 

remus : Oisecro ut obliviscaris sceleris [f° 215 c] fratrum tuorum 
» (Gen. in fine, l, 16 et 17) (et menciebantur\ Dicit Rby Nathan : 
• Eleemosina est nientiri, scilicetpro pace), sicutscriptum est : Et ait 
o Samuel : Quonam vadam, etc. (Etinfra: ) Et dices : Ad inmolandum 
» Domino reni [I Sam. xvi, 2 et 3]. In domo Rby Hysmael dictum est : 
i Magnum quid pax, quia Deus menti tus est in ea, primo enim 
> scriptum est : Et dominus métis vetulus, et in fine scriptum est : 
» Et ego anus iGen. xix). » 

XXI US . Et postquam templum deseruit, ad mensujram UII or 

BRACHIORUM CERTUS SIBI LOCUS REMANSIT UBI STUDET IN PREFATA 

doctrina. Hoc legitur in Mohed, in macecta Bralwd (quod interpreta- 
tur benedicciones\ in primo perec, ubi dicitur : « A die quo déserta 
» fuit domus sanctuarii, non sunt Deo ni si IITI or ulne de halaka 
» tantummodo locus », i. e. quatuor brachiorum ubi studetin halaka, 
i. e. ïalmut. 

XXII US . Et cotidie exercet studium docexdo pueros qui dece- 

maître est un cieillard, etc.; mais Dieu changea ces paroles [de Sara], 
» pour qu'Abraham ne fût pas offensé d'avoir été appelé vieillard. » 

XX. Et qu'il [Dieu] aurait chargé le prophète Samuel de mentir. 
Ceci se lit dans Kascliim, traité de Yebamot*, chap. lia-Ba al yebimto, der- 
nier f°, où il est dit : « Il est accordé (permis) de mentir pour l'amour de la 
>> paix, comme il est dit : [Les frères de Joseph lui dirent : ] Ton père nous 
N a ordonné avant de mourir de te rapporter ces paroles : Je te conjure d'ou- 
» Hier le crime de tes frères, (et ils mentaient). Rabbi Nathan dit : C'est un 
» devoir (de mentir pour l'amour de la paix), car il est écrit : Et Samuel 
-» dit : Comment irais-je ? etc., [si Saiil l'apprend, il me tuera. Et Dieu lui 
» conseille de cacher l'objet du voyage] : Tu diras : Je suis venu pour offrir 
» un sacrifice à Dieu. Dans la maison de Rabbi Ismaël il a été dit : Le 
» prix de la paix est si grand, que Dieu mentit pour elle, car il est écrit 
» d'abord : Mon maître est un vieillard, et à la fin il est écrit : Je suis une 
» vieille femme. » 

XXI. Et après qu'il eut quitté le temple, Dieu se réserva un 
certain lieu grand de quatre coudées où il étudie la doctrine sus- 
dite [talmudique] . Ceci se lit dans Moè'd, traité de BeraWiot* (bénédictions) 
chap. I er , où il est dit : « Depuis que le temple est détruit, il ne reste à 
» Dieu qu'un lieu de quatre aunes de HalaMia, » quatre coudées, où il étu- 
die le lialaTilia, c'est-à-dire le Talmud. 

XXII. Et il [Dieu] pratique tous les jours l'étude [du talmud] en 

1 F° 65 *. 

2 F" 8 a. 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dunt tali sciencia non imbuti. Hoc lcgitur in Iessuhot, in macecta 
de Avoza zara (quod interpretatur servicium peregrinorum), in primo 
perec, ubi dicitur : « XII hore sunt diei, in tribus primis sedet Deus 
» et « myaucle » (i. e. studet) in lege ; in tribus secundis sedet et 
» iudicat totum mundum ; quando videt quod totum seculum reum 
)> est (gallice: audecoz), surgit a sede iusticie et sedet in sede miseri- 
» cordie ; in terciis sedet et régit (i. e. pascit) totum seculum. a rino- 
» cerante usque ad pulices; in quartis sedet ac ludit cumLeviathan, 
» sicut dicitur in Psalmo : Leviathan istum creasti ad ludendwn in eo 
» (Ps. civ, 26). Querit Aha a Rab. Nahaman : A tempore desercionis 
» templiaquo non fuit risus coram Domino? Sicut dicit Rby (Ysaac) : 
» Sicut [f° 215 d] scriptum est : Et vocavit Dominas, Deus exercitmim, 
)> in die illa ad fletum et ad planctum, etc. [Is. xxn, 12]. In tribus çruar- 
)> tis horis quid facit? Sedet et docet pueros de domo magistri (i. e. 
» qui decedunt dum docerentur adhuc parvuli), sicut scriptum est : 
» Qitem docebit scienciam et quem intelligere faciet auditum? Ablactatos 
» a lacté et fortes ab uberibus (Ys. xxviii, 9). Et ante, qui docebat 
» eos (q. d. tum ludebat cum Leviathan) ? Si vis die Mytraton (ma- 



L ENSEIGNANT AUX ENFANTS QUI MEURENT AVANT DE CONNAITRE CETTE 

science. Ceci se lit dans Yesclmot, traité de Aboda-Zara 1 (culte despayens), 
chap. I er , où il est dit : « Le jour a 12 heures ; pendant les 3 premières, 
» Dieu est assis et « myaude » (étudie) la Loi ; pendant le 2° quart, 
» Dieu est assis et juge le monde entier, mais voyant que le monde entier 
» est coupable (en fr. audecoz 2 ), il se lève de son siège de justice et s'as- 
» seoit sur le siège de miséricorde ; pendant le 3 e quart de la journée, 
» Dieu est assis et gouverne (nourrit 3 ) le monde entier, depuis le rhino- 
» céros jusqu'aux puces 4 ; pendant le 4 e quart, Dieu est assis et joue avec 
» le Leviathan, comme il est dit dans les Psaumes : Ce Leviathan que tu as 
» créé pour jouer avec lui. Rabbi Aha demande à Rab Nahman : [On dit que] 
» depuis la destruction du temple Dieu ne s'est pas réjoui [ou amusé, ou 
» n'a pas ri], d'où le savons-nous? De ce que dit Rabbi Isaac 5 : De ce 
» qu'il est écrit : L'Éternel Dieu des légions appela ce jour-là pour pleurer et 
» pour gémir etc. ? Pendant le 4 e quart que fait Dieu 6 ? Il est assis et 
» enseigne la Loi aux élèves de la maison du Patriarche 7 (qui meurent 
» à la fleur de l'âge et avant d'avoir achevé leurs études), comme il est 
» écrit : A qui enseignera-t-il la science et à qui fera-t-il comprendre ce qu'on 
» dit ? A ceux qui sont sevrés du lait et qui sont forts de la mamelle. Et 
» auparavant, qui leur donnait l'enseignement (au temps où Dieu jouait 
» avec Leviathan)? On peut dire que c'était le Métatron (ange supérieur), 

» F" 3 b. 

2 Ce mot se trouve encore dans d'autres passages du manuscrit, nous ne pouvons 
pas l'expliquer. Il faut peut-être lire « audetoz ». 

3 Ne faut-il pas lire pascit (i. e. régit), car il y a *JT dans le texte? 
* Le texte a Ù^S ■VJt'O, œufs de pou. 

5 Ces mots « de ce que dit R. Isaac » ne sont pas dans le texte. 

6 Puisque, depuis la destruction du temple, Dieu ne joue plus avec le Leviathan. 

7 Expression qui sert, en général, à désigner les élèves des écoles. Le patriarche 
(Rabban) avait une école spéciale attachée à sa maison, de là cette expression. 



LA CONTROVERSE DE 1240 SUR LE TALMUD 45 

» gnus angélus) et si vis die quod utrumque faciebat Dominus 
« simul » etc. Quod in macecta Avozazara superius reperies magis 
» pie ne, ex. d. 

XXIII US . ROGAT ECIAM SUPER SE IPSUM UT lUDEORUM DEBEAT MISE- 
REM. Iloclegiturin Mohcd, in macecta Brakod, in primo perce. « Dicit 
» Rby Iohan in nominc Rby Ioce : Undc quod Deus orat? Quia 
» scriptum est : Lelificabo eos in domo oracionis mee (Ys. lvi, 7), » non 
dicitur in domo oracionis sue, sed in domo oracionis mee, inde quod 
Deus orat. « Quid orat? Dicit Rab Papa : Sit voluntas coram me quod 
» pietates mee préoccupent iram meam et volvantur pietates mee 
» super Iudeos meos, et deducam me cum filiis meis in modum 
» pietatis, et quod intrarem cum eis in mensuram iudicii. » 

XXIIII US . AC RESPONDIT SE AB EIS VIGTUM IN DISPUTACIONE SUA 

super eadem doctrina. Hoc legitur in Iessuhot, in macecta Bava 
Mecia (i. e. Porta média), in perec Zalia (i. e. aurum), super quadam 
disputacione inter Rby Elyezer et sapientes discipulos, ibi dicitur : 
« Respondit Rby Elyezer omnes responsiones seculi [f° 216 a] et 
» non receperunt ab ipso. Dixiteis: Si est sicutego (dico), arbor ista 



» ou bien que Dieu faisait l'un et l'autre en môme temps [jouer avec 
» Léviathan et enseigner] etc. » Tout cela se trouve plus amplement plus 
» liaut dans le [résumé du] traité d'Aboda-Zara 1 . 

XXIII. Et il [Dieu] s'adresse a lui-même la prière d'avoir pitié 
des Juifs. Ceci se lit dans Ifoè'd, traité Berakhot*, chapitre I 0r : « Rabbi 
» Yohanan dit au nom de Rabbi Yocé : D'où savons-nous que Dieu prie ? De 
» ce qu'il est écrit : Je les réjouirai dans ma maison de prière. » Il ne dit pas 
dans leur maison de prière, mais dans ma maison de prière, « d'où je 
» conclus que Dieu prie. Quelle prière fait-il ? Rab Papa 3 dit : [Il dit :] 
» Que ce soit ma volonté que ma miséricorde l'emporte sur ma colère et 
» que ma miséricorde se tourne sur mes Juifs 4- , et que je traite mes enfants 
» avec la mesure de la miséricorde et que je me place avec eux en-deçà 
» de la mesure de la [stricte] justice. » 

XXIY. Et il [Dieu] avoue qu'il a été vaincu par les juifs dans 
une discussion sur cette même doctrine [talmudique] . Ceci se lit dans 
Yeschuot, traité Baba-Meciya 5 (porte du milieu), chapitre ha-Zahab (l'or), 
au sujet d'une discussion entre Rabbi Eliézer et les docteurs 6 , où il est 
dit : « Rabbi Eliézer donna toutes les réponses du monde, et les docteurs 
» ne les accueillirent pas. Il leur dit : Si la chose est comme moi (je dis), 
» que cet arbre-ci le prouve. L'arbre s'arracha de sa place, s'avança de 

1 Résumé qui se trouve dans le manuscrit, f° 186 a, ou f° 90 a de l'ancienne pa- 
gination ; il faut peut-être lire : [f°] xc (au lieu de ex) ? 
* F° 7 a. 

3 Le texte a : Rab Zutra bar Tobiyya au nom de Rab. Peut-être faut-il ajouter 
à ce dernier mot le nom de Papa. 

4 Le texte a : sur mes règles [sévères] de justice et les emporte]. 

5 F° S9 b. 

c ÛTWmTVBbn, disciples des docteurs. 



46 REVUE DES ETUDES JUIVES 

» probet ; eradicata est arbor a loco et ivit quatuor ulnas et rediit 
» et stetit in loco suo; dixerunt ei : Non afïert homo similitudine[m] 
» (exemplum) de arbore. — Dixit eis : Si est ut ego (dico), rivus 
» aquarum probet ; redierunt [aque] rétro ; dixerunt ei : Non affert 
» homo exemplum de aquis. — Dixit eis : Si est sicut ego, parietes 
)> domus scole probent; inclinaverunt se parietes scole adcadendum, 
» redarguit eos (parietes) Rby Iossua : Si discipuli sapicncium vin- 
» cant iste istum, quid vobis ad casum ? Non ceciderunt [parietes], 
» super honorem Rby Iossua, et non erexerunt se, super bono- 
» rem Rby Elyezer, et adbuc stant inclinati. — Dixit eis : Si est 
» sieut ego (dico), de celis probent ; exivit filia vocis (vox Dei) 
» et dixit eis : Quid est vobis juxta Rby Elyezer, verum enim est 
» sicut ipse (dicit) in omni loco. Surrexitque Rby Iossua super pedes 
» suos et ait : Non est in celh illa (lex) [Deut. xxx, 12], (scilicet) quid 
n est non est in celis illa ? Iam data est nobis super montem Syna et 
» scriptum est in ea : Post plures declinaàis [Ex. xxxn, 2]. Invenit 
» Rby Nathan Helyam et dixit ei : Quid dixit Deus in illa hora? 
)> Respondit : Risit et dixit : Vicerunt me filii mei, vicerunt fini 
» mei. » 

XXV US . Et ter die quolibet lagrimatur. Hoc legitur in Mohed, 
in macecta Aguigua, in primo perec, ubi dicitur : « Et si non audie- 
» ritis eam, in absconditis plorabit anima mea propter superHam (1er. 



•» quatre coudées et retourna à sa place. Les docteurs lui dirent : On n'ap- 
» porte pas de preuve (exemple) d'un arbre. Il leur dit : Si c'est comme 
» moi (je dis), que ce ruisseau le prouve. Les eaux [du ruisseau] retour- 
» nèrent vers leur source.- Les docteurs lui dirent : On n'apporte pas de 
» preuve de l'eau. Il leur dit : Si j'ai raison, que le mur de cette maison 
» d'école le prouve. Les murs de l'école s'inclinèrent jusqu'à tomber, 
» Rabbi Josué les interpella (les murs) : Si les disciples des docteurs 
» triomphent l'un de l'autre, en quoi cela vous regarde-t-il ? Ils [les murs] 
» ne tombèrent pas, par respect pour Rabbi Josué, ils ne se relevèrent pas, 
» par respect pour Rabbi Eliézer, et ils sont restés inclinés jusqu'à ce jour. 
» Rabbi Eliézer dit : Si c'est comme moi (je dis), que du haut du 
» ciel on le prouve. Une tille de la voix (voix de Dieu) se fit entendre et 
» leur dit : Qu'avez-vous avec Rabbi Eliézer, les choses sont toujours 
» comme lui (le dit). Rabbi Josué se dressa sur ses pieds et dit : Mie 
» (la Loi) n'est pas dans les deux, qu'est-ce à dire ? La Loi nous a élé 
» donnée sur le Sinaï et il y est dit : Tu te décideras d'après la majorité, 
» [la décision de la majorité des rabbins, et non d'après une autre autorité, 
» même céleste]. Rabbi Natan rencontra Elie et lui demanda : Que dit 
» Dieu à ce moment-là? Elie répondit : Dieu sourit et dit : Mes fils m'ont 
» vaincu, mes fils m'ont vaincu ' » 

XXV. Et il [Dieu] pleure trois fois par jour. Ceci se lit dans Moëd, 
traité de Hagiga ', chapitre I er , où il est dit : « Si vous ne l'écoutez pas, 
» mon âme pleurera dans les retraites cachées, à cause de l'orgueil. Rab Samuel 

1 F« S b. 



LA CONTROVERSE DR 1240 SUR LE TALMUD 47 

s XIII, 47). Quid est in absconditis? Dixit Rab [f° 216 b) Samuel filius 
» Yla in nomine Rab : Locus est Domino ubi plorat in eo et abscon- 
û dita nomen eius » loci. Scilicet « quid est pr opter super Ham ? Dixit 
» Rab Samuel filius Rby Ysaac : Propter superbiam Israël que 
« ablata est ab eis et data gentibus seculi. Dicit Rab Samuel filius 
Naaman: Propter superbiam regalitatis celorum. Et est ne fie lus 
coram Deo ? et nonne dixit Rab Papa : Non est ita [lege : tristicia] 
» coram Deo, sicut scriptum est : Confessio et pulchritudo coram eo, 
» fortitudo et gaudium in loco sico (Ps. xcvr, 6) ? » Solvunt : « Hoc non 
» gravât, istud est in domibus intrinsecis, illud in extrinsecis (q. d. 
» in istis plorat, in illis gaudet). Et nonne scriptum est (Ys. xxn, \%): 
» Vocavit Domùiiis Deits exercituum in die illa ad fletum et planctum, 
» etc.? » Solvunt : « Variata est desercio domus sanctuarii, quia 
» eciam angeli fsuppl. pacis] fleverunt, sicut scriptum est : Angeli 
o pacis amure flebunt, et iterum plorans plorabit anima mea et des- 
» cendet de oculo meo lacrima, quod captivatus est grex Domini (1er. 
» xin, 17). Dixit Rby Eleazar : Très iste lacrime ad quid [Plorans, 
» plorabit, lacrima) ? Una super sanctuarium primum, et una super 
» sanctuarium secundum, et una super Israël, quia sunt captivati. Et 
•> aliqui dicunt : Una super impedimentis legis. (Et infra : ) Dicunt 
o magistri : Super très plorat Deus cotidie, super illum qui potest 
» studere in lege et non studet, et super illum qui non potest 



» fils d'Illa dit au nom de Rab : Dieu a un lieu où il pleure et le nom de 
v > ce lieu est retraite [en hébr. mistarim]. Que signifient les mots à cause 
» de l'orgueil ? Rabbi Samuel fils de Rabbi Isaac dit : [Gela signifie :] A 

> cause de la gloire d'Israël, qui leur a été enlevée et donnée aux nations 
■ du monde. Rabbi Samuel fils de Nahmani dit : A cause de la gloire de la 

» royauté du ciel [de Dieu]. Mais est-ce que Dieu peut pleurer, Rab Papa 
» a pourtant dit : Il n'y a pas d'affliction pour Dieu, car il est écrit : 
» L'éclat et la beauté sont devant lui, la force et l'allégresse sont devant sa 
» face? »; Réponse : « Cela ne [fait point' de 'difficulté, ici il s'agit de sa 
» demeure intérieure; là, de sa demeure extérieure (Dieu pleure dans 
» celle-ci [en cachette], il se réjouit dans celle-là). Cependant n'est-il 
- pas écrit : L'Eternel, le Dieu des armées, appela en ce jour le gémissement et 
» le deuil, etc. [donc il pleure] ? » Réponse : « La destruction du temple 

> est autre chose [Dieu y a pu pleurer], car alors même les anges [de la 
paix l ] pleurèrent, comme il est dit : Les anges de la paix pleureront 

» amèrement, et mon âme pleurera des larmes et des larmes, et mes yeux lais- 
» seront couler des larmes, parce que le troupeau du Seigneur est conduit en 
» captivité. Rabbi Eliézer dit : Pourquoi trois fois ce mot larmes? Une 
» fois pour le premier temple, une*fois pour le second temple, et la troi- 
» sième fois à cause d'Israël î" conduit en captivité. D'autres [docteurs] 
» disent : Une fois, à cause de la cessation de la Loi [ou des études].. . 
» Les docteurs disent : Sur trois personnes Dieu pleure chaque jour, 
» sur celui qui [sait j[éludier la loi et ne le fait pas, sur celui qui ne sait 

1 Restitué d'après le texte. 



48 REVUE DES ETUDES JUIVES 

» studere et studct, et super rectorem qui superbit super [f° 216 c] 
» populum pro uichilo. » 

XXV r us . De Xpisto eciam dicere non verentur quod mater 

EIUS EUM DE ADULTERIO CONCEPIT EX QUODAM QUI AB EIS PANDERA 

vulgariter appellatur. Hoc legitur in Iessuhot, in macecta Cen- 
hezeryn, in perec Arda Mitoz, ubi dicitur : « Et ita fecerunt filio 
» Gatada in Loz et suspenderunt eum in vespere Pasche. » — Obi- 
ci tur : « Filius Ghatada ! fuit filius Pandera ? Dixit Kab : Mari tus 
)> fuit Ghatada, adulter Pandera. » — Obicitur : « Maritus fuit Papod 
» iilius Iuda? » Solvunt : « Scilicet die mater eius Ghatada. » — Obi- 
citur : « Mater eius fuit Myriam (Maria) stibiatrix et comparatrix 
» mulierum ? » Solvunt : « Hoc est sicut dicitur in Pumbezitha : De- 
» clinavit hec (adulterando) a viro suo. » Super hoc dicit glosa : 
« Filius Chatada est Ihesus noceri (nazarenus). » Hec eadem verba 
sunt in Mohcd, in macecta Sabba, in perec Aboîte, in fine. 

XXVII US . Et quod idem Ihesus in stercore calido patitur in 

INFERNO, QUONIAM IRRIDEBAT VERBA SAPIENCIUM PREFATORUM. HOC 

legitur in Nassym, in macecta Guitim, in perec Hanizakym, ubi di- 
citur : « Encloz filius sororis Tythot (Titi) fuit, et voluit Iudeus 
» fieri ; » et infra : a lvit et fecit ascendere Ihesum in phitonia (in 



» pas étudier et étudie cependant, et sur l'administrateur qui se montre 
» arrogant envers le peuple sans aucun motif. » 

XXVI. Du Christ ils ne craignent pas de dire que sa mère le 

CONÇUT DANS L'ADULTÈRE, D'UN CERTAIN HOMME QLTILS APPELLENT ORDI- 
NAIREMENT Pandera. Ceci se trouve dans Yeschuot, traité Sanhédrin \ 
chapitre Arba Mitot, où il est dit : « C'est ce qu'ils firent au fils de Satada 
» à Lud [Lydda?], qu'ils pendirent la veille de la Paque. » Demande : « Le 
» fils de Satada ! n'est-ce pas plutôt le fils de Pandera ? Rab répond : Le 
» mari [de sa mère] s'appelait Satada ; l'amant, Pandera. » Objection : 
'< Mais non, le mari s'appelait Pappos, fils de Juda ? » Réponse : « C'est 
» donc sa mère qui s'appelait Satada. » Demande : « Mais non, la mère 
» s'appelait Miriam (Marie), la coiffeuse et l'accoupleuse de femmes? » 
Réponse : « C'est vrai, mais [si on lui donne aussi le nom de Satada] c'est 
» d'après l'usage de la ville de Pumbadita, [où l'on dit] : Celle-ci s'est éloi- 
» gnée [en chaldéen : satada da] de son mari (en commettant l'adultère). » 
La glose dit là-dessus : « Le fils de Satada, c'est Jésus Noceri (de Nazareth).» 
Cela se trouve dans les mêmes termes dans Moëd, traité de Sabbat, chapitre 
ha-Boné, à la fin 2 . 

XXVII. Et que ce même jésus subit dans l'enfer le supplice de la 

BOUE BOUILLANTE, PARCE QU'IL S'ÉTAIT MOQUÉ DES PAROLES DES DOCTEURS. 

Ceci se lit dans Naschim, traité de G-ittin 3 , chapitre ha-NizaMn, où il est 
dit : « Onkclos était fils de la sœur de Titos (Titus) et il voulut se faire 

1 F» 67 a. 

2 FM 04 b. 

3 F° 50 b. 



LA CONTROVERSE DE 1240 SUK LK TALMUD 49 

» caldeo dicitur negaigua, in hebreo orif) dixitque ei : Quis valens 
» in alio seculo (i. e. qui meliores)? Dixit ei : Israël. — Quid est 
» adiungi eis? Respondit : Bonum eorum quero, malum suum [lege : 
» eorum?] non quero, quia omnis qui tangil eos, quasi tangeret in 
» pupilla oculi s ai [Zach. n, 12]. Dixit ei : Iudicium illius hominis 
» in quo (i. e. Ihesu)? Respondit ei : In stercore bullienti, quia om- 
A nis derridens [1° 21 6 d] super verba sapiencium iudicatur in ster- 
o core bullienti, » q. d. propter hoc taliter sum punitus. 

XXVII[ u - s . Adhuc dicunï quod quelibet verba polluta pro- 
ferre, PECCATUM EST, EXCEPT1S QUE IN CONTEMPTUM ECCLESIE 

vergere dinoscuntur. Hoc legitur in Iessuhot, in macecta Cenhe- 
zerym, in perec Arba Milhot, ubi dicitur : « Omnis blasphemia vetita 
» est, prêter blasphemia avozazara (ecclesie). » Eadem verba sunt 
» in Mohed, in macecta Meguilla, in perec Ilacore ez ha MeguUla. 
Unde habent in usu quod beatam virginem pollutam ac meretrioem, 
et eucharistiam sacriricium pollutum appellant ; beatam scilicet 
virginem themea (quod est polluta) et Jtezeza (quod est meretrix) 
vocant ; eucharistiam zeva tame (quod est sacriricium pollulum). 

XXIX 118 . Et utuntur quibusdam vogabulis quibus roman um 
pontificem et Xpistianïtatem dehonestant. Vocant enim sanctos 



» juif. Il alla et fit monter Jésus par évocation (en chaldéen : negida, en 
» hébreu, obh), et il lui dit : Qui est estimé (le mieux traité' dans l'autre 

monde ? Il répondit : Les Israélites. — Que serait-ce si je m'affiliais à eux? 

Il répondit : Je cherche à leur faire du bien, et non pas à leur faire du 
» mal, car quiconque touche à eux, est comme s'il touchait la pupille de l'œil de 
» Dieu. Onkelos dit : En quoi consiste le supplice de cet homme (Jésus) ? 
» Il répondit : Dans [le supplice de] la boue bouillante, car quiconque se 
» moque des paroles des docteurs est condamné à la houe bouillante, >- 
c'est pour cela que moi Jésus j'y suis condamné. 

XXVIII. Ils disznt aussi que quiconque prononce des paroles 

INDÉCENTES, COMMET UN PÉCHÉ, EXCEPTÉ LES PAROLES QUI SONT CONNUES 

pour tendre au mépris de l'église. Ceci se lit dans Yeschuot, traité de 
Sanhédrin *, chapitre Arba Mitot, où il est dit : « Toute parole indécente 
» est défendue, excepté le blasphème contre l'aboda-zara (l'Église 2 ). » Ces 
mêmes paroles se trouvent dans Moëd, traité de Megilla z , chapitre Jia-Coré 
et ha-Megilla. Par suite, les Juifs ont coutume d'appeler la sainte Vierge, 
l'impure et la courtisane, et l'Eucharistie, sacrifice impur ; car ils appellent 
la sainte Vierge, teméa (impure) et kedéscha (la courtisane); l'eucharistie. 
zébah tamë (sacrifice impur). 

XXIX. Et ils se servent de certaines expressions par lesquelles 
ils offensent le Pontife romain et la chrétienté. Car ils appellent 

1 F° 63 b. 

* Il n'y a pas le moindre doute que Aboda Zara signifie les idoles, le culte paven. 

3 F° 2o b. 

T. III. h 



50 KEVUK DES ETUDES JUIVES 

kezessym (quod est scortatores) et sanctas kezesoz (quod est mere- 
trices), et ecclesiam belh-mossab vel beth-hyce (qùod est latrina). Item 
cruceni et ecclesiam loheva (quod est abhominacio) ; aquas bene- 
dictas maym iemeym (i. e. aquas pollutas) ; benediccionem kelala 
(quod est malediccio:; predicaciouem nebua (quod est latratus). Item 
legitur in Iessukot, in macecta Avozazara, in primo perec, quod ve- 
titum est homini dicere : Quam pulcher est iste goy (Xpistianus) ! 
Unde in usu habent pulcrum vocare mekoar (quod est turpe) et 
turpe mekoar maginas (?), (quod est turpe proprie). Omnibus eciam 
festis nostris imponunt nomina blasphemie. 

XXX lls . In singulis diebus ter in oracione quam digniorem 

ASSERUNT MINISTRIS ECCLESIE, REGIBUS ET ALIIS OMNIBUS, IPSIS 

Iudeis inimigantibus, maledicunt. [f° 217 a] Ista oracio est in 
Talmut et débet dici stando et iunctis pedibus, nec ullo modo débet 
loqui de alio donec illam finierit qui eam dicit, nec eam interrum- 
pere, etiam si serpens involveretur talo eius. Hanc dicunt viri et 
mulieres ter ad minus cotidie, viri in hebreo et mulieres in vulgari, 



nos saints des kedêscMm (libertins), les saintes, des kedêschot (courti- 
sanes), l'Église, bêt-moschab ou bêt-kycé (latrines), la croix et l'église, toëba 
(abomination) ; l'eau bénite, mayim teméim (eaux impures) ; la bénédiction, 
kelala (malédiction) ; la prédication, nabuah (aboiement) \ De même, on lit 
dans Yeschuot, traité Aboda Zara*, chapitre I er : « Il est défendu de dire : 
Que ce goy (chrétien) 3 est beau ! » De là vient qu'ils ont coutume d'appeler 
un homme beau mekhoar, ce qui veut dire honteux, et ce qui est honteux, 
ils l'appellent mekhoar meguné^, ce qui signifie honteux proprement dit, et 
à toutes nos fêtes ils donnent des noms blessants. 

XXX. Et trois fois par jour, dans la prière qu'ils regardent 

GOMME LA PLUS IMPORTANTE, ILS MAUDISSENT LES MINISTRES DE L'EGLISE, 
LES ROIS, ET TOUS LES AUTRES, MEME JUIFS, QUI SONT LES ENNEMIS DES 

Juifs. Cette prière est dans le Talmud et on doit la dire debout, les pieds 
joints 5 , et celui qui la récite doit se garder de parler d'autre chose jusqu'à 
ce qu'elle soit achevée, et de s'interrompre, quand même un serpent s'en- 
roulerait autour de son talon. Cette prière doit être dite par les hommes 
et les femmes trois fois au moins 'par jour, par les hommes en hébreu, par 

1 Cette dernière expression était certainement employée pour désigner la prédi- 
cation des frères prêcheurs, si hostiles aux Juifs. 
s F» 20 a, 

3 Goy ne veut pas dire chrétien. 

4 C'est ainsi qu'il faut probablement lire dans le ms. latin. 

5 On sait que c'est la prière dite des 18 eulogies (schemoné essré). La formule de 
malédiction à laquelle se rapporte ce paragraphe est la 12 e eulogie. Elle ne se rap- 
porte absolument qu'aux traîtres qui dénonçaient les Juifs chez les Romains (Ù^mbfà). 
Autrefois, dans les temps qui suivirent la destruction du temple, le texte portait 
sans doute Û^fà et s'appliquait aux hérétiques de cette époque, parmi lesquels on 
comprenait peut-être aussi les chrétiens du temps. 

6 Pourquoi au moins ? Elle doit être dite trois fois. 



LA CONTROVERSE Dï 1246 SIR LE TALMUD 51 

et utrique submisse Insuper sacerdos dicit eam bis in alto, et alii 
respondent « Amou » ad quanilibet iuprecacionem. Gapitulum au- 
tem oraciouis in quo maledicunt illis quos supra diximus, taie est : 
« Conversis non sit spes et omnes mynym (infidèles) in hora (repente) 
disperdantur, et omnes inimici gentis tue Israël discindantur, 
et regnum nequicie eradices et confringas et conteras et déclines 
omnes innimicos nostros velociter in diebus nostris ; benedictus 
tu Deus frangens inimicos et declinans impios. » Hoc capi- 
tulum vocatur benediccio Mynim et tota oracio Semonc Hecere 
[quod est X et VIII), quamvis sint XIX benedicciones. Undc super 
hoc obieitur in Moficd, in macecta Brakot, in perec Tefilaz hasalzyr 

i. e. oratio matutina) : « Iste numquid sunt tantum XVIII, XIX 
» sunt? Dicit Rby Levy : Benediccionem Mynim (infidelium) in Iavne 

• statuerunt eam. » — Glosa Salomonis : « Longo tempore post alias, 
prope heresym Ihesu noceri (nazareni) qui docuit eos (infidèles) per- 
vertere verba Dei vivi. » In libro enim Mohed, in macecta Rcshasana 
v i. e. caput anni), in primo perec dicitur : « Mynim sunt discipuli 
Ihesu noceri qui subverterunt verba Dei vivi in malum. » Eadem 
verba sunt in eodem libro in macecta Brakot. 

XXXI"'. GONTINETUR ECIAM IN DOCTRINA PREFATA QUOD IUDEI 



el parles uns et les autres à voix basse. 
De plus, l'officiant la dit deux fois [par jour] à haute voix, et les fidèles 
répondent Amen à chaque imprécation. Le paragraphe de cette prière dans 
lequel ils maudissent ceux que nous avons dit ci-dessus est ainsi rédigé : 
« Que pour les convertis s il n'y ait pas d'espoir et que tous les minim (infi- 
soient dispersés sur l'heure (subitement), et déracine le royaume de 
la perversité, et réprime et broie et renverse tous nos ennemis, bientôt et de 
nos jours ; béni sois-tu, notre Dieu, qui brises nos ennemis et renverses les 
impies. » Ce paragraphe est appelé « eulogie des minim, » et toute la prière 
s'appelle Schemoné Essré (c'est-à-dire dix-huit bénédictions), quoiqu'il y en 
ait dix-neuf. De là vient qu'on fait cette question dans Moëcl, traité de 
Bemkkot*, chap. Tefillat ha-schahar (la prière du matin) : « N'y en a-t-il 
» que dix-huit [bénédictions], il y en a pourtant dix-neuf? Rabbi Lévi 
» répond : La bénédiction des minim (infidèles) a été instituée à Yabné. » 
Glose de Salomon : «Longtemps après les dix-huit autres, après l'hérésie de 
Jésus Noceri (de Nazareth), qui leur a appris ('aux infidèles) à renverser les 
paroles du Dieu vivant. » En effet, dans Moëd, traité Rosch-Haschana (com- 
mencement de Tannée), chap. I er , il est dit : « Les minim, ce sont les dis- 
ciples de Jésus Noceri, qui ont tourné en mal les paroles du Dieu vivant. » 
Ces mômes paroles se trouvent dans le même Ordre, traité de Beraklwt. 

XXXI. La même doctrine [talmudique] dit que les Juifs ne souf- 

1 L'usage de prier en langue vulgaire, non en hébreu, a toujours existé chez 
les juives françaises (^on chez celles d'origine germano-polonaise). Il existe encore 
chez les juives du rite portugais de France. 

* Voir note r>. page précédente. 

3 F" 28 b. 



52 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

ULTRA XII MENSBS PENAM INFERNI MINIME PACIENTUR, NEC ULTE- 

R[u.> potest eis pena gkhenalis nocere. Hoc legitur in libro 
Mohed [1° 247 b], in macecta [suppl. Hermym, in perec] Ocym pacym, 
ubi dicitur : « Peccatores Israël non habet ignis inferni potestateni 
» in Lpsis. » El mira obicitur : « Nonne scriptum est : Transeuntes in 
» vallem ploracionis [Ps. lxxxiv, 1], hoc dictum est super eis <|ui 
» transgrediuntur voluntatem l)ei, quod profundatur eis infernus 
» et ibi plorant peccata sua ? » Solvunt : « Illud est de illis qui 
» debent penain unius hore in inferno et Abraham descendit et facit 
w eos inde ascendere, prêter illum qui coit cum goya (Xpistiana), 
)> quia prepucium eius extenditur et cognoscit eum Abraham, » 
quia circumcisio non apparet. 

Quod autem ultra XII menses penam inferni minime paciantur, 
probatur per illud quod legitur in primo perec de Ros hasana, ubi 
dicitur : « Peccatores Israël in corporibus suis (i. e. qui non ponunt 
» filacteria in capitibus suis) et peccatores geucium seculi in corpo- 
» ribus suis, descendunt in ini'ernum et iudicantur in eo XII men- 
» sibus; post XII menses, corpus eorum finitur et anima ipsorum 
» comburitur et ventus dispergit ea (corpora) et fiunt pulvis sub 
» planta pedum iustorum, sicut scriptum est : Et calcabitis impios 
» cum fuerint cinis sub jrtanta pedum vestrorum (Mal. ni, 21), sed. illi 
» qui separati sunt a viis synagoge, sicut mynim (infidèles) et Essi- 



FRENT PAS LA PEINE DE L ENFER AU-DELA DE DOUZE MOIS ET QUE LE CHA- 
TIMENT DE LA GÉHENNE NE PEUT LES ATTEINDRE PLUS LONGTEMPS. Ceci 

se lit, dans Moëd, traité [de Erubin l , chap.J Oam Passim, où il est dit : 
« Les pécheurs israélites, le l'eu de l'eufer n'a point de puissance sur eux. » 
Et on objecte plus bas : « N'est-il pas écrit : Ceux qui passent dans la vallée 
» des pleurs, et cela ne s'applique-t-il pas à ceux qui transgressent la volonté 
» de Dieu, pour dire que l'enter se creuse pour eux et qu'ils y pleurent leurs 
» péchés ? » Réponse : « Cela s'applique à ceux qui ne doivent subir en 
» enfer que la peine d'une heure, et Abraham arrive alors et les fait 
» monter, sauf ceux qui ont convolé avec une goya (chrétienne) \ » 

Et qu'au delà de douze mois les Juifs ne subissent plus la peine de 
l'enfer, ceci est prouvé par ce qui se lit dans le chapitre I er de Bosch- 
Haschana* , où il est dit : « Les Israélites qui pèchent par le corps (qui 
» ne mettent point les phylactères sur la tête) et les gentils qui pèchent 
» par le corps, descendent en enfer et y sont jugés [punis] pendant 
» douze mois. Après ces douze mois, leur corps est consumé, leur âme est 
» brûlée et le vent les disperse (les corps) et répand en poussière sous la 
» plante des pieds des justes, comme il est écrit : M vous foulerez aux pieds 
* les impies, quand ils seront réduits en poussière sous la plante de vos pieds ; 
» mais ceux qui se sont séparés des voies de la synagogue, tels que les 
» minim (hérétiques) et les apicorecim [Epicuriens] (qui méprisent les 



1 F° 19 a. 

2 Payenne. 
5 F» 17 a. 



LA CONTHOVERSK DE 1240 SUK LE TALMUD 53 

» corczym (qui spernunt verba sapientium) et Macoroz (accusa tores) 
» qui traduiit censum Israël iu maiiibus goym (i. e. geuciuru) et 
s Mess mat y m ^apostate a fide), et qui abnegaverunt legem, et qui 
» abnegaverunt rosurreccionem mortuorum, et illi qui dederunt 
» timorem suum in terra vite ^presentis), et illi qui peccaverunt et 
» alios t'eceruut peccare sicut Ieroboam filius [f° 217 c] ISfaboth et 
» socii sui, descenduut in infernum et iudicantur in eo a generacione 
» in generacionem, sicut scriptum est : Eggredientur et ridebuut ca- 
» (lavera xirorum qui prevaricaii sunt in me, vermis eorum non mo- 
» rietv.r et ignis non extinguetur [Is. lxvi, 24], ini'ernus finit, et ipsi 
» non finiunt (Ys., in fine). » 

In libro etiam Mohed, in macecta Sabad, legitur quod Rby Symeon 
et filius eius dixerunt : « Iudicium impiorum in inferno XII men- 
» sium. » 

XXXII US . AC SEGURUS EST IN FUTURO QUI IN DOCTRINA PREFATA 

studuerit in presenti. Hoc legitur in libro Mohed. in macecta 
Meguilla, in perec Bene haïr : « Dictum est in domo Helye : Omni s 
» qui studet in Halakod (verbis Talmut), assecuratum est ei quod 
» erit filius futuri seculi. » Eadem verba sunt in libro Nasdm, in 
macecta Nydda, in fine. 

XXXIII US . ET OMNES IEIUNANTES REPUTANT PECCATORES. HOC legi- 



» paroles des sages) et les mecorot (délateurs) qui livrent le cens des Juifs 
» dans les mains de goyim * (gentils) et les meschummedin (apostats), et ceux 
» qui ont nié l'autorité de la loi, et ceux qui ont nié la résurrection des 
» morts, et ceux qui ont fait régner la terreur sur la terre, et ceux qui 
» ont péché et ont fait pécher les autres, tels que Jéroboam fils de Nebot 
» et ses compagnons, descendent en enfer et y sont punis éternellement, 
» comme il est écrit : Ils sortiront et ils verront les cadavres des hommes qui 
» ont prévariqué contre moi, leur pourriture vie mourra pas et le feu [qui les 
» consume] ne s'éteindra pas ; l'enfer finira, mais eux ne finiront pas [ni 
» leurs peines]. » 

Dans Moëd aussi, traité de Sabbat, on lit : « Rabbi Siméon et son fils, 
» dirent : Le châtiment des impies dans l'enfer dure douze mois. » 

XXXII. Et quiconque étudie dans cette loi [le Talmud] sur cette 
terre, est sûr de gagner la vie future. Ceci se lit dans Moëd, traité 
Megilla *, chap. Bené ha-ir : « On a dit dans la maison d'Élie : Tout homme 
» qui étudie les halakhot (Talmud), est sûr d'être fils du monde futur. N > 

Ces mêmes paroles se trouvent dans Naschim, traité de Nidda, fin 3 . 

XXXIII. Et ils [les Juifs] considèrent comme des pécheurs tous 
ceux qui jeûnent. Ceci se lit dans Moëd, traité de Taanit k , chap. I er , où il 

1 Ceci se rapporte aux délations qui eurent lieu lorsque les Juifs ne voulurent 
pas se soumettre au cens des Romains. 

2 F° 28 b. 

3 F° 73 a. 

4 F« 1 1 a. 



54 REVUE DES ETUDES JUIVES 

tur in libro Mohed, in macecta Tahniz, in primo perec, ubi dicitur : 
« Dicit Rby Samuel : Omnis sedens in ieiunio vocatur peccator, sicut 
» legitur de nazareo : Et ignosceiur ei, quia peccavit super anima » 
[Num. vi, II]. Et legimusRby Eleazar hakapar dicentem : « Quid 
» docet discere : Et ignosceiur ei, etc.? In qua anima peccavit isteï 
» Scilicet quia angustiavit se ipsum a vino (abstinendo) et certe per 
» ]eve et grave (per locum a maiori) : Et quid iste qui non angustiavil 
» se nisi a vino vocatur peccator, (multo magis) ille qui angustiat se 
» ab omnibus super rmam (rationem) tôt et tôt (i. e. non tantum una 
» racione, sed multis). » 

XXXIIII U8 . Dicentes Adam gum omnibus brutis et serpentem cum 
Eva goisse. De Adam legitur in libro Nassym [f° %M d], in macecta 
levamot, ibi dicit Rby Eleazar : « Quid est quod scriptum est : Hoc 
» nunc os ex ossibus meis et camis de carne mea [Gen. n, 23] ? Docet 
» quod venit super omne animal et feram, née fuit refrigidatus eius 
» animusdonec fuitei para ta Eva. » — Glosa Salomonis: « Hoc nunc, 
ergo aliis vicibus servivit (coiit cum illis) et non ascenderunt in 
animum eius (i. e. non placuerunt ei). » 

XXXV US . Et Cham Nohe pâtre suo fuisse abusum. Hoc legitur 
in libro Iessuhot, in macecta Cenhezerim, ubi dicitur ; « Et vidit Cham, 
» pater Chanaan, verenda patris sui, etc. Rab et Samuel, unus di- 
» cit : castravit ipsum; alius dicit : abusus est illo. » Supra est ple- 
nius in macecta predicta. 

Hii sunt articuli pro quibus precepit papa Gregorius libros hoc 
continentes comburi. 



est dit : « Rabbi Samuel dit : Tout homme qui jeûne est appelé pécheur, 
» comme il est écrit du naziréen : M il lui sera pardonné-, parce qu'il a péché 
» contre sa personne. Et nous lisons que Rabbi Eliézer ha-Kappar dit : Que 
» veulent dirent les mots, et il lui sera pardonné, etc. ; contre quelle per- 
» sonne a-t-il péché ? Son péché consiste en ce qu'il s'est privé (abstenu) 
» de vin, donc, par le raisonnement du léger et du grave (à fortiori) : Celui 
» qui ne s'est abstenu que de vin est appelé pécheur, à plus forte raison 
» celui qui s'abstient de tout 1 . » 

XXXIV et XXXV. [Ces points sont relatifs, le premier, au commerce 
qu'Adam aurait eu avec les bêtes ; le second, à l'injure faite par Cham à 
Noé. Pour le premier, l'auteur renvoie à Naschim, traité de Yebamot 2 ; pour 
le second, à Teschuot, traité de Sanhédrin \ Il ajoute que de ce second 
point il a traité plus amplement plus haut, quand il a fait le résumé dudit 
traité. Il termine enfin par ces mots] : Voilà les articles pour lesquels le 
pape Grégoire [IX] a ordonné de brûler ces livres. 

« Le « super unam rationem, tôt et tôt rationes » est précisément la formule 
employée toujours pour indiquer un raisonnement à fortiori. 
» F° 63 a. 
3 F» 70 a. 



LA CONTROVERSE DE 1240 SUR LE TALMUD 55 

[F 230 c]... Denique nolo vos in futurorum cautelam et maiorem 
certitudinem precedencium hoc latere quod cum super combustione 
librorum Talmud prescripta mirabilia et hiis similia continencium 
coram xpristianissimo rege nostro Ludovico causa fuisset aliquan- 
diu ventilata, [f° 230 d] tandem dédit nobis alios auditores, videlicet 
archiepiscopum Senonensem, episcopum Silvanectensem, cancella- 
rium Parisiensem, nunc autem Tusculanum episcopum et apo- 
stolice sedis legatum in Terra sancta. Statuta itaque die nobis 
vocatisque pericioribus Iudeorum magistris coram se citatis, cepe- 
runt inquirere super premissis veritatem. Et primum introductus 
estsecundum eos peritissimus et per totum famosissimus judais- 
mum nomine Vino Meldensis. Horum deposiciones hic interferre 
non arbitror superfluum. 

[Confessio magistri Vivo). 

[L] Predictus magister Vivo nullo modo voluit iurare. 

[II.] Dixit quod liber Talmud nunquam mentitus est. 

[III.] Dixit quod Ihesus Noceri est Ihesus Nazarenus, films Myriam 
(Marie), qui fuit suspensus in vespere Pasche, et de illo confessus 
est quod fuit de adulterio natus et quod punitur in inferno in ster- 
core ferventi et quod fuit in tempore Titi. Dicit tamen quod alius 
fuit a nostro Ihesu, (sed nesciebat dicere quis ille fuisset, unde satis 
patet quod menciebatur). 

[IV.] Item dixit quod sollempnius legunt in scolis de Talmud quam 
de Biblia, nec vocaretur Magister qui sciret Bibliam eciam corde 
tenus, nisi sciret Talmud. 

[V.] Item dixit quod mandatum Dei de buccinando prima die 
mensis septimi [VI.] et de portando palmas in XV a die potuerunt re- 
vocare magistri et revocaverint si accideret in die Sabbati, ne con- 
tingeret illa die portari per viam cornu vel palmam. 

[VIL] Item dixit quod est scriptum in Talmud quod gentes que 
non steterunt super montem Syna nec receperunt legem, pollute sunt 
illa [1° 231 a] immundicia quam serpens proiecit in Evam quando 
coiit cum ea, [VIII.] et de talibus dicit Talmud quod non sunt bestie 
dimittende cum ipsis, quia magis amabiles sunt bestie Israël eis 
quam proprie uxores; [IX.] tamen magister Vivo dicit quod non in- 
telligit hoc de Xpistianis ; (credat ei qui voluerit, mentitus est). 

[X.] Item concessit quod Adam coiit cum omnibus bestiis et hoc 
in paradiso. 

[XI.] Item dixit et est in Talmut quod Adam, postquam peccavit, 
CXXX a annis antequam genuisset Seth, de semine suo, quod ventus 
prohiciebat et rapiebat, genuit demones qui habent corpora. 



5b REVUE DES ETUDES JUIVES 

[XII.] Item dixit quod totuin Talmud, quantum ad precepta et 
iudicia et argumenta et exposiciones, datum fuit Moysi in monte 
Syna, non scripto, sed verbo in corde ipsius. 

[XIII.] Item concessit et est in Talmut quod Deus dicebat : « Veh 
» mihi quod iuravi, et modo quia iuravi, quis absolvet me? » Et 
magistri dixerunt quod Raba erat asinus, quia non responderat voci 
Dei sic dicentis : Solutum tibi, solutum tibi. 

[XIV.] Item dixit et est in Talmud Deum sibi singulis noctibus ter 
maledicere, quia dimisit templum et Iudeos subdidit servituti. 

[XV.] Item dixit quod est in Talmud quod Helyas propheta fre- 
quentabat scolas Rbi, etc. 

[XVI.] Item dixit quod nullus Iudeus penam ignis inférai nun- 
quam senciet et nullus de eis aliqua pena punietur in alio seculo 
ultra XII menses. 

[XVII.] Item dixit quod est in Talmud quod omnium malorum et 
corpora et anime redigentur in pulverem, nec aliam penam habebunt 
post hoc, prêter illos qui ita rebellaverunt contra Deum, quod 
voluerunt [f° 231 b] esse Dii, et isti punientur in eternum; infernus 
deficiet, sed infernus istorum nunquam. 

[XVIII.] Item dixit quod très ydiote vel unus magister qui fuit 
in terra promissionis possunt absolvere a voto et iuramento leviter 
facto, si peniteat et non tangat alium, et eciam ex deliberacione 
facto; [XIX.] et si tangat alium, dummodo ille presens sit; [XX.] et 
ponitur exemplum de Sedechya et Nabug[odonosor] (supra est). 
[XXL] Unde ipseDominus precepit Moysi quod iret et faceret se ab- 
solvi coram Iethro de iuramento quod ei fecerat quod habitaret cum 
ipso. 

[XXII.] Item dixit quod est in Talmud scriptum quod qui pro- 
testatur in principio anni quod iuramenta et promissiones sue non 
valeant illo anno, non obligabunt ipsum, si memor est dicte protes- 
tacionis quando facit votum vel iuramentum vel promissum. Dixit 
tamen quod hoc intelligit de votis vel iuramentis vel promissis factis 
ad seipsum et non ad alium. 

[XXIII.] Item dixit quod est in Talmud quod Deus cotidie exercet 
studium docendo pueros, et quod sedet et ludit cum Levyathan. 

[XXIV.] Item dixit quod rogat seipsum : « Sit voluntas coram 
me, quod pietates mee vincant offensam meam, etc. » (Hoc habes 
supra). 

[Confessio magistri lvdas\. 

(I.) Magister Iudas confessus est quod scriptum est in Talmud 
quod filius Ghatada est filius Marie qui fuit suspensus in vespere 



LA CONTROVERSE DE 12i0 SUR LE TALMUD 57 

Pasche in vigilia Sabbati, quia ipse incitabat et sortilegiabat popu- 
lum, et de ipso docet glosa Salomonis Trecensis quod ille fuit Ihesus 
Noceri (Nazarenus), et Iacob glosutor eorum similiter dicit. 

[IL] Item dixit quod est iu Talmud quod Ihesus punitur [f° 231 c\ 
in stercore fervenli in inferno, quia dcrridebat verba sapiencium, 
sed non intelligit hoc de nostro Ihesu (mentitus est), et tamen ille 
Ihesus fuit Iudeus et fuit circa tempus Tyti vel ante. 

[III. J Item dixit quod scriptum est in Talmud quod Rby Natam 
invenit Helyam prophetam post disputacionem Rby Elyezer contra 
alios, qui dixit ei quod Deus risit tempore disputacionis illius, quia 
noluerunt credere voci de celo et dixit : « Vicerunt me pueri mei, 
vicerunt me pueri mei ! » 

[IV.] Item dixit quod crédit esse verum quicquid est in Talmud, 
sed non facit vim nisi in hiis que pertinent ad legem (mentitus est 
et contra Talmud). . 

[V.] Item dixit quod due suntleges et una non potuit fieri nisi per 
verba sapiencium, et illa est Talmud, et continetur in ea quod verba 
sapiencium magis debent servari et maius peccatum est illa trans- 
gredi quam legem scriptam, in lege enim scriptum est facere et non 
facere et non meretnr mortem in illis, qui autem transgreditur verba 
sapiencium, meretui* mortem. 

[VI.] Item confessus est quod in Talmud est scriptum quod non 
dimittcrent pueros suos studere in Biblia, et Salomon Trecensis 
glosât : Quia studere in Biblia abstrahit ad aliam fidem. Et iste 
dicit quod propter hoc est, quia muita sunt ibi difficilia et obscura, 
que aliter intelligi non possent nisi per Talmud. 

Isidore Loeb. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 

SOUS LA DOMINATION ALLEMANDE 1 



Cependant la guerre ne pouvait durer éternellement, et quand 
on vit la plus grande partie de l'Alsace saccagée et 150 villages 
brûlés, on conclut la paix, en mai 1389, à Eger en Bohême 2 . 

Immédiatement après, Venceslas leva le ban de l'Empire pro- 
noncé contre le Maîstre et le Conseil de Haguenau, ban qu'ils 
avaient mérité, « principalement parce que, contre nous et le 
» Saint-Empire, ils avaient empêché les Juifs, serfs delà Chambre 
» impériale, qui demeurent à Haguenau, de nous obéir, et en 
» outre leur avaient prêté assistance 3 ». Une semblable lettre, 
émanant de la Cour aulique, leur fut expédiée pour les mêmes 
raisons, quelques jours après. 

Enfin, le 21 décembre, Venceslas, par lettres patentes, leva 
aussi le ban qui avait été prononcé contre les Juifs de Haguenau. 

Peu de temps après, la fourberie d'un seigneur amenait l'abdi- 
cation forcée du fou qui portait sur sa tête la couronne impériale, 
et le duc Palatin Robert, succédait à Venceslas. 

A peine appelé au pouvoir, Robert nomma en qualité de land- 
vogt en Alsace, Hanneman de Sickingen. Celui-ci manda aussitôt 
par écrit au magistrat de Haguenau qu'il s'engageait à protéger les 
habitants de la ville et avec eux les Juifs. Il ajoutait : 

« S'il arrive qu'un Juif, parmi ceux qui ont été acceptés comme 
» habitants de Haguenau, se rendre coupable d'un méfait quel- 
» conque, il faudra qu'il paraisse en justice, devant le conseil de 
» Haguenau. 

» J'y assisterai moi-même et je me rangerai à l'avis de la plu- 

1 Voir tome II, p. 73. 

2 Strobel, Vaterlandische Geschichte des Elsasses, t. II, p. 424. 

3 Arch. de Ha-. GG. 64. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 59 

» ralité, pour la sentence qu'il y aura à prononcer dans ce cas. » 
Après le massacre des Juil's de Strasbourg en 1349, il fut dé- 
crété que la ville n'en recevrait plus jamais. Cependant, en 1369 ' , 
les familles suivantes : Vifelin fils d'Aram, Mannekint et Jacoben 
son beau-frère de Spire, Deyat de Bergheim, Simon son frère, 
Vifelin le frère de Manne de Vorms; en 1383 -, Simon fils d'Eliatz, 
Joseph Rosen, Mennelin d'Ulm, son frère Lowen, Moyses de Bre- 
tbeim, Abraham le mari de la boiteuse, Velin, Lowen de Wesel, 
Isac de Mollosheim, Matins de Brisac, et plus tard encore quel- 
ques autres eurent l'autorisation de revenir à Strasbourg pour 
y fixer leur demeure. La ville leur concéda même un emplace- 
ment pour y installer un cimetière. Mais cette situation ne dura 
que vingt et un ans et, en 1389, ils furent de nouveau chassés, et, 
cette fois, la loi resta en vigueur pendant quatre siècles, jusqu'en 
1789 8 . 

De ces Juifs chassés en 1389, il s'en répandit un certain nombre 
dans les environs de Haguenau. Il en arriva aussi dans- la ville 
même. Ils eurent l'autorisation d'y rester une année. Cette auto- 
risation fut renouvelée, et, à la fin du xiv e siècle, la plupart 
d'entre eux étaient encore à Haguenau. 

Parmi ces nouveaux venus s'en trouvait un nommé Mensch. 
Celui-ci, pour une raison qui ne nous est pas connue, devait ver- 
ser une certaine somme d'argent à l'empereur. Le Juif la trouvant 
exorbitante, préféra quitter furtivement la ville. Plus tard, Die- 
trich de Wasselnheim vint pour recevoir cette somme, il trouva 
porte close chez Mensch : le Juif avait disparu. L'envoyé de l'em- 
pereur accusa Walther, qui alors était zinsmeister à Haguenau, 
de s'être entendu avec le Juif pour le faire partir. Afin de recou- 
vrer son argent, il fit arracher à son domicile Walther par ses 
gens, qui l'enfermèrent au speicherhof (douane). Cependant, 
comme l'empereur était haï, et ses représentants encore davan- 
tage, on prit dans la ville le parti du zinsmeister. Immédiatement, 
la famille Ritter, composée des sieurs Jean, Pierre, Claus et Si- 
mon, se mit à la tête de quelques bourgeois, accourut au speicher- 
hof et délivra Walther. Dans la journée, ils apprirent que Die- 
trich de Wasselnheim avait menacé les Ritter de faire venger par 
l'empereur leur audacieux coup de main. Ils firent sonner le toc- 
sin et, précédés de bourgeois portant des bannières et suivis d'une 
foule nombreuse, ils revinrent au speicherhof pour forcer le land- 

1 Konigshofen, Chroniques d'Alsace, p. 1053. 
1 Ibid., p. 1056. 

8 Le premier qui put y revenir demeurer fut Cerfbeer, en 1771, suivant ses lettres 
de naturalité. Il y fut le seul juf qu'en 1789. 



60 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vogt à taire amende honorable de sa menace. Ce n'est que par 
miracle qu'il échappa à la mort. 

Il laissa s'apaiser cette colère; mais, en 1404, il vint porter 
plainte devant la ville de Haguenau, disant que pour un misé- 
rable Juif il avait failli perdre la vie : « Ces Ritter avec jours 
» compagnons, dit-il, sont venus au speicherhof avec des glaives 
» et des couteaux, et, sans le secours du sieur Gering Lavelin, 
» ancien maréchal-ferrant, j'étais assassiné. — Je veux mourir, 
» ajouta-t-il, si l'affaire ne s'est pas passée telle que j'en retrace 
» ici le tableau * . » 

Aussi, et pour la perte que l'empereur avait faite et pour les 
dangers que lui-même avait courus, il demanda que la ville forçât 
Walther à lui faire remettre le Juif et deux mille florins, ou, au 
cas où le Juif serait introuvable, trois mille florins. Comme per- 
sonne ne pouvait, ou plutôt ne voulait témoigner contre Walther, 
il fut acquitté, sans que, ce semble, par la suite il ait jamais été 
inquiété. 

Robert ne garda pas longtemps le trône, et mourut en 1410, re- 
gretté de ses sujets ; il fut remplacé par Sigismond, frère de 
Wenceslas. 

Les Juifs, comme nous l'avons déjà relaté plus haut, s'étaient 
assez multipliés à Haguenau et dans les environs, de sorte que 
Sigismond se crut bientôt obligé d'arrêter cet accroissement. 
Dans ce but, il fit parvenir à la municipalité un édit où il disait : 

C'est pourquoi, et afin d'empêcher le mal d'empirer, et pour en li- 
bérer les chrétiens, nous statuons, qu'aucun bourgeois ni habitant 
de la ville, ne pourra plus dès maintenant bailler ou vendre aux 
Juifs aucune maison, dans la ville ou dans la banlieue de Haguenau, 
ni leur accorder aucune habitation. Aucun Juif ne pourra en ac- 
quérir ni en louer, sans la connaissance, la permission et le consen- 
tement écrit du maîstre et du sénat qui sont ou seront à Haguenau. 
Celui qui contreviendra à cette loi, chrétien ou juif, sera puni d'une 
amende de trente marks d'or fin, applicable moitié à la chambre im- 
périale, moitié aux magistrats de Haguenau. 

Par contre, mandons et ordonnons à notre Landvogt impérial, à 
nos officiers et aux siens, de ne pas troubler ceux qui demeurent à 
Haguenau, que notre ordonnance ne touche pas, mais de les y main- 
tenir au contraire et de les protéger, s'ils aiment à conserver notre 
faveur 2 . » (4 436.) 

Lorsque vers 1440, les Armagnacs vinrent dévaster l'Alsace 3 , 

1 Arch. de Hag. FF. 2. 

2 Archives de la ville. Gartulaire. Original plus loin, n° 10. 
J Arch. de Hag., EE. 56. 



HISTOIRE DES JUIES DE HAGUENAU 01 

toutes ces familles, disséminées un peu partout, reçurent de la 
ville l'autorisation d'y venir séjourner pendant quelque temps, 
moyennant redevance. 

Ils eurent malheureusement besoin de recourir très souvent à 
cette hospitalité, qui ne leur fut jamais refusée, mais qu'ils de- 
vaient payer à beaux deniers comptants, heureux encore de trou- 
ver à prix d'or un abri contre les pillages et les massacres. 

En 14*7(3, les confédérés suisses ravagèrent l'Alsace et tuèrent 
ou chassèrent les Juifs de Mulhouse, Colmar, Kaysersberg, Ober- 
nai et Sélestadt. Ces villes, profitant de l'occasion, résolurent, 
dans une conférence tenue à Colmar (14*77), de ne plus admettre 
de Juifs parmi eux *. Les unes revinrent bientôt de ces décisions, 
les autres s'y tinrent, mais ces exclusions se bornèrent au Haut- 
Rhin. Haguenau par bonheur ne les imita pas et les Juifs de cette 
ville se tirèrent encore assez bien de ces terribles secousses. C'est 
à cette occasion que les environs de Haguenau reçurent quelques- 
unes de ces familles fugitives , qui nourrissaient l'espérance 
de profiter un jour de la protection que pouvait leur offrir Ha- 
guenau. 

Nous arrivons ainsi au xvi e siècle. 

Les premières années de ce siècle furent une période de tran- 
quillité pour l'Alsace. Vers 1525, survint la guerre de paysans, 
qui se (ermina par la prise des chefs internés à Haguenau 5 . Les 
Juifs ne furent donc pas beaucoup plus inquiétés que leurs com- 
patriotes. Malheureusement, en 1514, une troupe de soldats se 
prépara à marcher vers la France et se réunit en Alsace 3 . Les 
Juifs des environs, craignant d'être pillés, vinrent demander de 
nouveau l'autorisation de se réfugier à Haguenau. Elle leur fut 
accordée. Douze familles entières avec leurs domestiques et leurs 
biens, arrivèrent dans la ville et, pour ces quelques jours, durent 
payer chacun six florins (à 5.50 = 33 fr.) 4 . Dès que le danger fut 
passé, elles rentrèrent chez elles. 

La situation des Juifs de Haguenau changea en partie au milieu 
du xvi e siècle ; voici dans quelles circonstances. Ceux du Portu- 
gal, à la fin du siècle précédent, avaient été obligés de se faire bap- 
tiser. Plus tard, vers 1550, ces « faux chrétiens », comme on les 
appelait, vinrent de la Hollande et passèrent en Alsace pour se 



1 Gyss, Histoire d'Obernai, tome I er , p. 270. 
* Arch. de Hag. EE. 68. 

3 Les soldats étaient enrôlés en Alsace pour partir dans l'armée de Charles-Quint. 
Les dix villes avaient à fournir 800 hommes à pied et 10 à cheval. Gyss,, Hist. 
d'Obemai, tome I er , p. 364. 

4 Arch. de Ha"-. GG. 65. 



62 REVUE DES ETUDES JUIVES 

rendre en Italie : ils lurent presque partout emprisonnés, surtout 
dans le Haut Rhin. On les accusait de vouloir se rendre chez les 
Turcs, pour leur vendre des armes. Colmar surtout était devenu 
inexorable envers les Juifs, en général, et ne voulait même plus 
leur permettre de passer par la ville , . 

11 est évident que, dans ces circonstances, ceux du Bas-Rhin 
ne devaient pas être épargnés. On leur reprochait de s'habiller 
comme tout le monde, ce qui ne permettait pas aux chrétiens de 
les reconnaître. Plus tard, il est vrai, on les accusa de ne point 
s'habiller comme leurs compatriotes ! 

Aussi, Ferdinand, frère de Charles-Quint, roi d'Espagne et em- 
pereur d'Allemagne, à qui ce dernier avait donné pleins pouvoirs 
pour administrer l'Alsace, publia un décret qui n'était que la 
reproduction des édits des papes sur le port de la rouelle. 

Les Juifs n'en furent, à la vérité, ni moins bien ni mieux con- 
sidérés. Malgré ce décret, les paysans qui les connaissaient déjà 
comme Juifs, avant la publication de cet édit, les virent sans 
aucune surprise porter cette marque dégradante. 

Ferdinand, par la grâce de Dieu, roi de Hongrie, de Bohême et des 
Romains, infant d'Espagne, grand duc d'Autriche, duc de Bour- 
gogne, Styrie, Croatie, Corinthie, Wurtemberg, comte de Tyrol, etc., 
etc , 

Ordonnons à tous les prélats, comtes, ducs, chevaliers, écuyers, 
commandants de pays, capitaines, évêques, gouverneurs, adminis- 
trateurs, lieutenants, employés, maires, juges, magistrats, bourgeois 
communes, et ensuite à tous nos autres sujets clercs ou laïques, 
de n'importe quelle position ou situation, demeurant dans notre 
Autriche, soit en bas, soit en haut, soit devant, dans nos principau- 
tés et pays, duchés et territoires, qui verront les présentes, ou eu 
entendront parler, d'observer ce qui sait : 

Très souvent des plaintes sont arrivées de nos sujets, que la na- 
tion juive, à qui nous avons permis d'habiter quelques villages ou 
villes de nos possessions, fait non- seulement l'usure trop grande- 
ment, et cherche à ruiner le peuple chrétien, mais encore, ce qui 
pis est, s'adonne à toutes sortes de mauvaises actions, telles que 
la calomnie, l'insulte et le mépris de notre nom chrétien, de notre 
croyance et de notre religion. Ces méfaits proviennent en grande 
partie de ce que ces mêmes Juifs demeurent dans beaucoup d'en- 
droits parmi les chrétiens, qu'ils s'habillent surtout comme ces der- 
niers, et qu'ils ne portent aucun signe extérieur, de sorte qu'ils tra- 
fiquent alors, sans que quelquefois on puisse les distinguer d nos 
fidèles. 

1 Mossmanii, Chron. stir les Juifi de Colmar. p. 23. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 03 

C'est pourquoi, en vrai Seigneur catholique et prince régnant, par 
l'autorité de notre pouvoir, après avoir pesé le pour et le contre, 
nous abrogeons tout ce qui a été fait jusqu'à ce jour, et ordonnons ; 

D'ici à un mois, après la publication de cet édit, chaque Juif sera 
tenu de porter sur sa redingote ou pardessus, sur le côté gauche de 
sa poitriue, une rouelle jaune, dont ci-bas la grandeur du diamètre, 
ni moins large ni plus petite, faite d'un morceau de drap jaune, de 
manière qu'elle soit bien en vue. 

Si l'un d'eux se permet, après l'expiration de- ce premier mois, 
d'enfreindre nos statuts et ordonnances, et de ne pas se servir de ce 
signe, il sera la première et la deuxième fois mis complètement à 
nu. On lui prendra ses vêtements et tout ce qu'il portera sur lui. 
La moitié du butin appartiendra à celui qui aura fait la prise, et 
l'autre moitié aux magistrats ou à la justice du pays dans lequel le 
Juif aura été trouvé en défaut. 

Mais si la chose se renouvelle pour la troisième fois, il faut que 
non-seulement on lui enlève tout ce qu'il portera sur lui, mais que 
lui, sa femme et ses enfants soient chassés immédiatement et pour 
jamais de toutes nos propriétés. 

Dans le cas cependant où ces Juifs font le commerce en dehors de 
leur pays, ils n'ont pas besoin de porter ce signe sur les routes, jus- 
qu'au moment où ils chercheront à s'héberger pour la nuit, soit 
dans les villes, soit dans les bourgs, soit dans les villages. 

Alors seulement ils doivent reprendre la rouelle pour qu'on les re- 
connaisse. 

Nous recommandons donc à chacun en particulier de faire obser- 
ver cette ordonnance contre les Juifs. 

Quiconque rencontre un Juif sans ce signe, et ne fait pas son de- 
voir sera sévèrement puni, et payera encore ce qui de cette manière 
aura été perdu. 

Que toutes ces recommandations soient exécutées à la lettre si l'on 
ne veut pas encourir notre disgrâce. 

Donné en notre ville de Vienne le premier jour du mois d'août 1551, 
de notre règne, des Romains la 21° et des autres États la 25« année. 

Signé : Ferdinand 1 . 

Nous retrouvons de nouveau trace de cette rouelle en 1561. 
Elle fut alors encore obligatoire pendant quelques années, puis 
elle disparut. 

La pensée de parquer les Juifs germa même dans le Conseil de 
Haguenau. Nous avons vu qu'au commencement de leur arrivée 
les Juifs avaient eu le choix de se procurer des maisons où ils 
voulaient. Nous les avons en conséquence trouvés dans les plus 
belles rues de Haguenau. À partir de 1348, par un sentiment de 

1 Archives «le la Ville. GG. 65. Voir l'original, plus loin n° 11. 



6>i HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

crainte et dans la pensée qu'ils seraient plus forts réunis, en cas 
d'émeute, ils s'étaient presque tous groupés autour de la syna- 
gogue. 

Au siècle suivant, vers 1620, il fut question à l'hôtel de ville de 
leur assigner un seul quartier où il leur serait permis de résider i . 
La motion ne trouva pas d'écho, et cette idée fut abandonnée. 

Cependant, bien qu'ils fussent libres de demeurer où ils vou- 
laient, les Juifs continuèrent à se confiner volontairement dans 
une espèce de ghetto. 



III. 



Les années de troubles continuaient. Il y avait constamment en 
Alsace, de passage, des troupes allemandes se dirigeant vers la 
France, d'autres séjournant même en Alsace 2 . 

Les Juifs des environs ne présageant jamais rien de bon de ces 
visiteurs désagréables, s'adressèrent à la ville pour avoir l'autori- 
sation de venir se réfugier à Haguenau. Elle leur fut accordée 
moyennant 80 florins de Strasbourg (à 5, 05 =404 fr.) 

Mais comme ils étaient déjà venus de cette façon par trois fois, 
le magistrat craignit de les voir, dans la suite, fonder une sorte 
de droit sur ce précédent, et leur demanda avant leur sortie de 
Haguenau, par l'entremise de leur préposé Lazarus de Surbourg, 
de signer un acte par lequel ils reconnaissaient n'avoir été admis 
à entrer à Haguenau que par « la grâce et la miséricorde du ma- 
gistrat ». 

Quatre ans après, une troupe armée venant de la Bourgogne, 
sous le commandement du sieur de Maleroy, s'était dirigée sur 
Strasbourg. Elle prétendait venir au secours des protestants. Elle 
fut d'abord bien reçue. Mais quand on eut vu que son intention 
était de s'emparer de Brissac, les dix villes alliées commencèrent 
à lui faire la guerre, et quelques mois après, elle rentra en France 
par Saverne. 

Les Juifs des environs, toujours avec Lazarus de Surbourg en 
tête, vinrent se réfugier pendant les hostilités à Haguenau. Ils 
durent payer cent cinquante florins de Strasbourg pour ce séjour 
passager. Ils étaient arrivés au mois de juillet 1579 3 . 



1 Arch. de Hag., liv. de protoc. du cons. BB. 58. 

* Arch. de Hag. EE. 76. 

i Arch. de Hag. GG. 65. Voir pièces justificatifs. n u 12. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 65 

On imagine avec quelle ardeur ils récitèrent les lamentations 
au jour du 9 d'Ab. — Mais ce bruit ne convint pas à la magistra- 
ture de la ville : elle lit venir le préposé de la communauté et lui 
lit part qu'en vertu de l'article 2 de la loi de 1561, elle défendait 
aux étrangers de prier dans sa synagogue. Elle fit plus. Les Juifs 
de Haguenau durent signer un traité par lequel ils s'engageaient 
à ne jamais permettre à leurs coreligionnaires du dehors de venir 
dans leur temple. La première fois qu'on les trouverait en défaut 
sous ce rapport, la synagogue serait fermée. Après les fêtes, les 
Juifs des environs purent retourner chez eux, mais sans avoir eu 
l'autorisation, pendant tout cet intervalle, de se rendre à la syna- 
gogue. 

La communauté continuait, comme par le passé, à n'avoir que 
six familles, sans compter les domestiques dont elle avait besoin. 
Quand l'un des chefs venait à mourir, il pouvait être remplacé. 
L'arbitraire le plus complet régnait en cette matière. Tel Juif en 
effet, qui plaisait ou bénéficiait de la protection, était souvent 
admis sans bourse délier, tel autre était sans raison aucune, 
refusé, ou payait de lourds droits. 

Pendant les hostilités, il était mort à Haguenau un des six pères 
de famille, nommé Gerson. Il laissa une veuve. Celle-ci fit une péti- 
tion, afin d'obtenir le droit de loger chez elle son gendre Alexandre 
de Soultz-sous- Forêts, pour qu'elle ne fût pas seule. Elle le ré- 
clamait comme tuteur de ses enfants mineurs. 

Le Sénat fit une convention avec elle aux conditions suivantes : 
« Son gendre pourra venir demeurer avec elle, s'il paie tous les 
» ans vingt livres Strasburger-Pfenning (à 9,05 = 193 fr.). Seu- 
» lement, si elle se remarie, ou si, par suite d'une liaison quel- 
» conque, elle change sa situation, son gendre devra retourner à 
» Soultz ■ . » 

Elle ne se remaria pas, elle mena une conduite exemplaire, et 
ainsi Alexandre put rester à Haguenau. Il devint le père des Blum. 

Tout resta tranquille pendant quelque temps, quand, vers le 
mois de juin 1587 2 , des troupes françaises et allemandes, enrô- 
lées pour le compte de Henri de Navarre, se réunirent dans le 
Bas-Rhin. Deux mois après, elles étaient rejointes par une armée 
de confédérés suisses. 

Les Juifs des environs, ne se trouvant encore pas en sûreté 
chez eux, vinrent de nouveau implorer le magistrat de Haguenau, 
de vouloir bien leur permettre de résider dans la ville jusqu'après 



» Ibid. 

2 Gyss. Hist. d'Obernai, tome I« r , p, 370. 
T. III. 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la guerre. L'autorisation leur lut accordée, moyennant 200 florins 
de Strasbourg. 

C'étaient, avec Lazarus de Surbourg en tête, Baruch de Soultz, 
Schlumme de Kutzenhausen, Raphaël de Beinheim, May et, beau- 
frère du précédent, à Schaffhausen près Hochfelden, Isaac et son 
gendre Salmé de Wittersheim, Sùskind de Brumath, Mara et son 
gendre Hayem de Ilatten et Model de Betschdorf * . 

Malgré toutes les sommes qu'ils avaient versées à la ville, ils ne 
purent élire domicile que chez les Juifs de Haguenau. 

Enfin, après avoir vidé leurs bourses, ils purent retourner chez 
eux attendre des temps meilleurs. 

En 1607, par la mort d'un de ses membres, la communauté fut 
encore réduite à cinq ménages. Un juif de Wintzenheim (Bas-Rhin) 
nommé Bonéfés, pensant que l'occasion était bonne pour obtenir 
l'autorisation de remplacer le défunt dans la ville, vint demander 
cette faveur au magistrat de Haguenau. 

C'était en 1608. La ville, jouissant d'un moment de tranquillité, 
refusa de l'admettre alléguant comme raison qu'elle ne le con- 
naissait pas assez pour le recevoir dans son sein. A force de sup- 
plications, il parvint cependant à pouvoir rester à Haguenau, à 
titre d'essai pendant deux ans. Si durant ce laps de temps il se 
conduisait bien, il lui serait peut-être permis de fixer sa résidence 
en cette ville. 

Il dut, en attendant, payer l'impôt comme ses coreligionnaires, 
et se procurer un logement chez l'un d'eux. On se figure aisément 
quel fut son genre de vie pendant ces vingt-quatre mois. Sa con- 
duite ne donna lieu à aucune plainte, et enfin à l'expiration du 
temps qui lui était assigné, il adressa aux autorités locales, sur 
parchemin, l'écrit suivant : 

Moi, Bonus, Juif de Vintzenheim, reconnais par les présentes, 
pour moi, mes héritiers et mes descendants, que lorsqu'il y a deux 
ans, les nobles, sages, très savants et honorables membres de la ma- 
gistrature et du conseil de la sainte chambre impériale et de la ville 
de Haguenau, ont bien voulu agréer ma demande et m'ont permis 
de résider jusqu'à ce jour dans la ville, c'était par grâce spéciale de 
leur part, et sans l'ombre d'un droit de mon côté. 

Comme, pendant ce laps de temps, je me suis bien conduit, je n'ai 
pu m'empêcher de demander à la ville de m'accorder sa protection 
et son soutien pour un séjour ultérieur. Personne, j'en suis per- 
suadé, n'aura eu à se plaindre de moi jusqu'à présent. Aussi j'es- 
père avec une entière confiance que la ville m'accordera, sans dis- 

1 Arch. de Hag. GG. 65. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HÀGUENAl 67 

continuer, son soutien et sa protection, tant pour ma personne que 
pour ma femme et mes enfants après moi, moyennant un certain 
tribut à payer tous les ans. 

J'espère d'autant plus, que l'autorité supérieure m'a fait entendre 
que je pourrais ètre'accepté si, pendant ces deux ans, je ne donnais 
sujet à aucune plainte, ce dont je puis me flatter. De ma vie, et après 
ma mort, ma veuve et mes enfants, nous n'oublierons ce bienfait, et 
dès que nous en aurons l'autorisation, nous tacherons aussi d'avoir 
une maison pour notre habitation et notre famille. 

Voici par contre ce à quoi je m'engage : 

1° Je prêterai le serment qu'on a coutume de prêter à la mairie, 
pour moi, mes héritiers et mes descendants, et je conviendrai par là 
que si j'ai obtenu l'autorisation de demeurer dans la ville avec ma 
femme et mes enfants, ce n'a été que par grâce spéciale et par la mi- 
séricorde d'un honorable conseil, et non par droit ou redevance. Je 
m'engagerai aussi, par ce serment, à ne jamais rien faire, ni contre 
les privilèges royaux ou impériaux, ni contre les libertés, la justice 
et les us et coutumes de la localité, ou tous autres actes, surtout 
ceux qui concernent les Juifs, ni maintenant ni plus tard. 

2° Aussi longtemps que je demeurerai ici, et que j'y serai toléré, 
je n'achèterai ni maisons ni biens, pour les revendre, ni directement 
ni indirectement. 

3° S'il plait au vénéré conseil de ne plus vouloir de moi, au cas où 
je ne lui conviendrai plus, pour un méfait quelconque, et qu'il nous 
dénonce sa protection, je m'engage à quitter la ville et à chercher 
un pied à terre ailleurs, sans pour cela recourir aux plaintes, aux 
supplications ou aux récriminations. Avant de partir, je serai alors 
obligé de payer tous mes créanciers. 

4° Pour ce soutien et cette protection, je verserai annuellement 
vingt livres strasbourger pfenning à la ville, en dehors de ce qui 
m'incombera pour capitations et facultés, au stettmeister ou autres. 

Je m'engage aussi à ne jamais prêter de l'argent, faire crédit ou 
prendre des gages contre les statuts et règlements de la ville, comme 
le doit tout Juif. 

5° J'aurai aussi toujours dans mon écurie deux bons chevaux que 
je mettrai à la disposition des bourgeois qui voudront les monter, à 
un prix modéré. 

6° Je ne garderai pas chez moi d'autres Juifs, et je ne donnerai 
asile, qu'une nuit à un pauvre de passage, comme cela s'est toujours 
fait, et le lendemain je me chargerai de le faire partir. 

7° Le conseil me fera aussi la grâce de me permettre de faire cher- 
cher chaque semaine, dans la forêt, une charretée de bois mort pour 
mon propre usage. 

Tout ce qui précède, je le tiendrai à la lettre; et pour, en dehors 
du serment, plus de sécurité, j'ai, moi,Bonus, mis au bas de la pré- 
sente, ma signature, écrite de ma propre main. 

J'ai, de plus, prié le noble et juste Jean-Louis Surger, de Mutzig, de 



CS REVUE DES ETUDES JUIVES 

vouloir bien mettre son sceau au bas de cet acte, pour confirmer en- 
core une fois ce qui est dit ci-haut. 

(Ce que j'ai, Jean-Louis Surger, ci-dessus dénommé, après la prière 
de Bonus, fait, et reconnais avoir fait, sans pour cela que cet acte 
doive porter préjudice, à moi, mes héritiers, mes descendants ou 
successeurs dans mon étude.) 

Fait à Haguenau le lundi 21 juin 1610. 

Signé en hébreu : Ich, Bonefes, bekenne wie owe steit ! . 

(Moi, Bonefes, je reconnais comme il est écrit ci-haut.) 

Bans une séance extraordinaire, tenue ad hoc, il fut admis aux 
conditions énoncées ci-dessus. Ce Bonéfés fut la souche de tous les 
Bonus ou Bonef qui, en 1808, prirent le nom de Rose. Ce fut aussi 
le premier aubergiste juif de la ville de Haguenau. Plus tard, seu- 
lement, au siècle suivant, il y en eut deux . 

Elie Scheid. 
(A suivre). 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



N° 10. 1436. GG. 64. 

Wir Sigmund, Von Cotes Gnaden Romischer Keiser, zu allen 
ziten merer des riches, und zu Hungarn, zu Beheim, Dalmat- 
tien, Croaten, etc, Kunig, bekennen und tun kunt offenbar mit 
disem Briefe, allen den die in sehen oder hôrent ltsen, als der 
allerdurchlichtigeste fiïrste, miser lieber Herr und Vatter, Keiser 
Karle seliger gedechtniss, den Burgermeistern und Rat der Stat 
zu Hagenowe, unser und des riches lieben getrewen, zu ziten 
soliche Gnaden gethan und erloubt hat, das sie iuden von weli- 
chen landen sie sin, nemen, empfohen und behalten mugent als dan 
die briefe darûber clerlicher uswisent, und aber der iuden, als sie 
haben uns fùrbringen lassen, sovil bi in vorden und wonende sint, 
und durch ir ùbermessig Gesuch und beschidikeit, der sie gebru- 
chen, Cristenlùte doselbes, und auch des richsland darzu gehorig, 
so schaden tun, und hinfùr me tun werden, wo das nit unter- 
standen wurde, das denselben luten und landen vast verderplich 
sein wùrde; und derworten das soliche Sache nit mehr wachsen, 
sunder also gemessigt werde, das cristen lùte des zukommen 



1 Archives de Haguenau. GG. 65. Voir plus loin, n° 13. 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUENAU 69 

rouget und soliches beschweren Ubcrhaben wcrden : so setzen, 
gebieten und wollen wir, von Romisclier Keiscrlicher M'achl, in 
Graft dis Briefs, das dehein burger, odcr iemans anders wer der 
sy, nun oder hernach, deheinem iuden, oder iemans von eins iu- 
dens wegen dehein gehuse, gesesse oder hofeslatte in der egenn- 
ten Stat Hagenowe oder dem burgbann, darzu gehôrig libe zu 
kouflf gebe, oder darinnen husen entbalten und oueh das dehein 
iude soliche lihung oder kouft' doselbes tùn sol, ohne roeister und 
rats doselbes, die zu ziten sint, urlop, wissen und willen. 

N° 11. 1551. GG. 03. 

Ferdinand von Gottes gnaden, Romisclier, zu Hungarn, und 
Beheim Konig, infant in Spanien, Ertzherzog zu Œstreich, Herzog 
zu Burgund, Steyer, Kârndten, Krain und Wirtemberg, etc., etc., 
Grave zu Tyrol. 

Embiten allen und jeden Prelaten, Graven, Freien, Herren, Rit- 
tern, Knechten, Landhauptleuten, Hauptleuten, Bitztumen, Vogten, 
Pflegern, Verweseren, Amtsleuten, Burgermeistern, Richtern, Rhii- 
ten, Burgern, Gemeinden, und sonst allen andern unseren unter- 
thanen und getrewen geistlichen und weltlichen, in was wùrden 
stand, oder wesen die allenthalben in unsern undern. oberen oder 
vorderen œsterreichischer Fùrstenthùmer und landen, obrigkeiten 
und gebieten gesessen seind, denen dieser offener brief fûrkommt, 
den sehen, lesen, hôren, oder sonst in Erinerung kommeo, unser 
Gnad's und ailes Gùts. 

Nachdem uns nun zu mer und offtermals Glaublichen angelangt, 
welcher massen sich die Jùdigkeit, welcher wir an etlichen orten 
unserer furstenthunmben und Lande, zu hausen und gevonen, 
auf Gnaden zugelassen und bewilligt, nicht allein mit iren 
unziemlichen unleidichen Gesucb, und wùcherlichen Gontract und 
handlungen, unserem Christlichen Volk und unterthanen, zu d.er- 
selben beschwerlichen und verderblichcn nachtheil und schaden, 
sondern auch sonst in vil anderwegs, sich allerlei boser iirger- 
licher, und lasterlicher taten, zu Schmach Verchimpfung und 
Verachtung unseres heiligen Christlichen namens, glaubens und 
religion ùbe und gebrauche welche ârgerliche bose Handlungen, 
guten teils aus dem erfolgen sollen, das sie die Juden an mer orten, 
on aile judische Zeichen, undon underschied der klcidungen und 
trachten, unter den Christen wonen und wandeln, und von den- 
selben nicht unterschiden, noch erkennt werden môgen. 

Derwegen dunn uns, als einem christlichen regierenden Herrn 
und landfùrsten, in krafl't unseres tragenden Amts, zustehen und 
wohlgebùren will hierinnen gebùrlich einsehen gehaben und nicht 
allein den beschwerlichen verderblichen gesuch und wucher bei 
den Juden, sondern auch so vil immer mùglich, die andere las- 
terliche bôse handlungen und thaten, so aus der Juden beiwonung, 



70 REVUE J)KS ETUDES JUIVES 

und das sic von anderen Ghristen nicht erkennt werden, abzestellen 
und Verordnung zu tun, das zwichen den christen und juden an 
kleidung und tracht, etwas ein unterschied gehalten, und die ju- 
den an einem zeichen, wie an andern orten mer Orten beschieht, 
bemerkt und erkennt werden. Und demnach so setzen, ordnen und 
wollen wir, mit wohlbedachtem muth, gutem, zeitigen Rate als 
regierender Herrund landftirstaus landsfurchtlicher Macht, hiermit 
wissentlich und in Krafft dièses Briefes, als ail und jede Juden, so 
sie ernennten unsern erblichen furstenthumern und Landen ge- 
sessen sint, und darin hin und wider handeln und wandeln, zu 
einem Zeichen daran sie von den Christen unterschieden und er- 
kennt werden (unangesehen aller Statuten, Ordnungen, Satzun- 
gen, Exemption, und Freiheiten, so sie gemeinlich oder ihr etlich 
von welend unsern Vorfahren, Keisern, Kônigen und regieren- 
den Landsfùrsten, lôblicher Geduchtniss oder uns erlangt haben 
môchten, wôhlen allen und jeden soviel die dieser unser Ordnung 
und Satzung in einig weg abbrûchig oder verhinderlich sind, ver- 
standen verden mogen, wir hiermit in Krafft dièses briefes, gen- 
stlichen derogirt haben wollen). 

Nun hinfuro und in monatsfrist nach publicirung dieser unser 
gênerai anzufahen. an seinem oberen Rokcoder Klaid, auf der linken 
seiten der Brust, einer gelben ring, hiebei verzeichenter runde und 
breite des zirkels, und nicht schmeler oder kleiner, von einem gelben 
Tuch gemacht, offentlich und unverborgen gebrauchen und tragen, 
sollen. Wo aber einer oder mer aus den Juden, nach erscheinung 
angeregter Monats frist, diser unser Satzung und ordnung 
obestreten, und sien obbemelts zeichen nicht gebrauchen wurde, 
der soll zum ersten und andern mal, die kleidung die er antregt 
und ailes dass jenig die was bei ihm gefunden wird, verwùrkt 
haben und der halb theil desselben, dem Anzeiger, und der ùbrig 
halb theil der Obrigkeit, oder dem Gericht, darunter der Jud also 
ohne zeichen betreten wird, zustehen und erfolgen. Im fall aber 
das er zum dritte mail betreten wird, soll er nit allein jetztgehôrter 
massen, die kleidung und das bei ihm gefunden wird, verwùrkt 
haben, sondera er sammt seinem Weib und Kindern noch dazu 
und alsbald aller unserer œsterreicher fûrstenthùmer und lande 
in evigzeiten verwisen werden. Doch wann die Juden ihrem Ge- 
werb und Noturfft nach ober Land ziehen, sollen sie solch zaichen 
auf der Strassen zutragen nicht schuldig sein, bis sie in ire her- 
bergen und nachlager in die Stet, flecken oder dôrfer kommen 
alsdann sollen sie das Zeichen wieder herfur nemen und tragen, 
und dadurch sien fur Juden zu erkennen geben, ongeferde. 

Und gebieten demnach euch allen, und eurem jeden in Sonder- 
keit, mit allem Ernst und Wollen, das ihr ob diser Satzung und 
Ordnung Vestiglich handhabet und haltet, gegen den Juden, so in 
angeregten unsern furstenthumern und Landen, ohne obbemeldte 
zaichen betretten werdeu , mit angeregter Straf, ernsllich verfaret, 



HISTOIRE DES JUIFS DE HAGUÉNAU 71 

nncl daneben ailes das jenig furnehmet, handelt und verrichtet. So 
zu volziehung dieser unser Ordnung und Satzung furderlich , und 
zu Abstellung der Verhandungen so durch die Juden darvider zu 
ûber understanden werden die NotturfVt erfordern wirdet. Und 
eùch hierin nit anders haltet, ailes bei vermeidung unserer, 
schweren Ungnad und Straf. — Gegeben in unserer Statt Wien der 
ersten tag des Monats Augusti Anno 4551, unseres Reiches des Rô- 
misches im 21ten und der andern im 25ten. 

Ferdinand. 



N° 12. 1575. GG. 65. 

Ich Lazaras Jud, wohnhaft zu Surburg, und mit mir gemeine 
Judigkeit dér Landvogtei Hagenau, deren Anwalt, befelshaber und 
Parnos ich bin, bekennen und thun kund mit gegenwàrtigem briefe, 
fur uns, unsere erben, nachommen, und brothsgenossen, denen 
wir jetzunt seind, oder in kunftigen von uns und anderen juden 
werden mochten, nachdem die ehrenfùrsten, hochgelerten ehrenhaf- 
ten, ehrbaren, fùrsichtigen, und weisen Herren, Meister und Rath des 
heiligen Reichs Chammer und Statt Hagenau, unsere gnadige, gùn- 
stige Herren uns gemeine Judigkeit in der Landvogtei Hagenau 
wohnend (von welcher wegen ich bestimmter Lazarus als derselben 
Parnos und gehalthaber von einem ersamen Rath, auf untenge- 
schrieben Datum, erschinnen und kommen). auf unser vilfeltigs floh- 
lichs und unverdienslichs anruefen und bitten (als allenthalben 
in dem Land das Reuter Volk gelegen und ihren Zug nach Frank- 
reich genommen, wir unserer leib haab und gùter bei denselben 
nùt wol sicher sein kônnten) uns und unser brotgesùndt samt 
unseren Haab und Gùter, in bemerkter unser ilucht, zu ihnen ganz 
gnediglich in eines ehrsamen Raths, Statt Hagenau, bei deren 
Burgern und Invohnern us Barmherzigkeit und gnaden, ein monat 
gegen Bezahlung achzig Gulden Strassburger underschleif gegeben, 
und underkommen lassen, dass hiermit wir fur uns, unsere Erben 
und nachkommen gereden und versprechen, das es ehrengemeldten 
Herrn, ein ersamen Rhat der Statt Hagenau so jetzt seindt oder 
in kunftigen sein werden, noch deren burgeren oder inwohneren 
jetzt oder zum kunftigen, nach ewigen zeiten an denn Keiser- 
lichen Freiheiten, Begnadigungen, alten Ordnungen, Statuten und 
alten gebreuchen auch herkommen, oder anders eines ersamen 
Raths juridiction und obrigkeit, hiemit nit schedlich oder nach- 
theilig sein, noch uns und den unsern einige Gerechtigkeit ge- 
beren soll, sondern was von ehrengemelden Herrn einem ersamen 
Rhat, uns gemeiner Judigkeit wiederfahren , dass es aus lauter 
Gnad, Barmherzigkeit und keiner gerechtigkeit zugangen. Das auch 
wir oder jemand von uns jetzt oder in kunftigen, hindurch nit 
verstehen oder theuten wollten oder sollten, als man gemeine 
Statt Hagenau uns miisthe underschleif geben, oder das sie das 



72 REVUE DES ETUDES JUIVES 

zutlmu schuldig, welcher aller und jedcr gesuch behil fund excep- 
tion wie die auch in specie genannt moclit werden, wir uns hie- 
mit in bester form der rechten, fur uns, unser erben undnach- 
kommen, wissentlicher kraft dieser schrift verziehen und begeben, 
dessen zu waren Urkundt und gezeugniss. — Weil wir uns gemei- 
ner Insiegels niit gebrauchen, haben wir durch ermelten unsern 
Parnos, mich Lazarus Jud mit sonderm Fleiss gebeten und erbeten 
den erbaren Simeon Bissingen Keiserlicher Notarien procuratoren 
und Burgern zu Hagenau, dass er fur uns und unsere Erben und 
Nachkommen sein eignes Insiegel hinfûr an diesen Brief hat thun 
henken. Und ich Lazarus Jud in namen mein selbs und gemeine 
Jùdigkeit mich hiefùr unterschrieben, welcher ich bennanter Bis- 
singen und sondern der Juden bitt willen (doch in allweg mir 
und meine Erben ohnc Schaden) bekenne getan haben. 

Actum und besehen Montag den 7ten Sebtembris im Jahre 1575. 

N e 13 1610 GG. 65. 

Ich Bonus Jud von Vintzenùm bekenne offentlich und thue kunt 
meniglich, mit dieser schrifft, fur mich, meine Erben und nach- 
kommen ; Demnach die edelen, grewesten hoch und wohlgelehrten 
fiirsichtig, ehrsam und weise Herren, meister und Rat diser der 
heiligen Reichs Kammer und Stat Hagenau, meine gebittent und 
gnedige Herren, mir uff mein vor zwei Jahren an ire Gnade Herr- 
lichkeit und gunsten gelangt unterthimig, demutig und hochfle- 
hentlich bitten auf besondern lautern Gnaden und keiner gerechtig- 
keit gnedig vergônt und zugelassen, dass ich zwei Jahre lang all- 
hier in irer Statt mit meinem Hausgesindt, absonderlich in einem 
entlehnten Haus uffgeding weys und mass wie in meinem damais 
ûbergeben neheres begrifïen ist mein ufïenthalt haben hausslich 
sitzen und wohnen môgen. So hat volermelte meine gnedige Herrn 
nach nunmehr abgelaufenen und verflossenen zwei Jahren umb 
ferner meiner geduldung, und gnedige mittheilung, Schutz und 
Schirms, ich untertenig, demutig und hôchsten fleyss, zu ersuchen 
und zu bitten nit unterlasen kùnten. Und weil meines bishers 
gepflogenen Yerhaltens verhoffenflicht sich niemand sonders zu be- 
schwereno der zu klagen gehabt haben, wùrden dieselben mit hôch- 
stem angelegenem Fleiss gebitten das sie mir wie auch meinen 
Weib und Kinder, nach mir, bestiïndigen Schutz und Schirm uni 
ein gewiss gebùrent Jahr Gelt gestatten und vergùntstigen wollen. 

Ob nun gleichwohl mein dies undertenig bitten etwas bedenk- 
lich fallen wollen, so haben doch ihr Gnaden Herrlichkeit und 
gunsten so viel milter Gnad und Barmherzigkeit an mir und den 
der meinen erwiesen dass sie mir laut deswegen gegeben versigelten 
Schirms gnedig bewilligt,. vergonnt und zugelassen, das: (sofern 



HISTOIRE DES JUIFS DK HAGUENAU 73 

ich midi vie bishers gebùrlich verhalten, und den Schutz uffzu- 
kùnden nit ursach geben werde) die zeit meines lebens, ich wie 
auch mein frau nach mein absterben, solang sic wittib sein wird nach 
uoser gelegenheit ein haus enslehen imd cntlehnen haushablich nie 
in der Stat sitzen und wohnen mogen. 

Jedoch meinen kindern und erbern nach mir nichtig verwilligt 
und dies ailes uff Condition Weys und Mass wie nachfolgt gemeint 
und verstanden sein solle. 

Das namiich ich Bonus bei meinem Jûdischen Aydt fur mich 
meine erben nachkommen, und allen die meynigen zugesagt ver- 
sprochen und geschworen habe, auch hiermit in Krafft dieser Re- 
vers gethan haben will, das, erstlich, solche mir meinen Weib und 
kindern uf unsere wohltaten allein aus Gnad und Barmherzigkeit 
und gar keiner gerechtigkeit, viel veniger schuldigkeit bewilligte 
aufnehmung einem ersamen Rat, in burgern und gemeine Statt 
an iren habenden vohlhergebrachten Kaiserlichen und Koniglichen 
Régalien, privilegien, freiheiten, rechten, gerechtigkeiten herkom- 
men, gewohnheiten, und sonst andern Vertràgen besonders denen so 
sy der Juden halb haben, jetzt oder in kùnftigen zeiten, kein scha- 
den, Schmelerung, oder nachteùl bringen, noch in etwas praeiudi- 
ciren, auch weder mir noch den meinigen noch iemanden aus der 
judeschafl't zu einigerlei behelf oder vortheil gemeint gedeutet noch 
verstanden oder gezogen werden solle, kùnd oder môge in keiner 
weiss auch in keinen sachen. 

Das'auch fùrs an der, ich solche gantze zeit und solang ich heir 
geduldet werde, weder Hauser noch ander liggen gut an mich 
kauffen, noch kauffen lassen soll oder wolle, wie ich dann dessen 
nicht mâche, haben hiemit bekenne. 

Das auch ferner und zum Dritten, was einem ersamen Rat 
mich lenger zu gedulden nicht gefallen und mir meine ungebùr- 
lichen oder iïbel haltens wegen den Schutz uffkùnden sollte, ich 
alsdann ohne ailes einreden und wiedersetzen gehorsamlich aus 
der Statt ziehen, womùglich so dann an mich zu sprechen haben, 
mochte befriedigen, und mein Gelegenheit anderswo suchen soll 
und wolle. 

Auch das einem ersamen Rat meinem Gnedigen Herren umb 
solchen Schutz und Schirm fur Schatzung und marzahl neben dem 
so ich uffs rathaus einem Stettmeister und andern zu geben 
schuldig, ich jàhrlich und eines jedes iares besonder 20 pfund 
pfenning Strassburger geben und entristen. Auch nùt leihen, borgeD, 
und pfantnehmen nach ausweisung dieser Statordnung Statuten 
wie Simon Jud gehalten werden solle. 

Das ich mich zum Fùnften mit einem par guten keppern 
oder Pferden gefasst halten solle, dieselben den Burgeren oder 
anderen so deren zu reuten bedorfen wùrden umb gebùrenden 
Lohn und grossmuth zu leihen. 

Und das ich zum Sechsten keim andre juden bei mir uf- 



74 RKVUE DES ÉTUDES JUIVES 

halten noch underschlauf geben solle, ohne allein von etwa arme 
unvermôgende Juden kommen denen unsern brouch und gesatzen 
nach, unser jeder ein nachtleger zu geben schuldig ist, mog ich 
inen die auch widerfahren lassen doch sie furderlichst wieder 
fortschaffen. 

Das dan scliliesslich einem ersamen Rat mir auch aus Gnad 
vergônt das ich iede woche, einen karch mit unschedlichen bren- 
holz durch einen burger aus dem forst holen und zu meinem 
gebrauch heym i'iihren lassen moge. 

Und dass ich Bonus Jud mehrgedacht vorgeschriebenes ailes 
und jedes steht fest und unerbrùchlich, inmassen inverleybt 
halten, dem getreulich geleben und nachkommen wôlle, habe ich 
mien mit eigen handen unterschrieben, auch zu dieser sichere Ur- 
kundt mit undertenigen fleiss gebetten und erbetten den edlen und 
festen Johann Ludwig Surgern von Mutzig das seine feste ir 
Adentlich angeboren insiegel an diesen brief henken lassen, mich 
jeder darin begriffenen sachen zu ùbersagen. 

Welches ich Johann Ludwig Surger nechstgemeldt umb fleis- 
sigen bittwillen getan haben bekenne, doch mir, meinen Erben, 
lahenserben und nachkommen in ail andern weg unschàdlich. 

So geben ist zu Hagenau, Montags den 21ten Juny Anno Do- 
mini 1610. 

(ich Bonefes bekenne wie oben Steït.) 



LES INCUNABLES HÉBREUX 



Dans les notes qui suivent, nous nous proposons d'appeler l'at- 
tention des lecteurs de la Revue sur les plus anciennes éditions 
d'ouvrages hébreux mal connus ou peu connus jusqu'ici, ou qui 
avaient totalement échappé aux recherches des bibliophiles et des 
savants spéciaux. Nous avons dressé un tableau contenant d'a- 
bord des additions au célèbre ouvrage de Jean Bernard de Rossi 1 
et à l'étude de M. Steinschneider 2 sur la matière, puis le relevé 
des incunables nouveaux découverts depuis la publication des tra- 
vaux de ces deux savants. Nous nous dispensons le plus souvent 
de transcrire les titres entiers, nous bornant à renvoyer aux ou- 
vrages précités, au Catalogue de la Bibliothèque bodléienne 3 , par 
M. Steinschneider, et au Mannale hiUiographicum du même 4 . 

Nous commencerons par quelques mots d'introduction sur les 
incunables sémitiques, hébreux et non-hébreux. 

Un voyage d'exploration scientifique dans les bibliothèques de 
la Bavière et du Wurtemberg, dont le ministre de l'Instruction 
publique nous avait chargé au printemps de 1880, nous a permis 
de recueillir sur ces ouvrages un certain nombre de renseigne- 
ments nouveaux. 

Les résultats divers de nos recherches seront consignés dans un 
rapport officiel, qui paraîtra plus tard 5 . 



L'impression de textes en caractères orientaux n'a commencé 

1 Annales helraeo-typogr. 

* Dans l'Encyclopédie dErsch et Gruber, citée plus loin. 

3 Berlin, 1852 à 1860. 

4 Voir plus loin le titre. 

■ La Bibliothèque nationale est pauvre en incunables hébreux. On peut en avoir un 
aperçu très rapide dans le livret (anonyme) intitulé : Département des imprimés; Notice 
des objets exposés (Paris, 1878, in-8°) ; notons les n ' 122, 133, 145, 156 et 175 qui se 
rapportent à. l'objet du présent travail. 



76 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que bien après l'invention, ou le perfectionnement de la typo- 
graphie, en général. Il semble que pour cette littérature on se 
soit plus longtemps contenté de l'emploi des manuscrits, ou que 
l'on ait éprouvé plus de difficultés à mouler ces types aux formes 
plus bizarres et plus compliquées que les caractères gothiques, qui 
ont longtemps servi aussi bien pour l'allemand et ses langues sœurs 
du Nord que pour le latin et ses dérivés, l'italien, le français, 
l'espagnol, etc. 

Nous n'avons pas à parler de l'introduction de l'imprimerie en 
Orient même : elle n'a évidemment été accueillie dans les pays 
musulmans qu'à contre-cœur 1 , il y a deux siècles et demi, et 
encore par des Européens (en 1610). Aussi, de nos jours, \eKoran 
continue à être lu liturgiquement 2 sur de superbes manuscrits, 
dont on a pu admirer de magnifiques modèles à l'Exposition uni- 
verselle de 1878 (section d'Egypte et de Turquie), dans les galeries 
des arts rétrospectifs. 

Cependant, si l'enchevêtrement des ligatures 3 a dû être une 
cause sérieuse de retard pour la composition de textes arabes en 
caractères mobiles, il n'en a pas été de même pour l'hébreu, dé- 
pourvu de ces traits de jonction. En effet, l'on trouve des livres 
hébreux imprimés dès l'an 14*75, et ils se succèdent depuis lors 
dans une proportion toujours croissante. 

Les premières œuvres, du moins celles que l'on possède, sont ou 
des parties détachées de la Bible, par exemple le Pentateuque et 
les Psaumes, ou des livres de codification des lois religieuses 
juives, également partiels. Pas de séries volumineuses, jusqu'aux 
premières années du xvi e siècle. La plus grosse encyclopédie 
rabbinique, celle qui porte le nom de Talmud, était une œuvre 
trop colossale pour des gens souvent exposés à déménager bon 
gré mal gré. De plus, cet ouvrage a été maintes fois l'objet d'or- 
donnances de confiscation, ou même d'auto-da-fé : on connaît 
celles de 1239 et de 1244, C'est seulement en 1520 que Léon X, 
pape libéral et éclairé, autorisa expressément la publication de 
ces vénérables documents, et que leur impression put avoir lieu 
au grand jour. 

C'est également dans les premières années du xvi c siècle que 
l'on commence à voir paraître des ouvrages écrits en d'autres 
langues orientales que l'hébreu. Comme ceux-ci, quoique posté- 
rieurs en date, forment un nombre très restreint de volumes, nous 

1 Abstraction laite, — bien entendu, — des Hebraka, imprimés en Turquie. 

2 Comme la Jmn dans les synagogues. 

3 Les abréviations des premières éditions grecques, avec leurs ligatures qui n'en- 
globent guère plus de 3 à 4 lettres, n'en donnent qu'une faible idée. 



LES INCUNABLES HEBREUX 77 

pouvons leur donner le pas dans notre exposé analytique, en pré- 
venant dès à présent qu'à leur égard l'expression « incunable » 
doit s'appliquer jusqu'à l'an 1540, suivant le cadre adopté par 
De' Rossi. 



Il 



Parmi les impressions faites au xv e siècle, on rencontre bien des 
noms d'auteurs juifs ou musulmans, célèbres par leurs travaux 
en médecine, en botanique, en histoire naturelle ou en astronomie, 
et même en philosophie. Dans sa Bïbliotheca orïentalis, Zenker 
en offre une assez longue liste. Il cite les éditions d'Avicenne à 
partir de l'an 1460 environ, à Strasbourg (n os 1141 à 1154), tandis 
que le premier texte arabe du même auteur a paru à Rome en 
1593, avec les types des Médicis 1 ; il cite Rhazès (n os 1183-89), 
Almansor (1192-5), le même avec les notes d'Arculani (1196-1200), 
Isaac Judeus (1206), Maswya (1211-4), Jo. b. Masewech Grabadin 
(1218-20), un autre plus jeune 2 du même nom (1225-8), Aver- 
roès pour le Colliget (1242-7) ; enfin la Practica Joannis Sera- 
pionnis, etc. On voit aussi, à la même époque, les noms de Mai'- 
monide et de Samuel Maroccanus 3 (Hain, Repertorium, n os 14269- 
*71), mais seulement pour des versions latines 4 . Finalement, citons 
la « Lettre écrite par R. Samuel, israélite, adressée à R. Isaac, 
chef de la Synagogue », et dont on possède, outre le texte latin, 
les versions allemandes, anglaises et italiennes; elle a été aussi 
traduite du latin en toscan (italien), s. 1. n. d. (vers 1500; 25 1. à 
la p.), petit in-4 03 . Nous n'avons trouvé nulle part l'indication de 
cette traduction (est à la Bibliot. nat.). 

Il n'y a donc pas de traces, à la fin du xv e siècle, du moindre 



1 II n'indique même pas la l r « édit. de la vers. hébr. b"n3ï"î *p3Npï ,, î (le gr. 
canon), en 1491-92. 

* L'indication de ce sujet par Zenker peut induire en erreur. V. Steinschneider, 
Donnolo, Index. 

3 Voir Steinschneider, Catal. Bodleianœ, col. 2436-51, et son ouvrage Polemische 
und apologetische Literatur. 

4 Distinction qu'il importe de signaler, malgré l'évidence du fait, puisqu'il nous 
est arrivé, dans nos pérégrinations, de rencontrer les titres de ces ouvrages au milieu 
des catalogues à : OrientaUa de grandes bibliothèques (p. ex. à Munich). Le rédacteur 
de l'inventaire les avait rangés comme incunables parmi les originaux. L'examen de 
visu n r a pas tardé à détromper MM. les conservateurs de ces dépôts, qui ont dû se 
résigner à les déplacer. 

5 Voir Pantzer, t. IV, p. 480, n« 1080 ; Fossi, t. II, col. 484 ; Catal. Capponi, 
p. 339. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

texte original sémitique (non hébreu), môme à titre de simple cita- 
tion. C'est si vrai qu'en voulant donner de prétendues inscriptions, 
l'imprimeur a dû se contenter de les graver à part, sur bois, dans 
l'édition princeps (Venise, Aide, 1499, fol., modèle typique des édi- 
tions suivantes) du Songe de PolïpMle, ou Hypnèrotomachie, par 
le frère Francesco Golonna * , pour figurer l'équivalent arabe de 
tio'voç xa\ eùcputa (travail et industrie), puis des mots gloria Dei, ma- 
ter amoris, gloria mundi. Les mêmes passages, au contraire, en 
hébreu, y sont très nettement typographies, plus corrects que 
dans les autres éditions. 



III 



A partir de ce moment, commencent les œuvres polyglottes et 
les traités didactiques, où naturellement l'hébreu joue le plus 
grand rôle. Ce sont, par exemple, le Psalterium polyglotte de 
Justiniani 2 (1616), le Psalterium in IV linguis 3 , de Potkenius 
et Jean Sotere (1618), le ^iif, Dictionnarium chaldaïcum, etc. 
(Baie, 1527; Bibl. nat., X 191, St., Manuale, n° 1385), le p^ 
rtN'rlïîph ia "WN Wty. Chaldaïca grammatical (Bâle, Froben, 
1527). A cette liste nous ajoutons deux ouvrages dont nous n'a- 
vons trouvé la mention nulle part et qui sont tous deux à la Bi- 
bliothèque nationale (X 19 et 19 A) : 

4 e Linguarum XII, characteribus differentium, alphabetum, intro- 
ductio ac legendi modus : scilicet hebraica?, chaldaicee recentioris, 
samaritanee, arabicee, indicée, greecee, georgianee, tzervianee, hiero- 
nymianee vel illyricee, armenicee et latinee ; autore Guilelmo Pos- 
tello. Parisiis, Petrus Vidoveeus, 1538, in-4°; 

2° Samaritanee litteree, cum arte grammatices ex litteris deducta, 
cum exemplis samaritanis, hebreis aut phcenicibus ; characterum 
gallicorum, seu latinorum origo, et greecorum characteres : accès- 
serunt characteris sancti figurée et nomina, linguee syriacee alfabe- 
tum, et Arabum sive Ismaelitarum alfabetum (plusieurs feuilles 
in-f° piano). 

En somme, pendant cette période d'une quarantaine d'années, 

1 Littéralement traduit pour la première fois par Claude Popelin, avec une in- 
troduction et des notes (Paris, 1880, in-8°), t. I, p. 52 et 221. 
» Bibliothèque nationale, A 286 ; Bodl. p. 1. n° 25. 

3 Nous l'avons vu à Munich, à Tubingue, à Strasbourg ; Bibl. nat. A 287; Bodl.;, 
p. 8, n« 32 A. 

4 Bibl. nat., X 184 ; St., Manuale, n« 1377 r 



LES INCUNABLES HÉBHKLX 79 

nous n'avons à enregistrer qu'un ou deux livres à titre d'échan- 
tillons, pour chaque langue de la famille dite sémitique. Le total 
s'élève à peine au nombre de 9, tandis que pour l'hébreu seule- 
ment,— et rien que pour la période du dernier quart du xv° siècle, 
— le nombre est environ dix fois plus élevé, comme on va le voir. 



IV 



C'est à la fin du dernier siècle qu'eut lieu, pour la première fois, 
une étude approfondie et minutieuse des incunables hébreux par 
les soins d'un pieux ecclésiastique italien ! , Giovanni Bernardo de 
Rossi, professeur de langues orientales à l'Université de Parme 
(mort en mars 1831). Le bibliographe de Parme a, le premier, 
porté spécialement son attention sur le cadre restreint des incu- 
nables; il s'est attaché à rechercher les plus anciens textes impri- 
més, et même à constater la présence de mots hébreux isolés au 
milieu d'autres livres. 

Le savant bibliographe, à côté de quelques mots et lettres hé- 
braïques découverts par lui dans un ouvrage composé à Essling 
en 1475 avec des types assez informes, eut le bonheur de dé- 
couvrir une édition d'un texte complet, de la même date : c'est le 
commentaire biblique du célèbre Raschi (Rabbi Salomon Içhaqi), 
de Troyes, sur le Pentateuque, imprimé à Reggio en Galabre, que 
personne avant lui n'avait signalé et que nous retrouvons en tête 
de notre tableau chronologique des Hébraica, en même temps 
que l'œuvre de Jacob B. Ascher, nommée les « 4 ordres », impri- 
mée à Pieve di Sacco, également en 1475. 

Après un long intervalle de temps, nous trouvons, en 1850, 
un travail magistral consacré à la typographie hébraïque, par 
M. Steinschneider 2 dans Y Encyclopédie d'Ersch et Gruber (n e sec- 
tion, t. XXVIII, pp. 21 à 94, à 2 col.) 

Enfin, tout récemment, M. Fed. Sacchi a publié une brochure 
intitulée : « Tipografï ebrei di Soncino, Studii UUiograftci I. » 
Gremona, 1877, in-4° (68 p.) 3 . 



1 On n'a pas noté ici ses prédécesseurs, tels que Wolff, Bartholocci, etc., ni son 
célèbre contemporain Gesenius, car leurs bibliographies s'étendent au delà du cadre 
des incunables. 

* Voir aussi son Manuale bibliogr. opéra recensons tum theorelica, Uim practica, 
quœ de lingica agunt hebraica (en allemand). Lipsise, 1850, in-8°. 

3 Voir Hebr. bibliogr., t. XIX, p. 16-19, pour l'analyse critique par St. Dans 
A. Bertolotti, « le typografie orientali e gli orientalisti a Roma nei secoli xvi e 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Le tableau qui va suivre est chronologique, selon l'ordre adopté 
seulement en partie par De Rossi, dans ses Annales, et par ses 
devanciers. Nous avons cru devoir généraliser cet ordre sans le 
rompre par des groupes ou subdivisions. 

Voici l'explication des abréviations que nous avons employées : 

B. N. — Bibliothèque nationale de Paris. 

Eichs. — Eichstsedt (Bavière), bibliothèque précieuse, faisant par- 
tie du séminaire épiscopal. 

Mun. — Bibliothèque royale de Munich. 

Merz. — Bibliothèque de M. Merzbacher, de Munich; précieuse 
collection d'anciens livres hébreux, une des mieux fournies 
du monde en cette spécialité, après la Bodléienne d'Oxforcl . 

Stras. — - Bibliothèque de l'Université de Strasbourg, fondée de- 
puis huit ans à peine, elle possède déjà près d'un demi- 
million de volumes, pièces et manuscrits, sous la direction 
du professeur Barack. Une salle entière est consacrée aux 
incunables et aux manuscrits. Les catalogues des diverses 
sections des Orientalia ont été dressés, puis publiés par les 
soins du D r Landauer. 

Wilh. — Bibliothèque du séminaire évangélique [Theol. Stadiens- 
tift v. S. Wilhelm) de Strasbourg. Bien qu'ayant souffert du 
bombardement de 1870, elle est fort riche en volumes datant 
de la Réforme ; elle nous a valu la découverte d'un volume 
par Reuchlin inconnu, contenant des citations d'hébreu, et 
indiqué ci-après à l'an 1514. 

Stutt.— Bibliothèque publique de Stuttgard (7i. OffenU.BiMiotheh). 

Tub. — StiftsUMioteh de Tubingue, assez riche quoique de fon- 
dation récente, est supérieure en vieux livres orientaux à la 
bibliothèque de la célèbre université ; elle dépend de la 
Stiftslnrclie, ou église de Saint-Georges (évangél.). 

Il ne faut pas la confondre avec la Wilhelms-Stift, qui est 
catholique et qui date de 1817. 

Ulm. — Bibliothèque municipale d'Ulm (Wurtemberg), sous la di- 
rection du professeur Veesenmeyer. Nous y avons vu un 

xvii », publié par la Rivista Europca (Firenze, 1878, in-8°), t. IX, fasc. il, 16 Set- 
tembre, p. 217-268, nous avons été fort étonné de ne rien trouver sur les impressions 
orientales au commencement du xvi e siècle ; le 1 er document de ce travail est relatif 
aux Médicis et daté du 26 novembre 1593. 



LES INCUNABLES HÉBREUX 84 

livre imprimé à Ilaguenau (Alsace), en 1507, avec des carac- 
tères orientaux, et qui n'est cité nulle part en cette dernière 
qualité. 
X.-Y. — Enfin, la réunion de deux ou trois bibliothèques entre les 
mains du libraire Frédéric Muller, à Amsterdam, vendue en 
novembre 1868, a été décrite par l'érudit M. Roest sous le 
titre de n^sri s-na et précédée de la série spéciale des incu- 
nables qu'elle contient par ordre de dates ; elle a été acquise, 
— nous dit-on, — - par un établissement de New-York; d'où 
la désignation ci-dessus. 



VI 



1. An l i75. irmnfi 's Commentaire de Raschi sur le Pentateuque. Reg- 
gio, etc. (De Rossi, Annales sec. xv, p. 3 à 5. St. Bodl., 2342). — Il 
y a une autre édition de ce commentaire, s. 1. n. d. gr. in-4°, 
qui est peut-être de la même date. Par suite de la distinction 
qu'établit de Rossi entre les livres datés et ceux qui ne le sont 
pas, on ignore son avis sur cette dernière édition. 

9. An 1482. Pentateuque, avec version chaldéenne d'Onhelos, et le com- 
mentaire de Raschi. Bologne, achevé le 6 Adar 5242 (=26 jan- 
vier 4482), In-fol. B. N. 

Cf. un art. de M. Steinschneider, dans Frànkel, Zeitschrift, etc., 
t. III, 4 846, p. 4 97, n° 2. Bodl., col. 1, n° 2. 

La plupart des exemplaires qui existent sont sur vélin *; et ils 
ont été corrigés par Joseph Hayim b. Aron de Strasbourg, 
■>r©TO, français (De Rossi, p. 23-28). 

3. An 4482. 'in« EPiO^. Prophètes postérieurs, imprimés ou corrigés 

par Salomon b. Moïse Levi Alkabiz, à Guadalaxara, (5)242 (4482), 
in-4°. Inconnu à De Rossi. V. Zunz, dans Geiger, Zeitschrift, t. V, 
p. 37. St., Jud. Typogr. p. 37 a; Bodl., col. 869, n° 5. 

4. An 4483. rro-n. Traité des bénédictions du Talmud de Balylone, 

avec commentaire, etc. Soncino, du 20 Tébet (5)244, a'n'tt'i (23 dé- 
cembre 4483) au 6 Adar 5244 (= 2 fév. 1484), in-fol. Merz. 

Voir De Rossi, p. 28-34. Bodl., col. 244, n° 4567. 

Le correcteur est nommé : Gabriel b. Aron de Strasbourg. — 
Pour cette édition et celle du traité Beca (des fêtes), à Soncino, 
en 4483-84, voir l'art. « Bibliothèque de S.-D. Luzzatto », dans 
TWaln, ou HB., I, 1858, p. 86-87, qui signale les traits de 
séparation ('et"), placés entre les phrases, dans ces éditions, pour 
faciliter l'intelligence du texte. 

1 Forme le n° 122 de la Notice des objets exposés. 

T. III 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

i>. An 1484. dbir rû^hn- JedÂÏâ Bèî>a*rsi ou de Béziers. Examen du 

monde. Soncino, 24 Kislcw (5)245 (12 décembre 1484, in-4°. 

N.-Y., Mini., Merz. 

Von- St. Bodl., col. 1284, n° 2. Raph. N. Rabbincwica, by ntttfto 
Tntobnïi n&tir;, Kurze Ucbersicht der gesamml-u. einzel Ausgaben 
d. bnbyl. Talmuds se/it 4484 (Munich, 1877, in-8°), p. 11. 

G. An i486, tho. Prières journalières, rite romain. A Soncino, (5)246 

(1486), in-8°, vélin. N.-Y. 

M. Roest, dans son nsbfi f^S (1868), l'indique comme unicnm. 
V. St. Ztotf/., p. 303, n° 2060 ; lï. R. t. XIX, p. 18. 

7. (?) 1 489. fuie- 7'mi/c lalmudique du Sabbat (1 81 fl.) et r^^p'a. 2V«ite' 

^ */mtf cmZ du même Talmud (147 ff.). S. 1. n. d. Merz. 

M. Raph. N. Rabbinowicz, dans son "ittNtt, etc., p. 13, suppose 
l'an 1489 environ, et il ajoute que, vers la même époque, un traité 
N3^£tt '2, ou 2° série de droit civil de ce Talmud , a dû être 
publié. 

8. An 1489. Hfâ ptf. Kalonymos. Pierre de touche, ou Ethique et sa- 

tire sur les gens de son temps. Naples, (5)249 (14891, in-4°. 

N.-Y., Merz. 

De Rossi, p. 67. ; Bodl , col. 1578. 

Pour l'analyse de l'œuvre, voir, j-mttJn, Kalonymos b. Kalo- 
nymos, Sendsckretben an Joseph (Bonafoux) Kaypi... kerausgrgebeu 
u. uberreicht von D r .T. Perles (Mùnchen, 1879, in-8°), préface al- 
lemande. 

Cet ouvrage et celui de Bahia , mnabtt main (Devoirs des 
cœurs, ou morale et philosophie), ont été typographies par deux 
Français, le premier par Yomtob ben Perez, le second par Salo- 
mon ben Perez. 

9. An 1490. npînn *n ou rmn î-rtraiB. Moïse Maïmoni. Classification 

des lois talmudiques. A Soncino (5)250, (1490), in-i'°. 

De Rossi, p. 10, lui assigne 367 ff. ; mais Zedner, Catal. of the 
hebrew books in the british muséum, p. 382, a eu sous les yeux 
an exemplaire plus fort, en 380 ff. V. Bodl., col. 1870. Mun. 

10. An 1494. *i'tfr\. Bible" hébraïque complète, avec points- voyelles ; 
texte seul. Brescia, Siwan (5)254, (juin 1494), in-8°. 

îbid., p. 99; Bodl., col. 3, n°17. 

Feu S.-D. Luzzatto, qui eu avait un exemplaire, signale son 
importance pour l'accentuation biblique, dans une notice spé- 
ciale consacrée a ce sujet et publiée par St., *pDTtt!"i, H.B., I, 1858, 
p. 41 42. 

11 An 1494. 'ui&n trions. Premiers prophètes, etc. Leiria, 5254 (1494), 
2 vol. in-f°. 

Rossi, p. 104, Bodl., col. 4, n° 18. Caractères orientaux. 

B N. 



LES tNCUNABLES HEBREUX 33 

Dans le t. II, au I er 1. des Rois., eh. I, le verset manque; il 
a été restitué à la main dans l'exemplaire de la Bibliothèque na- 
tionale à Paris (A 275). — Il est arrivé, dans telle grande Biblio- 
thèque, que le t. I séparé du t. II a été considéré comme étant 
s. 1. n. d. Pourtant, le poème final de 25 vers, contenant le lieu 
et la date, se rapporte aux deux volumes. 

12. An 1495. A cette année, l'on attribue parfois, erronément, l'ou- 
vrage suivant : 

ï~tj"i72N VXXi- Don Isaac Abravanel. Principes de la foi l . Na- 
ples ou Constantinople, 5256 (H95),, in-f°. Mun. 

Le catalogue de la Bibliothèque de Munich commet aussi cette 
cireur; elle a été rectifiée par Wolff, Biblioth. hébr., t. I, p. 637, 
et par de Boissi, Dissertations critiques pour servir à V histoire 
des Juifs, t. II, p. 293. L'année réelle est : (5)266 au commence- 
ment, ce qui correspond à la fin de 1505. 

Pour terminer la série des impressions appartenant au xv e siè- 
cle, il reste à citer quelques livres sans date déterminée (édit. 
princ), la plupart fournis par Gerson de la famille des Soncino, 
sauf le suivant : 

13. *). r-nmbo. Prières spéciales aux jours de jeune. Édit. princeps, 

sans points-voyelles. S. 1. n. d., in 1° vélin, rite allemand. 

Merz. 

Omis par De Rossi. Il doit dater de l'an 1495, ou du commen- 
cement de 1496, puisqu'il y a une 2 e édition de ce même livre, 
décrite par De Rossi (ib. p. 107), datée de Barco, Tisri (5)257 
(15 sept. 1496). 

C'est sans doute au même livre (non plus sur vélin, mais sur 
papier ordinaire) qu'une notice a été consacrée dans l'article inti- 
tulé « Bibliothèque S. D. Luzzatto », publiée par n^îtoït H- B., 
II, 1859, p. 18-20; cette note dit que le livre a dû être imprimé 
vers 1496, et qu'il n'est pas « de Soncino », comme M. St. l'avait 
supposé dans son Catal. Bodleianœ, n° 2829. 

i4. (7 4497). Tirn». Prières des jours de / 'êtes. S. 1. n. d. (vers 1497). 

Selon De Rossi (ib. p. 149), il serait des mêmes presses et à 
peu près du même temps que la 2° édition des fnrpbo (ci- 
dessus), ce que M. Steinschneider [Judische typographie, p. 36 a) 
met en doute. V. BodL, col. 394, n° 2577, M. Raph. N. Rabbiuo- 
wiez va jusqu'à supposer comme date l'an 1500, date qui semble 
assez éloignée. En effet, une note sur l'exempl. de M. Merzbacher, 
de la main de S. D. Luzzato, dit : « Soncino, 1500. » 

li>. '? 1498). ^nnnSD- Traité Synhédrin du Talmud de Babylone. S. 1., 
imprimé par Soncino, l'an 5258 (1498), in-f°. Mun. 

1 Voir notre notire : Abramnel, etc., p. 69. 



84 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nous n'avons trouvé la mention de cetie date qu'au catalogue 
de la giande bibliothèque de Munich, sans pouvoir la vérifier; 
aussi, nous l'enregistrons sous toutes reserves. M. St. Bodl., col. 
273, n° 1914 ne fixe pas de date et dit seulement « post 1496 ». 

16. (?) mil ^nba- Eldad le Demie. S. 1. n. d. in-8°, en U p. 

S. D. Luzzato, qui a vu un exempl. unique à Padoue. l'a décrit 
au LiiemiurllaU des Oiienis (1846, n° 31), hésitant fort, pour la 
date, entre les années U76 et 1479, d'une part, et les années 1484- 
1485 d'autre part. Placer résolument cette impression dans le 
laps de temps écoulé entre 1476 et 1479, comme l'a fait M. St. 
[Jud. Typogr., p. 346), nous paiait dépasser Phypothèse exprimée 
par l'auteur des Prolegomeni, et lui faire dire plus qu'il n'a voulu. 
V. Bodl, p. 924. 

17. An 1499. Enfin, dans le voyage imaginaire de P. Francesco Go- 
lonna, intitulé Poiiphili hypnerotomachia, etc., imprimé par Aide, 
à Venise, 1499, in-f° (sans pagination), il y a deux passages ré- 
pondant à de prétendues inscriptions hébraïques, ou plutôt en 
caractères hébreux; car c'est, à vrai dire, une sorte d'hébreu de 
cuisine. Ils doivent être signalés ici, parce qu'au moins typo- 
graphiquement ils sont corrects, tandis que les mêmes lignes 
et mots de cet ouvrage, dans les éditions du xvi e siècle, soit 
dans le texte italien, soit dans la version française, sont illi- 
sibles. B. N. 

Le total des impressions pour cette période, de Pan 1475 à 
Pan 1500, n'atteint guère quatre-vingt-dix numéros. En dehors 
des dernières œuvres qui viennent d'être citées et de quelques ou- 
vrages que nous ne mentionnons pas ici, parce qu'ils sont suffi- 
samment décrits dans divers ouvrages ' , il n'y a pas d'autre trace 
de publication dans les dernières années du xv* siècle, jusqu'aux 
premières du xvi e . Cela tient sans doute à ce que la guerre sou- 
tenue en Italie pour la conquête de Naples n'a pas laissé aux 
maîtres imprimeurs et aux compositeurs le calme qui leur est 
indispensable. C'est pour une cause semblable qu'après une pé- 
riode d'une dizaine d'années, l'imprimerie hébraïque en Espagne, 
arrivée là d'Italie, interrompit subitement ses productions. Toute- 
fois, les types n'ont pas cessé de servir. Si Phypothèse précitée 
de M. Rabbinowicz pour Pan 1500 (au n° 14) est fondée, il n'y 
aurait plus de solution de continuité entre le xv° siècle et le xvi c ; 

1 Par exemple, dans De Rossi, Annal, sec. xv, p. 9 à 12 ; dans le Catalogue 
Bodl., col. 1184, n° 1 ; col. 1, n° 1 ; col. 1613 (Lévi b. Gerson) ; col. 1549 (Jos. b. 
Gorion), col. 1894 (Maïmonide) ; col. 162, n» 1066 ; col. 1058, n° 8; col. 1392 (Jona 
Lévi) ; col. 1186 (Orah Havyim) ; dans le Manu aie, de Steinschneider, les n°* 46, 71; 
dans la H. B. 1859, p. 108. 



LES INCLINABLES HEBREUX 85 

et, d'autre part, on a trouvé à Berlin des impressions en hébreu 
remontant aux années 1501-2, comme on le voit plus loin. Il y 
a donc lieu de rejeter désormais l'opinion contraire adoptée jus- 
qu'à nos jours. 



VII 



On ne trouve rien à noter pour le Midi pendant la période de 
transition qui s'étend depuis le bannissement des Juifs d'Espagne, 
jusqu'à leur établissement définitif sur les rives orientales de la 
Méditerranée ; et pourtant, dès lors, en Allemagne, les premiers 
types de caractères carrés voient le jour, gravés sans doute sur 
bois, à l'instigation d'hébraïsants chrétiens. 

Parmi les ouvrages qui contiennent ces types nous signalons 
1' [nU'Oductio iitilissima liébraice discere cwpientïbus, de 1501, 
(St., Manuale, n° 110), les û-nia ,ta i (Bodl., col. 1183, n° 3), le De 
modo legendi et intelligendi hebrœa, de 1503 (St., Manaale, 
n° 1531). 

18. An 4503. bstBî-r noitt- Haï Gaon (?). Morale. Fano, 16 octobre. 
(5)264 (1503), in-4°. 

Cet unicum a été vu par M. Halberstamm à Lemberg et décrit 
par lui dans n^ttaîr H. B., XI, 1871, p. 105-6. Il fait remarquer 
le premier emploi d'un quantième de mois chrétien accolé à l'ère 
juive. Wolf (II, 344 ; III, 227) cite d'autres éditions et ne paraît 
pas se douter de la date de l'édition Fano. Cf. BodL, col. 1028, 
n°4. 

19. An 1506. liber Joaknis Reuchlin Phorcensis II. doct. ad Dio- 
nysium fratrem suum germanum de rudimentis hebraicis. B. N. 

A la fin : Exegi momimentum sere perennius nonis Martiis 
anno MDVI, petit-f°, s. 1. 621 p. indiquées au bas, allant de droite 
à gauche. Le titre est au v° du f° 1 (à droite) ; au r° : « Principium 
libris »; au v° du dern. f° (à gauche) : « Finis libri », et un Canon 
de 6 lignes prévient le lecteur (qui ouvrirait à gauche) d'avoir à 
lire de droite à gauche. Des trois livres, le second contient un 
lexique hébreu très-développé. 

Inconnu à De Rossi et à St. — Brunet (et d'après lui St. Ma- 
nuale,n.° 1610) cite une édition de la même année : Phorcœ- in 
œdibus Th. Anselmi de 314 ff. (sic), d'après le catal. Quatremère 
(a dû passer à Munich). 

20. An 1507. Elucidarius carminum et historiarum , tel vocahtlarius 
poeticus coniinens, etc. Item wcabula et interprelationes grœcorum 
et hebraicorum, una cnm vocabulis communibus Saracenorum in 



86 HE VUE DES ETUDES JUIVES 

laliiiam translatif. A la fin 

.To. Rynman, 1507, in-4". 

Cité nulle pari. 



'21 



«22 



llagenaw, Henr. Gran, impensis 
Ulm. 



(Vers 1508). Reisch ou Reuch. Margarita philosophica nova, eut 
annexa s mit séquentiel: ...Hebraicarum literarumrudimeta... S. 1. 
n. d. [Argent. 1508], in-4°, sans pagination. B. N. 

On y voit l'alphabet hébreu (avec transcription latine) au 
ch. I ; puis, un paragraphe spécial est intitulé : « Institutio ad 
hebraicarum sanctissim. litterarum amorem et studium inductio 
quasdam », en 11 ff. (Mamiale, n° 1659). 

Outre l'alphabet, il y a la lecture syllabique avec points- 
voyelles, et des mots entiers comme exemples. Les caractères 
sont grossièrement gravés, sans doute sur bois. Le tout (et non 
l'alphabet seul comme le dit par erreur Schnurrer, Biogr. u. lit. 
Nachrichten, p. 154) est plus nettement reproduit dans les édi- 
tions de 1515, 1517 et surtout 1535, à Baie (p. 1111 a 1120). 

Omis par De Rossi. 

(Lntre 1513 et 1522). Agathius guidacerius. [Institution es) gram- 
mal. hebr . ;■ accès . Jesaia, cap. LTI-LIII, hebraice et latine. S. 1. n. 

d. in-4°. B. N. 

La dédicace à Léon X permet de supposer : Rome, 1513-21, dit 
M. Steiuschneider, Manuale, n° 757. 

23. An 1514. Defensio Joannis Reuchlin Phorcensis II. doctoris contra 
calumniatores suos colouienses. — A la fin: Tubingœ, apudThomam 

Anshelm, Badensem, 1514, in-4°, sans pagination. B. N. Wilh. 

L'ouvrage a cette marque i : 
L'en- tête (séparé en deux parts) 
iigure le tétragramme divin, su- 
perposé à la lettre ©, initiale du 
mot Schaddaï. 

Il nous faut entrer dans ces 
détails, à cause des trois obser- 
vations que suggère la marque 
de cet imprimeur : 1° L. G. Syl- 
vestre, dans ses Marques typogra- 
phiques, n° 545, qualifie cet An- 
selme d' « imprimeur à Haguenau, 
1517-26 », sans connaître ses an- 
técédents ; 2° il n'explique pas le 
B du monogramme (qui est : Ba- 
densis); 3° il donne ensuite une 
autre marque du même impri- 




1 C'est grâce à l'obligeance bien connue de M. Alkan aîné, propriétaire des Marques 
typographiques de feu L.-C. Silvestre, que nous sommes à même d'offrir aux lecteurs 
de la Revue la reproduction des Marques analysées ici. Voir, à la fin, la note additionnelle. 



1 .::•■ INGI NABLËS HKïiKKUX 



N7 



nnuir [n° 77li, qui figure en effet sur uiic impression de l'an 1518, 
ou la banderole, non puis enroutée, omis dépJ ••;. ■■•■ e i are, porte 
oe mot vidr cte -eus : miorT». 




A la vue du mot rasors, placé dans la banderole à gauche, 
n'est-il pas évident que le graveur a cru devoir donner aux 
5 lettres hébr. le sens de Jési'S, ignorant que ce nom < si un 
abrégé de Josué, terminé en hébreu par 2, et non par rt, ou d'I- 
saïe, qui contient les mêmes lettres ? 

Inconnu à De Rossi. 

24. An 1514. ymyn rona- Bénédictions dure-pas (en diverses circons- 
tances), suivies de nombreux cantiques et appendices. Prag, 
achevé le 10 lieschwan S375 M) octobre 1514), par Gerson Salo- 
mon Kohen, in-8°. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

L'exemplaire unique à Prague a été décrit par Simon Hock, 
dans Hebr. bibliographie, XII, 4 872, p. 40-42. 

Mal connu jusque-là, surtout quant à la vraie date. V. BodL, 
col. 401, n° 2597. 

En cette même année 1514, fut commencée la fameuse Bible po - 
lyglotte espagnole (Complute, 1514-1517). Voir Notice des objets 
exposés, n° 156. 

Ici se placent quatre ouvrages suffisamment décrits ailleurs : le 
Vocabularium, d'Alfonse de Zamora (St., Manuale, n° 29), De 
accentibus, de Reuchlin [Manuale, n° 1671), les Instilutiones, de 
Fabr. Capito (Manuale, n° 344 ; un exemplaire se trouvait à la 
Bibliothèque municipale de Strasbourg, où il a été brûlé en 1870), 
les Institationes , de Boschenstein (Manuale, n° 252) l . 

25. (?). Grammalica hebraicœ iinguœ [per Agathium Guidacerium. 
ad Leonem X]. s. 1. n. d. in-4° (vers 1518), sans pagination. 
B. N. 

Le titre n'a que trois mots; et la suite, placée ici entre [], est 
prise de la dédicace. — Bel encadrement historié d'animaux. 
Outre de nombreux exemples en hébreu, le tableau de l'al- 
phahet carré, en 22 lettres, est gravé sur bois, par groupes de 
S lignes. 

Ne pas confondre avec les Institutiones du même auteur que 
M. St. fait figurer dans son Manuale sous le n° 758. 

2 G. (?). Isagogicon Joannis Cellarii Gnostopolitœ, in hebreas lit- 
teras. S. 1. n. d., ni pagin., in-4°. 

Accompagné de poèmes par Bernard Maurus et d'autres. — 
M. St. (ib. n° 378), qui ne l'a pas vu, inscrit la date (bien proba- 
ble) : Hagenoœ, 1518, qui est celle d'une épigr. de Reuchlin. 

27. (?). Dictionarium hebraicum excerptum e fusiore Jo Reuchlini 
a Theod. Martino, Alostensi, S. 1. n. d., in-4° (? Lovanii, 1520). — 
— B. N. 

Toutefois, la préface est datée : 1518, et à la fin, on lit : Ex 
Neocademia Anshelmiana Hagenoas. — La pagination (non chif- 
frée) va de droite à gauche, afin de suivre l'ordre hébreu, et le 
livre se termine par un avertissement de Reuchlin, éditeur. — 
Dans une note sur ce livre et sur le pnnp^iï — r mb du même im- 
primeur (en 1529), publiée par le recueil -p^TES-i, t. I, 1858, 
p. 107-08, M. J.-L. Hoffmann, à Hambourg, supposait indû- 
ment qu'il y a la date 1520, et il mettait en doute qu'il y eût 

1 Ces quatre ouvrages se trouvent à la Bibliothèque nationale. Les intercalations 
hébraïques qui se trouvent dans la seconde édition du dernier de ces quatre ouvrages 
(1521) sont restées en blanc dans l'édition princeps de 1518; elles ont été remplies à 
la main dans l'exemplaire de la Bibliothèque nationale. 



LES INCUNABLES HÉBREUX 89 

un exemplaire à Paris : il y existe effectivement (à la suite 
de X 99). 

28. An 1518. jrmnïi 'o- Joseph Bekhor-Schor. Commentaire sur le 
Penlateuqne. Constant. 5280 (1520), in-f°. 

Cette date est contestée par M. Renan, dans YHistoire litté- 
raire de la France, t. XXVII, p. 435 note. Voir aussi Steins., 
Catal. Bibl. Bodleianœ, p. 1536. 

29. An 1520. Introdnctio utilissima âebraice discere cupietibus. Ma- 
tbleo Adriano équité aurato interprète. 

Au v°, il y a l'inscription de la croix en hébreu et en trois 
autres langues. Puis : Apud inclytam Basileam mense Febrvario. 
An. MDXX, in-12. 

Ce titre (seul) est donné par J.-L. Hoffmann dans -pSTfaii, HB., 
t. VIII, 1865, p. 70. Il cite aussi le suivant (sans doute de la même 
année et également introuvable en volume) : 

30. An 1520. -ptfii i-ibsn. Prœcationes quœdam et cantica, videlicet 
Oratio dominica, Symbolum Apostolorum, catica Maria, Simeonis 
et Zachariœ, Oratio Jere. prophetœ, Salve Regina. S. 1. n. d., 
in-12. 

Tout le v° contient le Pater noster, en hébreu. 
Ces deux œuvres sont de l'atelier de Froben. 

Arrivé à ce point, nous devons nous arrêter un instant pour si- 
gnaler la marque typographique de Cœphalaeus (Wolfius), libraire 
et imprimeur à Strasbourg, de 1524 à 1526 (L. C. Silvestre, 
n° 1049), qui porte en exergue les mots i$w inpi wn "^bû Imrp 
(ps. xvin, 3), composés en écriture rabbinique dite de Raschi, avec 
points-voyelles. Il a imprimé en 1525 une 2 e édition augmentée de 
la grammaire hebr. par Capito. 

3i. An 1526. i3i?ot ûip^- Simon Kara. Recueil des légendes du Tal- 
mud et des midraschim. Salonique, 1526, in-f°. 

Omis par De Rossi. V. BodL, col. 2602. B. N., Mun. 

Dans ni^ïttn, t. I, 1858, p, 21-22, feu B. Béera consacré une 
notice à celte édition princeps et insisté avec raison sur ce détail 
spécial que la première partie a été mise en œuvre le 12 Eloul 
5286 et achevée en 5287 (1526-27), tandis que la seconde partie 
est de (5)281 (1521). 

32. La deuxième marque typographique (par ordre chronologique) 
du libraire-imprimeur Guillaume de Bossozel, à Paris, de 1528 
à 1543 (Silvestre, n° 554), porte au-dessus d'une tète ailée les 
mots bis nïiifc* ia bo oçar el [= en lui un trésor divin), qu'une 
nymphe du jardin des Hespérides désigne du doigt. 



9fî 



REVUE DES ETUDES JUIVES 




C'est une sorte de jeu de mots p.nr à peu près sur le nom de 
Possozel [Bossozel — booçarel). Nous avouons ne pas savoir ce que 
Maître de Bossozel a imprimé on fait cYkehraica pour justifier 
l'inscription de sa marque. Ne serait-ce qu'une enseigne trom- 
peuse? 

55. An 1529. p-i^ipnï-r m*. Nicolas Cledardtus. Tabvla in gramma- 
ticen, hchrœam. — à u bas, en lettres hebr.., la date : 1529. Lovanii, 
in-4°, et Paris, s. d. 

Décrit par Van Iseghem, Biographie de Thierry Martens d'A- 
lost (I852, in-8°), p. 338; Hebr. Bibliogr., t. T, 1858, p. 108 ; Man., 
n° 412. 

54. An 1537. i»ifc*ia« îTipto- Pegulium Ag-athii, swe Agathii Guida- 
cehii comment, de lilteris hebraicis, etc. Parisiis, Wechelus, 1537, 

in-8°. B. N. 

V. Man., n° 759. L'exemplaire que nous avons sous les yeux 
nous a permis de reconstituer le titre, souvent défiguré. 

38. — (?). p-i^p-7 'o. David ben Joseph ibn Yahia de Naples. 
Grammaire ; typograpbiée par Samuel Çarfati (le français). S. 1. 
n. d., in-4°, 20 ff. non paginés. 



LES 1NCI NABLKS IlliBRKl X 91 

Sans doute à Rome vois 15-10, non 1547 comme l'avait supposé 
M. St., dans son Calai. Bodl. n° 7084, selon la remarque de feu 
Zedner, dans *r*3flQÏ-ï, IIB., t. II, 1859, p. 110-1, qui a vu l'exem- 
plaire unique à Londres. 

Inconnu à De Rossi. A ajouter au Manuak. 

— (?). r^vopn. Recueil de prières. S. 1. n. d. 

De la première moitié du xvr° siècle, dit M. St., Cal. Bodl., 
n° 3320. — Voir une note à ce sujet, signée : v. B-a, dans Eebr. 
Bibliographie, t. 1, 1858, p. 87-8. 

— (?1. V'- a"nttnn -nniû tz)"np"<y i-ntu? cb'cj. Les treize ar- 
ticles de la foi par Moïse ben Maimoni. S. 1. n. d., ïn-4°, en 7 fî. 
et \ f. blanc (ce que M. Steinsclmeider, dans son Catal. Bodl., 
col. 1888, compte pour 10}. Grands caractères carrés, en 2 corps. 
B.N. 

L'abréviation ^ y revêt une forme bizarre : n, soit un N ordi- 
naire, avec double panache en tète. L'exemplaire de cet ouvrage 
(fort rare) qui est à la Bibliothèque nationale de Paris, provient 
du monastère de Saint-Germain-des-Prés. 

Dans le mot "IKkarim de ce titre, on avait lu par erreur un i 
au lieu de n ; ce qui fait que l'ecclésiastique chargé de traduire 
le titre complet l'a rendu ainsi : « Tredecim Manipuli quos 
copulavit Rambam » î 



VIII 



En mettant ici fin à ces notes, il demeure entendu que nous 
sommes loin d'avoir donné la liste complète des incunables hé- 
breux. Cette œuvre, qui demandera encore de longues et patientes 
recherches, est loin de pouvoir être terminée. Nous n'avons tenté 
que d'en préparer l'achèvement en signalant un certain nombre 
d'éditions mal connues ou tout-à-fait inconnues. Notre travail, 
outre les résultats nouveaux qu'il apporte à l'histoire des incu- 
nables hébreux, permet aussi de compléter la liste des auteurs et 
imprimeurs français qui figurent dans les ouvrages imprimés, de 
cette époque, ce qui n'est pas sans intérêt pour l'histoire littéraire 
de la France. Voici cette double liste dressée d'après nos recher- 
ches et celles de nos devanciers : 

1° Auteurs. Imprimé en 1475, en tête de tous, Raschi, le cé- 
lèbre rabbin de Troyes. 

1476-80 : Lévi b. Gerson, de Bagnols ; David Kimhi, de Nar- 
bonne ; Moïse, de Coucv. 



92 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1484 : Penini, de Béziers (que l'on retrouve aussi plus tard). 
1489 : Kalonymos, de l'Argentière, en Languedoc (Ardèche). 
1510 : Isaac, de Corbeil ; R. Tarn (Jacob), d'Orléans. 

1515 : Samson, de Chinon ; Simon b. Cemah Duran, proven- 
çal, rabbin à Alger. 

1516 : Yeruham ben Meschullam l , de la Provence ( ? Mar- 
seille). 

1521 : Samson, de Sens, commentateur de la Mischna. 

1523 : Abraham, de Balmes ; Joseph Bekhor Schor, du Nord 
de la France, outre les exégètes et glossateurs français (tossa- 
tistes). sur le Talmud. 

2® Imprimeurs ou aides. 
1477-80 : Jacob Lévy, de Tarascon. 
1482 : Hayim ben Aron, Français (sic), de Strasbourg. 
1489 : Yomtob Salomon ben Perez Bonfoi, du Midi. 
1491 : Ascher ben Perez, de Nice. 
1515-19 : Astruc, de Toulon, établi à Constantinople. 
1520 : Pierre Soubzlefour, Parisien, corrige l'hébreu, pour 
Gourmont, libraire. 
1540 : Samuel Çarfati (Français), à Rome. 

Mais il y a encore un autre résultat acquis par ce tableau, 
résultat plus important, parce qu'il est d'un intérêt plus général: 
Pendant les cinquante années d'intervalle écoulées entre le recen- 
sement bibliographique de De Rossi (1799) et le travail analogue 
de M. Steinscheidner, en 1850, on n'avait signalé que sept ou huit 
titres additionnels d'ouvrages inconnus à De Rossi. Depuis lors, 
grâce à des recherches plus minutieuses, on a pu en inscrire ici 
au moins le double et enrichir d'autant la nomenclature de cette 
classe d'incunables ou de livres rares du xvi e siècle. Enfin, l'o- 
pinion admise, à l'unanimité, jusqu'à nos jours, qu'il y avait 
solution de continuité entre le xv e siècle et le xvi e , de 1496 à 
1505, est désormais sans fondement et inacceptable 2 . 

Moïse Schwab. 



1 Exilé de France en septembre 1306, il se réfugia en Espagne (Graetz, Greschichte, 
t. VII, p. 351). 

2 A propos des observations suscitées par l'examen de quelques marques typogra- 
phiques, décrites plus haut, complétons notre résumé par la mention de la marque 



LES INCUNABLES HEBREUX 




•t^ ci-oontre, — Cette marque, disent Brunet (s. v. Som- 

maire) efc Silvestre (Marques typogr., t. II, p. 612-3), 

se trouve sur le titre du volume intitulé : • Sommuire 
» recueil d Q s signes sacrez, sacrifices et sacremens jnsti— 

• tuez de Dieu, depuis la création du monde. Et de la 

• vraye ong'ne du sacrifice de la Messe. » (sans nom de 
lieu, ni d'imprimeur). 1561, in-8°, de 80 il'., le dernier 
blanc. — Or, les deux premiers mots, de bas en haut, à 
droite, sont devenus illisibles à la gravure; et ce sont les 
tiois mots suivants qui permettent de les reconstituer. 
L'épigraphe complète est tirée du Psaume îv, 7 : « Elève 
(fais briller) sur nous la lumière de ta face, ô Eternel ! • 
N'est-ce pas l'obscurité du texte hébreu, ainsi mutilé, 

qui a décidé les imprimeurs de l'édition suivante (même année, également sans lieu, 
ni signature) et de celle de Genève, 1569, in-16, à omettre cette marque, que l'on 
ne retrouve plus ? Ce pamphlet même doit être de la plus grande rareté. La première 
édition n'est ni à la Bibliothèque nationale, ni à la Mazarine, ni à la Bibliothèque 
de Sainte-Geneviève. 

Dans L'édition du "IfàimnTD d'Elias Levita, ou Lexique hébreu avec version latine 
par Paul Fagius (Isnae. MDXXXXI, in-fol.), on trouve, à la fin, une marque ano- 
nyme, non comprise dans le recueil de Silvestre, figurant un arbre touffu, chargé de 
fruits, au pied duquel on aperçoit une grue dévorant des grenouilles. A droite, la 
lettre B; à gauche, un D; au-dessous (en hébreu), l'inscription : « Tout bon arbre 
produit de bons fruits. » Ces initiales pourront peut-être mettre sur les traces du nom 
complet de l'imprimeur, qui n'a pas signé cette publication (BN, X, 192). 



L'INQUISITION ROMAINE 



ET LES ISRAELITES 



Des papiers venant du Saint-Office se retrouvent fréquemment 
dans les archives de Rome. On se tromperait si l'on supposait 
que ces manuscrits furent frauduleusement soustraits, ou pillés 
à une époque de révolution. La bibliothèque de Dublin possède 
quarante registres originaux du Saint-Office de Rome, sans qu'on 
sache par quelle voie ils sont parvenus en Irlande. Ce qu'il y a 
de plus vraisemblable, c'est que ces volumes étaient compris dans 
les archives pontificales que Napoléon fit porter à Paris et qui 
demeurèrent pendant plusieurs années à l'hôtel Soubise. Lord 
Manchester vendit les volumes à un ministre anglican (Gibbins), 
pour cinq cents livres sterling. Gibbins les revendit au docteur 
Wall, qui en fit cadeau au Trinity-Collegium de Dublin. Gibbins 
a publié quelques pièces tirées de ces registres; d'autres ont paru 
dans la Revue chrétienne, en 1879. 

Tel n'est pas le cas des volumes dont je vais faire l'inventaire 
sommaire. Ils appartiennent légitimement aux familles princières 
qui les possèdent actuellement ; car ils ont été légués par les car- 
dinaux qui faisaient partie de ces familles. 

Depuis 1815, les Congrégations cardinalices ont pris l'habitude 
de faire imprimer les dossiers des affaires, les plaidoiries et les 
pièces justificatives pour l'usage des cardinaux et des prélats, afin 
qu'ils soient en mesure d'étudier d'avance les questions sur les- 
quelles ils doivent se prononcer. A la mort de ces éminents per- 
sonnages, la Secrétairie d'Etat a soin de retirer tous les papiers 
du Saint-Office, de l'Index, des Rites et des autres Congrégations 
que l'on trouve dans la succession. 

Au siècle dernier, le Saint-Office avait des copistes qui trans- 



L'INQUISITION ROMAINE ET LES ISRAELITES 95 

crivaient plusieurs exemplaires des dossiers, et ces copies étaient 
adressées aux cardinaux qui, après en avoir pris connaissance, les 
faisaient passer à Leurs collègues. Une copie devait servir à trois 
cardinaux ; le plus ancien, la recevant le dernier, la conservait, et 
notait ensuite la décision de sa propre main. Les familles prin- 
cières de Rome ont conservé avec soin ces vénérables documents, 
les ont fait relier, et les communiquent volontiers aux cher- 
cheurs. 

J'ai cru devoir faire l'inventaire sommaire de plusieurs volumes 
qui regardent les Israélites et la situation qui leur était faite dans 
l'Etat pontifical. Ce qui paraît remarquable, avant tout, c'est que 
les dispositions gênantes et prohibitives sont assez récentes, et 
qu'elles n'ont fait que s'aggraver insensiblement. 

Pour plus de clarté, je dispose mon inventaire sous forme de 
registre en indiquant le lieu et la date de chaque pièce, et en don- 
nant l'abrégé du document. 

Je voudrais être en mesure de citer le volume et la page ; par 
malheur, cela ne m'est pas possible, par la raison que les pages de 
mes manuscrits ne sont pas numérotées. D'après les explications 
que je donne plus haut, le lecteur peut être assuré que les copies 
dont je dispose tiennent lieu des originaux, ou, pour mieux dire, ce 
sont des exemplaires officiels et authentiques. 

1. Ferrare. 29 août 1552. — Ordonnance du vicaire général de 
Ferra re qui autorise les Israélites allemands à célébrer l'office d'a- 
près leur riie particulier, dans une salle de la synagogue com- 
mune, sans établir pour cela une synagogue distincte. L'ordon- 
nance est signée : « Ottaviano cla Castello di Bologna, dottore 
deWana e Valtra legge, canonico Ferrarese, protonotario apos- 
tolico, net temporale e spirituale vicario générale delV Illm e 
Rev. Pre, in Cristo sig. Giov. dé SS. Cosmo e Damiano cardinal 
Salviati vescovo, e perpetuo commendatario e leglttimo ammi- 
nistratore del vescovado di Ferrara, e nelle parti delta Lom- 
bardia per la S. Sede apostolica degnissimo legato de latere. » 
(En italien.) 

2. Ancône. 4 février 4556. — Sebastiano Portico de Lucques, 
archevêque de Raguse. évèque de Foligno, délégué à Ancône, y 
établit le ghetto suivant l'ordre du pape Paul IV. Il prescrit, 
entre autres, que les propriétaires des maisons du ghetto devront 
affermer ces maisons aux Israélites, au même prix qu'autrefois. 
(En italien.) 

3. Ancône. 28 août 157S. — Cristoforo Boncompagni, gouver- 



96 REVUE DES ETUDES JUIVES 

neur d'Ancône, ordonne l'observation des règlements établis par 
Sebastiano Portico. 

4. Mantoue. 46 août 1612. — Le duc de Mantoue obtient l'au- 
torisation de prendre David Portoleone comme son médecin et 
pour toute sa famille. 

5. Rome. 7 août 161 S. — Sentence de Jérôme Machiavello, vice- 
gérant de Rome qui ordonne de rendre à la femme Lelitia, veuve 
de Benoît Ambron, ses deux filles, Perna, et Allegretia, contraire- 
ment aux prétentions de leurs oncles Damien et ses frères, fils de 
feu Jacques Blanchetti, qui demandaient d'être chargés de l'édu- 
cation de leurs nièces. Damien Blanchetti et ses frères résidaient 
déjà dans la maison des catéchumènes et se disposaient au bap- 
tême. 

6. Mantoue. 10 août 1628. — L'Inquisition romaine autorise le 
cardinal Magalotti à permettre qu'un chirurgien juif soigne les 
chrétiens, avec l'assistance d'un autre médecin qui soit chrétien. 

7. Zacinthe et Cefalu. 42 août 4655. — Vu la pénurie de mé- 
decins chrétiens, l'évêque est autorisé à permettre aux médecins 
juifs de soigner les chrétiens avec l'intervention du curé. 

8. Rome. 27 mars 4659. — Prospero di Pultro, surnommé 
Serampino, Juif, causant dans l'église de la Minerve avec le Do- 
minicain Nazareo, surnommé l'Arménien, consent à laisser bap- 
tiser un de ses enfants, à condition que le pape soit parrain. 
Urbain VIII accepte et se fait représenter par M§ r Scannarola. — 
Le baptême eut lieu dans l'église de la Minerve : après la céré- 
monie, Tenfant (qui avait plus de sept ans) fut mis sur une ha- 
quenée blanche appartenant au pape, et parcourut la ville au son 
des trompettes et des tambours (En italien.) 

9. Rome. 49 juillet 4659. — Lettre circulaire de l'Inquisition 
romaine qui ordonne aux évêques et aux gouverneurs de l'Etat 
pontifical de ne pas tolérer que les Israélites habitent les villes 
et les lieux où ils n'ont pas un ghetto. Signé : A. card. Barterini. 

10. Rome. 6 septembre 4659. — Circulaire de l'Inquisition or- 
donnant aux évêques de faire loger et recevoir les Israélites dans 
les auberges publiques , lorsqu'ils voyagent ; de leur accorder 
dix jours de séjour pour les foires, et trois autres jours s'il fait 
mauvais temps. 

11. Gênes. 4659. — Concordat de la République de Gênes avec 



L'INQUISITION ROMAINE ET LES ISRAÉLITES 97 

les Juifs, en 13 articles. Port franc. Sauf-conduit. Faculté de s'é- 
tablir dans la ville. La plupart des dispositions furent renouvelées 
et reproduites dans le concordat de 1751 ■ . 

12. Rome. 15 décembre 1675. — Décret de l'Inquisition ordon- 
nant d'écrire à l'évoque de Fermo de ne pas molester les Israé- 
lites qui sont autorisés par l'Inquisiteur à passer dans la ville, ou 
à y séjourner à l'occasion des foires. De môme l'inquisiteur doit 
reconnaître les permissions que l'archevêque accorde. (Latin.) 

13. Rome. 51 mai 1691. — L'Inquisition fait écrire à l'évêque 
d'Imola, au vicaire capitulaire de F^rrare et aux inquisiteurs de 
Faenza et de Ferra re que les ordinaires comme les inquisiteurs 
ont le pouvoir d'autoriser les Israélites à aller aux foires et à 
voyager, (Latin.) 

14. Mantoue. 24 septembre 1699. — Benoît Horsa, Israélite 
de Mantoue, demande à se faire chrétien, et offre ses quatre 
enfants et sa femme. — L'Inquisition romaine décide que la 
femme et les enfants étant majeurs doivent être laissés entière- 
ment libres. 

15. Rome. 6 septembre 1102. — Arrêt de l'Inquisition romaine 
qui fait rendre à Grazia, veuve de Joseph d'Anticoli, ses cinq en- 
iants, que leur oncle Jean-Baptiste de Paulis, néophyte, offrait 
pour les baptiser et élever chrétiennement. 

16. Rome. 14 décembre 1718. — Sur la demande des commu- 
nautés juives de l'Etat pontifical, l'Inquisition de Rome autorise 
les Israélites à se rendre d'une foire à l'autre lorsqu'elles se sui- 
vent immédiatement. Les inquisiteurs particuliers pourront ac- 
corder la permission pour les cas fortuits, et qui ne souffrent pas 
de retard. (Latin. J 

17. Livourne. 14 octobre 1722. — Joseph Mornini et Fine sa 
femme obtiennent de l'Inquisition romaine un induit leur permet- 
tant d'appeler Salina, médecin israélite. (Latin.) 

18. Livolrne. 2 juin 1725. — Charles Richara résidant à Li- 
vourne obtient la permission d'employer Salina, médecin juif. 
'Latin.) 

19. Rome. 28 avril 1728. — Les cardinaux décident d'écrire 
aux cardinaux évoques de Velletri, de Tusculum, et de Palestine, 

1 Voyez ci-après, n° 46. 

T. III. 7 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et aux évêques de Tivoli et de Ferentino, pour qu'ils ne permettent 
pas aux Israélites de passer la nuit dans leur diocèse sans l'auto- 
risation de la S. Congrégation. (Latin.) 

20. Rome. 48 janvier 1752. — Stella Bondi, juive de Rome, an- 
nonce l'intention de se taire baptiser, et offre ses cinq enfants, 
dont trois ont l'âge de raison. Cette femme n'ayant pas persévéré 
dans sa résolution, l'Inquisition romaine fait mettre en liberté les 
trois entants qui ont l'âge du discernement, et ordonne de baptiser 
deux tilles qui n ont pas sept ans Longue enquête et discussion 
(En italien). Votum de deux théologiens. (Latin.) 

21. Rome. 2 septembre 4752. — Billet de l'assesseur du Saint- 
Office adressant aux cardinaux la minute d'un projet d'édit sur- 
divers abus qui se sont introduits parmi les Israélites ; lequel pro- 
jet d'ordonnance a été composé par le cardinal Pétra, suivant la 
commission que le Saint-Office lui en avait donnée. 

22. Rome. 2 septembre 1732. — Projet d'ordonnance rédigé par 
le cardinal Pétra; l'auteur a puisé dans les bulles des papes, dans 
les décrets du Saint-O.fice, dans les édits du cardinal vicaire pro 
tm.pore. Ce projet se compose d'un grand nombre d'articles. (En 
italien.) 

a) Talmud. Le cardinal Pétra résume les dispositions expri- 
mées dans les bulles d'Innocent IV, de Clément IV, de Jean XXII, 
de Paul IV, de Grégoire XIII, et autres. 

&) Entrée et transport des livres, avec l'agrément des ordi- 
naires et des inquisiteurs. 

c) Défense de faire et d'enseigner des procédés superstitieux et 
des enchantements pour la découverte des choses occultes et fu- 
tures, surtout pour le jeu et la loterie, et autres superstitions 
semblables, sous peine de cent écus d'amende et des galères à vie. 

d) L'Inquisition romaine se réserve à elle seule d'autoriser les 
pierres et les inscriptions tumulaires, conformément à l'ordon- 
nance du Saint-Office du 8 octobre 1625. 

e) Défense d'employer un rite public pour les obsèques, tant à 
l'intérieur du ghetto qu'en dehors ; torches, luminaire, pompe 
funèbre, chant des psaumes. Tout exercice de culte public étant 
prohibé, il n'est pas permis de transporter l'arche d'une maison à 
l'autre (Décision du Saint-Office pour Pise, 21 décembre 1600.) 

f) L'Inquisition se réserve le pouvoir d'auioriser rétablissement 
de nouvelles synagogues. Ces temples devront toujours être éta- 
blis dans l'intérieur du ghetto ; jamais dehors. 

g) Prédication que l'on doit faire aux Israélites chaque semaine. 



L'INQUISITION ROMAINK KT LES ISRAÉLITES «ni 

Le prédicateur doit exposer la Sainte Ecriture de TAhcien-Testa- 
ment, Moïse, les prophètes, etc. Les rabbins, les Israélites de 
qualité, les femmes, les jeunes filles et les jeunes gens ne peuvent 
se dispenser d'assister aux prédications susdites. 

h) Le recensement des Israélites doit être fait par les deux pre- 
miers rabbins du ghetto, qui inscriront le nom, le prénom et 1 ha- 
bitation des Israélites des deux sexes, le jour, le mois et l'année 
de leur naissance (Cette disposition semble nouvelle, car le cardi- 
nal Petra n'allègue pas d'ordonnance antérieure). 

i) 11 est absolument défendu aux Israélites d'aller à la maison 
des catéchumènes ou au monastère de l'Annonciation, ou d'on 
approcher, sous peine de 300 écus d'amende et autres peines. 

j) Défense de distribuer, donner ou vendre aux chrétiens les 
viandes de toute sorte que les Israélites l'ont tuer, spécialement 
avec les formalités superstitieuses qu'ils emploient (Bulle de 
Paul IV. Edit du cardinal Rusticucci du 13 août 1592;. 

ft) Défense de distribuer, donner ou vendre aux chrétiens le 
pain azyme, sous peine de 50 écus d'amende soit pour les Israélites 
soit pour les chrétiens (Bulle de Clément VIII. du 6 octobre 1604. 
Décision du Saint-Office du 8 juillet 1615. Edit du cardinal- 
vicaire de Carpegna, du 2 avril 1708). 

I) Défense de vendre aux chrétiens du fromage et autres lai- 
tages (Ordonnance du vice- gérant du 20 mai 1566.) 

m) Les Israélites ne peuvent acheter ou conserver les calices. 
et autres objets sacrés affectés au culte chrétien, tels que statues, 
tableaux, sculptures. 

n) Il est défendu aux Israélites d'employer des sages-femmes et 
des nourrices chrétiennes, pour éviter le danger que les enfants 
soient baptisés contre la volonté de leurs parents (Bulles d'Inno- 
cent IV, de Nicolas V, de Paul IV, de Grégoire XIII. Décrétale 
Ftsi, et Ad hœc, de Judaeis. Décisions du Saint-Office, du 8 octo- 
bre 1597, 23 juillet 1628, 8 novembre 1695). 

o) Défense aux Israélites d'avoir des domestiques ou des ser- 
vantes chrétiennes même momentanément et de temps en temps, 
pour nettoyer le ghetto, allumer le feu, laver le linge et toute 
autre œuvre servile (Troisième concile de Latran ; canon 2. Troi- 
sième concile de Tolède, canon 2 et 4, canon 66. Premier con- 
cile de Mâcon, canon 16. Bulle de Paul IV. Déclaration de S. 
Pie V du 11 janvier 15T2. Edit du Vicariat, du 15 juillet Ï566, 
20 mai 1568). 

p) Défense aux Israélites de jouer, manger, boire et d'avoir 
toute conversation familière avec les chrétiens dans les rues, 
palais, maisons, vignes, auberges, cabarets et ailleurs (Con- 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cile d'Elvire, canon 80. Concile de Laodicée, canon 39. Concile 
d'Agde, canon 40. Troisième Concile d'Orléans, canon 12. Edit du 
cardinal Rusticucci, du 13 août 1592). 

q) Défense de travailler les jours de fêtes chrétiennes, si ce n'est 
les portes fermées, jamais hors du ghetto (Concile de Tolède, 
canon 9. Bulle de Paul IV. Edit du cardinal de Carpegna du 
2 avril 1708, dans le hullaire de Clément XI, p. 320). 

r) Défense aux Israélites de monter en voiture, soit dans les 
villes, soit hors des villes, sous peine de cent écus d'amende, de 
prison et d'autres peines discrétionnaires (Edit du cardinal Sa- 
velli du 2 juillet 1583). 

s) Que nul Israélite, ou chrétien ne puisse servir de cocher 
aux Israélites, sous peine de 50 écus d'amende, et de trois coups 
de corde ; défense aux chrétiens sous la même peine de prêter, 
donner, faire accommoder des voitures ou des coches à un Israélite 
quelconque, et encore moins de les conduire avec soi en voiture ou 
en coche (Edit du cardinal Rusticucci du 16 octobre 1588). 

i) Que nul Israélite ne puisse passer la nuit hors du ghetto, ou 
en sortir avant le jour, ou rentrer plus tard que deux heures de 
nuit, sous peine de 50 écus d'amende, de trois coups de corde 
pour les hommes et du bâton pour les femmes (Sommaire des 
édits du tribunal du vicariat, p. 45, g 4). 

u) Que nul Israélite ne puisse habiter hors du ghetto, dans les 
villages, terres et châteaux, même sous prétexte de changer d'air, 
sauf la permission du cardinal-vicaire dans Home et dans son dis- 
trict ; ailleurs, il faut la permission des ordinaires et des inquisi- 
teurs (Edit du cardinal Rusticucci du 24 mai 1599). 

v) Les Israélites ne doivent pas voyager, pour assister aux 
fêtes, sous peine de fermeture des synagogues et de confiscation 
de tout ce qu'ils possèdent à Rome et dans l'Etat pontifical ("Clé- 
ment VIII, constitution Ex aposlolico, § 5. Edit du cardinal Rus- 
ticucci du 24 mai 1599). 

œ) Les Israélites qui ont obtenu la permission d'aller aux foires 
doivent partir immédiatement après la clôture de ces foires, sans 
s'arrêter un seul jour. 

y) Défense aux Israélites d'entrer dans les parloirs des reli- 
gieuses, conservatoires, églises, chapelles, hôpitaux de femmes 
(Ordre du cardinal Savelli du 20 mai 1566;. 

z) Il n'est pas convenable et il ne faut pas permettre que les 
Israélites et même les rabbins portent un habit semblable à celui 
des ecclésiastiques, ni le petit collet qu'ils ont pris arbitraire- 
ment. Ils ne peuvent porter que l'habit séculier avec un grand 
collet, à découvert, et non le petit collet à la française. Révo- 



L'INQUISITION ROMAINE ET LES ISRAÉLITES 101 

cation de toutes les autorisations et permissions données jusqu'à 
ce jour. 

23. Rome. 1752. — Annexe au projet d'ordonnance du cardinal 
Pétra. Réflexions sur les dispositions à prendre pour que les 
Israélites assistent aux instructions qu'on leur fait. La bulle de 
Grégoire XIII ordonne que le tiers du ghetto assiste aux instruc- 
tions, hommes et femmes au dessus de douze ans. Actuellement le 
nombre dépasse douze mille. Le tiers serait de 3,300 personnes. Le 
local n'en peut contenir que trois cents. On propose de nommer 
deux prédicateurs et de faire les instructions dans l'église de la 
Trinita de' Pellegrini (En italien). 

24. — Additions que Ton propose de faire à l'ordonnance, — que 
les Israélites ne puissent pas tenir des boutiques, des magasins et 
des remises hors du ghetto, sauf permission du cardinal-vicaire, 
ni y passer la nuit , ni y tenir des conversations avec les chré- 
tiens, ni avec d'autres Israélites, — que les rabbins doivent tenir 
l'ordonnance affichée dans leurs écoles. 

25. Rome. 7 juillet 1754. — Deux articles de l'ordonnance de 
1733 ont donné lieu à différents doutes ; les ordinaires des lieux et 
les inquisiteurs ont consulté le Saint-Office sur les questions sui- 
vantes : 1° Les Israélites ont-ils quelque rite superstitieux en 
égorgeant les animaux, ou en confectionnant le fromage et les 
autres sortes de laitage? 2° Est-il licite pour les chrétiens de 
manger la viande tuée par les Israélites, et de faire usage de 
leur laitage ? 3° Ce que disent les Israélites est-il fondé, savoir, 
qu'il ne leur est pas permis de manger les parties postérieures 
des animaux. 

Le P. Besozzi et le P. Virgulti ont écrit sur les questions sus- 
dites. 

Treize consulteurs de l'Inquisition ont répondu affirmativement 
à la première question. Sur la seconde, ils ont dit que, en soi et 
intrinsèquement, il n'est pas illicite de manger la viande et le lai- 
tage des Israélites. Sur la troisième question, ils ont été d'avis 
que ce que disent les Israélites au sujet des parties postérieures 
n'est pas fondé. 

Mémoire latin du P. Besozzi, abbé de Sainte-Croix de Jérusalem, 
consulteur de l'Inquisition, sur les questions exprimées plus haut. 
Thalmudistes et Garaïtes. — Diplôme que les rabbins donnent aux 
bouchers, après examen. Forme des couteaux. Manière de juguler 
les animaux. — Confection du fromage. 

Mémoire italien du P. Lorenzo Filippo Virgulti, dominicain, 



lui KKVUH DES ÉTUDES JUIN KS 

prédicateur des Israélites de Rome sur les mêmes questions. Rites 
que les Israélites observent pour tuer les animaux. Isaidrh, Sci- 
hyà, Derasù, Caladà, Hagramà. — Le couteau doit être sans 
pointe, mais parfaitement aiguisé. — Lait, l'romage et beurre des 
Israélites. 

26. Bologne pour Cento. 175$. — Les Israélites de Gento, dio- 
cèse de Bologne, sollicitèrent l'adoucissement de diverses disposi- 
tions de l'édit général de 1733. Le cardinal Lambertini, archevê- 
que de Bologne (plus tard Benoît XIV), transmit la demande à 
l'Inquisition de Rome. L'Inquisition autorise Lambertini à per- 
mettre aux Israélites de ne pas porter de signes lorsqu'ils voya- 
gent. — On permet par pure tolérance que les Israélites vendent 
aux chrétiens les parties de viande que leur rite leur défend de 
manger. On permet aux Israélites de faire laver leur linge par 
des femmes chrétiennes ; mais ce linge devra être pris et rendu au 
ghetto par des portefaix (facchini) que l'archevêque désignera et 
patentera. Les blanchisseuses ne peuvent entrer dans les mai- 
sons des Juifs. — Permission d'avoir des boutiques et des maga- 
sins hors du ghetto. — Exemples de semblables permissions pour 
Ferrare. 

27. Rome. 21 juillet 1735. — Expertise de l'architecte Tomaso 
de Marchis, à la demande de la communauté des Israélites de 
Rome, à l'effet de constater que les écoles du ghetto ont besoin 
d'agrandissement. — Plan de ces écoles, Catalane, etc. 

28. Rome. 29 juillet 173$. — Gratia TitaCoen, Israélite de Fer- 
rare, représente que de graves affaires l'obligent à se rendre à 
An cône, à Sinigallia, à Bologne et dans d'autres villes d'Italie 
pour son commerce. Mais comme le dernier ban de l'Inquisition 
(art. 20 et 21) prescrit que les Israélites doivent porter le signe 
même en voyage, le recourant demande la permission de voyager 
sans ce signe, afin d'éviter les insultes. — Les cardinaux de l'In- 
quisition romaine décident d'écrire aux évêques et aux inquisiteurs 
de permettre aux Israélites de ne pas porter le signe en temps de 
voyage. — Le pape Clément XII confirme la décision. (Latin.) 

29. Rome. 4 août 1735. — Décision de l'Inquisition, qui, en 
refusant de laisser rétablir la synagogue du Ghetarello, à la porte 
Leone, autorise l'agrandissement de celle du ghetto. (Latin.) 

30. Rome. 24- août 1735. — Autre décret de l'Inquisition sur la 
même question (Latin). Autres décrets, 26 novembre 1738, 23 juil- 
let et 23 septembre 1739. (Latin.) 



L'INQUISITION ROMAINE Et LES ISRAÉLITES 103 

31. Ferrare. il 53. — Les Israélites de Ferrare ont toujours 
observé l'usage de ne pas approcher de la maison des catéchu- 
mènes lorsqu'il s'y trouve quelqu'un ; mais, s'il n'y a absolument 
aucun néophyte, ils traversent librement les rues adjacentes qui 
forment le plus beau quartier de la ville. 

L'article 16 de l'édit général concernant le port du signe de 
couleur jaune doit être modifié pour Ferrare. Un rescrit du 2 mars 
1730 porte que les enfants n'y sont obligés qu'à treize ans; les 
femmes ne doivent le prendre que si elles sortent du ghetto ; elles 
le portent non sur la tête mais d'un côté du tablier. Les étrangers 
en sont exemptés les quatre premiers jours de leur arrivée à Fer- 
rare, conformément au statut municipal, rubrique 64, livre 7. 
En lin, les Israélites de Ferrare ont été autorisés plusieurs fois à 
quitter le signe lorsqu'ils sont en voyage. 

Le ghetto de Ferrare a deux boutiques, mais elles forment une 
seule boucherie. Une est réservée aux Israélites ; dans l'autre on 
vend aux chrétiens. La famille Pamphili possède le monopole de 
la boucherie. Gomme les Israélites n'usent pas de certaines 
viandes, elles sont vendues dans la boucherie des chrétiens. Cette 
tolérance fut approuvée par l'Inquisition de Rome en 1722 et 
dernièrement en 1733. Cette boutique est si évidemment utile au 
public que les consuls de Ferrare, d'accord avec le cardinal légat, 
ont prétendu obliger le boucher israélite d'avoir toujours de la 
viande pour les chrétiens. 

Le Pape a autorisé les Israélites de Ferrare à retenir des ma- 
gasins, boutiques écuries et remises hors du ghetto. 

Les Israélites n'ont jamais employé des nourrices chrétiennes ; 
on ne peut en dire de même des sages-femmes. Comme le ghetto de 
Ferrare n'en a aucune, les cardinaux-archevêques ont permis 
charitablement d'appeler ces femmes en cas de besoin. 

Ils se gardent de prendre des domestiques ou des servantes 
chrétiennes ; mais ils ont coutume de donner par adjudication le 
nettoyage du ghetto à un chrétien qui possède des charrettes de 
grandeur suffisante. 

L'édit général défend aux médecins et chirurgiens chrétiens de 
soigner les Israélites ; malgré cela, les cardinaux-archevêques de 
Ferrare l'ont constamment toléré et permis. 

32. Livourne. 14 mars 1740. — Les cardinaux enfermés au 
conclave donnent permission à Zenobio Griselli, de Livourne, 
d'employer pour lui-même et pour toute sa famille Aron Uziel, 
médecin juif. (Latin.) 

33. Rome. 7 décembre 1741 . — Enfant israélite baptisé furtive- 



104 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ment par Jean Armani, chrétien, de Livourne, lequel, étant allé 
au ghetto pour prendre ses habits, et n'ayant trouvé dans la 
maison personne d'autre que cet enfant de trois ans, nommé Abra- 
muccio, le baptisa. Mémoires de deux théologiens. (En italien.) 

34. Rome. 22 juin 1743. — Sur la demande de la population de 
Tolentino, l'Inquisition romaine permet aux Israélites de demeurer 
dans les villes trois jours après la clôture des foires. (Latin.) 

35. Carpentras. 10 juillet 1743. — Disposition des cardinaux de 
l'Inquisition romaine et du pape Benoît XIV concernant la syna- 
gogue de Carpentras, que les Juifs avaient reconstruite plus haute 
que la chapelle des pénitents blancs — 11 septembre 1743 — 
25 janvier 1744 — 30 décembre 1744 — 21 avril 1745 — 30 juin 
1745— 11 juillet 1745. (Latin.) 

30 juillet 1746. Instruction adressée au recteur du Gomtat Ve- 
naissin par l'ordre de Benoît XIV. (Italien.) 

36. Ferrare. 1744. — Plaidoirie (en italien) de l'avocat romain 
Philippe Moscatelli pour la famille israélite Vita Rossi, de Ferrare, 
afin d'obtenir l'autorisation de rétablir une porte particulière que 
l'Inquisition avait fait fermer. La Chambre apostolique avait cédé 
cette maison aux Rossi à titre de bail emphytéotique perpétuel. 
Plaidoirie latine dudit Philippe Moscatelli. Plan du ghetto de 
Ferrare. 

37. Ferrare. 24 avril 1744. — Articles du ban publié par 
Ms r Crispi, archevêque de Ferrare, lesquels ne peuvent être ob- 
servés, ou sont opposés aux usages reçus. — Les Israélites ont 
depuis très longtemps l'usage que, parvenus au cimetière, qui 
est éloigné de la ville, ils allument des cierges, et récitent les 
psaumes de requiem de David et d'autres prières. 

38. Rome. 16 août 1746. — Renouvellement de l'ordonnance 
de 1733. Extension des induits accordés aux Israélites de Fer- 
rare à tous ceux de l'Etat romain et du Comtat Venaissin. — Sé- 
pulture. Voyages. Viande et laitage. Voitures. — Avis des con- 
sulteurs de l'Inquisition sur chaque article. 

39. Ancône. 4 septembre 1748. — Marc-Antoine Mainardi, 
prêtre, obtient la permission de se faire soigner par Raphaël 
Calef, chirurgien juif. (Latin). 

40. Ancône. 29 janvier 1749. — Le comte Pironi, d'Ancône, 
sollicite l'autorisation de se servir du médecin Anselme Marini, 
Israélite. 

4L Avignon. 27 mars 1760. — Doucette Carcassonne, mariée 



L'INQUISITION ROMAINE ET LES ISRAÉLITES ÎOS 

depuis deux ans à Salomon Moïse, ne pouvant supporter l'oppro- 
bre attaché à la stérilité, simule la grossesse, se l'ait céder par 
une nourrice une enfant née quelques jours auparavant, et teint 
d'avoir accouché de cette tille. Dans l'enquête ouverte sur le lait, 
dix femmes israélites, qui avaient été appelées immédiatement 
après le prétendu accouchement, confessent ingénument qu'elles 
n'y ont pas cru. Les sages-femmes et les médecins partagent ce 
sentiment. L'Inquisition romaine condamne Doucette à faire le 
tour de la ville avec un écriteau qui relate la fraude. 

42. Rome. 9 juillet 4150. — Agrandissement de la synagogue 
des Juifs allemands à Ferrare. (Latin.) 

43. Modène. 1154. — Leone Prospero Padova, Juif de Modène, 
demande la permission d'exercer la profession médicale, même 
parmi les chrétiens. Il a déjà obtenu l'autorisation du gouverne- 
ment. L'inquisition romaine accorde la permission avec quelques 
réserves (En italien). 

44. Rome. 41 février 4154. — Relation et consultation de l'as- 
sesseur de l'Inquisition sur les dispositions à prendre au sujet des 
Israélites pour les permissions d'aller aux foires et de demeurer 
hors du ghetto (En italien). A quelle époque les Israélites se sont- 
ils établis dans l'Etat pontifical ? Le ghetto n'existait pas pendant 
le moyen âge. Le plus ancien est du pontificat de Paul IV. 
(28 pages). 

45. Pologne. 45 mai 4154. — Au nom des évêques zélés de Po- 
logne, divers abus sont signalés au Pape. On afferme aux Israé- 
lites les terres, les auberges, les fabriques de bière. Les ecclésias- 
tiques eux-mêmes et quelques évêques donnent ce fâcheux exemple. 
Cet abus produit des conséquences déplorables pour la liberté 
personnelle des chrétiens à cause de la coutume du pays qui fait 
que la propriété du sol s'étend jusqu'aux personnes. Les évêques 
demandent au pape d'écrire une encyclique aux évêques, de pren- 
dre des mesures pour réprimer ces abus. 

M> r Lascari, évêque de Zenopolis, nonce à Varsovie, consulté 
sur cette instance, a envoyé des informations détaillées. Quoique 
quelques baux prescrivent d'employer des chrétiens comme ré- 
gisseurs, la condition n'est pas observée. Les servantes chré- 
tiennes oublient les prières de l'Eglise, et apprennent si bien les 
prières juives qu'elles les enseignent aux enfants. Les Israélites 
se sont multipliés extraordinairement dans toute la Pologne, sauf 
la province de Marzovia et de Lukuvia, où ils ne sont que difficile- 
ment tolérés. Il n'y a presque pas de village où l'on ne voie quel- 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

que famille israélite qui tient l'auberge. Les chrétiens ont aban- 
donné des paroisses entières. 

Le clergé séculier et régulier prêtent de l'argent à intérêt aux 
Juifs, sans d'autre garantie que les synagogues, qui sont d'ailleurs 
chargés de grandes dettes. L'usure de dix pour cent fait qu'on 
s'expose au danger de perdre le capital. Les grands imitent cet 
exemple, et la crainte de perdre leur argent fait qu'ils protègent 
les Israélites et les synagogues. Les Juifs ont accaparé la fabrica- 
tion et la vente des liqueurs. Les cardinaux de l'Inquisition se ral- 
lient entièrement au sentiment du nonce sur les moyens à prendre. 
(En italien). 

46. Gênes. 10, 17 et 48 novembre 4731 et 28 février et 22 mai 
1732. — Conventions de la République de Gênes avec les Israé- 
lites. Ils profiteront de la nouvelle loi sur port franc, et auront 
toutes garanties pour leurs personnes et leurs biens. Sauf-con- 
duit pour les délits commis hors du territoire de la République. 
Ils pourront habiter dans tous les quartiers. Ils auront la faculté 
de s'habiller en noir, mais sans armes, et de commercer sur toutes 
sortes de marchandises à l'exception des armes. — La synagogue 
aura le droit d'asile. — Les rabbins jugeront les procès entre 
Israélites. — Les Israélites ne seront pas obligés d'assister aux 
prédications chrétiennes. — Défense d'importer des livres impies 
ou condamnés par le pape. (En italien). 

Observations sur ce nouveau concordat. (En latin). 

Information de l'Inquisiteur de Gênes, Alexandro Origoni, sur 
les récentes concessions que la République a faites aux Israélites. 
Les articles ont été approuvés par le jésuite Solari, théologien de 
la République, à l'insu de l'archevêque et de l'Inquisiteur. — L'au- 
torisation de fabriquer toutes sortes de draps a indisposé le public, 
parce qu'elle est en opposition avec la loi fondamentale du magis- 
trat de la soie, qui est l'âme de la population. On parle de sou- 
mettre la convention aux deux conseils supérieurs, pour la modi- 
fier. — On annonce l'arrivée de deux familles juives de Londres. 
(Italien). 

47. Rome. 46 décembre 1731. — Perla, femme de l'Israélite 
Salomon Narni, est nommée par testament de son mari tutrice 
de ses enfants, avec l'assistance de trois co-tuteurs, Samuel Cas- 
telnovi, Moïse de Serti et Moïse de Veroli. En apprenant la mort 
de Salomon, ses frères et ses neveux, qui tous s'étaient faits chré- 
tiens, ainsi que tous les consanguins de Perla, demandèrent la tu- 
telle et la permission de faire baptiser les enfants. Les frères et 
neveux se nommaient : Joseph Ercolano, François Coscia, Mar- 



L'INQUISITION ROMA1NK ET LKS ISRAÉLITES 107 

guérite Aquaviva, Marie- Anne de Rossi ; et Julienne Falconieri, 
mère de Salomon Narni, et aïeule des entants. — Débat contradic- 
toire devant l'Inquisition romaine. Plaidoiries des avocats : Jean- 
Baptiste Riganti, Carlo Luti, Gaspar Battaglia (en laveur de Perla . 

48. Modène. /7 janvier 1784. — François Sassoli, néophyte 
de Modène, après son baptême, s'est remarié avec une chrétienne. 
Les Israélites lui demandent instamment l'acte de répudiation à 
l'égard de sa première femme, juive, afin qu'elle puisse prendre 
un autre mari. L'Inquisition refuse, conformément à la constitu- 
tion de Benoît XIV : Apostolici minislerii (tome II du bullaire, 
num. 38). Votum du P. Bianchi. (Latin). 

49. Rkggio. 4134. — Judith, femme juive de Reggio, après 
avoir déclaré qu'elle voulait se faire chrétienne avec tous ses en- 
fants, change de sentiment. L'Inquisition romaine délibère pour 
voir s'il y a lieu de rendre ceux des enfants qui sont en bas âge. 

50. Avignon. 22 août 1734. — Roussa Lea de Milliaud, veuve 
et juive, baptise secrètement une enfant de trois ans, Bellona, fille 
de Salomon Gard. Roussa, qui a exprimé plusieurs fois l'intention 
d'être baptisée, entre dans la communauté des sœurs tertiaires de 
S. Dominique. L'inquisiteur d'Avignon fait une enquête. Aucun 
témoin oculaire. Roussa Lea affirme qu'elle a suivi le rite de 
l'Eglise catholique en conférant le baptême. — Quatre commu- 
nautés juives du Gomtat demandent que cette femme soit punie, 
L'Inquisition de Rome examine la question. Votum du P. Besozzi, 
abbé de Sainte-Croix de Jérusalem, à Rome, consulteur du Saint- 
Office. (Latin). 

51. Rome. 6 mai 1736. — L'Inquisition romaine autorise l'a- 
grandissement de la synagogue Cases de Mantoue, conformément 
au plan qui a été présenté. - Enseignement des canonistes sur 
l'agrandissement des synagogues. — Plan de la synagogue de 
Mantoue. — La ville possédait jadis neuf synagogues ; il n'en 
existe plus que six (italien). La synagogue Cases avait été établie 
pour la famille de ce nom. Les descendants dépassaient le chiffre 
de trois cents. 

52. Ancône. f« février 1738. —Félix Coen, du ghetto d'Àn- 
cône, s'étant marié, les Israélites ont fait imprimer quelques son- 
nets, 24 énigmes, 24 éloges nommés Girim, et autres réjouis- 
sances. Ils sont dénoncés pour ce fait. L'Inquisition romaine 
ordonne un procès. Après une longue enquête, [ elle confisque et 
supprime les imprimés, et punit sévèrement le vicaire inquisiteur 



408 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de Sinigallia qui a autorisé l'impression de quelques-uns de ces 
sonnets. 

53. Rome. 29 avril 11 08. — Agostino Formica, chrétien, allant 
travailler chez un tailleur israélite, nommé Pellegrino, qui habi- 
tait près de la porte du ghetto du côté de la Regola, vit une enfant 
de trois ans qui lui fit beaucoup de caresses. Il résolut de la bap- 
tiser, et le fit en réalité, mais en secret, et sans témoin. Enquête. 
L'Inquisition romaine examine si le baptême en question est 
valide. Votum de deux qualificateurs : Joseph Assemani et Lo- 
renzo Ganganelli (le futur pape Clément XIV). Extraits des théo- 
logiens sur la validité ou nullité du baptême conféré avec la main 
trempée dans l'eau. (Latin). 

54. Pologne. 11 mars 1162. — Histoire de Joseph Frenk, pré- 
dicateur du christianisme parmi les Juifs de Pologne et de Tur- 
quie. Nouveau Messie. Erreurs qu'il mêlait à ses explications. 
L'Inquisition romaine recommande de le surveiller, ainsi que ses 
douze principaux disciples, qui étaient comme ses apôtres. (Ita- 
lien.) Pièce fort intéressante pour l'histoire. 

55. Ferrare. 29 novembre 1163. — Samuel Scandiani, Israé- 
lite de Ferrare, offre dix sequins à Jean-Baptiste Torcolgialdi, 
néophyte appartenant jadis audit ghetto de Ferrare, pour qu'il se 
rende au ghetto de Rovigo, afin de consigner l'acte de répudiation 
à Consola Scandiani, qu'il avait épousée peu de temps avant, à 
l'époque où il habitait encore le ghetto de Ferrare. L'archevêque 
de Ferrare fait une enquête, et condamne la communauté juive 
à cent écus d'amende, conformément à la bulle de Benoît XIV 
Apostolici mïnisterii. La communauté israélite fait appel à l'In- 
quisition de Rome. Celle-ci révoque l'amende, parce qu'il a été 
prouvé que les Massari de la communauté, qui étaient alors Ales- 
sandro Rossi et Moyse Annau, n'avaient pas trempé dans l'affaire. 
(Longue relation et discussion en italien.) 

56. Carpentras. 9 février 1164. — Aïn de Cavaillon, Israélite 
de Carpentras, baptise secrètement Semé, fils du rabbin Elie Cré- 
mieu. Pour extorquer de l'argent aux Israélites riches, il les me- 
nace de baptiser leurs enfants ou de les dénoncer à l'inquisiteur 
comme s'il avait réellement conféré le baptême. Les quatre com- 
munautés du Comtat portent plainte à l'Inquisition de Rome, qui 
condamne Aïn et autres vagabonds à l'exil de tout le Comtat. 
Enquête et discussion. (Italien). 

Perugini. 



NOTES ET MÉLANGES 



ÉTUDES TALMUDIQUES 



J 



Dans son dictionnaire, M. Lévy traduit les mots nittnun *wh 
par « les exégètes des Saintes-Ecritures » 1 . Mais il est hors de 
doute, comme le prouve la comparaison de tous les textes, que 
ces mots désignent les allégoristes, d'après lesquels, les mots de 
la Bible, à côté du sens purement littéral pftïïus D'na'T cachent 
un sens figuré dtû^. 

La Mechilta - cite les mawi "WT7 cinq fois : tpfci ntûbiû •îab'n 
trnn "nai *iN£tt ab tien m et un ittTH ,û^ n&uMa abi -nifca 
JZPtb ibttîjas© 7£s marchèrent trois jours dans le désert et ne 
trouvèrent pas d'eau (Ex. XY, 22). Les allégoristes disent : Ils 
ne trouvèrent pas les paroles de la Loi qui sont comparées à de 
l'eau. » (Ch. I; cf. Baba Kamma 82 a) 

,yyb ibMitt smri "iai iï-kcsi tien mfciia'i ^m yr 'n •lï-ni'n 
« V Eternel lui montra un arbre (Ex. XV, 25). Les allégoristes 
disent : Il lui montra les paroles de la Loi, qui sont comparées à 
un arbre » (ch. I). 

•ï» ïT«np benia^ tien m*nun " | izm h ï son p "pria b3> «■*» in^^i 
« /Zs se dirent Vun à Vautre : Qu'est-ce ? (Ex. XVI, 15). Les 
allégoristes disent : Les Israélites appelèrent (cette substance) 
manne » (ch. III). 

n^n i*n mm lac» *™n m^iun itonni ipM •npM ma îopVn 
.ûnb bsNn "psa « 7/5 te cueillirent tous les matins (Ex. XVI, 



1 Neuhebra'isches Worterbuch, I, p. 429. 
' Sect. Beschallah, masserhta Vaiassa. 



MO KEVUE DES ETUDES JUIVES 

21) : Les allégoristes disent : De là il est prouvé que pour la 
manne aussi il fallait « manger son pain à La sueur de son 
front » (ch. IV). 

banta^ rna tien mttitm ^ni ,ïe iiott na b«w ^3 iNip^i 
•ya ittUJ n« nanp « Les enfants d'Israël lui donnèrent le nom 
de manne (Ex. XVI, 31). Les cllégoristes disent : La maison 
d'Israël lui donna le nom de manne (ch. V). 

Le iSiphrè (sect. Eheb) donne ce passage: mfcntm ^îzmn 
'ibi iTwn Tinh tabiyn rrm n^wa ^ ■rontt "piati -n?m « Les «z- 
légoristes ont dit : Si tu veux connaître Celui qui par sa parole a 
créé le monde, étudie la hagada (l'interprétation allégorique). 

On peut ajouter enfin les deux textes suivants : 
/pbwi i-rbinfi rtt -ttDfc ^b tr&nbn "pnvtn rim m*nun ^ni 
« Les allégoristes ont dit : Il est écrit : Ta vie sera suspendue 
devant tes yeux (Deut. XXVIII, 66). Ces mots s'appliquent à 
celui qui suspend les Tephilin ». (Berach. 24 a). 
.fcabi^b biDD aoar; ■■pisb ïm Vibb sw -n»» mtnttn ^m 
« Les allégoristes ont dit : Anah (cf. Gen. XXXVI, 24) était 
impur, c'est pourquoi il a produit une impureté dans le monde » 
(Pesah. 54 a). 

Ce sont là, pour le premier de ces textes, la leçon de l'Arouch, 
du ms. de Munich et d'autres ouvrages anciens, pour le second, 
celle de quelques mss. (cf. DiMouké Sofrim, ad 1.). Or il est à re- 
marquer que dans nos éditions imprimées au lieu de nift-nm iQinn 
on lit rrmfcn "WH. Ces deux expressions sont employées indiffé- 
remment l'une pour l'autre. C'est qu'en effet elles signifient toutes 
deux « les allégoristes ». De la même façon les mots "pES xennn 
nttin sont synonymes de btfîtt 'ptoB uni*? qui signifie « expliquer 
comme une parabole ». 

iba 1-112 ^b» n^i n ^ros in»nN "^bt "p "prrr 'n ïtïi d'haï ra^n 
rrhautti d^ftbN riwyn mmbm niaiioKirt ï-nmbB 'ibi baab bania^ 

,'ibi b©:a ibizîtt 'ibi ïtiûîa rni^tt mmbm 

« R. Iohanan b. Zaccaï disait cinq choses comme explication 
figurée : Pourquoi Israël a-t-il été exilé en Babylonie ? etc. Pour 
les premières tables de la Loi, la Bible dit qu'elles étaient l'œuvre 
de Dieu, pour les secondes, l'œuvre de Moïse, etc. On cite cette 
parabole etc. *. (Tossephta Baba Kamma VI). 
©h in aiar bawtoœi 'n ït»ïi© d^m 'm in** ï-it rnn br ina^TO br 
,'iBi -pb* £>ttuî!-î nmî bn nn aernb btt£ *pttB 

« La Bible dit : S'il peut marcher avec son appui. (Ex. XXII, 
19). Appui veut dire ici santé. C'est là une des trois explications 

1 Cf. Sota. 15 a, Kiddouschtn, 22 h.. Houllin, \\\\ h. 



NOTES ET l\IKLAN<;KS 111 

figurées que donnait R. Ismaêl. De même la Bible dit : Si 
le soleil luit sur lui. (Ex. XX11I, 2), etc. * (Mechilta Misch- 
patim, VI) ». 

Or nos éditions du Talmud donnent toujours pour ces deux pas- 
sages nfain |p£3 et m-nfan omi *. 

La synonymie de ces expressions montre donc bien qu'elles 
signifient toutes « les allégoristes ». 

Mais quelle est l'étymologie du mot i-nnfaifi, ou ifanrr, nvittift 
et nTYWjrr, comme le portent l'Arouch et d'anciens mss. ? 

Ce mot était déjà obscur pour les anciens, qu'on voie seulement 
les tâtonnements et les incertitudes de l'Arouch. Raschi traduit ce 
mot par « pierre précieuse ». M. Lévy (Neuhebràisches Wôrter- 
buch I, p. 478) donne l'étymologie suivante : « nfa-in probablement 
de l'arabe -pfan belle gazelle, ceux dont l'exégèse est belle et 
agréable » (!) M. Brùll (Jahrbuch I, p. 181) le fait dériver de 

ép[xr,v£'j(o, àpu.ovia OU ô>.7]po; 3 . 

Pour moi, je place nfam et m-nfan en regard de "iraîi, !"rnfan 
de la Bible, et de ïiairai nfan ïid~\'û du Talmud. Ces termes signi- 
fiant « échanger », nfain correspond parfaitement au grec àXXrjyopîa. 
Or F àxxrjopia dit quelque chose de plus que le sens purement lit- 
téral âxxo; et àyopéw) ; dans l'allégorie, on échange le sens littéral 
contre le sens figuré (ûdi) et la désignation métaphorique y pré- 
domine. On peut comparer à ce mot le verbe rœ qui signifie 
« donner à quelqu'un un surnom » et qui est employé dans le sens 
de « allégoriser ». Ainsi swran im« "pprv^fa nm^a rwDfars (Mischna 
Meguilla IV). « Si quelqu'un explique les prescriptions relatives 
aux mariages prohibés, non pas littéralement, mais au figuré, on 
le force à se taire. » 

Dans la Tossephta de Meguilla IV, (ad finem) on emploie 
ce verbe ïra comme synonyme de in-nirs dsnnfa « expliquer 
figurément. » 

ûannfar; iein rmrp 'n naisb ûdn "pa^fa ^ab pairorr m&npfan bs 
♦epafa m "nm rby Spoifam wa ïit -nn irmata pios 

« Tous les versets qui ont un sens défavorable, on les allégorise 



« Dans j. Ketoicbot, h. IV, et j. Sanhedrîn. VIII, h. VIII, on lit : bj>Nfa^ '"1 ^h 
bttfa3 fTlina "nfafittlB mfiTlpfa 'a» 1HN rit et de même &/W NttH "O c. 

237 : bttfan smnn ifa œmi b^fatDi 'n. 

1 Aussi M. Hamburger Realencyclopâdie, II, 5. -y. allégorie, a-t-il été porté à dé- 
river m "H fan ^"iTT du posttaimudique *lfa"in qui signifie matière et à traduire 
cette expression par « exégètes qui s'en tiennent a la lettre » s'attachant à la matière. 
Or ces mots ont précisément le sens opposé. 

3 Je saisis cette occasion pour déclarer que je retiro l'explication que j'ai donnée 
dans mes JEtymologischen Studien. p. 106. 



112 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dans un sens favorable. R. lehouda dit : Traduire les versets 
figurément est une sottise, y ajouter un blasphème *. 

Si tel est le sens des mots ntfitt et mTfla!"!, on comprendra faci- 
lement cette autre expression dont on a beaucoup parlé et qu'on 
a souvent mal comprise : ûTfcïi "nos, 

Voici les passages les plus importants qui contiennent ces 
mots : 

ttsinprs "orû û'nwiN tanNUî ûwib • p^ laa Tbaip SPpYtit a'nwia 
pnr n"« &"»wi *— in pstotasa i^n ùi^n "neo twrs t-is Tteatto 

« Les Sadducéens disent : Nous nous plaignons de ce que vous 
admettiez, vous Pharisiens, que les livres saints souillent les 
mains, tandis que les Sifré hamiram ne les rendent pas impures. 
R. Iohanan b. Zaccaï dit : Les livres saints souillent à cause de 
leur importance, les Siphré hamiram ne rendent pas les mains 
impures, parce qu'ils ne sont pas en faveur ». (Mischna ladaïm 
IV, 6). 

« R. Iohanan b. Zaccaï leur dit : Les écrits saints, c'est leur 
importance qui fait qu'ils rendent impurs, c'est pour qu'on ne les 
laisse pas traîner devant les animaux ». (Tossephta ladaïm) -. 
Sa'i-i&oa fcmprt ^n i^in m^py 'n N^n ûbn?b pbn &r;b "paroi i^n 
a-n^rr ■nas bsa rrsrb in ^boi N*no "ja "naD "pas a^i^rn 
.mafia &mpa pa fionpïi ^bw 1^^ lanaùœ a*nao bai 

« Voici ceux qui n'auront pas part à la vie future. . . R. Akiba 
ajoute : Celui qui lit dans les livres apocryphes, comme les livres 
de Ben Sira, et les livres de Ben Lanali ; mais pour les Sifré Ha- 
miram et tous les livres écrits depuis cette époque, celui qui les lit, 
lit pour ainsi dire des lettres » (j. SanJi, X, 28 a). 



1 Cf. Kiddousc/nn, 49 rt. L'expression insuffisamment expliquée jusqu'ici de 'piab 
""NllTl dans "iNaïT "jT&b fmn mai [Houllin 9 £.; « la Torâh, les prophètes et 
les sages postérieurs se sont servis d'une façon hyperbolique de s'exprimer », vient 
de ijxaaï"» du syriaque fi*aaï"i, Heur (semblable à N3N et a a^a&î). Payne Smith. 
Thésaurus syriacus, cite d'Ephrêm le Syrien, II, p. 532, le passage suivant : NDNT 
NïTûlp Vu aia aaïTE. « le mensonge est plus Uorissant que la vérité » « Laschôn 
Habaï » correspond donc exactement au « lloridum dicendi genus » de Quintilien et 
aux « fiosculi orationis » de Cicéron. "Waï"7 "H^i sont des vœux, qu'il ne faut pas 
prendre au mot, dont il ne faut pas trop serrer le texte, parce que ce ne sont que 
des manières de parler hyperboliques. P. ex. quelqu'un raconte qu'il a vu autant 
d'hommes qu'il y en avait lors de la sortie des enfants d'Israël d'Egypte, etc. [Ne- 
darîm, 24 b. Cf. R. Ascber sur ce passage). 

2 Dans le ms. de Vienne au lieu de IIHpîH "•SrO, il y a a^llttî"» ^IDO. 



NOTES ET MELANGES 113 

a ... Et qu'on ne les lise pas comme les Sifré harniram , mais 
qu'on les lise, qu'on les médite et on recevra une récompense 
pour cette étude, comme pour celle des lois relatives aux impu- 
retés ». [lalhout, psaumes, g 613 et 678 du Midrasch.) 

Ces passages montrent que les Siphré harniram n'étaient pas 
interdits, mais qu'ils ne jouissaient pas de la laveur des piétistes 
(*p:rnn p^a), et que leur lecture était mise au même rang que la 
lecture de lettres ou autres écrits indifférents ' . 

Le sens de ce mot a encore singulièrement embarrassé les 
anciens interprètes. R. Haï paraît y voir Homère. Cette opinion 
a été adoptée par Mousafia, de Lara, et plus récemment par 
M. J. Derenbourg {Essai svr V histoire de la Palestine, p. 133). 
L'Arouch y voit des écrits hérétiques ou même un nom d'animal. 
M. Lévy * dit : « Merom, Meron, nom d'un hérétique qui a fait des 
écrits semblables à ceux de Ben Lana et de Ben Sira ; la racine du 
mot étant n», le sens en est « désobéissance, amertume 3 ». Selon 
.M. Grœtz \ « bTtt^ est certainement une faute d'impression». 
Or, TArouch et les textes anciens ont bien exactement cette leçon. 
M. Graetz rejette avec raison l'hypothèse qui voit dans ce mot 
Homère; en revanche, il veut trouver dans les d*TWî "n&D le mot 
grec r^epr^ta ëiêXia, qui signifie « chroniques ». Ce seraient les chro- 
niques des rois d'Israël qu'on pouvait laisser circuler librement :i . 

M. Joël accepte cette explication 6 . Mais est-il vraisemblable 
que R. Iohanan b. Zaccaï et R. Akiba aient employé ce mot 
étranger, incompréhensible pour la plupart des auditeurs ou des 
lecteurs, surtout dans des questions halachiques, qui devaient 
être aussi claires que possible? En outre, les Sifré Harniram sont 
toujours mis en regard des snp "•ans, « livres saints », et cités 
comme une classe d'écrits se rapportant à l'Écriture sainte, 



1 Dans Houllin 60 b. il est vrai, il est dit : ïmï"î ttlPpb *p pJîflffl 'l "ifàN 

/-izn imri ^sjia p fm ùt-i» meos Eptaïib •pifrnia »i mfinpft 

(L'Arouch éd. pr. lit "11173, Ù"H^ dans les autres éditions ces mots manquent). 
« R. Simon b. Lakisch dit : il y a beaucoup de versets qui mériteraient d'être brûles 
comme les Sifré Marom quoiqu'ils fassent partie essentielle de la Loi... » Mais ce texte 
n : est pas sûr, car les mss. de Munich et de Hambourg, VEn Iakob, éd. Amsterdam, 
lisent "p^fà "HD03 « comme les livres des hérétiques » auxquels convient bien 
l'expression « ils méritent d'être brûlés ». Les leçons donnent tantôt (Arouch) 
Z" — !OÎTi û"P72!l, et Û"P52n, tantôt le mot plus moderne et arbitraire DTlfalïT. 

- Neuheb. Wortcrbuch, I, p. 476 et II, p. 24. 

3 Tt^yb signifie également absinthe famertume^ et NH^O épines. 
\£onats8chrift % 1868, p. 138-140. 

» Cf. Graetz, Kohelct, p. 160. 

8 Blicke in die Relions gesekichte. p. 75. 

T. III. 8 



114 REVUE DES ETUDES JUIVES 

n'ayant pas, il est vrai, un caractère sacré, mais pouvant cepen- 
dant, par mégarde, être confondus facilement avec les écrits sacrés. 
Tout cela peut-ii convenir à des mémoires historiques d'une époque 
très récente qui, même s'ils avaient existé, n'auraient pu être lus 
comme une « lettre inoffensive », sans la permission explicite de 
R. Akiba? 

C'est pourquoi je prends d'mttrt ou ù*twi "nsD pour les écrits 
des allégoristes, qui interprétaient les Écritures sacrées dans un 
sens allégorique, par exemple les écrits de Philon, contemporain 
de R. lohanan ben Zaccaï, et ceux d'autres hellénistes qui, 
prenant la Bible pour texte et en étant des commentaires perpé- 
tuels, étaient regardés par beaucoup de personnes comme 
équivalents aux iznp sans « livres saints ». 

Reprenons les passages que nous avons cités, en nous servant 
du sens que nous avons donné à ce mot. lohanan ben Zaccaï 
constate que ces écrits, chez la plupart des personnes., ne jouis- 
saient cependant pas de la même faveur que les Saintes-Écritures ; 
R. Akiba leur assigne un rang intermédiaire entre les « Kitbè 
Kôdesch», «livres saints», et les trm^nïi ù^so, «livres exclus » ; 
la lecture de ces derniers, qui se meuvent en dehors du cadre 
de la Bible, est interdite ; celle des écrits allégoriques, au contraire, 
quoiqu'ils n'aient pas non plus un caractère sacré, est inoffensive 
comme la lecture de lettres indifférentes l . 

Dans ces paroles de R. Akiba : « Mais pour les Sifré Hamiram 
et tous les livres écrits depuis cette époque, celui qui les lit, lit 
pour ainsi dire des lettres », les mots depuis cette époque ne 
signifient pas comme on l'a cru : « Depuis la clôture du Canon », 
mais ils se rapportent au temps où R. Akiba voulait définir le 
caractère des explications allégoriques de la Bible, parues depuis 
Philon, et de celles qui pouvaient se produire dans l'avenir. 
R. Akiba, le représentant sévère de l'explication littérale pour ce 
qui touche aux pratiques religieuses, voulait ainsi montrer ce 
qu'il pensait de l'exégèse figurée : pour la pratique, il faut main- 
tenir le sens sévèrement littéral, mais il n'est pas nécessaire pour 
cela d'interdire la lecture des écrits allégoriques, car ce sont des 

1 'D1Ï2Ï2, "pfafa, ^'"l'Efà, est employé depuis trois cents ans à peu près dans le 
sens de lettre de change, dans les « réponses » et autres écrits, principalement des 
Polonais. Kuntze, Die Lehre won den Inhaberpapieren* et. Samuel Mayer, Die Rechte 
der Israeliten, II, p. 271, rapportent que, selon l'Estocq, De indole et jure instrumenti 
Judaeis usitati eut Nomen « Mawire » est, Koenigsberg 1755, ce mot tire son nom du 
fondateur de ces titres, R. Méir de Lublin Cpbsibfa Dlïltt). Mais c : est un terme 
postbiblique formé de ""pfàïf, ÏT")")fàr), et la traduction littérale de lettre de change, 
comme le postérieur £nbn, employé dans le sens de lettre de change. Low, Gra- 
phische Reqiiisiten, p. 87 et note 379, laisse le mot inexpliqué. L. Auerbach. Dan jild. 



NOTES ET MÉLANGES 115 

ouvrages inoffensil's, qui n'ont pas de caractère sacré et qui sont 
regardés par le peuple comme des écrits de littérature courante. 
Ce passage du Talmud de Jérusalem renferme encore d'autres 
difficultés. M. Joël et d'autres ont été étonnés de voir le livre de 
Sira, qui est toujours cité avec éloge dans le Talmud et le Midrascli, 
traité ici par R. Akiba avec plus de sévérité que les « Sifré Hami- 
ram », et mis à l'index librorum prohibitorum. Mais l'explication 
<1<> cette rigueur exceptionnelle nous est fournie par le passage 
suivant, de Kohelet Rabba, XII, 12, qui a des rapports étroits avec 
celui de j. Sanhédrin, nma "pria D^fcrt baia nïrm ■rça ïitti-ift nrvrn 
•; 2 idoi n-po la -)so*|W3 wa ^ina &wn niî-î ntt!-;tt tp"iBD Y'a-sa nnr 
noa nwb abi lan^i maîrs ifôa n^i na-ii-r Jrtrbi m ban. « L'Ecclé- 
siaste dit : « Mon fils, garde-toi de plus que cela » (XII, 12), car 
celui qui fait entrer chez lui plus de vingt- quatre livres, fait entrer 
chez lui la confusion, comme le livre de Ben Sira et le livre 
de Ben Tigla, « et trop d'étude est fatigue corporelle», ils sont 
faits pour être médités, mais non pour se fatiguer ». D'après de 
telles idées qui, lors de la destruction de la Bibliothèque alexan- 
drine, furent également exprimées par les Mahométans, chaque 
écrit qui est en dehors du cadre des Saintes-Écritures, quelque 
grande que soit sa valeur, est cependant superflu, et apporte dans 
Fesprit plutôt la confusion que la lumière. De tels écrits qui, en 
soi, peuvent être utiles et bons, ne doivent pas précisément être 
brûlés, comme le voulait R. Simon b. Lakisch — si le passage de 
Houllin » peut s'appliquer à ces écrits — on ne doit leur consacrer 
tout au plus qu'une simple méditation {*\nn) superficielle, mais 
dans aucun cas une étude aussi laborieuse et approfondie qu'aux 
écrits canoniques. Ces sortes d'ouvrages sont , dans tous les 
cas, inférieurs aux écrits d'exégèse allégorique, qui du moins 
proviennent d'auteurs juifs et qui sont un commentaire, insuf- 
fisant quelquefois, il est vrai, du texte sacré, tandis que pour 
les « Sepharîm Hahitzonîm », livres apocryphes, et le sujet pro- 

Obligationenrecht, I, p. 288, ne donne pas d'étymologie, mais dit «que ce mot ne 
paraît pas être d'origine juive, puisque d'ordinaire il est muni de traits d'abrévia- 
tion ». Si cela était, ce terme ne serait autre chose que membranum, parchemin, et 
partant titre, obligation, comme charta signifie à la fois papier et titre. Cf. Du Cange, 
Glossarium Mediae et Infimae Latinitatis, art. Memlranum. 'pfàfa n'est cité que 
par les auteurs polonais. Mais les Polonais, en peuple peu adonné au commerce, 
ont, ainsi que les Hongrois, emprunté au latin et à l'allemand tous les termes com- 
merciaux : rachunek, rechnung (calcul); pour exprimer « titre », ils n'ont pas 
d'autre mot que dokument. dyplom; pour lettre de change, d'autre mot que weksel: 
lokator, locataire ; czynsz = zins (intérêt) (comme en hongrois uszora =usura\ Aussi 
l'admission dans la langue d'une expression telle que membranum ne doit pas nous 
étonner. 

1 V. plus haut, p. 1 13, note 1. 



116 BEVUE DES ETUDES JUIVES 

fane, et l'auteur profane, donnent lieu également à hésitation. 

Les paroles de R. Akiba nous fournissent donc un document 
intéressant qui justifie la séparation complète établie entre les 
écrits sacrés et leurs exégètes, et entre les écrits profanes. Aussi 
ne voyons-nous aucune raison de modifier notre texte, pour lire 
avec M. Grsetz [KoJieleth, p. 1<J6), toison ampii qa nttna taypx *i 
vma "nsoi i-ù'jb pi t<^s p 'p bdN d^ttft nsD *p:o waïawi 
rrwwd ampd pa fcmpri ^Vwi "jasE îarûarc '0 Soi. « R. Akiba 
ajoute celui qui lit les livres apocryphes comme les livres des 
hérétiques ; mais le livre de Ben Sira, le livre de Ben Lanah, les 
chroniques et tous les ouvrages écrits depuis cette époque, on 
peut les lire comme des lettres » . 

Nous ne voyons pas davantage la nécessité d'adopter la correc- 
tion de M. Joël (p. 75) : mas p 'o "pro troii^nn cnnsDa ampïT t|« 
'û 'pas "jbwi i*ott îana-aio d"n&0 bsn *rpo p 'o bai* ro*b p'oi 
ma'wa amps pa fimpft dira!"» « R. Akiba ajoute : celui qui lit les 
livres apocryphes comme le livre de Ben Sotada et le livre de 
Ben Lanah ; mais on peut lire comme une lettre le livre de Ben 
Sira et tous les ouvrages écrits depuis cette époque, comme les 
chroniques. » 

Dans la Tossephta Iadaïm II, les « livres des hérétiques » sont 
rapprochés des « livres de Ben Sira ». )p$ d^Eïi 'on taliban 
ira* ^b^Ni ïaofc îaroaiû d^BDïT ban &tpd p 'o bWi ns mNEcatt 
d^n nK 'pNttïatt. « Les Evangiles (?) et les livres des hérétiques 
ne rendent pas impures les mains, le livre de Ben Sira et tous les 
ouvrages écrits depuis cette époque ne rendent pas impures les 
mains. » Ceci prouve évidemment que, opposés aux écrits sacrés 
et à leurs interprètes, tous les autres écrits qui n'avaient pas de 
rapports directs avec les premiers, comme les dwba, les « livres 
des hérétiques » étaient mis sur le même pied. 

D'un côté donc il y avait les écrits saints avec leurs interprètes, 
de l'autre côté, bien distincts des premiers se trouvaient tous les 
écrits qui ne se rattachaient pas directement aux Saintes-Ecri- 
tures. 

Voici un texte qui prouve nettement notre opinion : 
a^na "pan "pasa rm»Dia pmp na« frDM ïrma 'n'a d^ansaa rmàotta 
dri Vd rmn ^eo *p wiki d'mûa» na-i^sn mi»©» nu misaos «bx 
s-n^wa trawrirt d*nûoa ï*mp ibwa Ya:a ynn nsda ampra ^ ^an 
imn m rnaïTa inr ïr-nnin. « Les auteurs de recueils sont des 
clous plantés [Eccl. XII, 11). R. Berachia ha Cohen dit : Nous 
lisons rmttD» avec un Samedi (clous), mais il est écrit mnîaM 
(gardes), or de même que les gardes des prêtres étaient au nombre 
de vingt-quatre, de même les livres de la Loi sont au nombre de 



NOTES ET MELANGES 117 

vingt-quatre, et lire dans d'autres que ces vingt-quatre, c'est 
comme si on lisait les livres exclus, car la Loi a dit : Mon fils 
garde-toi de plus que ceux-là ». (Pesihta rabbati, 111, éd. Fried- 
mann)'. 

Reste à savoir quel écrit on entend par iwb p 'o livre de Ben 
Lanah dans le Talmud jer. et parïrban "p 'o livre de Ben Tigla, 
dans Koheleth Rabba. Fùrst veut voir dans le premier des frag- 
ments d'Apollonius de Thyane, et dans le dernier des fragments 
d'Einpédocle. Mais il est peu vraisemblable que R. Akiba ait pris 
comme exemples des écrits peu ou point connus aux Juifs. 
M. Joël, p. T4, dit que sous le nom de Tiglâh se cache un écrivain 
apocalyptique, auquel conviendrait parfaitement le nom de Ben 
Tiglath (de ttba révéler), de même sous celui de Ben Laanâ, si, 
dans cette apocalypse, l'absinthe avait joué le même rôle que dans 
l'apocalypse canonique. Cette hypothèse est également peu satis- 
faisante. Je regarde : « Ben Tiglâh et Ben Laanâ », comme deux 
écrits, traitant d'une matière commune, ou bien ne formant 
qu'un seul et même livre et je conjecture que Ben Tiglâh est une 
altération de aô*n p et Ben Laanâ une altération de Nb^n p, 
&cb*(n) *p. Par Ben Thaalâ on entend sans doute le livre de fa- 
bles, Kalila et Dimna, que Rabbi Haï avait déjà mis en parallèle 
avec le Mischlé Schoualim (fables des chacals) 1 . Ce livre tire 
d'ailleurs son nom des chacals (trbjhtt), $hir\) 2 . 

M. Brùll (Jahrbnch, II, 152 et IV, p. 6) a très bien démontré 
que ce qu'on appelle dans le Talmud et dans le Midrasch -<bOT 
tnbsno ou plus correctement trb:>TO mb'Stttt, signifie des livres 
de fables mises par écrit. Dans un passage du Talmud il est dit : 
r*wn ns NriN*! ar» \n xu^ nb-op inbs rnn Nrïmba *pN ûntt inbiD 
nrmroTo nb^np ab"i nb? dbisnia hitd moiao mnii "ntt ïtk inpnttK 
difinba mbiofcfri nva iddi ti-in û^b^n nsoi nna anpEnb:» Nba 
ï-îd» tttwona tnafciBl. «... elle n'a reçu de sa dot qu'une couver- 
ture, un Psautier, un livre de Job, des trsnbn mbME, ce que nous 
avons estimé à cinq Mana ». {Guit. 35 a). 

Au lieu de dwba rrtottttn les Réponses (n° 48) attribuées à 
Nachmanides ont d^bsnis mbraEE. D'après cette leçon, les mbt2E£ 
û^brio sont donc cités à côté du Psautier et du livre de Job comme 
un recueil de fables. D'après R. Akiba, ces collections de fables, 
comme le livre de Ben Sira, sont bien différentes des écrits cano- 
niques — car c'est là sans doute ce que veut dire : « celui qui les 

1 Dukes, Rabbinische Blumenlese, p. 7. 

2 Cf. Steinschneider, Zeitschrift der Deutschen morgenl. Gesells., tome XX.XV, 
p. 361. 



ils REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jit n'aura pas part au monde futur » — ou, selon l'expression plus 
adoucie du Midrasch Kohélet, comptées au nombre des ouvrages 
qu'on peut lire rapidement mais non étudier avec application. De 
plus, R. Akiba a dû de préférence choisir comme exemple un livre 
très répandu . 

Or les « Mamschaloth Schoualim » étaient un livre beaucoup lu 
dans le cercle des Tannaîm ; Hillel, R. ïohanan ben Zaccaï, 
R. Meïr les connaissaient fort bien 1 . Bien plus, Akiba lui-même 
enseigna à Pappos ben Iehouda la fable bien connue, empruntée 
sans doute aux « Mamschaloth Schoualim », du renard et des pois- 
sons 2 . Mais, précisément parce que ces collections de fables, si 
chères surtout aux Orientaux, captivaient au plus haut degré les 
auditeurs et les lecteurs, il fallut établir que la lecture de ces 
fables ne devait porter aucune préjudice à l'étude des saints livres. 
Je vais même plus loin, ordinairement on nomme à côté des 
«Mamschaloth Schoualim», les trs:ro mbtDtttt. Dukes et d'autres 
ont prouvé jusqu'à l'évidence que ces mots signifient non pas des 
fables sur les plantes, mais bien des histoires de blanchisseurs, per- 
sonnages qui jouent un rôle important dans les fables de toutes les 
nations. Vraisemblablement les mots traoba mbrcfcfc, remplacés 
dans les réponses pseudo-nachmaniennes par d^bsnrc mbiattfc, ne 
sont qu'une altération de to'wbn mbiafcfc (de "wro, êa>avsuç, bal- 
neator) = d^Ddid *-nbtt)»fc, et, de même que d^bsnia J-nbra» = 
ïib^n *p = nb^n *p, de même peut-être ïwb \2 doit-il répondre à 
îwba "hdd = i&ttbs V)E>û qui seraient des d-'Onis mbttîfctt, recueils 
d'histoires des baigneurs (êaXavetç) et des barbiers (xoupetç), bien con- 
nus chez les Romains et les Grecs pour leur bavardage et leur 
ignorance 3 . 

Ajoutons en terminant que S. Jérôme rapporte dans la préface 
des Proverbes qu'on a mis sous ses yeux le livre de l'Hébreu Si- 
rach, et que le titre en est parabolae, par conséquent, "p ^bio» 
îtpd (fertur et Panaeretos Jesu filii Sirach liber et alius pseudepi- 
graphus qui Sapientia Salomonis inscribitur, quorum hebraicum 
reperi, non Ecclesiasticum ut apud Latinos, sed Parabolas praeno- 
tatum). Les passages du Talmud de Jérus. et du Midrasch Kohélet 
comprennent donc trois écrits du même titre : imo p "•btatt, 
ttàrm ("•btttt) mbto&tt et d^omd ou d'wbd mbiû»». 



1 Cf. Back dans la Monatsschrift de Grsetz, 1876 ; p. 27-38. 
8 Berachoth, 61 b. cf. Monatsschrift, 1880; p. 24. 

3 Landsberger, die Fabeln des Sophos, cf. aussi Herrmann, Lehrbuch der griechis- 
chen Privatalterhiïmer, § 43, p. 28. 



NOTES ET MÉLANGES H' 1 



11 



Les fcnowa, appelés communément les Boéthusiens, et qui, 
d'après Aboth de R. Nathan V, tirent leur origine d'un certain 
Boéthos, sont, dans la plupart des textes talmudiques, cités comme 
des d'ip'HSS « Sadducéens », et regardés par la plupart des com- 
mentateurs comme identiques à ces derniers ou à une variété de 
ces derniers. D'après M. Graetz (Geschichte III, 3° éd., p. 652), 
« les Boéthusiens descendent évidemment de Boéthos, venu 
d'Alexandrie, et avec le fils duquel nommé Simgon, s'était allié Hé- 
rode. Ce Boéthos a évidemment apporté d'Alexandrie, sa patrie, 
une exégèse qui s'écartait de celle des écoles de Palestine, qui 
approchait probablement de celle de Sadducéens, mais ne s'iden- 
tifiait pas avec elle ». M. Grsetz admet jusqu'à nouvel ordre l'i- 
dentité des Sadducéens et des Boéthusiens * . 

Mais cette hypothèse a contre elle ce fait que dans Josèphe et le 
Nouveau-Testament les Boéthusiens ne sont pas mentionnés, et 
que d'un autre côté le Talmud ne mentionne pas les Essénîens, 
sous ce nom, répandu généralement dans Josèphe, Philon, etc. 
Asaria dei Rossi (Meor Enajim, éd. Cassel, p. 96) en a conclu avec 
raison l'identité des Boéthusiens et des Esséniens, et Herzfeld (Ge- 
sichte des Volkes Israël II, p. 397-398) a rendu cette assertion 
encore plus plausible par des preuves nombreuses . Il remarque 
que deux fois, dans la Tossephta Souccoth, c. III, et clans la Tos- 
sephta Menahoth, X, au lieu de cpoimn, on lit vd ma. Il admet 
que cette expression est analogue à celles de « Beth Schammaï, 
Bèthllillel, écoles de Schammaï, de Hillel » et signifie « école des 
Esséniens », peut-être de "psa ma, « école des médecins » 2 . 

J'ajouterai que dans la Tossephta ladaïm vers la fin, où dans 
les éditions parues jusqu'ici se trouve l'expression troimn, le ma- 
nuscrit de Vienne lit "po ma 3 . 

De là il résulterait que la discussion relatée en cet endroit se 
serait produite entre les Esséniens, •p" , & rnn = n , nroz) ^bana, et les 



1 De même Geiger. Ursc/irift, 102, et Jiïdische Zeitschrift, II, 35, ainsi que Deren- 
bourpr, Essai, 119, etc. 

2 Selon Graetz de TiON = Hémérobaptistes, rP*inti5 ^b^lE, ou, d'après l'écrit le 
plus récent. E. Lucius. Verhâltniss des Èssenismus zum Judcntltum, Strasbourg, 1881. 
p. 89, de "«OU = T^On = oêioi, (de Pbilon) les disciples des pieux. 

3 Cf. éd. Zuckermandel, ad. loc. 



120 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Pharisiens, d'autant plus que dans l'alinéa précédent 'n Dfib nttN 
nttmb prraiB "jmN t-ra^ ab© *jnNtt"):a ^na^n ^np "ors ^ot }a "prm ■ 
qui est visiblement mutilé et qu'il faut compléter par la Mischna 
ladaïm, IV, (5, le manuscrit de Vienne, au lieu de ttnp ^aro, donne 
la leçon tmiEtt *nso, ce qui signifie, comme nous avons essayé de 
le montrer ci-dessus, les écrits allégoriques répandus surtout 
dans les cercles des Esséniens et des Hellénistes" 2 . 

Asaria dei Rossi a déjà fait remarquer que le ^oima, Boéthusien 
qui dans Sabbalh 108 a et Massechet Soferim I, soutient contre 
R. Josua ">on^rj, le serviteur de R. Ahïba, une discussion ana- 
logue à celle de ladaïm IV, la termine par le mot oibp = xoO.ôsç ; 
il doit donc, d'après son style, appartenir au cercle grec. Le frère 
de R. Josua •watt, mentionné dans une discussion analogue (Tos- 
seplita Machschirj,n III) s'appelait D-Wia = Eùtovujwç. Ajoutez à 
cela, ce que M. Lévy 3 avait déjà fait observer, que l'Arouch lit par- 
tout "p& ma au lieu de iDima et range l'article *po ma au mot 
ma après ïind ma ,mao ma, avant ïrby ma 4 . 

Dans la Tossephta Rosch Haschana I, le ms. d'Erfurt lit trois 
fois "po ma, au lieu de û^ma, de même la Tos. Sanhédrin VI, et 
la Tos. Soucca III, dans le ms. de Vienne, donnent deux fois la 
leçon *po mpa. M. Rabbinovicz me dit que dans unms. du Talmud 
venant du Caire et dans un autre de Rome, dans Menahot 65 se 
trouve *pt> ma. 

Mais, chose singulière, régulièrement partout où la Tossephta 
et le Talmud de Jérusalem ont troima ou *pD ma, le Talmud de 
Babylone donne ùïpi^ 5 . D'après cela comment établir des diffé- 
rences entre les Pharisiens, les Sadducéenset les Esséniens? Cette 
observation montre que tant qu'on n'aura pas fait une révision cri- 
tique des textes, toute étude dogmatique sur cette matière repo- 
sera sur des bases incertaines. 

Joseph Perles. 

Munich, juillet 1881. 



1 V. plus haut, p. 112. 

* M. Derenbourg, Essai, 133, p. 2, dit : Comme R. Johanan hen Zaccaï eutre 
dans ce débat de la Mischna, il s'agit sans doute plutôt des Boéthusiens que des 
anciens Saducéens, et dans ce cas on peut se demander si l'opinion concernant la 
peau et les os n'est pas une des exagérations introduites par ces prêtres venus d'A- 
lexandrie. 

3 Neuheb. Worterbuch, I, p. 229. 

4 M. Kohut a effacé ce détail intéressant et donne seulement l'article d^Oima 
taxant la leçon *pO ma de simple faute d'impression (Aruck completum , II, p. 88). 

5 Ainsi j. Joma, I, h. 5. Û^Oima = h. loma, 19 h ÛipT7£; Tos. Sanhédrin, VI, 
Û^Û-ima = b. Maccot, 5 b. D^pl'TSt ; Tos. ladaïm, 'pD'ima (d'après R. Simson de 
Sens dépliât) = b. BB. 115 b. Dépliât. 



NOTES ET MELAiNGES 121 



ANNEE DE LA COMPOSITION DU TANNA DEBÉ ÉLIAHU 



Nous avons déjà parlé dans cette Revue l de l'intérêt qui s'atta- 
che au midrasch, connu sous le nom de Tanna débè Eliaiiu. 
Pour les livres de cette nature la première question qui se pré- 
sente est celle de savoir à quelle époque ils ont été composés. 
Notre ouvrage donne lui-même, à trois différents endroits -, l'in- 
tervalle qui s'est écoulé, soit depuis la destruction du second tem- 
ple, soit depuis la création jusqu'à l'année à laquelle l'auteur a 
vécu. Seulement, comme la déjà fait observer Rappoport 3 , l'un 
de ces trois passages est incorrect dans nos éditions, et ne s'ac- 
corde pas avec les deux autres données. M. Zunz a étudié, à son 
tour, notre midrasch et lui a assigné définitivement l'année 974, 
comme celle de sa composition 4 . Tout récemment M. H. Oppen- 
lieim a consacré à notre livre un article assez étendu, qui n'a 
guère contribué à avancer la solution du problème posé 5 . 

Nous nous trouvons en possession d'une copie faite sur le ma- 
nuscrit du Vatican et qui, d'après la note placée à la fin, remonte 
au xi e siècle 6 . Cette copie nous met en état de pouvoir rétablir 
le texte fautif des chapitres n et vi, de manière à ce qu'ils s'ac- 
cordent facilement avec le chapitre xxxi. A ce dernier endroit, 
l'auteur dit deux fois : « Depuis que le second temple est détruit 
jusqu'aujourd'hui il y a 900 ans. » En fixant l'époque de la destruc- 
tion du temple par Titus à l'an 68 de l'ère vulgaire, nous avons 
donc l'année 968 = 4728 de la création. 

Voici maintenant le passage du chapitre n d'après notre ma- 
nuscrit : -ou: irtn trsba -ou) û^œ trsbtf nœ^D rmtt trfyïvû -isb ••• 
-pro »ToaflD irb* 0332 nama W)3>s 7 mDto tpsba ot min tnsbs 



I II, 134. 

" Ed. Josepow, in-8° de 1851, 2 a, 15* et 65a. 

3 Biographie de R. Nathan, note 43 ; [Bikkure haittim, vol. X, 1829). 

'■* Grottesdienstliche Vortr&ge der Juden, p. 112 et suiv. 

s Bêt Talmud, Vienne, 1881, vol. I, p. 265 et suiv. 

II Assemani Catalog. Manuscript. hebrœ., n° XXXI. A la fin du Sif'rà,que renferme 
ïe même manuscrit, écrit entièrement de la même main, on lit : ^"bnn P51252 "IfààD 
'-D1 rmfi "p-nnb IBttm t|b« naiZJSI ï-TPirb « (La copie; a été terminée l'an 
4833 de la création, ou 1 au 1005 après la destruction du temple ». L'une et l'autre de 
ces dates répondent à l'année 1073. 

7 L'édition porte ici et à la ligne suivante TTi "p mto"\ L'édition princeps (Venise 
1598) a larPEîtt mti^. (Cf. Sanhédrin, 97 a). 

8 L'édition a : trbmT pTin 03201 "ltf^tD Htt "lôttr\ ce qui fausse le sens. 
L'édition princ. est presque d'accord avec le ms. 



122 REVUE DUS ETUDES JUIVES 

.* mate ynOT nrm irea "lam mtDfctt mft-> bu: d^bN ^ra «... parce 
que ce monde a une durée de 6000 ans, dont 2000 d'ignorance, 
2000 de la Loi et 2000 de Messie ; par l'accumulation de nos pé- 
chés, notre asservissement a pénétré dans les 2000 ans messia- 
niques qui ont perdu ainsi plus de sept siècles. » Nous avons donc 
ici une époque qui dépasse l'an 4700 de la création, ce qui s'ac- 
corde avec le chiffre donné au chapitre xxxi . 

Enfin le passage du chapitre vi qui est déjà corrompu dans 
l'édition de Venise (fol. 12 a), se lit ainsi d'après la copie du 
Vatican : 

ab rem * ûb-ir N^ips reç tnOTn d^ttdn *nfcN "pare* m^b^ p b* k' ,é i 
hn vm$ 3>afcm -îtna anii ■jbïrbï . reiD 'a dbi? ^ &© nuj-n 'nai ï-inb^ 
N^niîi ban^n •nEawra rei» 'a 132OT abi-t , retç d^^n lin wnwa liTa 
dbi^n fin»© di^ n^^5 2 dbi2 an^ *n:a3> wa i-iENara rein d^ia^m 
• 3 ù^«) Y'fci d^b*i3> re>n*iNi d^nzjn "p^dr w 

« On trouve depuis la création du monde jusqu'à ce jour, 

94 mondes et 44 années. » Le monde étant de 50 années, nous 
avons 4744, ce qui ne diffère que de 16 années du chiffre donné 
dans le chapitre xxxi. Si les neuf siècles donnés en ce dernier 
endroit représentent un chiffre rond comme les sept siècles du 
chapitre n, l'année exacte aurait été fixée par le chapitre vi et 
984 sera l'année véritable où notre midrasch a été écrit 4 . 

J. Derenbourg. 



1 Dans l'édition, il manque *jï"153 1&W£' , 'l, et le reste est placé entre parenthèses. 

2 Ici encore le texte de l'édition est corrompu. — Les deux exemples, où db"3> = 
50 ans, sont : 1° I Sam. I, 22, où Hanna dit que son fils restera à Schîlôh dbl^ W ; 
la tradition donne pour la durée de la vie de Samuel 52 ans (Sêder Olâm, chap. xm), 
et comme la mère garda son fils jusqu'à ce qu'il fût sevré, et que le sevrage n'eut 
lieu qu'au bout de 24 mois (M. Gittin, vu, §6], le ôlâm durait donc 50 ans ; 
2° ~Exode, xxi, 6, où il est prescrit que l'esclave hébreu qui n'a pas voulu quitter 
son maître au bout de sept ans doit le servir db"l3>b ; or, il gagne sa liberté au 
Jubilé, c'est-à-dire après 50 ans. 

3 Les deux éditions ont : d"Otf3 Vafcl mfab"l3> d^UJn. 

4 Nous ne différons que de 10 ans du chiffre de M. Zunz, qui donne 974. — Les 
deux échantillons du texte que nous avoDS communiqués démontrent assez l'impor- 
tance de la copie que nous avons entre les mains, et qui serait seulement de 89 ans 
postérieure à la composition de l'ouvrage. Nous espérons le publier dans le courant 
de 1882. 



NOTES ET MELANGES I ' 

DONATION DU CIMETIÈRE DES JUIFS DE DIJON 

A L'ABBAYE DE LA BUSSIÈRE 

Courtépée, dans sa Description générale et particulière du du- 
ché de Bourgogne l , rapporte, sans citer ses sources 2 , que tous 
les effets des Juifs de Dijon, saisis et inventoriés en 1306, furent 
vendus sous les successeurs du duc Robert, à l'exception d'une 
partie de leur cimetière que le duc Eudes IV donna en 1338 à 
l'abbaye de la Bussière pour lui tenir lieu d'une somme de 
100 livres que Robert lui avait léguée pour son anniversaire, d'une 
autre de 58 livres que la duchesse Agnès et la princesse Isabeau, 
sa fille, avaient léguée à cette abbaye aussi pour fondation de 
leurs anniversaires. Il nous apprend encore que l'emplacement 
du cimetière des Juifs, avec les chambres qui en dépendaient, fut 
estimé, dans l'inventaire fait en 1306 des biens que les Juifs pos- 
sédaient à Dijon, à 400 livres, somme énorme pour le temps 3 . 

Après lui, M. Clément- Janin, l'auteur d'un intéressant opus- 
cule, intitulé : Notice sur la communauté israélite de Dijon, et 
publié en 1879, dit 4 que Eudes IV, pour acquitter des legs faits à 
l'abbaye de la Bussière en 1297 par Robert II et Agnès, s'élevant 
à 58 livres de rente, céda, le 26 février 1337, aux religieux de la 
Bussière une partie du cimetière des Juifs. Sur l'emplacement de 
ce cimetière, l'abbé de la Bussière, Guy de Ghâteauneuf, fit plus 
tard construire un hôtel, vendu par la suite au conseiller Bourrée 
de Chorey, pour passer au président de Migieux, puis à M. de la 
Loge de Châtellenot. Une ruelle qui conduit aux remises dudit 
hôtel, situé, dit M. Clément-Janin 5 , vis-à-vis la maison natale de 
Buffon, portant le n° 27 de la rue Buffon, s'appelle encore rue de 
la Bussière, en souvenir des propriétés appartenant à l'abbaye. 

Le fonds du récit de Courtépée et de M. Clément-Janin est vrai, 
mais les détails en sont inexacts. Je ne parle pas de l'erreur de 
M. Clément-Janin qui fait naître Buffon à Dijon, quand tout le 
monde sait que, s'il a habité cette ville, il est né à Montbard. En 
effet, ce n'est ni en 1338, ni le 26 février 1337 que fut faite cette 
donation, mais bien le 8 février 1331 (1332, n.st.). La donation du 

1 Deuxième édition, t. I. p. 444. 

* D'après D. Plancher, Histoire générale et particulière de Bourgogne, t. II, p. 192. 

3 Ibid.. p. 442. 

4 P. 24. 

5 Ibid., p. 25. 



124 REVUE DES ETUDES JUIVES 

duc Robert n'était pas de 100 livres, ni celle d'Agnès et d'Isabeau 
de 58 ; encore moins celles du duc et de la duchesse réunies de 
58 livres de rente. La donation de Robert était de 100 soudées de 
terre, la soudée étant un fonds qui rapporte un sou de rente; celle 
de « la royne d'Alemaigne », dont M. Clément-Janin ne parle pas, 
était de 60 soudées ; celle de la duchesse Agnès était de 50 livres, 
destinées à acheter 4 livrées de terre, la livrée rapportant une livre 
de rente. 

« La royne d'Alemaigne » est Elisabeth, ou Isabeau, aussi dite 
Agnès 1 . Gourtépée se trompe, quand il dit qu'elle était fille de 
Robert II et d'Agnès; car elle était fille de Hugues IV, duc de 
Bourgogne, et de Béatrix de Champagne. Elle fut la deuxième 
femme de l'empereur Rodolphe I er et mourut en 1313. Eudes IV, 
dans l'acte publié ci-dessous, l'appelle « nostre chiére tante ». Si 
donc, comme le prétend Gourtépée, elle avait été la fille de Ro- 
bert II et d'Agnès, père et mère d'Eudes, elle aurait été sa sœur 
et non sa tante. La duchesse Agnès, dont il est ici question, était 
fille de saint Louis ; elle mourut en 1317. Son mari, Robert II, 
fut duc de Bourgogne de 1272 à 1305. Le donateur du cimetière 
des Juifs, Eudes IV, succéda comme duc de Bourgogne, en 1315, à 
son frère Hugues V ; il épousa, en 1318, la princesse Jeanne, fille 
de Philippe le Long, hérita par la mort de son frère Louis des 
principautés de Morée et d'Achaïe et du royaume de Thessaloni- 
que qu'il vendit, en 1321, à Philippe, prince de Tarente, puis, par 
la mort de sa belle-mère, Jeanne, reine de France, en 1330, des 
comtés de Bourgogne et d'Artois, dont il porte le titre dans la 
pièce qui suit. Il mourut en 1350. 

L'abbaye de la Bussière, de l'ordre de Gîteaux, de l'ancien dio- 
cèse d'Autun, fut fondée en 1131 par Garnier de Sombernon. Elle 
fait partie du canton de Pouilly, arrondissement de Beaune. 

L'église Saint-Pierre, près de laquelle était le cimetière des 
Juifs, a été détruite; elle était bâtie à peu près à l'intersection de 
la rue et la place Saint-Pierre actuelles. 

Le prieuré du Val-des-Choux, d'où est datée la donation, fut 
fondé vers 1193 par Eudes III, duc de Bourgogne. Il est situé sur 
le territoire de la commune de Villiers-le-Duc, arrondissement et 
canton de Châtillon-sur-Seine. Enfin l'intéressant document ci- 
dessous publié provient de la collection Joursanvault-Laubespin, 
liasse portée au catalogue sous le n° 2240. 

Ulysse Robert. 

1 L'art de vérifier les dates, éd. in-8°, t. VII, p. 35. 



NOTKS ET MKLANGKS 125 



APPENDICE A L'ARTICLE PRÉCÉDENT. 

In nomine Domini amen. Anno incarnationis ejusdem mill[es]imo 
trecentesimo primo, mense februario, ego Johannes Rateti de Belna, 
notarius curie domini ducis Burgundie apud Dyvionem, notum facio 
universis quod ego tenui, diligenter inspexi et de verbo ad verbum 
legi quasdam litteras sanas et intégras, non eancellatas, nom [sic) 
abolitas. nec in aliqua parte sua viciatas, sigillo illustrissimi prin- 
cipi [sic) domini Odonis, ducis Burgundie, comitis Atrabatensis, 
Burgundie comitis palatini et domini de Salinis. prout prima facie 
apparebat, forman [sic) que sequitur continens : Nous Eudes, dux de 
Borgoingne, contes dArtois et de Borgoingne palazins et sires do 
Salins, faceons savoir a touz que comme nostres très chiers sires et 
pères, li dux Robers, cuy Deux pardoint, haust laissié an son testa- 
mant a religieuse persone l'abbé et le covant de la Boixière cent 
soudées de terre par faire son anniversaire chascun an an lour église 
lou jour de son obit, item ma dame la royne d' A lemeigne, nostre 
chiére tante, soixante soudées de terre par faire auxi son anniver- 
saire chascun an an lour dicte église, item nostre chiére dame et 
mère, ma dame la duchesse Agnès, cuy Deux pardoint, cinquante 
livres par acheter quatre livrées de terre par faire auxi son anniver- 
saire chascun an an lor dicte église, nos qui volons ahumplir lor 
darriére velontey, assignons et essoyons es diz religieux, a lour suc- 
cessours et a lour église les lais desuis diz par faire les diz anniver- 
saires sus une partie dou cimetière des Juiz de Dyjom, selonc ce 
qu'il est soigniez ou dit cimetére ; c'est a savoir que li diz religieux 
a lour église auront dou dit cimetére par devers lour maison dois la 
darrenére coloinete de la maisenote ou l'on soloit ansevelir les Juiz, 
par devers Saint Père jusques es muirs de la ville, ainsinc comme 
li soins sont mis tuichant a l'ierre qui est ou dit muir. Et est nostre 
li antrée toute de la parte jusques es soins qui sunt mis au leu de 
bournes et sunt li muirs qui sont antre le dit cimitére a lour dicte 
maison es diz religieux et a lour église par faire lour volontey. Les 
quelx chosses dessuis dictes nous par nos et par les nostres amor- 
tissons deis jay es diz religieux et a lour église par lour et par lour 
successours et yces chosses lour délivrons par maintenant par faire 
toute lour volontey. Ou tesmoins de ce nous havons fait mettre nostre 
seaul an ses présentes lettres faites et donées au Vaul des Choux le 
huitayme jour dous mois de février l'an de grâce mil CCC trante et 
hun. In cujus visionis mee testimonium sigillum dicte curie huic 
presenti transcripto habita ad suum originale collatio diligenti duxi 
salvo jure cujus libet apponendum. Datum anno et mense predictis, 
presentibus Girardeto scisore et Renaudino pellipario testibus ad 
hoc vocatis et rogatis. 



126 REVtJE DES ÉTUDES JUIVES 

LE NOBLE ET LE JUIF PRÊTEURS D'ARGENT 

DIFFÉRENCE DU TAUX DE L'INTÉRÊT 



Dans des papiers de famille nous avons trouvé toute une liasse, 
concernant un procès qui s'est poursuivi devant toutes les juridic- 
tions possibles, entre les comtes de Linange Hardenbourg et d' Axe- 
bourg et les membres de notre famille, descendants d'Alexandre 
Cahen, Juif de Metz. Tous les quinze ou vingt ans, un membre 
de la noble famille réclamait à la famille juive la main-levée 
d'un contrat de rente, déléguée à cette dernière par le comte de 
Hardenbourg, en 1683, et chaque fois, toutes preuves bien établies, 
tous calculs exactement faits, la famille noble était déboutée de sa 
demande, soit par les tribunaux et le parlement, soit par le conseil 
de finance des ducs de Lorraine, ou par le Conseil d'Etat du roi 
de France. 

De tout ce procès peu intéressant, nous ne voulons retenir que 
deux faits : origine de la créance du Juif, origine de la rente 
affectée au paiement. L'origine de la créance du Juif est un prêt 
fait par Alexandre Cahen, juif de Metz, à la famille de Linange 
dans des conditions assez curieuses, mais non point rares à cette 
époque. De ce prêt qui s'élevait à 4,500 écus de trois livres, soit 
13,500 livres, il n'y avait que 2,400 écus qui devaient porter inté- 
rêt, le reste devait être remboursé dans le courant de deux années, 
sans intérêts. Pour garantir le paiement des intérêts, la famille de 
Linange donnait une délégation d'une rente possédée par elle sur 
les salines de Dieuze. La rente elle-même provenait d'un prêt fait, 
en 1536, par les comtes de Linange au duc Antoine de Lor- 
raine. Le seul fait que nous voulons faire ressortir c'est la diffé- 
rence du taux de ces deux prêts. Le Juif prêtait 4,500 écus dont 
2,400 seuls portaient intérêt à raison de 5 1/2 pour 100; tandis 
que les nobles comtes de Linange prêtaient à leur seigneur, leur 
ami peut-être, une somme de 10,000 florins à raison d'une rente 
perpétuelle de 1,500 florins soit 15 pour 100. Les deux pièces 
suivantes permettront à toute personne impartiale de résoudre la 
question suivante : du noble et du Juif, quel était l'usurier ? 

Ab. Cahen. 



NOTES ET MELANGES 127 



PIEGE N° 1 



26 Aoust 175$. 

A nos seigneurs les commissaires de son Altesse royale le Duc de 
Lorraine et de Bar, Grand Duc de Toscane. 

Supplient humblement Frédéric Magnus, comte de Linange Har- 
denbourg et Caroline née Rhingrave de Daune en qualité de cession- 
naire de CharJes-Louis comte de Linange Dabo chacun pour moitié. 

Disant que par Contrat du 8 décembre 1536, Remich et Enguelhard 
frères comtes de Linange Hardenbourg et d'Axbourg leurs auteurs, 
prêtèrent au ''Duc Antoine de Lorraine de glorieuse mémoire la 
somme de dix mille florins d'Empire affectée par la saline de Dieuze 
moyennant la somme de mille cinq cents florins seulement à prendre 
sur Icelle par forme d'interests annuelles. 

La comtesse Anne Julienne étant entrée par mariage en 1682 dans 
la famille des Rhingrave on lui laissa toucher les dits interests pour 
être employés à l'acquit de ce qui pouvoit être deub à Alexandre 
Cahen Juif de Metz, pour en après retourner et appartenir à la maison 
de Linange aussy bien que le capital. 

Les suppliants sont informés qu'Alexandre Cahen en vertu de Tas- 
signal a luy fait desdits interests, et ses héritiers après luy en ont 
touché considérablement et probablement au delà de ce qui étoit 
deub, sans que jusqu'icy ils en eussent compté et comme il importe 
aux suppliants qu'ils ne continuent pas davantage a percevoir ce qui 
reste d'arrérages des mêmes interests, ils sont obligés de recourir à 
votre autorité ; 

Ce considère Nos seigneurs il vous plaise permettre aux suppliants 
de faire saisir et arrester entre les mains du Payeur desdites rentes 
ce qui en reste deub d'arrérages pour seureté de ceux qui peuvent 
leur revenir, sans préjudice a se faire rendre compte des mêmes 
interests pour le passé et a se pourvoir pour l'avenir tant pour raison 
d'iceux que pour le sort principal ainsy qu'ils aviseront bon être et 
qu'au cas appartiendra le tout aux fins des dépens et sera justice 
signé Paxion ad ot et de Colson envoyé et Procureur fondé de mesdits 
sieur et dame. Permis de saisir aux risques périls et fortune des 
suppliants. Fait en notre bureau à Nancy le 26 aoust 1738. Signé : 
DuROtnvois, Protin Devuleaient et Baudouin. 

(Suit l'acte de saisi arrêt fait par Dominique Urlin huissier à 
Nancy le 28 août 1737). 



128 REVUE DES ETUDES JUIVES 



PIÈGE N° 2. 



Du 29 janvier 4705. 

Estât des quittances faictes par Alexandre Cahen, juif habitant de 
Metz des payements faicts par les admodiateurs de la terre d'Apre- 
mont a la descharge de M. le comte de Linange de Harttenbourg. 

(Suit un état de 37 payements faits du dernier août 1683 au 
18 avril 1703). 

Le contrat portant créance passé au profit d'Alexandre Cahen du 
6 aoust 1683 portant 4,500 escus à trois livres l'un de laquelle somme 
il n'y a que 2,400 escus qui porte rente a cinq et demy par cent 
faisant 132 Risdalles par an, ainsy les interests à compter du jour 
du contract jusques aujourd'huy vingt neuf janvier 1705 font vingt- 
un ans cinq mois et vingt-trois jours se montant a huict mille cinq 
cens cinq livres quinze sols suivant les quittances et reçeus rap- 
portés cy-devant que ledit Alexandre a reçeu 12,087 1. 11 s. 6 d. sur 
laquelle somme les interests estans déduits reste a la somme de 
trois mille cinq cent quatre vingt une livres seize sols six deniers 
venant a desduire sur la somme de deux mille cent risdalles qui ne 
porte point de rente reste à payer que 2,718 1. 3 s. 6 d. et deux mille 
quatre cents risdalles qui porte rente et quatre cents frans barrois 
pour les frais et despens faicts jusques aujourd'hui. Signé: J. Fran- 
çois Droche et Cahen Salomon. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

3 e TRIMESTRE 1881 . 



PlTn FVON '0 Recueil, par ordre alphabétique, de formules cabalistiques 
et religieuses, sortilèges, auspices, astrologie, recettes pour maladies et 
épidémies, énigmes, etc. ; par Abraham Hamni. Livourne, impr. Salomon 
Belforti, pet. in-4° de 6 -j- (3) + 87 flf. 

Histoires singulières arrivées àVadzon, en 1834, f. 23 ; oraison funèbre 
d'Abraham B. Atar prononcée par l'auteur à Mogador, f'° 29 ; autre oraison 
funèbre prononcée par l'auteur à Orla, f° 34; discussion religieuse de 
l'auteur avec un chrétien à Naples, f° 38 ; influence des astres et des 
constellations, f oS 49 à 62 ; angélologie, etc., sous le titre de ïYmO, f os 73 et 
suiv. ; propriétés des plantes, f os 75 et suiv. 

"Y'iO "H!3*l Les paroles lumineuses sur les problèmes difficiles du livre de 
Moïse au point de vue de la logique par E. Roller. La Genèse, tome I. 
Paris, chez l'auteur, in-8° de xxvm-80 p. 

M. Roller a l'ambition honorable de contribuer au progrès des sciences 
juives. Y a-t-il réussi avec ses publications antérieures (le déchiffrement de 
l'inscription d'Eschmunezer, la relation hébraïque du siège de Paris en 
1870), avec l'ouvrage qu'il nous donne aujourd'hui? Son commentaire sur 
la Genèse, nous le craignons fort, n'apprendra rien au lecteur, si ce n'est 
que M. R. manie très bien la langue hébraïque. 

Ù^IBIO "^"Hp" 'c Varias Lectiones in Mischnam et in Talmud babyloni- 
cum. . . auctore Raphaële Rabbinovicz. Pars XI, tract. Baba Bathra. Mu- 
nich, impr. E. Huber, in-8 u de 20 + 468 + 49 p. 

Dans l'introduction, l'auteur décrit un certain nombre de mss. du 
Talmud qu'il a examinés dans la bibliothèque Vaticane, à. Rome. A la fin 
du volume, se trouve reproduit, d'après une édition de Pesaro de 1490, un 
commentaire inédit sur le traité de Baba-Batra, à partir du f° 29, où 
s'arrête le commentaire de Raschi. C'est le commentaire de Rabbénu 
Gerschom dont il est question dans un des numéros du Tlfàbn D^D, que 
nous analysons plus loin. 

"-""■^r; The Massorah compiled from manuscripts, alphabetically and lexi- 
T. III. 9 



[30 REVUE DES ETUDES JUIVES 

cally arrangée! by Christian D. Ginsburg ; Vol. I, Aleph- Yod. Londres, 
sans libr., Vienne, impr. G. Brëg, 1880 ; in-f° de 758 p. à 2 colonnes. 

Nous espérons qu'un de nos collaborateurs fera la recension de cette 
importante et belle publication; nous nous bornons à l'annoncer. 

ÛÏT"DN V2$ '0 Notes sur le rituel des prières de Rosch-Haschana et de 
Kippour par Abraham Pontremoli. Smyrne, impr. Jacob Poli, in-8° de 
114 ff., plus, entête, 2 ff. non chiffrés. 

Nous croyons que l'auteur de cet ouvrage y a réuni des renseigne- 
ments utiles sur le texte des pièces des grandes fêtes de pénitence et sur 
les traditions qui s'y rattachent, et il nous semble que ce livre présente de 
l'intérêt. 

T^H^ ttJWB Commentaire sur Jérémie, par Rabbi Josef ben Siméon Kara, 
auteur français du xi° siècle, publié pour la première fois d'après deux 
manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris, par Léon Schlosberg. 
Paris, libr. A. Durlacher, in-8° de iv-58 p. 

La manière de Josef Kara est maintenant connue et il est superilu de 
chercher à la caractériser d'après la publication de M. Schlosberg. Peu à 
peu toute l'œuvre de Josef Kara se trouvera imprimée. Dans une seconde 
préface à cette édition du commentaire de Jérémie, M. Halberstam a 
donné la liste des ouvrages de Josef Kara qui ont été imprimés et celle 
des auteurs modernes qui se sont occupés de lui. M. Schlosberg a oublié 
de donner les numéros des mss. de Paris qu'il a reproduits. L'un d'eux est 
le n° 163, mais l'autre? Il ressort des notes placées au bas des pages 
qu'il les a comparés avec un manuscrit de Munich et un manuscrit appar- 
tenant à M. Kirchheim. A la fin du petit volume, M. Schl. donne la liste 
des auteurs cités par Jos. Kara. Ce sont : le Targum Jonathan (cité pres- 
que à chaque page), le Séder Olarn (cité au moins deux fois), R. Eliézer 
Ha-Kalir, Menahem b. Saruk, Dunasch, Menahem l'ancien, Menahem 
b. Helbo. Il y a, dans ce commentaire, quelques gloses françaises, p. ex. 
aux pages 11, 12, 15, 45, 46, 48. L'auteur se sert de la règle d'interprétation 
par renversement des lettres de l'alphabet 125"3 n"N (p. 35 et 54). Aux 
p. 12 et 30, il y a un curieux renseignement sur la forme du tofet à Jéru- 
salem (étroit en haut, large au fond). 

ÏTTinil 1Z5"I'"PD Commentarium quem in Pentateuchum composuit R. Samuel 
ben Meir, ad codicum fidem librorumque typis expressorum adjumento 
recensuit et annotatione perpétua illustravit D 1 * David Rosin. Breslau, libr. 
^.Schottlsender, in-8° de xliii-232 p. 

Nous avons déjà fait connaître (Revue, I, p. 130), un travail de M. Rosin 
sur le célèbre ù" 3115*1. L'édition du commentaire du Pentateuque de R. 
Samuel b. Méir est pour nous une publication importante. Cette édition est 
faite d'après le ms. 103 de la Bibliothèque du séminaire rabbinique de Bres- 
lau, le ms. 5 de la bibliothèque de Munich et divers autres (n oS 28, 50, 62, 
252) de la même bibliothèque, le ms. 40 de Hambourg et divers imprimés 
énumérés p. XL. Ce commentaire a déjà été imprimé à Berlin, en 1705, mais 
l'édition est mauvaise et M. Rosin a rendu un vrai service à la science 
juive en nous en donnant une nouvelle. Il a rempli les lacunes que présen- 
tait le manuscrit principal dont il s'est servi, soit au commencement (section 
Béreschit, Noah, Lekh Lekha), soit au milieu (Piuhas), ou à la fia (Be- 
rakha). Ces lacunes ont été remplies, de Genèse i, 31 à Genèse xvn, et à 
la fin du Deutéronome, au moyen de notes tirées de mss. et d'imprimés 
divers. Le double commentaire des sections Ethannan et Ekéb, qui se 
trouve dans le ms. de Breslau, a été judicieusement utilisé. Enfin, dans 
la préface, M. Rosin complète les renseignements biographiques qu'il a 
déjà donnés dans sa publication antérieure sur Raschbam. Une notice de la 



BIBLIOGRAPHIE 131 

Revue. 1, p. 230, <lans l'article de, M. Zadoc Kahn. sert à montrer que 
Raschbam était encore en vie en 1153, peut-être même en 1158, préface, 
p. xn. Remarquer aussi les renseignements sur sa fille Marona, d'après 
Magasin, de Berliner, VII, 183; sur le traité astronomique qu'il a écrit, 
ibid., p. 185; sur des discussions théologiques qu'il paraît avoir eues avec 
des chrétiens, préface, p. xi. La préface se termine par une liste des auteurs 
et ouvrages connus de Raschbam. D'après cette liste, Samuel ne connaissait, 
du Midrasch rabba, que le commentaire sur la Genèse; il ne paraît pas 
connaître le Talmud de Jérusalem. Entre autres midraschim cités par lui, il 
faut signaler la Chronique de Moïse "|^3") ÎTHÎfab D'HITS "H 3*7 'D 
(préface, p. xxr). Il ne nous paraît pas bien certain qu'il ait lu la Vul- 
gate latine dans le texte. — Nous nous bornons à ces indications puisées 
dans la préface de M. Rosin, un de nos collaborateurs les plus compé- 
tents nous donnera, dans le prochain numéro de la Revue, une étude plus 
complète sur cette édition. 

Andrée (Richard. Zur Volkskundc der Juden, mit einer Karte ùber die 
Verbreitung der Juden in Mitteleuropa. Bielcfcld el Leipzig, libr. Vel- 
hagen et Klasing, in-8° de viii-296 p. 

Ce livre, quoique écrit avec un parti-pris de malveillance, se distingue 
honorablement, au milieu des tristes produits de la littérature antisé- 
mitique, par les données scientifiques qu'il contient sur l'ethnographie 
juive et qui seraient précieuses si elles avaient été recueillies avec plus 
d'impartialité. L'auteur n'attache sans doute pas beaucoup d'importance 
au chapitre qu'il consacre à la caractéristique des Sémites et à leur histoire 
préhistorique. Dans le chapitre u, l'auteur s'efforce de prouver que le 
type juif s'est conservé partout, malgré la diversité des pays, des climats ; 
que les Juifs sont, en général, de taille plus petite que les Allemands, et 
qu'ils se distinguent par la longueur du nez. Il y aurait, d'après lui, deux 
types juifs bien distincts : le type des sephardim, avec nez fin, cheveux 
noirs ; le type des Juifs Polonais, gros nez et cheveux souvent crépus. 
Cette pureté dans laquelle s'est conservé le type juif vient de l'isolement 
(forcé) dans lequel se sont tenus les Juifs et qui serait la principale cause 
de l'aniraadversion qu'ils peuvent inspirer. La population juive s accroît 
plus rapidement que la population chrétienne, quoique souvent elle perde 
plus d'enfants en bas âge, parce que la longévité y est plus grande 
(ohap. îv). Les chapitres v à vin, consacrés aux Juifs de TAbyssinie 
. Falaschas), aux Juifs noirs du Malabar, aux Caraïtes (ch. v), à la langue, 
aux noms, aux usages religieux des Juifs, n'offrent rien de particulier ni de 
bien instructif. L'auteur admet que .la circoncision peut avoir de bons 
effets hygiéniques, il peut en être de même (l'auteur ne le dit pas) des 
règles relatives à l'abattage des bêtes et à la nourriture en général. Dans 
les pages consacrées aux occupations et vocations des Juifs, il est regret- 
table que M. Andrée n'ait pas tenu compte, pas plus qu'il ne l'a fait, du 
reste, dans tout son livre, de l'influence historique du moyen âge et des 
lois oppressives qui ont éloigné les Juifs de toutes les carrières. Ce qu'il 
dit (p. 192) du service militaire des Juifs est d'abord inexact, puis le 
résultat des mêmes lois d'exclusion. Les chapitres ix et x sont consacrés 
a une revue de la population juive et de la situation des Juifs dans tous 
les pays. L auteur a recueilli un grand nombre de documents instructifs, 
il a néanmoins commis beaucoup d'erreurs, parmi lesquelles la plus grande 
est d'avoir consulté de préférence (comme par exemple pour la Serbie et 
la Roumanie) des autorités fort contestables. Il est curieux aussi qu'il ne 
dise rien des Juifs de France et d'Italie. Les tableaux de statistique du 
chap. x sont très utiles. La population juive de la Turquie d'Europe 
(p. 292) est probablement supérieure à 71,000 âmes; à Constantinople, elle 
paraît être près de 40,000 âmes (non 22,000) ; elle n'est certainement pas de 
400,000 en Roumanie (p. 294), encore moins est-elle de 6,000 en Espagne 
p. 295) ; au Maroc elle est tout au plus de 100,000 âmes (non 200,000. p. 295). 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Berliner (D r A.). Personliche Beziehungen zwischen Christen und Juden 
im Mittelalter. Halberstadt, libr. H. Meyer, iu-8° de 29 p. Tirage à part 
de rillustrirler jùdiscner Familien-Kaleuder de 1882. 

Quelques notices, sous forme populaire, sur les relations des Juifs avec 
les chrétieus au moyen âge et principalement les relations des savants 
juifs et chrétiens, par exemple Sabbataï Donnolo, Samuel ha Nagid, 
Maçliah al Bazak, Frédéric II, Robert d'Anjou, le Dante, Reuchlin, 
Buxtorf, David Gans et Tycho Brahé, Chr. Th. Unger, Lessing et Men- 
delssohn. Que de choses intéressantes on pourrait dire sur ce sujet, après 
toutes celles que M. B. a recueillies, et principalement sur les relations des 
classes populaires ! Qu'on se rappelle le peuple de Paris désolé de lu 
mort du Juif Priscus, traîtreusement assassiné ; le peuple de Lyon cou- 
rant aux homélies des rabbins, les innombrables canons des conciles 
défendant aux chrétiens de prendre part aux fêtes juives, les Juifs du 
Comtat Venaissin servant d'agents matrimoniaux entre chrétiens, etc. 
Nous ne signalerons pas les lacunes du travail de M. B., elles sont voulues. 
Nous aurions été néanmoins heureux de trouver dans cette étude les noms 
de Léon de Modène, de Georges de Seives, ambassadeur de France à 
Venise sous François I er , et surtout celui de Menasse b. Israël, qui a eu 
de si vastes relations avec les savants chrétiens. 

Bruston (Charles). Histoire critique de la littérature prophétique des Hé- 
breux depuis les origines jusqu'à la mort d'Isaïe. Paris, libr. Fischbacher 
et libr. Maisonneuve, in-8° de vn-272 p. 

Nous parlerons de cet ouvrage dans un prochain numéro. L'auteur a 
publié antérieurement : 1° Les Psaumes traduits de l'hébreu (1865) ; 2° Du 
texte primitif des Psaumes, explication des passages les plus obscurs de ce 
livre (1873) ; 3° L 1 inscription de Dibon ; 4° Les inscriptions assyriennes et 
l'A. T. (1875) ; 5° L'idée de V immortalité de l'âme chez les Phéniciens et 
chez les Hébreux (1878) ; 6° Le chiffre 666 et l'hypothèse du retour de 
Néron (1880). 

Cassel (Paulus). Vom Nil zum Ganges, Wanderungen in die orientalische 
Welt. Berlin, libr. A. Hofmann, 1880 ; in -8° de vi-372 p. 

Ce joli volume est une tentative de mettre à la portée du grand public, 
comme l'ont fait Ebers et Freytag, un certain nombre d'idées et de 
recherches savantes sur l'Orient. La promenade de M. Cassel « du Nil au 
Gange » nous intéresse à plus d'un titre. Le guide possède une science 
très sûre, il a des vues générales très élevées sur le développement des 
peuples orientaux, et, si aucun des chapitres de son livre n'est spéciale- 
ment consacré au judaïsme, il n'y en a presque aucun où le judaïsme 
soit entièrement absent. Nous le trouvons, à titre d'épisode, dans les cha- 
pitres consacrés à Palmyre et à Zénobie, à l'empereur Elagabal, à Antioche 
et à Antiochus, aux croisades, aux califes de Damas et de Cordoue, à 
Saladin et au Nathan-le-sage de Lessing. M. C. consacre tout un chapitre 
à démontrer que le vrai Saladin n'était pas du tout le roi philanthrope et 
philosophe qu'en fait Lessing, et que, s'il avait quelques-uns des sentiments 
chevaleresques de l'époque, il était resté néanmoins un Arabe fanatique, 
rusé et cruel. A vrai dire, on s'en doutait un peu, et nous nous demandons 
qui a jamais pu prendre le Saladin de Lessing pour un personnage vérita- 
blement historique. Certains passages du livre de M. C. (sur la relation 
talmudique de la mort du mari de Zénobie, sur l'identification d'Ela- 
gabal avec l'Antonin des talmudistes, qui fut l'ami de Juda-le-saint), 
peuvent être sujets à caution. En somme, le livre est des plus instructifs. 
Elagabal et sa tentative d'importer son culte à Rome sont parfaitement 
bien expliqués ; certains côtés obscurs du caractère d'Antiochus Epiphane 
sont également éclairés. Au sujet de Chypre, M. Cassel remarque que ce 
fut un Juif (Joseph Naci) qui la fit passer sous la domination turque, un 



BIBLIOGRAPIIIK 11: 1 . 

Juif qui la rendit au christianisme. « Un Benjamin, appelé à accomplir de 
grandes choses sous la bannière de la croix, a voulu réparer le mal qu'a- 
vait fait un Joseph à l'aide d'intrigues de harem. » Dans les chapitres con- 
sacrés à l'explication des pyramides, des obélisques et des sphynx égyp- 
tiens, il y a des vues curieuses, mais sur la valeur desquelles nous ne nous 
permettons pas d'avoir une opinion. 

FSRNANDEZ y Gonzalez (D r D. Francisco). Instituciones juridicas del 
pueblo de Israël en los diferentès estados de la peninsula iberica desde 
su dispersion en tempio del emperador Adriano hasta los principes del 
siglo \v!. Tomo 1, Introduccion kistorico-critica. Madrid, impr. de la Re- 
vista de legislacion, in-8° de xv-341 p. ; 10 e vol. delà Biblioteca juridica 
de autores espanoles. 

Cet ouvrage contient un exposé général de la législation qui a régi les 
Juifs d'Espagne et de Portugal depuis leur établissement dans la pénin- 
sule jusqu'à leur expulsion. Il contribuera certainement à mieux faire 
connaître l'histoire des Juifs dans ces contrées. L'introduction forme un 
discours continu, sans divisions ni points de repère. L'auteur suit rigoureu- 
sement l'ordre chronologique des faits, ce qui ne laisse pas de produire une 
certaine confusion dans l'esprit du lecteur. Nous sommes persuadé que les 
volumes suivants apporteront plus de clarté dans cette matière déjà si aride. 
M. F. y G- annonce, pour la suite de son ouvrage, 3 volumes, le 1 Cr con- 
tiendra les lois générales et le droit international; le second, les prescrip- 
tions d'ordre administratif et de droit commercial et pénal ; le troisième, les 
prescriptions de droit civil relatives aux mariages, à la famille, aux suc- 
cessions, aux obligations et contrats. Dans ce premier volume, nous 
aurions voulu que les pages consacrées à l'étude de la législation des 
rois visigoths fissent une distinction plus nette entre les Juifs baptisés et 
les Juifs restés purs. Cette distinction est nécessaire et M. Fidel Fita, le 
savant compatriote de M. F. y G., a vu plus nettement le sens de cette 
législation visigothe, qui s'applique seulement aux Juifs baptisés. Nous 
aurions aussi conseillé à M. F. y G. de laisser de côté tout ce qui est 
étranger à son sujet et principalement ses considérations et renseignements 
sur les rabbins et la littérature juive. Mais ce sont là des détuils sans 
grande importance et qui ne nuisent pas à l'intérêt du livre. Nous 
sommes heureux de voir que les idées que nous avons exposées ici même 
sur la prétendue usure des Juifs au moyen âge sont confirmées par l'au- 
teur (p. 78). Qu'il nous permette de le féliciter de son savant travail et 
d'exprimer le vœu que les volumes suivants paraîtront bientôt. 

Flùgel (M.). Die mosaische Diât und Hygiène vom physiologischen nnd 
ethischen Standpunkte und deren Résultat auf Kôrper und Geist. Vortrag 
gehalten am 27. mai 1881. . . Cincinnati, impr. Bloch, in-8° de 23 p. 
Exposition populaire delà diétique et de l'hygiène juives. 

Gùnzburg (David de). Monsieur Bickell et la métrique hébraïque ; Ré- 
ponse au R. P. Bouvy des Augustins de l'Assomption. Paris, libr. Mai- 
sonneuve, in-8° de 23 p. 

Polémique à propos d'un article publié par M. de Giïnzbourg dans la 
Revue critique sur un ouvrage de M. Bickell et d'une réponse à cet article 
publiée par le P. L'ouvy dans le n° 4 des Lettres chrétiennes, nov.-déc. 
1880. Nous ne pouvons parler du fond du débat, la brochure de M. de G. 
est la seule pièce du procès que nous ayons. Nous croyons seulement 
remarquer que M de G. est obligé de répondre à des personnalités fâ- 
cheuses, et que son adversaire l'a confondu avec M. Ginsburg, dont nous 
indiquons plus haut l'ouvrage sur la Massora. 

IIaupt (Paul). Der keilinschriftliche Smtflutkbeiïekt, eine Episode des 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

babylonisches Nimrodepos, . . . mit dcm autographirten Keilschrifttext 
des babylon. Sintfluthfragments. Leipzig, libr. Hinrichs, in-8° de vi- 
30 p. 

A la p. 18, l'auteur compare le récit babylonien du déluge avec le récit 
de la Bible. Celui-ci est monothéiste, l'autre polythéiste ; Varche de la 
Bible est, dans le document cunéiforme, un vrai vaisseau ; dans ce docu- 
ment, à côté de la colombe et du corbeau, figure aussi l'hirondelle, et le dé- 
luge ne dure en tout que 14 jours. L'auteur, se fondant sur ce que Noé (à 
part la Genèse) est mentionné pour la première fois dans Ezéchiel, conclut 
que le récit de la Bible a été rédigé lors de l'exil de Babylone. 

Immanuel b. Salomo Romano. Comcnto sopra il volume di Rut '13 
m") nV^TS trascritto e pubblicato da Pietro Perreau, secondo il codicc 
ebreo-rabbinico derossiano u° 015. Parme, autographié à 60 exempl., 
44 p. papier écolier. 

Sur le caractère de cette publication, voir Revue, tome II, p. 142. M. le 
chevalier P. Perreau acquiert tous les jours, par ses travaux, de nouveaux 
titres à notre reconnaissance. 

Immanuel b. Salomo Romano. Comento sopra. i Salmi inedito ed uuico 
trascritto e publicato da Pietro Perreau. Fasc. XXV et XXVI. Parme, 
autograpbié par l'éditeur à 60 exempl. 
Voir Revue, tome II, p. 142. 

Joseph ha-Cohen. Les chroniques juives. I.fcCan pfay La Vallée des 
pleurs, Chronique des souffrances d'Israël depuis sa dispersion jusqu'à 
nos jours par maître Joseph ha-Cohen, médecin d'Avignon, 1575, pu- 
blié pour la première fois en français avec notes et textes historiques par 
Julien Sée. Paris, chez le traducteur ; Colmar, impr. Jung, in-8° de lxii- 
262 p., sur beau papier teinté, titre rouge et noir ; très belle exécution 
typographique. 

Comme le dit le traducteur dans sa préface, cette publication, faite 
d'après la traduction allemande de Wiener, n'a point de prétention scien- 
tifique. Elle est « un acte de piété envers les ancêtres martyrs », et, 
pour ceux qui la liront, « une sorte de pèlerinage mental sur leurs tombes ». 
L'introduction résume à grands traits et avec beaucoup de force les princi- 
pales souffrances des Juifs au moyen âge. Dans les notes (p. 221 à 255) on 
trouvera plus d'une citation intéressante. On remarquera {p. 229) la note 
relative à la p. 62, et qui montre comment Joseph ha-Cohen, traduisant les 
Consolations de Samuel Usque, a confondu tocha, torche, avec tocra, toque, 
et traduit le mot par nD3ï£)2 , bonnet. 

Kœmg (D r Fried. Eduard). Historisch kritisches Lehrgebàude der hebr. 
Sprache mit steter Beziehung auf Qimhi und die anderen Auctoritâten ; 
erste Ilàlfte : Lehre von der Schiïft, der Aussprache, dem Pronomen und 
dem Verbum. Leipzig, libr. J. C. Hinrichs, in-8° de x-710 p. 

Nous parlerons de cette grammaire hébraïque dans un prochain numéro. 

Kopallik (Joseph). Cyrillus von Alexandrien, eine Biographie nach den 
Quellen gearbeitet. Mayence, libr. Fr. Kirchheim, in-8° de viii-375 p. 

Cyrille fut nommé évoque d'Alexandrie en 412. Dans cette ville où les 
Juifs occupaient une si grande place, il était difficile qu'il n'y eût point de 
luttes entre eux et les chrétiens. Sur celles qui se produisirent sous le pon- 
tificat de Cyrille, nous n'avons que les renseignements d'un chroniqueur 
chrétien (Socrate), qui met naturellement tous les torts du côté des Juifs. 
M. Kop. suit la relation de Socrate, on fera bien de comparer avec son 



BIBLIOGRAPHIE 138 

récit celui qui se trouve dans l'Histoire de Graetz. Parmi les ouvrages de 

("vrille, nous signalons sa polémique contre Julien L'Apostat (p. 3l2-327\ 
en dix livres, et ses commentaires bibliques (Adoration et Prière en esprit 
et en vérité, rempli d'allégories qu'il faudrait comparer avec celles de 
Philon et du midrasch ; Glaphyre, sur le Pentateuque, allégorique égale- 
ment ; Commentaires sur Isaïe, les Douze prophètes). Dans ses homélies, 
Cyrille s'occupe constamment des Juifs et de leur obstination à repousser 
la nouvelle religion (N os 1, A, 6, 10, 25, des p. 352 à 357 ; n os 1, 2, des 



Quellen. Vienne, 1880. Tirage à part des Sitzungsberickle der phil. hist. 
Classe der kais. Akademie der Wissenschaften, fasc. de janvier 1880. 

L'infatigable auteur, qui, par ses grands ouvrages sur les idées ré- 
gnantes dans l'Islam et l'histoire de la civilisation dans l'Islam, s'est placé 
au premier rang de nos arabisants et est le continuateur le plus heureux 
de l'école de Sacy, a donné, en s'appuyant sur un traité de Sujûti (l492) 
et sur d'autres renseignements recueillis chez les différents auteurs arabes, 
une revue générale des épidémies qui ont désolé l'Orient. Cette étude 
contient aussi divers détails concernant les Juifs ou le judaïsme. Pendant 
la peste de Constantinople de Tannée 1751, les cas de mort se produisirent 
surtout chez les Grecs, Arméniens et Juifs, moins chez les Turcs. Ce fait, 
pour les Juifs, est expliqué par cette circonstance que les Juifs se distin- 
gueraient par la malpropreté'* et auraient demeuré dans des rues étroites où 
la malpropreté règne facilement (p. 21, d'après Dale Ingram, An historical 
account of the several plagues, Londres, 1755, p. 170). Mais les Grecs et 
les Arméniens ? L'auteur laconte, d'après Ibn Batûta, la procession qui 
eut lieu à Damas en 1348, à cause de la peste noire, et où figurèrent égale- 
ment les Juifs avec leur Bible [Thora] en tête (p. 3l). Après des observa- 
tions très remarquables sur l'analogie des effets de la peste, au point de 
vue religieux, sur les mahométans et les chrétiens, M. v. Kr. dit : « En 
un point l'Europe du moyen âge est inférieure à l'Orient, à savoir dans 
les persécutions contre les Juifs qui suivirent l'arrivée des grandes épidé- 
mies dans les grandes villes européennes. Ces excès commis à l'occasion 
de la peste sont restés inconnus à l'Orient » (p. 39). Nous pouvons aussi 
reproduire ici le vers de Fabricius (Annales urbis Misense ; iiid. , n° 2) : 
Pestis regnavit, plebis quoque millia stravit, 
Concremuit tellus, populusque crematur Hebrams. 

Sur la peste d'Emmaùs (638-9 e. chr.) et les ravages qu'elle fit dans 
l'armée des Arabes conquérant la Syrie, l'auteur donne des renseignements 
détaillés (p. 4l). Dans le I er siècle de l'hégire, il y eut en Syrie sept épi- 
démies (p. 44) ; dans le n e siècle, trois (p. 49) ; dans le in e et le iv e siècle 
le pays en paraît délivré (p. 52, 54). Aux p. 53, 60, 61 et 65, on trouve de 
tiès précieux renseignements sur les tremblements de terre qui détrui- 
sirent des villes de la Palestine. « A Tell-Harràn, la montagne sur la- 
quelle se trouve la ville se fendit, et on aperçut à l'intérieur des temples 
et d'anciennes constructions ». La peste noire n'aurait pas duré plus d'un an 
en Orient, tandis qu'elle se prolongea pendant des années en Europe. Elle 
se déclara aussi à Acco et à Jérusalem, comme le dit Ibn Wardy, le con- 
tinuateur d'Abulféda, dans une makame faite sur cette épidémie et où 
l'auteur arabe trouve quelquefois le trait humoristique. Disons en passant 
que, par suite du renchérissement des denrées amené par ces épidé- 
mies, il arrivait quelquefois qu'on mangeait de la chair humaine (p. 47 
et 48; et même des cadavres (p. 64). L'ouvrage de M. v. Kr. va jusqu'à 
1492, mais l'auteur dit lui-même qu'il serait fort à désirer que son travail 
fût continué. La réunion des renseignements que peut fournir la littérature 
juive sur les épidémies d'Europe et de l'Orient serait un complément utile 
de l'ouvrage que nou< analysons. — David Kattfmann. 



136 KKVUE DES ETUDES JUIVES 

Mannheimer (M.). Das Gebetbucli und der Religionsunterricht , zwei 
hochwicbtigc Fragen im jetzigen Judenthume. bistorisch-kritisch be- 
leuchtet. Darmstadt, impr. G. Otto, in-8° de (4)-133 p. 

Cet ouvrage est une explication populaire du Rituel des prières juives 
et un programme d'éducation religieuse et morale selon la religion juive. 
Les idées de l'auteur s'appuient sur les recherches scientifiques de notre 
époque. 

Mossé, rabbiii d'Avignon, rédacteur de la Famille de Jacob. Histoire des 
femmes de l'antiquité judaïque. Avignon, impr. édit. Séguin frères,. in-8° 
de 332 p. 

Cet ouvrage est destiné aux écoles israélites, où il peut servir de livre 
de lecture et de morale. Il se recommande, pour cet objet, aux administra- 
tions israélites. 

Neumann (Eduard). A mubammedan Jozsef-mouda eredete es Fejlôdése. 
Budapest, 1881, in-8° de viii-132 p. 

Ce livre est, sans doute, le premier produit de littérature judéo- 
hongroise qui soit imprimé aux frais du gouvernement. La traduction du 
titre est : Origine et développement de la légende mahométane de Joseph. 
Après une courte introduction sur les sources de la légende et quelques 
indications sur la manière dont elle a été traitée dans les différentes littéra- 
tures, l'auteur expose, en onze chapitres, la légende de Joseph telle qu'elle 
s'est formée chez les Arabes. Déjà la douzième Sura du Coran contient sur 
Joseph des récits qui ont fait dire à Simon Duran que le Coran renferme des 
mensonges (pfa* ni25p, f° 17 ^) ; les historiens, poètes et commentateurs, 
ont ensuite donné à l'histoire de Joseph une forme telle que le récit de la 
Bible n'apparaît plus que comme un tronc caché derrière un feuillage 
touffu. La légende a pris de si vastes développements qu'elle a fourni la 
matière de livres entiers, comme celui d'Abu Ali Omar b. Ibrahim al-Ausi. 
Ce livre, qui a déjà été signalé par Goldziher dans son Mythus et ailleurs, 
a été pris par M. Neumaun pour base de son exposition, et accompagné de 
toutes les variantes qui se trouvent chez d'autres écrivains. M. N. indique, 
dans les notes, les passages du Talmud et du Midrasch où la légende 
arabe a puisé ou qui offrent des analogies avec cette légende. En général, 
tout le matériel de la légende a été recueilli avec beaucoup de soin par 
M. N. ; par exemple le Testament des douze patriarches, qu'il a consulté 
avec fruit. La langue de l'auteur est coulante et a de l'attrait, son livre 
est, comme il le voulait, un livre qui peut être lu de tous. Dans les notes, 
malheureusement mal corrigées, il indique les auteurs arabes, juifs et 
autres auxquels il renvoie, et les ouvrages qu'il a consultés Certains points 
auraient mérité un examen plus détaillé, par exemple la connaissance des 
langues par Joseph, dont Goldziher a parlé d'après les sources juives dans 
le Journal asiatique allemand (XXVI, p. 768 et suiv.).Dans divers passages 
du livre de M. N., on reconnaît parfaitement les résultats scientifiques de 
son étude, comme par exemple la preuve qu'il donne de l'influence arabe 
subie par le Séfer ha-jaschar ; ailleurs, la méthode d'exposition populaire 
adoptée par l'auteur l'a empêché d'indiquer ce résultat, et nous attendons 
de lui qu'il comble cette lacune. Il faut nommer et désigner avec précision 
les sources auxquelles ont puisé Mahomet et ses commentateurs, et indi- 
quer le chemin qu'ont suivi les légendes juives pour pénétrer dans l'Islam. 
C'est alors seulement que ce travail aura contribué au progrès des études 
inaugurées par Geiger, Gastfreund, etc. L'étude de ce sujet limité, que 
M. N. connaît parfaitement, comme son travail le prouve, montrera plus 
clairement et avec plus d'évidence ce que d'autres savants ont cherché à 
prouver d'une manière générale et un peu vague. Pour plus d'un trait de 
la légende il reste encore à trouver la source ou l'origine, comme le 
montrent les deux Appendices où M. N. a réimprimé des extraits d'un 



BIBLIOGRAPHIE 137 

drame de Joseph en judeo-allem.md qui se trouve dans Schudt et un mor- 
ceau du commentaire biblique de Josef Kimhi que M. Ad. Neubauer nous 
a fait connaître. — David Kaufmann. 

Perreau (Pietro). Intorno agli atti dcl IV Congresso interuazionale degli 
orientalisti tenuto in firenze mi settembre 1878 (Vol. I). Corfou, impr, 
G. Nacamulli, in-8° de 62 p. 

Nous avons déjà rendu compte de cet intéressant travail dans nos ana- 
lyses du journal le Mosé, où il a paru d'abord. 

Salvador (colonel Gabriel). J. Salvador, sa vie et ses œuvres. Paris, libr. 
Calmarm Lévy, iu-18 de 531) p. 

L'ouvrage de M. le colonel Salvador sur son illustre parent était attendu 
par nous, il n'y a pas d'exagération à le dire, avec une grande impatience. 
Aucun écrivain juif de notre époque n'a fait une aussi vive impression que 
J. Salvador sur ses contemporains chrétiens ni creusé plus profondément 
les questions religieuses. Sans grande érudition et sans aucun de ces agré- 
ments de style nécessaires, en France, au succès des meilleurs ouvrages, 
J. Salvador a obtenu l'attention et le respect du public par l'originalité et 
la hardiesse des idées, la nouveauté de sa méthode. A certains égards, il 
a été un initiateur et a devancé, dans la critique religieuse, la science 
allemande. Nous n'entrerons dans aucun détail à ce sujet, l'œuvre de Sal- 
vador sera dignement appréciée par un de nos collaborateurs dans une 
autre publication de la Société des Etudes juives. Nous nous bornons à 
donner ici quelques indications de détail qui feront connaître l'intérêt que 
présente le livre de M. le colonel Salvador. Les ouvrages de J. Salvador 
sont : Loi de Moïse ou Système religieux et politique des Hébreux, Paris, 
1822 ; Histoire des institutions de Moïse et du peuple hébreu, Paris, 1828 ; 
3 e édition, 1862 ; Jésus-Christ et sa doctrine, Paris, 1838 ; Histoire de la 
domination romaine en Judée, Paris, 1847; Paris, Rome et Jérusalem, Paris, 
1859. Il y a aussi de lui une brochure intitulée : De queues faits relatifs 
au système historique des Evangiles, Paris, 1839. Déjà son premier ouvrage 
fit sensation. Le Constitutionnel s'en occupa (20 février 1823) ; la Quoti- 
dienne également (p. 18); une curieuse lettre de M. de Catellan (p. 21) 
montre la forte impression que fit cet écrit sur le monde chrétien. Ce fut 
bien autre chose lorsque parut l'Histoire des institutions de Moïse. L'opi- 
nion publique s'en occupa avec passion. (Ami de la religion, Gazette des 
Tribunaux, Gazette de France, Globe, Journal des Débats). Le célèbre juris- 
consulte Dupin écrivit une série d'articles pour réfuter les chapitres rela- 
tifs à la mort de Jésus (articles publiés en brochure sous le titre de Jésus 
devant Caïphe et Pilate et réédités par l'auteur en 1863), l'évêque de Char- 
tres, dans une Instruction pastorale du 2 février 1829, lança ses foudres contre 
« cet adversaire de l'homme-Dieu • ; Salvador se trouve même dénoncé dans 
un catéchisme qui est sans doute de cette époque (p. 47) comme un blas- 
phémateur et un sacrilège. Cette polémique passionnée fut réveillée dix ans 
plus tard, lorsque parut Jésus-Christ et sa doctrine. La Gazette de France 
se signala spécialement par l'ardeur qu'elle y mit (la série de ses articles 
fut publiée par elle en brochure) et M. le colonel Salvador nous donne trois 
lettres intéressantes (p. 81, 85 et 91 ) écrites à cette époque par J. Salvador 
à ce journal. On remarquera aussi les beaux extraits de l'article de 
M. de Sacy dans le Journal des Débats du 25 octobre 1838 (p. 107 et suiv.), la 
lettre de M. Guizot à l'auteur (p. 122), la citation de M. Renan, dans ses 
Etudes critiques d'Histoire religieuse (p. 124), celle de l 1 'Examen critique des 
doctrines de Gibbon, du docteur Strauss et de M. Salvador par M. S- Guil- 
lon, évêque du Maroc, Paris, 1840 (p. 156), de M. Vacherot (p. 163), etc. 
Nous renvoyons au livre que nous analysons pour l'histoire du troisième 
grand ouvrage de J. Salvador, et pour l'analyse fort intéressante de 1 hé- 
braïsme et du christianisme, par Lerminier, professeur au collège de France, 



138 REVUE DBS BTUDBfi JUIVES 

(Paris, décembre 1846). Paris, Rome et Jérusalem est le couronnement de 
l'œuvre de Salvador. L'auteur y reprend la vieille tradition prophétique, il 
est prophète à son tour, prophète inspiré et voyant. Cette œuvre de haute 
philosophie religieuse et sociale a rencontré chez tous les critiques une 
appréciation respectueuse (voir, entre autres, celle d'Elias Regnault), 
p. 291). Le livre du colonel Salvador donne des détails sur la réimpression 
de quelques-unes des œuvres de J. Salvador. Il se termine pur un certain 
nombre de renseignements biographiques, trop rares, à notre gré. J. Sal- 
vador est né à Montpellier, et ses- ancêtres étaient des Juifs espagnols 
(p. 23); sa mère, Elisabeth Vincens, était d'origine catholique. Il eut un 
frère, Benjamin, allié plus tard à une famille huguenote, et une sœur, 
Sophie, mariée à un avocat. Il suivit les cours de la Faculté de médecine 
de Montpellier et fit sa thèse à l'âge de 20 ans, en 1816. Puis il se rendit à 
Paris et y vécut jusqu'en 1866. En 1830, il refusa une fonction publique qui 
lui fut offerte (p. 70). Il alla ensuite demeurer à Versailles, où il vécut 
jusqu'à la guerre de 1870. Nous avons encore des lettres de lui écrites à 
son éditeur Michel Lévy en 1872 (p. 472 à 482). Il mourut à Versailles le 
17 mars 1873, à l'âge de 77 ans (p. 482). Le volume de M. le colonel Salva- 
dor contient, en appendice, des fragments de correspondance de Joseph 
Salvador. Ce n'est pas la partie la moins intéressante de l'ouvrage. Ses 
lettres ont une grâce qu'on ne retrouve guère dans ses ouvrages. Parmi ses 
correspondants nous remarquons le marquis de Catellan, de Toulouse, 
Guizot, Silvestre de Sacy, l'évêque du Maroc, le maréchal Soult, et divers 
membres de sa famille, Gabriel (l'auteur de notre volume, son neveu?) 
Casimir, André Salvador, René Salvador, Elisabeth. On lira surtout avec 
un vif intérêt ses lettres si dignes et si honorables à M. le comte de Monta- 
lembert (p. 509 et suiv.), en réponse à une lettre de celui-ci qui, sous la 
politesse des formes, montre pour l'œuvre de l'auteur une antipathie assez 
forte. Nous ne voudrions pas terminer ce long article sans citer l'étude de 
M. Ad. Franck sur Salvador, dans son livre Philosophie et Religion. La 
famille de Salvador a offert au musée de Montpellier le portrait en médail- 
lon de Joseph Salvador, fait par Adam Salomon. M. le colonel Salvador 
aurait bien dû nous donner une reproduction de ce portrait. 

Stein (D r Ludwig). Die Willensfreiheit und ihr Verhàltniss zut gôttlichen 
Prascienz und Providenz bei den jùd. Philosophen des Miltelalters. Ber- 
lin, impr. Itzkowski ; libr. B. Baer ; Francfort, libr. J. Kauffmann, 1882 ; 
in-8° de vi-142 p. 

Ce travail est composé de trois chapitres, dans lesquels l'auteur analyse 
les opinions des théologiens juifs sur la liberté humaine et ses rapports 
avec la prescience divine et la providence divine. Les théologiens étudiés 
par M. St. sont : Saadia, Bahya, Juda Halévi, Abraham ibn Daud, 
Maïmonide, Lévi b. Gerson, Moïse Narboni, le caraïte Aron de Nicomédie, 
Hasdaï Crescas, Joseph Albo. Contrairement à l'opinion de notre ami 
M. David Kaufmanti dans son Attributenlehre, M. St. croit que Saadia, 
dans son opinion sur la liberté humaine, suit Ibrahim b. Sajjar an-Nassâm, 
non le motazale Abu-1-Hudail al Allàf (p. 11). Les opinions des Motazales 
auraient été mal conuues de Maïmonide (p. 25). La conclusion de l'auteur 
sur la valeur absolue des théories juives (p. 142) demanderait à être expli- 
quée, elle vient sans être préparée ni justifiée. L'ouvrage, du reste, ren- 
ferme de graves erreurs ou négligences. 

Steinsghneider (Maurice). Notice sur les tables astronomiques attribuées 
à Pierre III d'Aragon, avec une addition à l'article Intorno a Jo. de Line- 
riis, etc. Extrait du bullettino di Bibliografîa e di storia délie se. maternât, 
e fisiche, tome XIII, juillet 1880. Rome. impr. des se. mathém. et phys., 
in-4° de 25 p. (p. 413 à 436). 

Le ms. lat. 10,263 de la Bibliothèque nationale de Paris contient des 



bibliographe: i:..» 

tables astronomiques avec un prologue d'où il ressort que Pierre III, roi 
d'Aragon, de Valence, de Majorque, de Sardaigne et de Corse, comte de 
Barcelone, du Roussillon et de la Sardaigne, ayant fait rédiger ces tables 
par Pierre Gilebert et son élève Dalmaeius Planes suivant l'hypothèse qui 
place ces étoiles dans la neuvième sphère, voulut aussi avoir des tables 
analogues faites suivant l'hypothèse des Juifs et des Arabes, qui placent 
les étoiles dans la huitième sphère, et chargea de ce soin maître Jacob 
Carsium, Juif castillan. Une version hébraïque de ce prologue se trouve 
dans la Vaticane, mss. hébr. n° 379 ; le nom de l'astronome juif y est 
Jacob 131D*"lp- Les deux versions de ce prologue sont, d'après M. St., des 
traductions ; la première, une traduction du catalan. Pierre III régna de 
1276 à 1286, et la Sardaigne ne fut acquise à l'Aragon qu'en 1297, de sorte 
qu'on ne comprend pas que, dans le prologue, Pierre III se dise roi de 
Sardaigne. Jacob Corsi est inconnu aux bibliographes hébreux. Un cata- 
logue de livres de Jacob Lewarden (Amst., 1797) mentionne Jacob Alcarsi 
comme auteur d'une traduction de tables astronomiques d'Alphonse, roi de 
Portugal. David Gans, dans son Se fer Nehmad, dit qu'il a vu les tables 
alphonsines traduites en 1260, par ordre du roi Alphonse, de l'espagnol en 
hébreu par Jacob Alcarsi et qu'il a donné des extraits de cette traduction 
à Tycho Brahé. Enfin, le ms. hébreu de Munich n° 261 contient un traité 
sur l'astrolabe, composé d'abord en arabe par Jacob, fils d'Abou Ibrahim 
Isaac bon Al-Corsono ("l210"npbN) à Séville en 1375/6 et traduit par l'au- 
teur en hébreu, à Barcelone, en 1378. M. St. conclut de cette donnée que 
Jacob Carsium du Prologue du ms. lat. 10,263, est probablement ce Jacob 
Al-Corsono et que le Pierre III de ce prologue doit sans doute être rem- 
placé par Pierre IV ; la date 1260, chez David Gans, pourrait être corrigée 
en 1360, quoiqu'il ne semble pas (ms. Munich) que Jacob Al-Corsono ait 
déjà été à Barcelone en 1360. L'identification du Jacob Carsium, de Bar- 
celone, reste donc douteuse. M. St. nous donne le texte du prologue latin 
d'après le ms. de Paris et celui du prologue hébreu d'après le ms. de la 
Vaticane. 

Zeitlin (William^. Bibliotheca hebraica post mendelssohniana. Bibliogra- 
phisches Iïandbuch der neuhebràischen Literatur seit Beginn der men- 
delssohn'schen Epoche bis zum Jahre 1880, nach alphabetischer Reihen- 
folge der Autoren, nebst indices der hebr. Bùchertitel und der citirten 
Autorennamen. l re livr., S^Pétersbourg, libr. O. J. Baxl, in-8° de 80 p. 
S'arrête au nom de Hurwitz. 

Ce catalogue aura trois livraisons. Nous craignons fort qu'il ne soit très 
incomplet. Ainsi, nous n'y trouvons pas le nom de M. Berliner, pour son 
édition de Raschi, son Pletat Soferim, sa Massora sur Onkelos, son 
R. Hananel ; celui de M. Jos. Derenbourg pour son édition du Manuel du 
lecteur. Ces omissions proviennent peut-être de ce que la plupart de ces 
publications ne portent pas de titre en hébreu. Néanmoins, nous y avons vu 
sur bien des auteurs moins connus des notices qui indiquent des recherches 
consciencieuses et recommandent l'ouvrage à l'attention des savants. 

Zuckermandel (M. S.) Supplément enthaltend Uebersicht, Register und 
Glossar zur Tosefta-Lieferung I. Trêves, libr. Lintz, 1882, in-8° allant de 
p. xni à p. XLVIII. 

Les tables contiennent les citations bibliques, les noms de personnes et 
de lieux, les passages parallèles du livre, les passages araméens, les ci- 
tations d'Estor Parhi, les voyelles dans le ms. d'Erfurt. La prochaine et 
dernière livraison comprendra le glossaire. 



l/,0 RKVUE DES ETUDES JUIVES 



Revue des pér 



TlEbn ma Beth-Talmud (Wicn, mensuel). 2 e année. — = a 2. V( 
Biographie de Salomon. b. Isaae (Raschi). — Friedmann : Esprit de la 
Haggada. — N. Brûll : Recherches sur le Talmud et le Midrasch. — 
Jacob Reifmann : Noies sur le Commentaire de la Bible d'Abraham ibn 
Ezra. — J. Reifmann : Origine de la divergence des opinions rabbiniques 
sur les Tefillin. — J. Reifmann : Six notes. — Abraham Epstein : Les 
années et les mois juifs (suite). — Mardochée Rabbinovitz : Sur un pas- 
sage du Mischné Tora de Maïmonide, Hilkhot Sabbat, parag. 22. — 
Abraham Lévi : Explication d'un passage de la Tosefta, Berakhot, fin. 

— Weiss : Petites notes. = = N° 3. Weiss : Biographie, etc. (suite). — 
Friedmann : Etat de civilisation des Patriarches. — H. Oppenheim : 
Rapports entre la Haggada et les Targumim. — Jacob Reifmann : Notes 
et corrections. — A. -S. Weissmann : Tehiila-le-David. — Israël Kalisch : 
Sur le Satan, ses serviteurs, le lieu de leur naissance sur la terre. — 
Mardochée Duschak : Ben-Korhi. — David Graubart : Recension du livre 
ttïTF! TIN- — = N° 4. Weiss : Biographie, etc. (suite). — Friedmann : 
Etat de civilisation etc. (suite). — Jacob Brùll : Notes. — David Kauf- 
mann : Lettre de R. Hayyim ibn Musa à son fils R. Jehuda, avec notes 
et introduction. — Hayyim Selig Slonimsky : Les mois chez les Hébreux. 

— Jacob Reifmann : Mots syriens dans la Bible. = = n° 5. Weiss : Bio- 
graphie, etc. (suite). — Friedmann : Etat de civilisation, etc. — H. Op- 
penheim : Histoire de la Mischna. — Samuel Loeb Brill : Notes talmu- 
diques. — Friedmann : Explication du mot b*7tt dans Péah, m, 3. — 
Jacob Reifmann : Notes sur le Targum des Psaumes. — Weiss : Recension 
de l'édition du Raschbam de D. Rosin. 

N° 2- — Weiss (avec n os 3, 4, 5) : L'auteur réunit ce qu'on sait sur 
les prédécesseurs de Raschi en France et en Allemagne. Dans les rensei- 
gnements biographiques sur Raschi il a omis certains détails qu'on 
trouve dans le Magazin de Berliner. Avec beaucoup d'autres, M. W. 
pense que c'est à tort qu'on a dit que Raschi avait été chez d'autres 
maîtres que Jacob b. Jakar et Isaac ha Lévi, à Worms, et Isaac h. Juda à 
Mayence. Il n'aurait pas été à Spire. P. 67 à 72. M. W. donne la liste des 
ouvrages cités par Raschi et celle des rabbins qu'il nomme ; contrairement 
à l'opinion commune, M. W. admet que Raschi a connu le Talmud de 
Jérusalem ; p. 97, comparaison très intéressante entre la manière de Raschi 
et celle de Rabbénu Gerschom d'après un ras. du commentaire de 
R. Gerschom sur Baba Batra appartenant à M. le D 1 ' Jellinek ; on 
remarquera le terme mpDS employé par Rabb. G. pour indiquer les 
divisions de la Mischna ; p. 130, corrections de Raschi au texte du Talmud ; 
ces corrections auraient passé dans les mss. par le fait des élèves de 
Raschi et se trouvent ainsi dans nos éditions. Raschi a revu et corrigé 
ses commentaires, de sorte qu'il arrive souvent, principalement dans les 
tossafot, qu'on cite des leçons de la première rédaction, aujourd'hui perdue, 
— Friedmann : Explication du passage de Gittin, 61 a, où se produisent 
deux opinions différentes sur la rédaction du Pentateuque. D'après un 
docteur, le Pentateuque a été donné par chapitres successifs ; d'après un 
autre, en un volume entier. M. Fr., après avoir établi que, d'après la 
tradition, aucun des deux docteurs ne peut soutenir que Moïse ait reçu le 
Pentateuque en entier, ou ne l'a écrit qu'en une seule fois à la fin de sa 



BIBLIOGRAPHIE 141 

vie, pense que les mots « a ele donné • veulent dire « a été donné au 
peuple, livre à la publicité. » — M. Brûll : explication du passage de 
Megilla, iv, 10 et passages parallèles, qui détendent de lire et de traduire 
en targum la bénédiction des prêtres, l'histoire de David avec Betsabé, et 
celle d'Amnon et Tamar ; L'interdiction relative à la bénédiction des prêtres 
viendrait de ce que celle-ci contient le tétragramrae ; il y a des exemplaires 
du targum Onkelos qui ne contiennent pas la traduction de cette bénédic- 
tion. — Reifmann, Tefillin : La divergence entre Raschi et Rabb. Tarn et 
autres savants au sujet des tefillin vient de ce que, dès les temps anciens, et 
pour divers motifs ^persécution, crainte d'être impur, etc.), le précepte des 
tefillin n'a pas clé exactement observé ; de là, des hésitations sur la nature 
des tefillin. — Epstein .* Veut prouver que le calendrier des Hébreux 
était réglé, dès les temps anciens, sur la lune, et que notre calendrier actuel 
date de l'époque du second temple. La preuve tirée des Psaumes n'a pas 
de valeur ; la discussion du passage du Livre d'Hénoch relatif au calen- 
drier présente de l'intérêt. 

N° ■'. — Friedmann (avec n os 4 et 5) : Les patriarches Abraham, Isaac 
et Jacob ; organisation de la famille, de la tribu ; clientèle et serviteurs ; 
vie pastorale, agriculture; tentes, campements, maisons, terres, biens 
meubles et immeubles ; acquisitions et contrats, serment. Nous craignons 
qu'il n'y ait dans ce travail des hypothèses fort hasardées. — Oppenheim, 
Rapports, etc. : Exemples divers. — Kalisch : A pour objet de prouver qu'il 
n'est pas question, dans la Bible, ni du diable, ni de ses serviteurs, ni de 
démons-, etc. — Ûuschak : R. Akiba est appelé t"Hp, chauve, et R. Je- 
hoschua b. Korha est son fils. D'où lui vient ce nom ? De ce qu'il s'était 
aliéné et les savants et le peuple, et qu'il ne rencontrait d'amitié ni à 
droite ni à gauche "JfcOfal *{NDfà ÏT~lp, d'après M. D. Mais pourquoi ne 
pas dire simplement qu'il était chauve ? — Graubart : Recension de l'ou- 
vrage Or Hadasch de David Kahana sur le 68 e chap. des Psaumes. 

N° 4. J. Brûll : 1° Sur diverses formules de malédiction dans le Talmud: 
• ■ .DN nspiX f*b$ N13" 1 Ob TPn ; 2° Différence de la langue hébraïque, 
par exemple pour le genre des mots, dans la Bible et la Mischna. — 
David Kaufmann : Hayyim ibn Musa est un personnage intéressant sur 
lequel M. Graetz (Hist. des Juifs, vol. VIII) a le premier appelé l'attention. 
M. K. rectifie et complète les renseignements donnés par M. Gr. Hayyim 
était né, d'après M. K., vers 1380 et est mort vers 1450. Il paraît avoir 
vécu à Salamanque, non a Bejar. Il était médecin et très répandu dans 
le monde des grands d'Espagne. M. K. doute qu'il ait traduit l'ouvrage 
de médecine d'Ibn Algazar. Son grand ouvrage est le fîfà'm *pfà Bouclier 
et Lance, excellente œuvre de polémique religieuse contre Nicolas de Lyre. 
Un autre ouvrage de polémique de Hayyim, que personne n'avait signalé 
avant M. K., est son Ù^Tl^'n "IfàNfà- H a aussi fait des poésies liturgi- 
ques et autres, et M. K. nous donne quelques vers de lui. La lettre 
éditée par M. K. a pour objet de défendre le dogme messianique juif. — 
Slonimsky : Polémique contre les articles de M. Epstein sur le calendrier. 

N° 5. — Oppenheim : Ce premier article est consacré à la définition 
d'un certain nombre de mots techniques, tels que Kabbala, Massora, 
Dikduké Tora, Dikduké Soferim, etc. ; il sert de préparation et d'intro- 
duction. 

Hebi'ieische Bibliographie ^"Oîftï"; (Berlin). 21 e année. = = N° 121- 
122 janvier-avril 1881 j. — Jos. Landsberger : Urkundenregesten zur Ge- 
schichte der Juden unter den Markgrafen von Brandeburg. — Chroniques 
de Languedoc, 1878, année V, n° 98, 5 avril. — Anzeigen. — Miscellen. 

Landsberger : Ces régestes pour l'histoire des Juifs du Brandebourg 
vont de 1294 à 1516. — Chroniques, etc. : Ordonnance de l'intendant de 
Bernage, 10 déc. 1733. Le 20 fév. 1716, arrêt d'expulsion contre les Juifs 
résidant dans le Languedoc ; de même, 20 fév. 1731 ; procédure de l'inten- 



142 REVUE DKS ETUDES JUIVES 

dant contre un Juif de Carpeutras, Jacob Monteil, les 14 janvier, 13 juin, 
9 et li> décembre 1732. — Anzeigen : 1° Suite des observations antérieures 
sur le catalogue des mss. hébreux de Turin. 2° Observations sur l'édition de 
la petite Pesikta éditée par M. Buber (voir Revue, I, p. 312). M. Stein- 
schneider n'est pas bien convaincu par les raisonnements de M. Buber 
sur le lieu d'origine de l'auteur. 3° Recension de l'édition de Batlayusi par 
D. Kaufmann (voir Revue, I, p. 313). — Miscellen : 1° Dans les exem- 
plaires des apocalypses sur l'Islam, les allusions aux califes étaient 
illustrées par le dessin du portrait, des califes ; voir Honein, Musaré ha- 
philosophim (I, 3). 3° Citation d'un passage d'une relation de voyage 
d'Ulrich Lemans en Palestine (1472-78), où il est question de 180 familles 
juives demeurant en Sicile dans le marquisat de « Mongoly », c'est-à-dire, 
sans doute, Mongellino. 4° Note sur divers écrits antijudaïques, principa- 
lement de Theobaldus de Saxonia, supérieur de l'ordre des prêcheurs. 
Nous ajoutons à la note de M. Steinschneider que ce Theobaldus a assisté 
à la controverse de 1240 à la cour de saint Louis et qu'il n'est pas impos- 
sible qu'il soit l'auteur des Eœtractioncs de Talmut dont nous avons 
longuement parlé dans nos articles sur la controverse de 1240. 5° Sur le 
mot l pt3D'~lp, balance, qui se trouve dans des Consultations des guéo- 
nim, et sur le calcul à l'aide des doigts 3>32£&n NjDwIHî- Cf. Revue, II, 9. 

Compte-rendu des séances de l'Académie des Inscriptions et 
Belles lettres. = = 4 e série, t. IX, avril-juin 1881. — J. Dercnbourg : 
L'inscription du tunnel près de la fontaine de Siloé à Jérusalem. — 
J. Halévy : Mémoire relatif au texte assyrien collationné sur des tablettes 
conservées au British Muséum. 

J. Derenbourg : Nous espérons que M. D. nous donnera ici même le 
résultat de ses recherches sur l'inscription de Siloé ; nous nous bornons 
donc à signaler sa note dans le Compte-rendu. — Halévy : Les tablettes 
contiennent une énumération des princes tributaires des monarques assyriens 
dans la Syrie, la Palestine et les îles. Le roi Manassé est nommé dans 
l'inscription, il fut conduit prisonnier à Babylone, qui avait été conquise 
par Assurbanipal. On remarquera la correction heureuse proposée par M. H. 
au verset de II Samuel XXIV, 6, où les mots "OTn ÏD^nnn VIN doivent 
être corrigés en ÎT^^p tTriHiri V"1N, " le pays des Hittéens, àKadesch. » 
Comparez Revue, II, 9. 

Journal asiatique (Paris). = = 7 e série, tome XVII, n° 3, avril-juin 
1881. J. Halévy : Essai sur les inscriptions de Safa. — René Basset : 
Etudes sur l'histoire de l'Ethiopie ; première partie, Chronique éthio- 
pienne d'après un manuscrit de la bibliothèque nat. de Paris. — P. 552 : 
J. Halévy sur l'inscription de Siloé. = = V série, tome XVIII, n° 1, 
juillet 1881. E. Renan : Rapport annuel. 

J. Halévy : Ces recherches intéressent l'histoire de l'épigraphie sémiti- 
que. — Basset : La chronique commence par une de ces généalogies qu'on 
trouve dans les chroniques éthiopiennes et qui sont pleines de souvenirs 
bibliques. — J. Halévy : Le mot Ê02£"lfà de l'inscription de Siloé, dési- 
gnant l'endroit ou la source d'où partaient les eaux, désigne un endroit au 
bas de Jérusalem, qui est connu sous le nom de Nïtlfà et où l'on allait 
cueillir des branches de saule. Au lieu des deux mots Jnbtf "inJS732 
(1,200 coudées de longueur du canal), qui ont soulevé tant d'objections, 
M. H. propose de lire £]bfrî ^TNlftl} ' mille coudées, d'après ma mesure. • 

E. Renan : Nous remercions M. Renan de l'attention bienveillante qu'il 
a bien voulu accorder aux travaux publiés dans la Revue des Etudes Juives. 
L'approbation d'un juge si compétent nous est précieuse. Le rapport signale 
les travaux de M. Oppert sur l'ère de Nabonassar et sur les tablettes 
juridiques de Babylone; ceux de M. Halévy sur Nabonide et sur la prise 



BIBLIOGRAPHIE 143 

de Babylone par Cyrus (Journal asiatique, et Revue de Linguistique), sur 

les inscriptions de Safa; les publications déjà annoncées ici de M. Wogue, 
de M. M. Schwab, de M. Rabbinowicz, de M. James Darmesteter, de 
M. Gustave Saige, l'étude de M. Berger sur Baal Maléak (Revue de 
linguistique, t. IV, p. 347). do M. de Longpérier sur une intaille représen- 
tant Le jugement de Salomon (Gaz. archéol. sept. 1880). Plusieurs pages 
sont consacrées à la description du Corpus mscriptionum semiticarum publié 
par l'académie des inscriptions et dont le premier fascicule vient de paraî- 
tre. L'ouvrage comprendra quatre parties : les inscriptions phéniciennes, 
les inscript, hébraïques jusqu'au vi° siècle, les inscript, araméennes, com- 
prenant celles d'écriture sémitique trouvées en Assyrie, et les inscr. pal- 
myriennes, nabatéennes, hauraniennes. sinaïtiques, araméennes d'Egypte, 
estranghélo ; enfin, le9 inscriptions arabes. Le premier fascicule paru est le 
premier de la partie phénicienne > La publication de la partie arabe est, 
confiée à M. Joseph Derenbourg. La numismatique fera une collection à 
part. 

Israelietlsche Letterbode (Amsterdam, périodicité non indiquée). (> e an- 
née. = = H. J. Mathews : Miscollaneous Notes (p. 186). 

Le ms. Opp. Add. 4°, n° 30, de la bibliothèque Bodléienne, contient un 
commentaire des Proverbes de Menahem Tftri écrit en 1529. Dans sa pré- 
face (reproduite par M. Mathews), Menahem arrive déjà à cette opinion, 
généralement admise aujourd'hui, que le commentaire des Proverbes im- 
primé dans les Bibles rabbiniques et attribué à Ibn Ezra, n'est pas de ce 
dernier. Il semble aussi que Menahem ait eu sous les yeux un commentaire 
du Livre d'Ezra différent de celui qui est imprimé dans les Bibles rabbini- 
ques et attribué à Ibn Ezra, quoiqu'il soit, comme celui des Proverbes, de 
Moïse Kimhi. — D'un passage d'Ibn Ezra sur Exode, n, 10, il résulte 
qu'Ibn Ezra a commenté Néhémie. — Benjamin B. Jehuda, dans son com- 
mentaire des Proverbes, parle trois fois d'Ibn Ezra, mais ne paraît pas 
avoir eu sous les yeux le commentaire d'Ibn Ezra sur les Proverbes. — Le 
commentaire de Daniel faussement attribué à Saadia est du même auteur que 
le commentaire sur Ezra et Néhémie attribué à Benjamin b. Juda dans le 
ms. de Munich n° 60, à Saadia dans un ms. de Milan. M. Mathews va 
publier ce commentaire sur Ezra et Néhémie. 

Magyar A'yelvor. 10 e vol., 5 e fasc. Rabb. D r Samuel Kokn : Où et de qui 
les Hongrois ont pris le mot Német (Allemand) et Zsido (Juif) ; p. 219-21. 

M. Kokn combat l'opinion qui se présente tout d'abord que ces mots 
slaves ont été empruntés par les Hongrois à la population de la Pannonie 
lorsqu'ils vinrent s'établir dans cette région. M. K. pense qu'ils apportè- 
rent ces mots avec eux, les ayant pris aux Khazares, leurs voisins et frères 
de race. Le mot Német, qui, chez les Byzantins, est Niu.£t£ioi ou Neu-st^ioi, 
a été emprunté par les Khazares aux Russes et transmis par eux aux 
Perses, aux Arabes, aux Turcs, et enfin aux Hongrois. Le mot Nemecz, 
en effet, était déjà usité chez les Khazares vers 960, comme le prouve la 
lettre de Josef. le beg des Khozares, adressée à Hasdai ibn Schaprut 
et où Jacob b. Eliézer est désigné comme .venant du pays de Nemecz. 
Le nom de Zsido pour Juif était également usité chez les Khazares 
encore avant qu'ils fussent en contact avec les Hongrois, et ceux-ci ou les 
Khazares qui envahirent avec eux la Pannonie ont pu l'y apporter. Il n'est 
pas besoin d'admettre qu'ils l'aient emprunté aux Slaves établis dans cette 
contrée. — David Kaufmann. 

Philologus, Zeitschrift fur das klassische Althcrthum, 40 (i vol., 1 er fasc. 
E. Illnardt, d'Iéna : Titus et le temple juif, p. 189-196. 

Tandis que les uns accusent Titus d'avoir voulu détruire le temple de 
Jérusalem et que les autres le défendent contre cette accusation, l'auteur 



144 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

pense que la vérité est eutre les deux. Titus aurait Lieu eu l'inteution de 
détruire le temple, mais plus tard seulement, et il aurait été absolument 
innocent de l'incendie qui dévora cet édifice. Il aurait voulu l'épargner pour 
plusieurs raisons : pour orner son triomphe du butin qu'il devait trouver 
dans le temple et sauver ce butin des mains avides de ses soldats ; pour 
ravitailler les finances de l'Etat, alors épuisées ; par curiosité de voir ce 
sanctuaire entouré de mystère et protégé par l'attrait de l'inconnu. Mais 
d'un autre côté il aurait vu dès lors que le temple ne pourrait rester debout, 
parce qu'il serait le centre des insurrections contre les Romains. L'incendie 
fut donc pour lui une surprise, et il n'aura probablement pas menti lors- 
qu'il s'attribua, en présence de sa favorite. Bérénice et d' Agrippa, des in- 
tentions favorables au temple. L'accusation de Bernays, qui repose sur un 
passage de Sulpicius Severus, est rejetée par M. Illhardt, qui soutient que 
ce passage n'est pas emprunté à Tacite, parce que Tacite, s'il avait réelle- 
ment parlé en cet endroit de la haine de Titus contre les chrétiens, aurait 
dû préparer le lecteur, dans sou Hist., V, 3-5, 8, à entendre parler des 
chrétiens. On voit qu'il y a ici plus d'arguties que de critique et avec cela 
on ne fait pas de l'histoire. — David Kaufmanr*. 

Revue de l'histoire des religions (Paris, trimestriel). Tome III. === 
N° 3. François Lenormanl : Sol Elagabalus. — A. Bouché Leclercq : Lu 
divination chez les Etrusques. — Maurice Vernes : Bulletin critique de 
l'histoire dés Religions. — Périodiques, Chronique. 

Lenormant : Le dieu Elagabale d'Emèse était adoré sous la forme d'une 
pierre noire conique, qu'on disait tombée du ciel et qui rentre dans la caté- 
gorie des bétyles aérolithiques. C'était un dieu igné et solaire, et, par 
extension, le dieu-soleil et le dieu-feu. Son nom viendrait d'une racine 
accadienne renversée (gi-bil pour bil-gi) et signifiant brûler. Elah-gabal veut 
donc dire le dieu qui brûle, le dieu-feu. On connaît la singulière tentative 
de l'empereur Elagabale, qui voulut transporter à Rome le culte de son 
dieu sémitique. — Vernes, Bulletin : Analyse du Manuel de V histoire des 
religions, de Tiele (trad. M. Vernes, Paris. Leroux, 1880), des Prolégo- 
mènes de l'histoire des religions, d'A. Réville (Paris, Fischbacher, 1881), et de 
la Religions philosophie auf geschichtlicher Gruudlage, de 0. Pileiderer 
(Berlin, Reimer, 1878). — Chronique, etc. : Signale entre autres: 1° Les 
cosmogonies aryennes, par J. Darmesteter (Rev. philos., mars 1881); 
2° Histoire critique de la littérature prophétique des Hébreux, par C. 
Bruston ; 3° E. A. Budge : The history of Esar Haddon (Londres, Trù- 
buer, 1881). 

Hevista de Geiona. 6 e année, n os 7 et 8, juillet et août 1881, p. 257 el 
29;). — Enrique Claudio Girbal : Documentos inéditos de Judios gerun- 
denses. 

Les deux documents latins dont M. Girbal nous donne une traduction 
en espagnol sont tirés des archives de l'hospice (de la Casa Hospicio) de 
Gérone, case 11, n° 40. 

Par le premier, Pedro de Bordils, Juif baptisé, auparavant nommé Abra- 
ham Aron, habitant de Gérone, donne eu toute propriété à la juive Orfila, 
autrefois sa femme (qui n'aura pas voulu se baptiser ou qu'il aura répudiée), 
une maison à lui située dans la rue Juive de Gérone (Call. judaïco). Fait 
à Gérone le 19 août de l'an de la Nativité 1407. Cette maison affronte, d'un 
côté, à celle d'un Juif nommé Abraham Coen. 

Par le second document, daté du même jour, ladite Orfila donne cette 
môme maison à Esther, sa fille et fille dudit Abraham Aron, à titre de dot 
pour son mariage avec Salomon Samuel, fils de Samuel Juceff, de Perpi- 
gnan, aux conditions suivantes : Orfila, sa fille, et son gendre, demeure- 
ront ensemble dans la maison. Si les deux ménages ne peuvent pas s'en- 
tendre, la maison sera partagée en deux maisons séparées. Si Esther meurt 



BIBLIOGRAPHIE 14b 

sans avoir eu d'enfant qui ait vécu au moins trente jours, la maison fera 
retour à Ortila. Si, au contraire, il y a un enfant ayant vécu trente 
jours, le cendre pourra continuer à demeurer dans la maison avec Orfila, 
et la possédera après la mort de celle-ci, s'il ne se remarie pas ; s'il se 
remarie, il ne pourra pas demeurer dans la maison, mais celle-ci, à ce qu'il 
semble, restera toujours sa propriété. 

Les deux actes sont passés devant notaire. Pedro s'engage à en observer 
la teneur en jurant « par Dieu et ses saints quatre Evangiles, » et Orfila 
jure « par les dix commandements de la loi que Dieu a donnés à Moïse sur 
le Sinaï ■. 

Le 28 mars 1423, Salomon Samuel, Estber, et leur fils, appelé également 
Salomon Samuel et âgé de 14 ans, vendent ladite maison à l'aumône (li- 
mosna) de Gérone pour 33 livres de Barcelone. Orfila était morte à cette 
date. 

M. Girbal fait remarquer que le nom de Pedro de Bordils vient probable- 
ment du parrain qui présida au baptême d'Abraham Aron. JucefT Strucb 
Benett, qui se baptisa à Gérone en 1417, eut pour parrain et marraine don 
Dalmacio de Mur, évêque du diocèse, et Tabbesse de Santa Clara, c'est 
pourquoi il prit le nom de Dalmacio y Benito. Pedro de Bordils, le parrain 
supposé, figure dans des actes de 1411 et 1444. Voir Los Jndios en Gerona, 
de Girbal. 

La Veu del Montserrat (Vich). 6 e année, n os 29, 30 et 32, des 23 et 

30 juillet et 13 août 1881, p. 231, 239 et 256. =a — N os 29 et 30. Andreu 
Balaguer y Merino : Noticia del Jueus conversos quais bens foren robats 
(Mi lo saqueig y destruccio del Calljuich de Barcelona en 1391. = = 
N° 32. — Fidel Fita : Guidatich en favor de Salomo Gracia juheu de 
Barcelona (20 Janer 1395) autenticat en lo Registrum gratiarum, 20, Joan- 
nis I, fol. CCXIII. 

Andreu Balaguer y Merino : Nous avons maintenant un assez grand 
nombre de documents sur les horribles persécutions contre les Juifs d'Es- 
pagne en 1:91. Celui que publie M. A. B. y. M. sur le sac de la Juiverie 
de Barcelone, qui eut lieu le 5 août 1391, est un des plus importants à cause 
des noms propres qu'il renferme. Dans ce document, trois Juifs de Barce- 
lone, au nom de cent vingt-sept des leurs (tous baptisés sans aucun doute 
au milieu de l'émeute, et ayant changé de nom) demandent que restitution 
soit faite auxdits Juifs de tout ce qui leur a été pris pendant le sac de la 
Juiverie en joyaux, or, argent, pierres précieuses, vêtements, monnaie, 
marchandises et autres objets ; fait à Barcelone le 11 mars 1392. Cette 
demande ne paraît pas avoir eu un résultat satisfaisant, car, dans un acte 
du 7 mars 1393, un chrétien de Barcelone constate que les objets mis en 
gage par sa femme chez des Juifs de Barcelone, avant le sac, ont été perdus 
et qu'aucun d'eux n'a pu être retrouvé. Le 16 mars 1396, Sperans in Deo 
Cardona, conseiller et promoteur de la curie royale, loue à Pierre Antieh 
Raiolerius, pour 110 sous barcelonais, l'hospice autrefois appelé • Sinagoga 
maior calli judeorum civitatis Barchinone ». Les rcis d'Aragon prirent 
possession de toute la Juiverie, qui, à partir de 1391, ne fut plus occupée 
par des Juifs. — Nous reviendrons sur ce document dans notre prochain 
numéro et nous donnerons la liste nominative des 127 Juifs, avec quelques 
explications. 

Fidel Fita : Pièce extraite d'un registre qui se trouve aux Archives géné- 
rales delà couronne d'Aragon, sous le n° 1909. Le roi Jean I er , à la prière 
de plusieurs personnes de la cour invoquant sa bienveillance en faveur de 
Salomon Gracian (au génitif, Salomonis Graciani), Juif de Barcelone, pillé 
en 1391 lors du sac de la Juiverie de cette ville, considérant les pertes 
subies par celui-ci, lui accorde pour un an un sauf-conduit (guidatium) en 
vertu duquel il ne pourra pas être pris de corps par ses créanciers, sous 
peine de 1,000 florins d'or. M. Fidel Fita fait remarquer avec raison que ce 
T. III. 10 



460 REVUE DES ETUDES JUIVES 

document prouve que des Juifs de Barcelone pureut se soustraire au bap- 
tême eu 1391. Dans les notes, M. F. F. fait des observations instructives 
sur le document publié par M. A. Balaguer y Merino. Nous faisons remar- 
quer qu'il y a encore aujourd'hui en Turquie des Juifs qui portent le nom 
de Graciani. La famille de Gracian de Barcelone est célèbre , une épitaphe 
de 5067 (1307) de don Salomon Gracian b. Moïse b. Schealtiel b. Zerahya 
se trouve dans Ugolini, Thésaurus, vol. XXXIII, p. 1457-8 Sur la fa- 
mille des Gracian, voir Zunz, dans le second volume de l'édition anglaise 
de Benjamin de Tudèle, p. 5, note 7, et Steinschneider, Catal. bodl. s. v. 
Serachja b. Isak. M. Ad. Neubaucr a publié dans les Archives des mis- 
sions scientifiques (2 e série, tome V, 1868, p. 43l) la même épitaphe de 
Salomon Gracian dont il est question plus haut. Des Gracian sont nommés 
dans les documents sur la querelle des Maïmonistes publiés dans Jeschu- 
run, VIII, 158. 

Zeitschrift des deutschen Palastina Veieins (Leipzig, trimestriel). 
4 e volume, fasc. 3 et 4. = = A. Socin : Bericht ùber neue Erscheinun- 
gen auf dem Gebiete der Palàstinaliteratur 1880. — J. Gildemeister : Der 
Narae Chan minje. — M. Steinschneider : Uber die Schrift Schaare Jenc- 
salajim. — C. Schick : Studien uber die Einwohnerzahl des alten Jéru- 
salem. — W. A. Neumann : Beitràge zur Bibliographie der Palàstinalite- 
ratur. — J. Gildemeister : Koreai, Karawa, Alexandrium. — C. Schick : 
Saul's Reise I. Sam. Cap. 9. — H. Guthe : Ueber die Siloahinschrift (avec 
une lithographie de l'inscription). — E. Kautzsch : Die Siloainschrift 
(avec une lithographie). — Bùcheranzeigen. 

Socin : Revue aussi complète que possible des publications concernant la 
Palestine parues en 1880. Parmi les ouvrages cités nous remarquons : Les 
sources de Flavius Josèphe dans son Archéologie (allemand), par H. 
Bloch ; un article sur la colonie agricole juive dans la vallée de l'Audjeh, 
dans la Warte, n° 27 ; l'ouvrage de Laurence Oliphant (The Land of Gi- 
• lead, Edinbourg et Londres, 1880) qui a fait sensation et qui recommande 
vivement la fondation d'une colonie juive à l'est du Jourdain, principale- 
ment entre l'Arnon et le Jabboc, avec un capital social d'un million de 
livres sterling. (M. Socin, à notre avis, traite trop sérieusement ce projet 
chimérique) ; un article sur un sarcophage trouvé dans le tombeau des rois, 
par F. de Saulcy (Gazette archéologique, V., 1879, p. 261) ; Conder. sur 
la longueur de la coudée juive (Statement, p. 98); F. R. Conder et C. R. 
Conder, A Handbook to the Bible (Londres, 1880); H. Withney, Hand- 
book of Bible geography (Londres, 1877) ; Schaff, A Dictionary of the 
Bible (Philadelphie, 1880), contenant biographie, histoire naturelle, géogra- 
phie, topographie, archéologie et littérature ; un article de Grundt sur le 
pèlerinage de la reine Hélène d'Adiabène à Jérusalem (Dresde, libr. Leh- 
man o, 1878) ; la Bibliographie de Rôbricht et Meissner des pèlerinages en 
Terre-Sainte (Berlin, 1880), contenant un grand nombre de communications 
de M. Steinschneider concernant la bibliographie juive de la Palestine. 
(Nous signalons à cette occasion notre article Description de la Terre- 
Sainte, de Jacob Justo, dans Univers israélite, 34 e année, 1878-79, p. 690) ; 
Map of Western Palestine, publiée par le Palestine Exploration Fund : le 
guide Baedecker pour la Palestine et la Syrie, par Socin, 2° édition ; l'arti- 
cle Jérusalem, de Schultze, dans la 2 e édition de la Real-Encyclopadie, de 
Herzog ; Smend,la restitution du temple d'Ezéchiel, dans le Kurzgef. 
exegetisches Handbuch (Ezéchiel aurait fait sa description idéale daprès 
des dessins qu'il avait sous les yeux); divers articles de Graetz, dans la 
Monatsschrift. Le travail de M. Socin est excellent, quelques-uns de ses ju- 
gements nous paraissent cependant faits de seconde main. — Gildemeister : 
Critique des différentes hypothèses émises pour expliquer le nom du Khan 
El Miniéh qui se trouve aux environs du lac de Génesareth. — Stein- 
schneider : Analyse du pèlerinage en terre- sainte imprimé à Varsovie en 



BIBLIOGRAPHIE 1AT 

",' 71 P (1873/4 . sans nom d'auteur, sous le titre de L3" 1 bw'|-p "H^'C 
d'après une communication d'Isid. Loeh. L'ouvrage contient do nombreux 
Renseignements sur la population juive de la Palestine, les aumônes qu'elle 
reçoit, les institutions juives, èto. — Schick : D'après Macchabée s II, 5,14, 
Antiochus emmena de Jérusalem ou y tua 200,000 personnes, ce qui supposn 
une population beaucoup plus grande; selon Hécatée d'Abdère, il y avait à 
Jérusalem 120,000 habitants. Josèphe (Guerre, 6, 9,3) dit que sous Cestius il 
y avait, à Jérusalem 256,500 agneaux de Pâque. ce qui suppose la présence 
de in fois plus de personnes; ailleurs (2,14,2) il parle de la présence, de 
'.'> millions de personnes à Jérusalem. Mais il faut remarquer qu'à l'époque 
des fêtes, les pèlerins augmentaient considérablement la population de la 
ville. En s'appuyant sur une indication de Josèphe d'après laquelle le cir- 
cuit de Jérusalem avait '.V.\ stades, ce qui ferait 1,944,000 mètres carrés, et 
en supposant, d'après la densité de la population du quartier juif actuel, 
qu'on pouvait, s'entasser dans la ville de façon à réserver au plus 8 1/2 m. 
carrés environ à chaque personne, Jérusalem pouvait contenir 200 à 250 
mille personnes. La population fixe était sans doute bien inférieure à ce 
chiffre. — Gildemeister : Koréai ou Koréa est un endroit que toucha 
Pompée entre Scythopolis et Jéricho, et Vespasien dans sa marche d'Am- 
maùs à Jérusalem. Cet endroit est sans doute l'oasis de Kerawa, qui se 
trouve dans un angle aigu que forme, non loin du Jourdain, la route qui 
mène de Sichem à Sait, près du Wadi Ferrah, et assez près de la route 
qui mène, le long du Jourdain, de Scythopolis à Jéricho. Près de là aussi 
se trouvait TAlexandrium de Josèphe, Ant., xiv, 5, '2. — Schick : Saul, 
allant à la recherche des ânesses de son père, passe par la montagne 
d'Ephraïm, la terre de Salisa, la terre de Saalim, la terre de Benjamin, et 
arrive à la terre de Çuf, où il rencontre Samuel. L'itinéraire que lui trace 
Samuel, pour son retour, passe devant le tombeau de Rachel à Celçah, le 
chêne de Tabor. puis par Gibat ha-Elohim, où sont les monuments des 
Philistins. Saalim pourrait être le territoire des Beni-Salim de nos jours 
(sans qu 'il y ait identité dans les noms.) Le chemin parcouru par Saùl, pour 
l'aller et le retour, serait celui-ci : Parti de Gibeat, au nord de Jérusalem. 
il serait allé à Mikhmas et peut-être plus au nord, jusqu'à Tayyibé, dans le 
territoire des Beni-Salim de nos jours, qui serait le Saalim de la Bible. Puis 
revenant vers !e sud en se dirigeant vers l'ouest, il serait arrivé à Abu- 
Gosch (sur la route de Jérusalem à Ramleh et Jafïa), et aurait aperçu, près 
de Bet-Xakuba, la ville de Suba, située sur un rocher qui ne serait autre 
que la Ramataïm-Çofim où est né Samuel. C'est là qu'il aurait vu le pro • 
phôte. Continuant ensuite de se rapprocher du point de départ, il aurait, 
près de Kastal. vu le tombeau de Kachel, appelé aujourd'hui Kubbet abd 
el Aziz et Kubbet Rachel, et distinct par conséquent du tombeau de Ra- 
chel connu jusqu'ici. Il aurait ensuite remonté jasqu'au tombeau de 
Nebi Samwil (Miçpa), et c'est sur cette route que se trouvait sans doute 
Celçah ; près de là il y a un bosquet sacré qui est peut-être le bosquet de 
Tabor. La colline où est situé le tombeau de Nebi Samwil serait précisé- 
ment le Gibat ha-Elohim. De là on se rend en une heure à Gibea, point de 
départ de Saul. 

Guthe, Kautszch : Nous n'entrons pas dans le détail des questions rela- 
tives à l'inscription déjà fameuse de Siloé, on sait qu'elle se rapporte au 
percement d'un canal. Dans les trois premières lignes, la pierre a malheu- 
reusement une lacune qui rend l'inscription obscure. Voici la traduction 
proposée aujourd'hui par M. Kautzsch : « ... le percement. Voici l'histoire 
du percement. Lorsque... le ciseau les uns envers les autres, et quand il 
n'y eut plus que trois coudées jusqu'à... la voix de l'un appela l'autre, car il 
y avait J-;-; dans le rocher. De l'eau... et au jour du percement les mineurs 
frappèrent leurs ciseaux les uns contre les autres, et les eaux coulèrent 
depuis le point de départ jusque dans la citerne en (une. ligne de) 1200 cou- 
dées, et 10() coudées mesurait l'épaisseur du rocher au-dessus de la tête des 
mineurs. » Cette inscription a fait l'objet d'une correspondance assez étendue 



14b HEVUE DES ETUDES JUIVES 

de MM. Ad. Neubauer, Sayce et Schapira dans YAthenœum, n os 2,803 
(16 juillet) à 2,808 (20 avril). M. Neubauer (n° 2,808) donne la traduction 
suivante des lignes 2 à 3 : «Et comme il y avait trois coudées pour arriver 
jusqu'au bâton, ils [les ouvriers] s'appelèrent l'un l'autre [disant] qu'il y 
avait une erreur à l'ouest du rocher. Ils creusèrent et frappèrent à l'ouest 
de l'excavation. » Et lignes 5 et 6 : « Les eaux du point d'origine jusqu'à la 
citerne à mati (?) environ mille coudées, et moins d'une coudée était 
la hauteur [épaisseur] du rocher au-dessus delà tête des mineurs. » Le sens 
général est à peu près fixé pour tout le monde Le creusement du canal 
est entrepris par les deux extrémités et les deux tronçons doivent se rejoin- 
dre. D'après la traduction de M. Neubauer, un bâton servait de mire et 
indiquait aux mineurs la direction à suivre ; quand les deux tronçons furent 
assez avancés, on s'aperçut qu'il y avait eu erreur dans le tracé et que les 
deux tronçons ne se rejoindraient pas. Il fallut faire une rectification. 

De cette inscription, M. J. Derenbourg a donné, dans la séance du 
23 septembre de l'Académie des inscriptions, la traduction suivante (Jour- 
nal officiel du 26 septembre) : 

« La percée est terminée. Et voici ce qui concerne cette percée. 

» Lorsque les mineurs élevaient encore le pic l'un contre l'autre, et lors- 
qu'il y avait encore trois coudées à briser, on entendit la voix de l'un appe- 
lant l'autre ; car un accident (?) s'était produit dans le rocher, à droite. . . 
Et, au jour du percement, les mineurs frappèrent l'un en face de l'autre 
pic sur pic. 

» Les eaux allèrent alors de la fontaine à l'étang (sur une longueur de 
douze cents coudées). Il y avait une demi-coudée de hauteur du rocher au- 
dessus de la tête des mineurs. » 

Dans la séance du 30 septembre, M. D. a ajouté que le mot Siloah signi- 
fiant rigole, canal, il est probable que la citerne de Siloé aura reçu son 
nom du canal dont le percement est relaté par l'inscription. Or ce nom se 
trouve déjà, dans Isaïe, VIII, 6, à l'époque du roi Achaz ; le canal et par 
conséquent l'inscription sont donc antérieurs à Achaz (Journal officiel, 
3 octobre^. 

Biicheranzeigen : Recension de l'ouvrage Das Jérusalem des Josephus, 
par F. Spiess, Berlin, libr. Habel, 1881. 

Illustrii te Zeitung. ~ = N° 1982, 2 juillet 1880 : Al. Kisch : Mittelar- 
terlische Judensiegel. 

Reproduction et description de trois sceaux juifs de Zurich. Le 1 er sceau 
porte la légende suivante : S[igillum] Mose ûrftfà *p îltfJfa ; attaché à 
une charte de 1329, avec le sceau de son frère Gumprecht et de Visli Ju- 
deus. Moïse était originaire de Berne et il demeura à Zurich avec sa 
mère Minna jusqu'à l'expulsion de 1348. Le sceau représente trois chapeaux 
de Juifs affrontés en triangle par la pointe. Le second sceau est de 1343. 
Le champ porte un arbre avec deux aigles. La légende est *p ^p^" 1 
V'Tfà V'iStT rîftbtl). La forme parabolique du sceau indiquerait un fonc- 
tionnaire, peut-être un rabbin. Le troisième sceau est de 1352. Il porte trois 
poissons en spirale trois branches. La légende est : S. Suslin, ^"Ti'2 bNIlD" 1 
b"T biOfattJ (ou peut-être 5"ï"TS). Les deux lettres bfc* sont liées. Dans la 
charte qui porte ce sceau, Suslin s'appelle Fislin (poisson), ce qui explique 
les poissons du sceau. Ces sceaux ont été signalés dans Ullrich, Sammlung 
jùd. Geschichten. M. K. dit qu'il y a des sceaux juifs à Ueberlingen. Ceux 
de Metz, Augsbourg, Carlsruh, sont connus. 

Isidore Loeb. 



BIBLIOGRAPHIE 149 



Bernhard Stade : Lelirbucli der !iebra*isclien Grammatik. — Erster 
Theil : Sehriftlehre, Laatlebre, Formenlehre. Leipzig, 1879.— In-8°; 
pp. xvin, 426. — Mit zwei Schrif'ttafeln. 



Nous annonçons un livre, déjà vieux de plus de deux ans, que le 
nom seul de son auteur a dû depuis longtemps recommander à l'at- 
tention des savants. M. Bernhard Stade avait, depuis nombre d'an- 
nées, prouvé qu'il possédait les qualités sérieuses qui font le gram- 
mairien solide et pénétrant 1 . Sa science est pure de tout alliage 
théologique; car ici aussi le spirituel cherche souvent à se mêler et à 
s'imposer au temporel. Il existe pour la langue sacrée une sorte de 
tradition qui domine encore plus d'un lecteur de notre Revue. Cette 
tradition s'arrête pour les uns au Kamhi, pour les autres à Ben-Zew ; 
on s'enhardit et on va jusqu'aux travaux de Gesenius ou bien en- 
core d'Ewald dont on ne connaît quelquefois que les remarquables 
débuts*. Cependant les études de linguistique générale ont eu leur 
contre-coup sur celles des langues sémitiques en particulier, et on a 
cherché pour celles-ci la langue primitive qui puisse expliquer les 
phénomènes des différents idiomes qui en sont sortis, comme on a 
trouvé pour les langues ariennes, dans le sanscrit, le moyen de 
répandre la lumière sur les particularités obscures des langues clas- 
siques et modernes*. 

Depuis que Justus Olshausen a publié, il y a vingt ans, sa théorie 
de la phonétique et des formations de l'hébreu, tout a été bouleversé, 
parcouru, passé en revue, et, dans le nouvel ordre établi, peu de 
choses sont restées à leur place. Des questions anciennes qui parais- 
saient résolues se sont rouvertes, des nouvelles ont été posées. Sans 
doute, dans les solutions proposées on a commis des exagérations 
regrettables : on a dépouillé l'hébreu presque entièrement de son 
caractère original, pour en faire un arabe appauvri et vulgaire. 
Comme auraient dit nos poètes du moyen âge, Sarah devenait la 
fille bâtarde de Hagar. M. Stade représente la réaction contre ces ten- 
dances excessives. Doué d'un esprit analytique remarquable, il met 
hardiment et habilement la main à tous les problèmes que l'état 
actuel de la linguistique impose au grammairien. La grammaire de 
M. Stade est ainsi une œuvre de médiation et d'apaisement. 
•Il ne peut pas entrer dans notre intention de discuter dans cet 

1 Voir surtout son beau travail sur le rapport du phénicien avec l'hébreu, dans le 
Morgenlândische Forschungen, 1875, p. 167 et suiv. 

s La France israélite est bien pauvre en exégètes ; les ouvrages d'interprétation 
biblique qui se publient sont rarement au niveau de la science actuelle. Pour quel- 
ques-uns, Eichhorn est encore l'autorité la plus considérable pour les questions isago- 
giques, et la Kritische Grammatik, d*Ewald (1827), le dernier mot de la grammaire 
hébraïque. 

3 J. Olshausen, Lehrbuch d. hebrâischen Sprache (1861), préface, p. ix. 



ISO REVUE DES ÉTUIffiS JUIVES 

article les résultats auxquels M. Stade est arrivé à la suite des re- 
cherches consciencieuses auxquelles il s'est livré. Il nous a paru plus 
utile d'exposer dans ces pages les principales questions qui sont 
étudiées dans cette grammaire. On s'est habitué dans un certain 
monde a croire que l'hébreu ne peut offrir aucune difficulté à ceux 
qui ont passé leur vie à lire et à expliquer nos livres sacrés. La pra- 
tique constante de la Bible et des anciens exégètes les empêche d'en 
apercevoir les obscurités ; ils traitent de subtilités futiles les minu- 
tieuses recherches sur la nature et les formes de la langue, qui, 
seules, peuvent donner une base solide à l'interprétation des textes. 

Elias Lévita (1468-1549) a prouvé l'introduction relativement ré- 
cente des signes qui indiquent les voyelles, dans le texte de la Bible, 
et il y a peu de théologiens ou de grammairiens qui en soutiennent 
aujourd'hui l'ancienneté. Le bruit qui, au début, s'était fait autour 
de cette opinion, s'est apaisé, les doléances de l'orthodoxie juive et 
chrétienne se sont calmées. Mais il reste encore de l'incertitude sur 
bien des points. A quelle époque ces signes ont-ils été créés? Par qui 
ont-ils été inventés? Quelle a été la pensée qui a guidé les inven- 
teurs ? D'où tenaient-ils les traditions de la prononciation exacte du 
texte, et quelle créance mérite leur notation 1 ? 

On a découvert un nouveau système de vocalisation, qui parait 
avoir été en usage en Babylonie. Lequel des deux systèmes est le 
plus ancien, et quels sont leurs rapports entre eux? Eniin, la pre- 
mière idée de la notation appartient-elle aux Juifs, ou bien est-elle 
venue d'un autre peuple sémitique? 

Les anciens grammairiens, tels que Hayyoudj. Ibn-Djanah, Ibn- 
Ezra, avaient déjà reconnu que les différentes voyelles n'avaient pas 
la même valeur grammaticale, qu'il y en avait de primitives et de 
secondaires. Us avaient été, avant tout, amenés à faire cette distinc- 
tion par la connaissance qu'ils avaient de l'arabe, où trois voyelles 
seulement sont marquées. Hayyoudj et Ibn Djanah avaient même 
un pressentiment juste de l'importance que pouvait avoir la grada- 
tion de la gamme vocalique pour l'intelligence des transformations 
que subit la racine sous l'influence des modalités -. Mais la phonéti- 
que, cette partie si délicate et si subtile du langage, est presque 
une science nouvelle ; des lois rigoureuses ayant une base solide 
aussi bien dans la physiologie de nos organes que dans les habitu- 
des particulières de chaque langue ou famille de langues, ont été 
proclamées. Ces lois doivent conserver leur autorité dans le domaine 
de l'hébreu, et leur application fait aujourd'hui une des parties les 
plus difficiles de la grammaire. 

Les grammairiens hébreux ont adopté plus tard que les gram- 
mairiens des langues congénères la trilitéralité des racines. Nous 
avons cherché ailleurs à expliquer les causes de ce singulier retard 

1 Voy. sur cette matière notre article dans la Revue critique, 1880. 

2 Opuscules d'AèouH-Walid (1881), introduction, p. lxxxi. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

de la part d'hommes qui étaient au courant des principes professés 
par les Arabes 1 . Même après que Hayyoudj eut composé ses fa- 
meux Traités sur les racines faibles et géminées, on n'a pas cessé 
de prendre parti pour un certain nombre de bilitères 2 . Il est, en 
outre, incontestable que beaucoup de trilitères Ont une base com- 
mune de deux lettres seulement ; l'idée fondamentale, renfermée 
dans cette base, a été nuancée et diversifiée par l'addition d'une troi- 
sième lettre. Mais les racines géminées et faibles doivent-elles être 
considérées comme ayant, accompli leur marche vers la trilitéralité? 
La tendance à se consolider et à parvenir à ce degré de perfection 
est inhérente à toute racine sémitique; personne ne le nie. Une autre 
question est celle de savoir si toutes les racines qui ont cherché à 
atteindre ce but y sont parvenues. Des linguistes avisés 3 , parmi 
lesquels M. Stade doit être rangé, prétendent que bien des racines 
géminées et concaves sont restées en route, et que quelques-unes 
ne sont arrivées que fort tard au terme qu'elles ambitionnaient. 

L'hébreu est bien plus pauvre en voyelles que l'arabe. H;iyyoudj 
Ta parfaitement observé, et il explique par ce caractère éminemment 
consonantique certaines différences entre les formes arabes et hé- 
braïques. La langue sacrée a perdu par cette indigence les moyens 
de différencier les modalités de l'aoriste, et de distinguer dans les 
noms par des désinences vocaliques le sujet, le régime et le cas de 
dépendance. Cependant il y a quelques rudiments de modalités et 
de cas ; mais ces rudiments sont limités à certaines formations spé- 
ciales, ou à des applications d'un sens particulier. En outre, qui dit 
rudiment, peut aussi bien y comprendre le dernier reste d'un phé- 
nomène autrefois général, que le premier essai d'une formation qui 
a échoué dès le début. Depuis une vingtaine d'années, on suppose 
néanmoins généralement que l'hébreu, après avoir possédé la ri- 
chesse vocalique de sa luxuriante sœur, l'avait perdue, par suite 
d'une usure que subissent fatalement toutes les langues dans le 
cours des siècles 4 . M. Stade le pense également. Il est vrai qu'à 
part les adverbes, a} r ant les désinences de l'accusatif, et les termi- 
naisons qui indiquent des directions de lieu, les prétendus cas ne se 
rencontrent jamais qu'en contre-sens, c'est-à-dire aux parties du 
discours où la grammaire ne les exige pas. Mais en latin aussi les dé- 
sinences se confondent à l'époque de la décadence. Faudrait-il alors 
supposer toute une période de la littérature hébraïque, antérieure 
à celle dont les restes nous ont été conservés? Car, si dès l'époque où 

1 Ibidem, p. xxn et suiv. 

* Ibn Djanâh a considéré la trilitéralité comme impossible dans des mots comme 
"7*1, 33, parce que, comme trilitères, ces mots auraient trois lettres égales ; voy. Ou- 
soui, éd. Neubauer, col. 8. Ibn Ezra appelle bilitères (D^j^) les racines concaves, 
mais pour les racines géminées il reste d'accord avec Hayyoudj. 

s Voy. Lagarde, Symmicta, I, 122. 

4 Voir l'excellente monographie du professeur F. W. M. Philippi, Wesen und 
Urgprung des Status constructus vm Hebrâischen, 1871. 



152 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

la branche hébraïque s'est détachée, comme idiome particulier, du 
tronc commun du sémitisme, les désinences avaient disparu, il serait 
bien singulier que le hasard eût sauvé aussi maladroitement les épa- 
ves qui ont échappé au naufrage général. Et si, au début, la langue 
avait possédé les terminaisons, nous comprendrions difficilement 
qu'elles eussent pu disparaître. Nous avons dit ailleurs, que l'absence 
de la prosodie et des mètres chez un peuple éminemment poétique, 
tel que le peuple juif, ne s'expliquait que par la pauvreté vocalique 
de sa langue, et, nous avons ajouté qu'un idiome qui, par suite de 
son vocalisme, avait une fois possédé des compositions métriques, 
était par là même préservé du danger de perdre cette richesse. En 
transmettant aux générations futures les vers de ses anciens poètes, 
la tradition leur maintient toutes les syllabes qui en constituent le 
mètre *. 

Gomme nous l'avons dit, nous n'avons nullement l'intention de 
nous déclarer en faveur de l'une ou de l'autre opinion dans ces dé- 
bats ; nous voulions seulement montrer l'intérêt qui s'attache à ces 
questions et au livre de M. Stade qui les traite magistralement. 

M. Stade donne partout un grand nombre de formes et d'exemples; 
il indique par un signe les formes qui ne se rencontrent qu'une fois 
dans l'Ecriture, et, par un autre, les formations principales, dont il 
n'existe qu'une formation dérivée. Il condamne, peut-être un peu 
trop hardiment, tous les monstres masorétiques, qui, par leur dif- 
formité, résistent à toute analyse; il ne veut pas admettre que 



1 Opuscules, etc., p. lxxxvi et suiv. — Malgré la réserve que nous nous sommes 
proposé de garder dans cette annonce nous n'avons pas pu déguiser la difficulté que 
nous éprouvons d'adopter pour l'hébreu primitif les désinences vocaliques de l'arabe. 
Nous avons été parmi les premiers qui aient expliqué des formes, comme d5t"I, dp^l» 
etc., par la mimation. Voyez Orientalia, Leyde, vol. II, 1846. Mais pour les 1 et 
i à ia fin de quelques noms et infinitifs, nous persistons à y voir une liaison, sans 
penser pour cela à Yisâfet persan, ou une prolongation poétique. On ne trouve *irnn 
que devant des noms dépourvus de l'article ; on dit V*"|N "îrPFl. mais toujours T\^T\ 
V^lNÏT Dans ù"ifa "iS^fàb le second nom est également sans article ; le maw dans 
T1^2 "IjS Û3>^!2 semble provenir d'une allitération, provoquée par les trois mots, 
commençant par bêth. Si l'on trouve le i si souvent dans le ps. cxm, il y avait 
évidemment un rythme ou mètre qui exigeait dans ">!ftipfà ^ÏTDàfàïl ^b^SUSlEïl 
etc., une syllabe de plus. Aufrement, comment s'expliquer la fréquence de cette 
voyelle dans ce psaume et son absence dans les autres. En présence de l'accord qui 
s'est formé au sujet de ces voyelles entre tous les grammairiens modernes, je ne puis 
que timidement exprimer le doute qui me reste et qui m'empêche de me ranger à leur 
avis; l'influence que la prosodie exerce sur le vocalisme, et vice versa, mérite certaine- 
ment d'être prise en considération. — Qu'on nous permette encore une observation. 
Dans les langues essentiellement désinentiques, la construction profite des différents 
cas pour des inversions continuelles qui varient et embellissent la phrase ; rien de 
semblable en langue sémitique. La différence entre le sujet et le régime n'a produit 
aucun effet sur la proposition arabe ; l'adjectif ne peut jamais se placer devant le 
nom, ni se détacher de son nom, bien que la même désinence eût maintenu le lien 
grammatical entre ces deux parties du discours, quand même on aurait placé un verbe 
entre elles. Il ne règne pas plus de liberté à cet égard en arabe qu'en hébreu. Le 
syriaque et l'éthiopien ont subi des changements à cet égard sous l'influence croissante 
du grec sur les deux littératures. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

l'excentricité de la forme elle-même semble en garantir l'authen- 
ticité. Le credo quod absurdum pourrait tenter plus d'un lecteur 
de la Bible 1 . 

Une table, très complète, qui ne comprend pas moins de 240 co- 
lonnes, donne tous les mots expliqués dans ce volume. Le paradigme 
bap, qui, pour de bonnes raisons, remplace b^D, est gênant pour 
notre génération ; si l'on veut l'adopter généralement, ceux qui en- 
trent seulement dans ces études se feront facilement à cette nou- 
veauté. 

Nous souhaitons vivement que M. Stade veuille nous donner bien- 
tôt le deuxième volume qui doit contenir la syntaxe. 

Joseph Derenbourg. 



"pmbl nD*li2 "'EDn msnZSn Réponses faites par de célèbres Rabbins français et 
écrivains des xi° et xn e siècles, publiées d'après un manuscrit et accompagnées 
d'un commentaire et d'une préface par Joël Mueller (Vienne, 1881). 



Les réponses à des questions casuistiques constituent une sorte 
de littérature épistolaire ; ce sont des lettres échangées entre rabbins 
d'un même pays ou de pays situés à grande distance les uns des 
autres. Ce genre commence au temps de la dispersion. On en trouve 
déjà des traces dans les Talmuds et il prend un véritable caractère 
épistolaire dès l'époque des guéonim, successeurs des docteurs talmu- 
diques. Ces réponses portent quelquefois sur des cas de conscience 
purement imaginaires, mais très souvent sur des faits réels. Dans 
ces derniers, l'historien peut recueillir des données relatives à l'his- 
toire des Juifs, et la géographie du moyen âge en peut tirer profit 
quelquefois, à cause des noms des lieux qui y sont mentionnés avec 
la prononciation du temps. Il va sans dire que pour l'histoire des 
rabbins cette littérature est d'un immense intérêt. Gomme pour les 
chartes, il est absolument indispensable pour les réponses de les 
avoir sous les yeux in extenso, quoique l'historien et le géographe 

1 11 y a, à notre avis, une différence entre les anomalies où l'erreur des Massorètes 
peut s'expliquer, et celles où l'on comprendrait difficilement qu'on eût pu se tromper. 
Par exemple ponr ïljFûb'Oin {Amos,iv, 3 ; § 453), \ehê à la fin du mot peut provenir 
du mot ïljIfainïT» qui suit; mais comment supposer que la ponctuation de h^pp. 
(Ps. vu, 6; § 483 a), soit le produit d'une méprise? Quand on trouve à la fois 
!"7rWDn (Deut. xxxm, 16 ; § 510 h., où il faut ajouter warv), VlKam (I Sam. xxv, 
34; g 556, 1. ult., où le wam manque), et ïlNIDm (Is. v, 19), il ne faudrait pas sup- 
poser des fautes. Ibn Djanah a réuni les trois passages et en a tenté l'explication 
dans le Moustalhik [Opuscules, p. 65). 



! :.'■ REVUE DES ETUDES JUIVES 

ne fassent usage que des parties qui ont trait à leur sujet. Nous 
devons donc accueillir avec satisfaction la publication des réponses 
faites par des rabbins français, du xi G et xn e siècles, publiées d'après 
un manuscrit, par M. Joël Mùller. 

L'éditeur s'est déjà fait connaître par des publications antérieures, 
et surtout par son excellente édition du Massekheth Soferim, comme 
un savant très versé dans la littérature talmudique proprement dite, 
ainsi que dans celle des commentaires du Talmud. Il a pu, grâce à 
sa vaste connaissance des écrits rabbiniques, déterminer les auteurs 
de quelques-unes des réponses anonymes de son recueil, par la 
comparaison avec des réponses ou des fragments cités par des rabbins 
postérieurs au xn e siècle, et surtout par des glossateurs français, 
dont les postilles sont connues sous le nom de Thossafoth. Nous y 
trouvons des réponses faites : 1° par le fameux Gerschom, fils de 
Judah, à Metz, appelé aussi « la lumière de la captivité », mort vers 
4 040 de l'ère vulgaire; 2° par Isaac, fils de Judah le français, à 
Mayence, mort vers 1080 ; 3° par le célèbre Salomon, fils d'Isaac, de 
Troyes, plus connu sous le nom de Raschi, mort vers 4105 ; 4° par 
son petit-fils, Jacob, fils de Meir, à Ramerupt, mort vers 4171. En 
un mot, M. Mùller nous donne la littérature épistolaire sur les ma- 
tières de casuistique des plus anciens rabbins français et lorrains 
connus, si nous exceptons Eliézer, de Metz, connu sous le nom de 
« Rabbi Eliézer le Grand. » — Outre les réponses faites par les 
rabbins mentionnés ci-dessus, M. Mùller en a fait connaître d'autres 
qui se trouvent dans le même manuscrit et dont les auteurs étaient 
jusqu'à présent peu connus. Sa publication n'en acquiert que plus de 
valeur pour l'histoire des rabbins français. Citons, par exemple, les 
noms de Schemaryah, fils de Michael, Isaac, fils de Menahem, Zerah, 
fils d'Abraham et d'autres. Dans sa préface, écrite en hébreu, l'édi- 
teur relève tous les noms des rabbins cités dans les réponses, en 
indiquant, autant que c'est possible, le lieu où ils vivaient et l'époque 
où s'exerça leur activité littéraire. Il résume, en outre, à la fin de la 
préface, les données historiques qu'on peut tirer de ces réponses 
relativement à l'état social des Juifs en France, rassemblant par 
exemple les faits qui concernent la possession par les Juifs des biens 
propres, le commerce soit par terre soit par mer, les gages qu'ils 
avaient sur les biens des princes ou des prélats, l'acquisition ou la 
perception des rentes, les persécutions atroces qu'ils eurent à souf- 
frir principalement au temps de la première croisade, et dont ils 
furent quelquefois délivrés par l'intervention pontificale, l'espèce de 
solidarité qui existait entre les communautés, la stabilité des insti- 
tutions établies pour les communautés par les rabbins. La dernière 
réponse faite par Gerschom de Metz a trait à un fait se rapportant à 
l'époque où un roi de France vint avec son armée et une armée auxi- 
liaire bourguignonne et assiégea une ville forte pendant trois mois 
sans succès, fait que M. Mùller rapporte au siège de Valenciennes, 
par le roi Robert et l'empereur d'Allemagne Henri II, alors en guerre 



BIBLIOGRAPHIE 158 

avec le comte Baudouin, de Flandre, en 1106. Cela nous semble peu 
probable puisque, dans cette guerre, l'histoire ne fait pas mention 
de troupes bourguignonnes '. 

L'éditeur trouve une conformité qui nous paraît justifiée, tant 
pour le style que pour la méthode d'exposition, entre les réponses 
des rabbins français et celles des guéonim de Babylone, tandis que 
les réponses des rabbins d'Espagne présentent un caractère très dif- 
férent. La table qui se trouve à la fin du volume, et dans laquelle 
les réponses sont classées par matière, sera très utile aux rabbins 
qui aiment encore s'instruire de ce côté. 

Ce qui est le moins réussi dans le livre de M. Mùller, ce sont les 
explications des mots français qu'on lit dans quelques réponses ainsi 
que les identifications des noms géographiques. Ainsi, par exemple, 
dans le numéro 70, le mot tfnaitt'DD avec variante ar^EibD, n'est 
certainement autre que œnaifcb'iD, Pulmonaria, ou maladie du pou- 
mon ; le mot b^np (ibidem), est cordeil et non coude, tandis que le 
mot •p^'p-o avec variante , j-npD"i£ est encore à expliquer, il ne peut 
être ni sans crin ni voûte crin, mots qui n'existent pas. Le mot 
fiTDTn^tt (préface p. xxxvn), qui est le même que iz5B , n3>tt (Rép. 101, 
peut-être une faute d'impression pour sô'n^'B) est sans doute de 
provenance arabe, comme M. Rapoport l'a bien reconnu, et signi- 
fie une espèce de licence ou d'autorisation ; dans les réponses des 
rabbins français, il signifie un permis de faire un certain commerce ; 
le mot n'a rien à faire avec les mots mire-fier, qui ne donnent d'ail- 
leurs aucun sens. — La monnaie mentionnée dans la vingt-neuvième 
réponse comme « denier Oj^a^p » ne peut signifier « deniers cou- 
rants » à moins de lire oa:np, et non o^^np qu'on trouve deux fois 
dans la même réponse ; une conjecture plus probable serait de lire 
DS'HÛ'lp et de traduire « deniers Chartrains », ou peut-être même sans 
altération du mot, car, autant que nous pouvons le vérifier, Chartres 
est presque sans exception écrit dans les manuscrits hébreux ©t31p, 
ce qu'on a peut-être prononcé Chartes. — Les monnaies de "ppoto et 
de 'p-nb (Rép. 72), sont bien, comme M. Mùller l'indique, de Mâcon et 
de Lyon, mais les endroits y mentionnés «niiûm -id^ et *ji^p nQB ne 
peuvent pas être identifiés d'après l'hébreu au moins avecBonchoux 
et Cousance, tous les deux dans le département du Jura. L'hébreu 
donnerait plutôt les mots Bussière et Chassin. — L'identification 
de l'endroit de OTaaib (Rép. 3) avec variante û^ay^r, où Joseph ben 
Menahem séjournait, avec Embrun (Hautes-Alpes) ou Embrodunum 
est tout à fait inadmissible, ai-ûînb est simplement Lombart, Joseph 
était originaire de la Lombardie, comme on trouve un Méir Lombard. 
Lombard, d'ailleurs, est employé pour des habitants de l'Italie en 
général. — TWbN *i\Ba dans la même réponse est bien Pont-Audemer. 
(Eure). — M. Mùller explique le mot \25*D *>iy (Rép. 4 et préface, 



1 II faut sans aucun doute lire (page 58) avec le texte tel qu'on le trouve dans le 
Or Zarua (§ 693) N^wn ^.11 T^mb^T! Û*. 



156 REVUE DES ETUDES JUIVES 

p. xxii), par « les villes de Nérés,itf, des Neresii, ou villes des mon- 
tagnes noires ; il semble même vouloir expliquer Narbonne par une 
composition du mot ner. Outre que les montagnes noires sont près de 
Carcassonne et que Narbonne dérive du nom Narbo, cette étrange 
identification tombe d'elle-même puisque le manuscrit porte, comme 
M. Halberstam veut bien nous en informer, ui^û vjy au lieu de ■»■■# 
©"0; le sens est que la réputation de R. Siméon va jusqu'à la ville de 
Neresch en Babylonie (voir ma Géographie du Talmud, p. 365), ana- 
logue à la phrase bien connue, nn^ bïî ïrrn . ban *i» wrUEO fions 
nï"ttï"T ; seulement, à cause de la rime avec le mot ttj-iàto on a employé 
la ville de ©-id au lieu de bns.— L'identification du nom bBiBNTH ^pîs 
(Rép. 62), avec Dnrtal (dép. de Maine-et-Loire) est bien trouvée. 
M. Gélestin Port [Dictionnaire historique de Maine-et-Loire) aura à 
ajouter cette dénomination de Durastel au xn e siècle à côté de son 
indication : « Castellum quod weatter Diristallus 1070-1080. » Le mot 
"pO, en effet, rend presque toujours le mot « château » ; ainsi ^ps 
•p^b est Ghâteau-Landon, plus tard écrit innb bai£p ; u&nb ^~o est 
probablement Chatelleraut [Histoire littéraire de la France, t. xxvn, 
p. 441). Nous ne sommes pas sûrs de l'identification du nom spbs *p3 
(même réponse), avec La Flèche (dép. de la Sarthe), cependant l'hé- 
breu s'accorde bien avec le nom Caslrum Flechia. 

On voit, par notre compte-rendu succinct, quel service M. Millier 
a rendu, par sa publication, à l'histoire des rabbins français ; espé- 
rons que le public juif l'encouragera dans les efforts qu'il fait pour 
cette ancienne littérature judaïque. 

A. Neubauer. 



OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES : 

Par l'auteur : Joël Mùller, Réponses faites par de célèbres rabbins 
français et lorrains du xi e et xn e siècles. Vienne, 1881, in-8°, xxxx- 
61 p° (Hébreu.) 

Par l'auteur : S. Neumann, Die Fabel von der jïïdischen Massenein- 
ivanderung. Berlin, L. Simion, 1880, in-8°, 46 p., 2 e éd. 

Par l'auteur : S. Neumann, id., 1881, in-8°, 66 p., 3 e éd. 

Par l'éditeur : D. Rosin, Commentarium quem in Pentateuchum com- 
posuit R. Samuel ben Meir. Breslau, Schottlaender, 1881, in-8°, 
xliii-232 p. (Hébreu.) 

Par l'auteur : Pietro Perreau, Intorno agli atti del IV Oongresso 
internationale degli orientalisti. Gorfou, Nacamulli, 1881. (Extrait du 
Mosé y 1881.) 

Par l'auteur : Enrique Serrano Fatigati, Estudos sociales y politi- 
cos. La cruzada europea contra los Judios. 



ADDITIONS ET RECTIFICATIONS 



TOME I" 1 . 

Page 61, ligne 7 : au lieu de /T.'»;' Lisez i%9%. 

P. 63, ligue 2 en bas : Bar est sans doute Bar-le-Duc. 

— ligne 1 en bas : Banionville est Bayonville, dans les Ardennes ou 
la Meurthe. 

P. 64, note 7 : Boucacliard est Bourg Achard, dans le dép. de l'Eure. 

P. 65, 1. 12 : Bruniau pourrait être Brienau, dans l'Yonne. 

P. US, 1. 8 : Chsalons : lire Chaalons. 

— 1. 22 : Veelli est Vailly, dans l'Aube. 

Nous devons la plupart de ces identifications à M. Gustave Saige. 

P. 80, 1. 3 et 4 : Bamot désigne un endroit appelé Beaumes, probablement 
le Beaumes situé dans le département de Vaucluse, non loin d'Orange ; 
baumes, en provençal, signifie hauteurs, collines, comme l'hébreu mfà3 (note 
communiquée par M. Léon Bardinet). 

P. 81, 1. 7 de la note : les mots « ou son fils Calonymos », entre paren- 
thèses, sont à rayer et ne devaient pas être imprimés. 

P. 118, 1. 8 en bas : « dextere excelsi ». L'explication de ces deux mots 
a été trouvée par M. S. Lœwenfeld, qui l'a donnée dans les Gœttinger gelekr. 
Aazeigen, p. 1052. Se tondant sur un passage des Annales Altahenses ad annum 
1062 contenant ces mots « quod haec immutatio dexterae excelsi fuerit », 
ce qui signifie : « ce changement fut [l'œuvre] de la droite de Dieu », 
et parait faire allusion aux mots "piby 'pfà"' matD de Ps. 77. 11, M. Lœwen- 
feld conclut que notre passage signifie aussi que le changement de la 
synagogue d'Orléans en église fut l'œuvre de la droite de Dieu. 

P. 126. David (Ernest) : Aux indications bibliographiques sur Antonio 
José de Silva, il faut ajouter : Ferdinand Wolf, Don Antonio José da Silva, 
Vienne, 1860 ; et Grùnwald, José da Silva, dans Monatsschrift 1880. 

P. 130. Schibhé élohim : Segal Amsi=: Segelmesse (Note de M. M. Steins- 
chneider). 

P. 247. Aux polémistes anti-juifs ajouter Petrus Alfonsi, juif, baptisé en 
1106. Voir Hebr. Bibliographie, n os 121-122, p. 38. 

P. 301, 1. 21. Suevius signifie Souabe, non suédois ; la faute vient du tra- 
ducteur, non de M. Perles. 

P. 306. Alègre : Il n'est pas bien sûr que Lévi b. Gerson n'ait pas été mé- 
decin ou n'ait pas écrit au moins sur la médecine ; le contraire paraît plutôt 
prouvé. 

TOME II. 

P. 135, dans l'inscription hébraïque : au lieu de TPTP nous aurions dû 
plutôt écrire fcTTP. 

P. 143, 1. 40 : lisez Esztergom. 

Isidore Loeb. 



LISTE DES MEMBRES NOUVEAUX DE LA SOCIÉTÉ DES ETUDES JURES 



DEPUIS LE 1 er JUILLET 1881 



Membre perpétuel : 

Montefiore (Claude), Portman Square, 18, Londres. 

Membres souscripteurs : 

Mossé, grand rabbin, Avignon. 

Pariente (Isaac), impasse de Chartres, Alger. 

Perreau (Le chevalier), bibliothécaire royal. Parme. 

Rosenthal (D r ), rabbin, Beuthen Oberschlesien. 

Sasportés (Emile), rue René Caillé, 5, Alger. 

Sayce ( A. -II. Rev.), professeur de philologie comparée, Quen Colle» 

Oxford. 
Szoi.d, rabbin de la congrégation Ohel) Schalom, Baltimore. 
Weillschott (Léon), rue Monforte, 30, Milan. 



Le nombre des membres de la Société des Études juives s'est élevt 
pour l'année 1880-1881 à 381, qui se répartissent comme suit : 

Membres fondateurs : 

1 dont la cotisation une fois versée est de 10,000 fr. 
1 — — 3,000 

1 — - 1,000 

Membres perpétuels : 

19 dont la cotisation une fois versée est de. 400 fr. 

Membres souscripteurs : 

1 dont la cotisation annuelle est de 500 fr. 

4 — — 400 

1 — — — 250 

i — 200 

1 150 

1 — 100 

4 — — 50 

2 — — 40 

3 — - 30 

:m — — 25 

381 



PROCÈS-VERBAUX DES SEANCES DU CONSEIL 



SÉANCE DU 30 JUIN 1881. 
Présidence de M. A. Darmesteter. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

,1/. le Président rappelle que dans sa dernière séance, le Conseil, pour ramener le 
nombre des membres du Conseil au chiffre de 21 fixé par les Statuts, a décidé que 
sur les huit premiers sortants, sept seulement seraient soumis à la réélection. M. le 
Président fait observer qu"il serait pénible de proposer à l'Assemblée générale d'éli- 
miner ;iinsi un membre du Conseil, car les membres de la l rc série soumis cette 
année à la réélection ont tous consacré à la Société le plus grand zèle. Ne pour- 
rait-on pas reculer cette élimination à la 3° série? 

Cette proposition est adoptée. En conséquence, la première série comprendra les 
sept premiers noms déjà indiqués, la 2° le huitième de la l rc , la 3 e le septième de la 
2° plus les sept derniers. 

M. le Président rend compte des travaux de la Commission des Conférences. 
Celle-ci a rédigé : 1° une liste de membres de la Société auxquels le Comité deman- 
dera de vouloir faire des conférences ; 2° une série de sujets que l'on pourrait pro- 
poser à chacun des conférenciers. M. le Président donne lecture de ces sujets de 
conférence. 

31. Astruc objecte qu'il vaudrait mieux ne pas indiquer les sujets et laisser toute 
liberté aux conférenciers. 

M. Loeb répond que sans cette indication des sujets beaucoup de membres à qui 
l'on s'adressera ne se croiront pas en état de répondre à la demande de la Com- 
mission. 

M. le Président fait observer que la plupart des écrivains auxquels sera envoyée 
l'invitation ne s'occupent pas d'ordinaire de choses juives et qu'ils seront inévitable- 
ment embarrassés si la Commission ne leur désigne pas les sujets qu'ils peuvent 
traiter. 

M. Astruc propose qu'il soit dressé des catégories de sujets de conférences que 
l'on soumettra à chacun des conférenciers. 

M. Loeb propose à son tour que ces listes ne soient envoyées que suivant que la 
Commission le jugera opportun. 

Cette proposition est adoptée. 

M. le Président rend compte des travaux du Comité de Publication relatifs au 
volume de Variétés dont le Conseil a voté l'impression. La Commission a cru que 
les articles de ce volume devaient pouvoir être lus avec intérêt par tous les membres 
de la Société, mais néanmoins qu'ils devaient avoir une valeur scientifique. Ce volume 
formera l'Annuaire de la Société et en portera le titre. 

Le Conseil approuve l'œuvre du Comité de Publication. 

Le Conseil s'ajourne au mois d'octobre. 

Les Secrétaires, II. Derenbourg, A. Éphraïm. 



Le gérant responsable, 

Israël Lévi. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS. 



Une bien triste nouvelle nous arrive au dernier moment : 
le président de la Société des Etudes juives, M. le baron 
James-Édouard de Rothschild n'est plus. Un coup aussi 
cruel que subit vient de l'enlever à sa famille, à ses amis, 
à ses travaux. Il était âgé de 36 ans. 

Ce n'est pas le moment de raconter cette belle existence, 
qui avait déjà tant donné et qui promettait plus encore. 
L'émotion qui nous étreint fait trembler notre plume, et ne 
nous laisse pas la liberté d'esprit nécessaire pour mettre en 
lumière autant qu'il convient les services que le baron 
James a rendus à son pays, à son culte, à la charité, à la 
science. 

Nous nous bornons à exprimer ici les profonds regrets de 
la Société des Études juives, qui est son œuvre, et qu'il a 
présidée avec un dévouement infatigable et éclairé. Si elle a 
rencontré, dès son début, tant de sympathies, et obtenu du 
si précieux concours, c'est à lui qu'en revient le mérite. Le 
prestige de son nom, la chaleur communicative de sa parole, 
son goût prononcé pour les recherches érudites, dont il a 
donné lui-même l'exemple dans d'importantes publications, 
son amour sincère pour le judaïsme, le sentiment très élevé 
et très juste qu'il avait des exigences d'une création franche- 
ment scientifique, ont assuré le succès de la nouvelle société, 
et l'ont engagée dans une voie féconde qu'elle tiendra à 
honneur de poursuivre, en s'inspirant des idées et des vues 
de son bien-aimé fondateur. 

Quant à ses collègues du Conseil de direction qui ont eu le 
bonheur, trop court hélas ! de travailler avec lui à l'œuvre 
commune, ils ont pu apprécier, en même temps que l'éten- 
due et la sûreté de son savoir, la droiture et la distinction de 
son esprit, le charme de son caractère, son aimable et tou- 
chante simplicité, sa conversation si séduisante et surtout la 
bonté exquise de son cœur, où il y avait seulement place 
pour des sentiments généreux et de nobles passions. Ils 
ressentent vivement le vide que la disparition d'un tel 
homme laisse partout derrière lui ; ils s'associent avec res- 
pect à la douleur des honorés membres de sa famille et 
déposent ici l'expression émue de leurs vives sympathies. 



L'INSCRIPTION HEBRAÏQUE DU SILOAH 

PRÈS DE JÉRUSALEM 



En examinant un plan de l'ancienne Jérusalem, on voit à l'est 
de la ville une fontaine, nommée aujourd'hui la fontaine de la 
Sainte-Vierge. A une courte distance de cette source, s'ouvre un 
souterrain creusé dans le roc, qui conduit les eaux, sur une lon- 
gueur de plusieurs centaines de mètres, jusqu'à un réservoir fait 
de mains d'hommes, et appelé la fontaine du Siloah. A vrai dire, 
le nom de fontaine n'est jamais donné au Silôah dans la Bible. Le 
mot ayin ou mcCyân (source) se trouve pour le Rôgêl, pour les 
eaux du Naftôah, mais jamais pour le Silàah; on rencontre dans 
Isaïe, vin, 6, « les eaux du Silôah », où 'ayin ou ma" y an peuvent 
être sous-entendus ; mais dans le livre de Néhémie, m, 15, on dit 
clairement « la piscine du Sélah » ■ . En effet, la situation de ce ré- 
servoir, à l'est des jardins du roi, indique suffisamment que les 
eaux en étaient destinées à l'arrosage des vastes jardins appar- 
tenant aux rois de Juda. 



1 Jean, ix, 7 : eIç ttjv %oXu(j.6yiôpàv to'j gù.wxj.^ 6 ép^rjvsûexat à7reaTa).[xévo;. Jo- 
sèphe, qui nomme souvent le Silôah, ne le désigne qu'une ibis comme tzt^ (Bell. 
Ji«L, V, iv, 2), où il parle immédiatement après de l'étang de Salomon (y.o),o(jt.ù>vo; 
xo). , j(j.or,6ça), et ou il s'agissait de marquer la différence entre le Silôah comme source 
et le réservoir de Salomon. Ce réservoir est d'ailleurs inconnu, et le passage de 
Josèphe est ohscur. Faudrait-il ici encore I.O.wàfj. ? Du temps de Néhémie on distin- 
guait peut-être par deux noms divers la source schilôah du réservoir schélah ; le pre- 
mier, Hib C = mVllî (avec dâgesch) est une forme intensive, indiquant la force avec 
laquelle l'eau s'échappe du rocher avec les intermittences dont parlent les voyageurs 
anciens et modernes ; le second fibli signiiie l'eau envoyée et amassée dans le hassin. 
— La transcription grecque est bien singulière ; on s'attendrait à SiXtoe, comme Ncôe 
pour J-iï, Mavwe pour rHjfa- En effet, Jérôme a toujours Siloe. Cependant la pronon- 
ciation constante avec m à la fin doit avoir été entendue ainsi des Arabes, lorsqu'ils 
s'emparèrent de la Palestine, puisque, suivant le génie de leur langue, ils changèrent 
SUâam en Selvân. 

T. III, 11 



162 REVUE T)KS ETUDES JUIVES 

Le célèbre voyageur américain, Robinson », raconte qu'en avril 
1838, il a exploré avec grande peine ce souterrain, en y entrant 
d'abord par Le coté sud, .jusqu'à un point où il fut arrêté par le 
peu d'élévation du tunnel. Le lendemain, il y entra de nouveau par 
le côté nord et parvint jusqu'à l'endroit qu'il avait marqué la 
veille. Ayant chaque fois mesuré. la portion qu il avait traversée, 
il donne le nombre de 533 mètres pour la longueur du souterrain 
tout entier. Robinson, qui était cependant un observateur fin et 
exercé, ne vit absolument rien dans l'intérieur du tunnel. Un 
hasard heureux y lit découvrir, en juin 1880, une inscription que 
personne n'avait aperçu* 1 auparavant. 

On a raconté ici-même- comment des jeunes gens, se baignant 
dans le Silôah et se poursuivant jusqu'au-delà de l'orifice du sou- 
terrain, remarquèrent sur le mur du roc des traces de caractères 
qui leur étaient inconnus . 

Ils avertirent M. Schick, architecte wurtembergeois, qui réside 
à Jérusalem, et celui-ci reconnut bientôt qu'il y avait là une série 
de lettres ayant une grande ressemblance avec celles de la fameuse 
stèle moabite du roi Mêschà. M. Schick fit aussitôt part de la dé- 
couverte qu'on venait de faire à la société du Palsestina-Verein à 
Tubingue. Il n'y avait plus de doute, on avait devant soi une ins- 
cription dans tous les cas fort ancienne qui, on le devinait facile- 
ment, devait avoir trait au percement du souterrain. 

La rareté des monuments épigraphiques dans la ville sainte 
donnait un intérêt de plus à l'inscription qu'on venait de trouver. 
A Tubingue on demanda des estampages, de peur que l'Explora- 
tion Funcl de Londres ne prît les devants sur sa plus jeune sœur. 
Mais les estampages pouvaient difficilement réussir à un endroit 
où l'eau mouillait constamment le papier qu'on employait. Puis, 
les siècles avaient rempli le creux des caractères de boue et de 
silicate, ce qui rendait cette opération impossible. Ajoutez que 
l'obscurité qui règne dans le tunnel ne permettait guère de voir et 
de dessiner exactement les différentes parties de l'inscription. Une 
impatience indescriptible saisit les amateurs curieux de la Terre- 
Sainte. 

Sur ces entre laites, M. Sayce, professeur d'assyrien à Oxford, 
vint à Jérusalem. VAthênœum du 12 mars 1881 donne le premier 
rapport de ce savant sur l'inscription. Il avait pénétré dans le 
tunnel, y était resté plus d'une heure, les pieds dans l'eau, accom- 



1 Biblkal Sescarches (éd. 1856), vol. 1, p. 339 et suiv. Voy. aussi Ritter, Erd- 
kunde, XVI, r, p. 44C» et suiv. 
a Revut, II, p. 333. 



L'INSCRIPTION HEBRAÏQUE Dl' SILOAH 163 

pagné d'un ami tenant une chandelle pour répandre un peu de 
lumière dans le canal obscur. 

Le même journal donna dans plusieurs de ses numéros une dis- 
cussion entre M. Schapira, de Jérusalem, et notre ami, M. Neu- 
bauer, puis un article de M. Sayce '. 

Celui-ci a, en outre, consacré un mémoire à notre inscription 
dans les Quaterly Statements de V Exploration Fund sous le titre 
The ancient hébrew inscription cliscovered at the pool o/'Siloam 
in Jérusalem. En Allemagne, la Zeitschrift des deulschen Palœs- 
tina-Vereins a publié deux articles, l'un de M. Guthe qui habite 
Jérusalem et l'autre de M. Kautzsch, professeur à Tubingue 9 . 

Ces divers travaux témoignent du zèle avec lequel on s'est 
occupé en Angleterre et en Allemagne du précieux monument. 
Mais nous y apercevons aussi une sorte de course au clocher 
entre les savants des deux pays, qui tient plus encore à l'amour- 
propre qu'à un intérêt scientifique. On se dispute des deux côtés 
la priorité pour la lecture de tel ou tel mot, et on s'accuse mu- 
tuellement de plagiat. La société allemande a-t-elle, oui ou non, 
fourni à ses représentants dans la ville sainte les sommes indis- 
pensables au curage et à rabaissement du niveau d'eau dans le 
tunnel? C'est là une question qu'on débat avec une passion ardente 
où l'urbanité fait souvent défaut 3 . M. Clermont-Ganneau, notre 
intelligent et infatigable consul de Jaffa, était alors retenu chez 
lui par une grave maladie et il s'ensuivit que la France n'a 
pu prendre part à cette lutte obstinée. Nous déplorons surtout 
que, par suite de la précipitation qu'on a mise au nettoyage du 
creux des lettres par l'acide hydrochlorique, on ait bien réussi à 
faire ressortir mieux certains caractères, mais qu'on en ait dé- 
truit un certain nombre, qu'on voit encore sur les premiers des- 
sins, fournis par l'Allemagne et l'Angleterre. 

Il ne peut pas entrer dans ma pensée d'exposer ici toutes les 
tentatives d'interprétation, souvent fantaisistes, qui se sont pro- 
duites dans les articles cités. Nous mentionnerons seulement 



1 Voir YAtkenœum, 1881. p. 80, 110, 144, 176 et 208. 

* Palestine Exploration Fund, Iuly, 1881, p. 141 et suiv. (M. Sayce), p. 155 et 
suiv. (M. Taylor); Octobre 1881, p. 282 (M. Sayce). 285 (M. Claude K. Couder). 
292 (M. Taylor), 293 (M. S. Beswick), 296 (M. H. Sulley). — Zeitschrift des Deuts- 
chen Palœitina-Vereins, 1880, p. 54 et suiv. (M. Socin) ; 1881, p. 102 et suiv. 
(M. Kautzsch) et p. 115 et suiv. (M. Guthe); puis, p. 250 et suiv. (M. Guthe), et 
p. 260 et suiv. (M. Kautzsch). 

3 II est incontestable que M. Sayce est sorti de ses études habituelles, en se char- 
geant de l'explication de notre texte hébraïque. A part les observations paléographi- 
ques, les notes du Statement montrent une grande inexpérience de la langue sacrée. 
Mais M. Kautzsch de son côté a certainement fait preuve d'une susceptibilité exa- 
gérée. 



164 REVUE DES ETUDES JUIVES 

l'essai extravagant de M. Schapira, qui a voulu voir sur l'ins- 
cription le nom du roi Uziâli et celui de l'Ophel, au sud de Jéru- 
salem. Bien entendu, il n'y a trace ni de l'un ni de l'autre. 

M. Schapira a également soutenu qu'il se trouvait des ligatures 
entre les caractères de notre inscription. Ceci aurait fourni un 
pendant aux fameux monuments moabitiques vendus par M. Scha- 
pira, et qui ont soulevé, il y a quelques années, des débats si 
passionnés en Allemagne. À la vérité, il n'y a pas plus de liga- 
tures que de noms propres sur notre monument. 

On possède aujourd'hui, en Europe, trois moulages de l'ins- 
cription du Silôah : l'un fait par les soins du Pakestina-Verein, à 
Tuhingue, un second, entrepris aux frais de l'Exploration Fund, 
à Londres, enfin, un troisième, à Paris, que nous devons aux 
soins de notre consul de Jaffa. Nous avons sous les yeux ce der- 
nier moulage, puis, deux excellentes photographies du premier et 
du troisième, et nous offrons ci-contre aux lecteurs de la Revue 
une réduction de la dernière photographie. 

En la transcrivant ci-après, nous n'avons guère osé rétablir les 
lettres très douteuses, indiquées par M. Sayce et qui ont disparu 
complètement depuis, sous l'influence de l'acide hydrochlorique ; 
nous tâcherons seulement de remplir par conjecture les lacunes 
produites par l'action de l'eau à travers le cours des siècles ; nous 
placerons ces mots entre des crochets. 

Voici le texte : 

[n« . &b*5È , &M2HÎ-»] , "ma . nap;:-; , na^ , ïT»tt . Un . rjapsr; . [un 

p riDN .bp ,[:s>wn ,y»]B!rïb .n^t* ,idp» . wai ,'w . ba ;wt& .YTftrt 

n trai [. 5Nttttj]53i . )^JD , nsa , mr . mil . ^a , w , ba »an 

. iab"i . ina , by , ina . i3>n . mpb , ©a ; ian , ïiaps 

Mxn , rtfcK . tpan , û^nNtta . naiaii . bis . aniatt . yn . diart 

oaitnrï .««n .£>* . n^rr .naa . ïtï-i .rtoa ,n 

Nous traduisons : 

« Fin du percement. Et voici ce qui concerne ce percement. 
Pendant que les mineurs agitaient encore le pic l'un dans la direc- 
tion opposée à l'autre, et lorsqu'il y avait encore trois coudées à 
briser, on entendit la voix de l'un appeler l'autre ; car un accident(?) 
s'était présenté dans le rocher, à droite et à gauche. Et au jour du 
percement, les mineurs frappèrent l'un en face de l'autre, pic sur 
pic. Les eaux allèrent alors de la fontaine à l'étang, à peu près à 
douze cents coudées. La mesure d'une coudée était la hauteur de 
rocher au-dessus delà tête des mineurs. » 







M 



r/ix$cHirno\ hébraïque du siloah m 



Nous ferons tout d'abord suivre cette traduction de quelques 
observations. 

1° L'inscription nous fait voir clairement la situation des mi- 
neurs. Il n'y avait que deux ouvriers pour pratiquer le percement. 
Robinson a déjà fait remarquer qu'il n'y avait place dans l'inté- 
rieur du canal que pour un seul homme de chaque côté. Il nous 
dit encore que le canal ne va pas droit d'un bout à l'autre, mais 
l'orme des coudes et des zigzags dans l'intérieur, ce qui nous a été 
confirmé par les derniers explorateurs. En effet, à une époque où 
l'on manquait encore des instruments de précision, une perfora- 
tion entreprise, comme pour le mont Cenis, des deux côtés à la 
fois, ne pouvait réussir qu'autant qu'on creusait, d'une part, en 
ligne droite, et, d'autre part, sous un angle aigu à une certaine 
distance, à droite ou à gauche, de la direction choisie au côté 
opposé. De cette manière seulement on était sûr de se rencon- 
trer à un certain point du canal. 

Une inscription latine fort curieuse nous fait connaître une en- 
treprise semblable à la nôtre, tentée près de Lambessa et qui, 
après avoir périclité pendant quelque temps, n'a réussi enfin qu'a- 
vec l'aide de l'ingénieur Nonius Datus. Au moment où nos soldats 
arrivèrent dans le pays, des débris et des immondices de toute 
sorte avaient complètement bouché le souterrain. Ce n'est qu'a- 
près en avoir découvert péniblement les deux orifices qu'on a pu 
le nettoyer, et ce canal fournit encore aujourd'hui l'eau potable 
nécessaire à la ville de Bougie ■ . 

2° L'inscription ne nous raconte que la lin du travail, elle parie 
du moment où les deux mineurs, en s'appelant, reconnaissent 
qu'ils n'ont pas fait fausse route, et qu'ils sont sur le point de se 
rencontrer. Peut-être plus d'une fois, depuis qu'ils avaient avancé 
leur ouvrage des deux côtés, avaient-ils tenté de se faire enten- 
dre l'un de l'autre; mais, jusque là, l'écart avait été trop consi- 
dérable. A trois coudées de distance, la voix traversa enfin le 
restant du rocher, d'autant plus facilement que le rocher montrait 
probablement des fentes. 

3° Il n'y a, du reste, rien d'étonnant que, malgré l'épaisseur de 

' Corpus inscriptionum latinarum, vol. VIII, n° 2728. 



IliO REVUE DES ETUDES JUIVES 

trois coudées, c'est-à-dire d'à peu près un mètre et demi, les 
mineurs aient pu s'appeler l'un l'autre. Dans l'intérieur d'un sou- 
terrain la voix se propage à travers des distances Lien plus 
grandes, surtout dans un sol calcaire comme celui des environs de 
Jérusalem. 

La raison de ce phénomène est peut-être indiquée par les mots 
obscurs de la troisième ligne à partir du mot 15, si ce mot signifie 
«. car », et non pas « que ». La phrase suivante, où il est dit que 
les mineurs se trouvaient alors « en face l'un de l'autre » et qu'ils 
frappaient « pic sur pic », ce qui semble signifier que les coups 
alternaient sur la même pièce de rocher, devrait nous faire penser 
à une grande crevasse ou à une faille telle qu'on en rencontre 
quelquefois par suite du déplacement d'une couche de rocher. Il 
se pourrait aussi que les mineurs se fussent aperçus qu'en conti- 
nuant chacun dans sa direction ils s'écartaient l'un de l'autre et 
retardaient le moment de leur jonction. 

Les mots de Robinson « qu'il y avait une tendance évidente à 
aller trop loin à l'ouest sous la montagne, parce que toutes les 
fausses coupes sont à droite »., confirment cette supposition. 
Dans ce cas, les mineurs, au lieu de continuer leur travail du sud 
au nord, auraient changé de position et se seraient mis à creuser 
dans celle do l'est à l'ouest. 

4° La mesure de près de douze cents coudées donnée pour la 
longueur du canal paraît conforme à la réalité. 

En effet, les explorateurs s'accordent à nous donner 533 mètres 
pour cette longueur. Or, en prenant la coudée égale à m ,52, on 
obtient : 533 mètres = 1,025 coudées. Mais, d'après les rabbins, 
la coudée employée pour la construction du temple est à la coudée 
qui servait pour la confection des vases comme cinq est à six : 
l'une avait six palmes, tandis que l'autre n'en avait que cinq 1 . 
11 faut donc ajouter à 1,025 encore un 1/6, ou 170 coudées et 5/6, 
ce qui donne un total de 1,195 coudées 5/6, total qui approche 
assez de 1,200 pour qu'on ait pu préférer la somme ronde en cen- 
taines. La proportion entre les deux coudées donnée par les Doc- 
teurs a été bien souvent contestée ; notre monument la confirme- 
rait. Le bèt qui précède le nombre et que nous avons rendu par 
« à peu près » remplace le kafqui est plus usité. 



1 Mischnâh Kélim^ xvn, $ 10. Voir pour tout ce qui concerne les mesures d'après 
les textes rabbiniques B. Zuckermann, Dus jildische Maassystem. Breslau, 1867. — 
En supposant m ,52, nous savons bien que nous ne donnons pas la mesure exacte de 
la coudée dont la valeur a souvent changé ; mais le total de 1200 coudées sera tou- 
jours à peu près égal à la longueur réelle du canal, peut-être celle-ci est-elle même 
d'un peu plus de 1200 coudées. 



L'INSCRIPTION HEBRAÏQUE 1)1 S1LOAH 167 

.v Pour la hauteur du souterrain qui, selon Robiitson, varie 
beaucoup dans les différentes parties du canal, au point que, pour 
le traverser, il était obligé de se mettre souvent à plat ventre, on 
a probablement adopté celle de l'endroit où les deux ouvriers se 
sont rencontrés. Nous avons rejeté l'opinion qui remplissait la 
lacune entre le mem à la lin de la cinquième ligne 1 et le taw au 
commencement de la sixième par un alefce qui donnait 100 cou- 
dées. La hauteur indiquée dans l'inscription se rapporterait dans 
o> cas à L'épaisseur du rocher entre le haut du souterrain et l'air 
extérieur. Sans parler de la difficulté qu'il y aurait eu à trouver 
cette mesure, elle no serait d'aucun intérêt pour notre connais- 
sance du souterrain '. Comme il ne parait y avoir de place que 
pour une lettre, nous proposons d'ajouter un dalei à la fin de la 
ligne cinq, et de lire mtn, « et la mesure ». 

6° Les dernières copies de l'inscriptionont : 1° lait disparaître le 
singulier ammâh après le nombre trois (ligne 2), ce qui était 
contraire à toute syntaxe sémitique ; 2° supprimé également 
le yod du moi ÈO£*ttt, et nous avons peut-être, comme nous l'a- 
vions supposé, l'endroit NSïE près de Jérusalem, nommé dans la 
Mischnâh 3 . Seulement, il résulterait de notre inscription que les 
rabbins du Talmud ont eu tort d'identifier cette fontaine avec le 
village Coloniœ, qui est à la distance de plus d'une lieue des limi- 
tes de la ville sainte. Peut-être aussi asmo signifie-t-il ici « source » 
et n'est-il pas un nom propre 3 ; 3° en rétablissant sur la même 
ligne le nombre de t|ban trntwo, ces copies ont écarté une foule 
d'interprétations qui heurtaient le bon sens. 

7° M. Neubauer a eu l'idée ingénieuse de rappeler à l'occasion 
de notre inscription le verset (Isaïe, vin, 6), où il est dit : « Parce 
que ce peuple a dédaigné les eaux du Silôah qui marchent lente- 
ment. » Cette prophétie, soutient M. Neubauer, fait allusion à l'en- 
treprise longue et pénible qui devait avoir pour but d'augmenter 
le courant du Silôah, et comme ces paroles se rapportent au 
roi Achaz, notre savant ami y trouve le moyen de fixer l'époque 
du percement de ce canal à la seconde moitié du vni e siècle. 
if. Isaac Taylor était parvenu d'abord au même résultat par des 
raisons paléographiques dont la justesse a été reconnue par M. le 
professeur Kautzsch. Mais dans YAth&nœum du 24 septembre, 
M. Taylor est revenu de sa première opinion et croit devoir attri- 

1 L'épaisseur du rocher n'aurait pu être mesurée qu'autant qu'on eût creusé des 
puits, allant de la surface du rocher à l'intérieur du canal. 
* So»rcû/', iv. 5. 
3 C'est comme s'il y avait : v/. ttj; r.r;;r; il; rrçv xoXu|i.67J8pav. Voy. ci-dessus, p. 161, 

D 1 . 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

buer notre inscription au vn c ou au vi e siècle. Ces deux siècles où 
les malheurs du royaume de Juda se terminent par la destruction 
du temple, laissent difficilement place pour l'exécution d'un canal 
qui, entrepris par deux mineurs seulement, exigeait plusieurs an- 
nées pour son exécution. Pouvait-on songer, à une époque aussi 
terrible, lorsque les armées de la Babylonie envahirent et dévas- 
tèrent le pays, à construire une luxueuse piscine pour l'arrosage 
des jardins royaux ? La paléographie hébraïque manque encore 
de bases solides, et le peu de monuments remontant à une haute 
antiquité, ne permettent pas encore d'en fixer l'âge d'après la 
forme des caractères qui les couvrent. 

Mais le percement de notre tunnel ne pouvait exercer aucune 
influence sur la marche plus ou moins lente des eaux de la 
source ; il devait seulement leur donner une nouvelle direction. 
Remarquons que notre inscription ne porte encore de nom propre 
ni pour la source ni pour le bassin. Si cependant on parle dans 
le verset cité plus haut, des eaux du Silôah, on pourrait en 
conclure, que le percement fut antérieur au règne du roi Achaz 
qui monta sur le trône vers 741. 



II 



Après les observations que nous venons de faire, il importe de 
considérer l'inscription de Silôah sous le rapport grammatical. 
Les six lignes qui la composent sont sans contredit un des docu- 
ments les plus anciens et les plus authentiques de la langue sa- 
crée. Les livres de la Bible, quel que soit l'âge auquel on les fasse 
remonter, sont toujours exposés au soupçon de la critique qui y 
cherche des retouches d'un temps postérieur. L'unité apparente 
qui y règne aussi bien pour l'orthographe que pour les formes 
grammaticales suggère lâchement la pensée qu'on a passé le ni- 
veau sur les œuvres d'une provenance si différente pour les au- 
teurs et pour les époques. On s'imagine difficilement un idiome 
qui aurait traversé tant de siècles sans subir de graves change- 
ments. Notre inscription présente sous ce rapport un intérêt tout 
particulier. 

1° Les lettres faibles i et i y remplissent déjà les fonctions de 

1 Dans la Mischnàh (Mord Kâtôn, i, § 1) on nomme •pnbwTÏ rVS les terres qui 
sont arrosées par des rigolos qu'on a pratiquées et où l'eau y est conduite d'une 
Fource. 



L'INSCRIPTION HÉBRAÏQUE DU S1LOAH 169 

voyelles ou de maires lectionis. Les mots rua, wm, fcûttfc, isn 
et isb^i renferment un 10010 quiescent; cette lettre est dans les 
deux premiers exemples radicale, dans le troisième, remplaçant l< i 
yod, et dans les deux derniers exemples le signe du pluriel. Il y 
a là, d'une part, le sentiment de la trilitéralité des racines, et de 
l'autre, la tendance d'exprimer par une lettre la prononciation du 
pluriel. Le mot w, qui se lit trois lois sur le rocher, prouve 
l'antiquité delà forme du suffixe de la troisième personne du mas- 
culin singulier avec la suppression du Jiê. En revanche, les deux 
lettres faibles manquent constamment dans les pluriels masculin 
et féminin. Ainsi on écrit ûs^nr» et mjN. L'alef manque dans 
mpb, mot où il est maintenu, sans exception, dans nos textes 
bibliques. Il faut avouer que le sens de cet adverbe le met bien 
plus en rapport avec snp qu'avec Nnp ; mais il faudrait alors lire 
rnpb comme n:ob, ce qui serait contraire à notre ponctuation 
massorétique. L'alefdewsi (1. 6) est maintenu. 

Les noms ©a, bp, ix et fcn, ne se composent que de deux lettres. 
L'orthographe du premier de ces mots est tellement contraire à 
l'usage établi qu'on y a vu de prime abord le relatif phénicien. 
Mais notre inscription montre partout un pur hébraïsme. 

2° Les mots sont presque partout séparés entre eux par des es- 
paces assez grands, et en outre par des points qui paraissent 
avoir été placés dans les espaces après coup. Souvent on les 
voit entre deux mots que le lapicide avait, par erreur ou par igno- 
rance, trop rapprochés l'un de l'autre. On s'explique ainsi l'oubli 
de ce point à la fin de la troisième ligne entre le mem et le lié. 
L'habitude de placer ce point entre les mots est probablement par- 
ticulière à notre inscription ; si elle avait prévalu dans les temps 
anciens, on le rencontrerait également dans nos rouleaux du Pen- 
tateuque qui iront ni le simple ni le double point. On sait qu'en 
phénicien, où les mots se confondent sans aucune sorte de sépa- 
ration, il existe cependant un petit nombre de monuments où les 
vocables sont espacés et même séparés par des points. 

Les mots sont brisés sur notre inscription : ainsi la première 
lettre de «np se lit ligne 2, et les deux autres lettres sont re- 
jetées à la troisième ligne ; l'article, à la fin de ligne 3, est déta- 
ché de. son nom qui se trouve à la ligne 4 ; le taw de n^ com- 
mence la ligne 6. On sait que, dans nos textes hébraïques, on 
ne divise jamais les mots, et qu'on remédie à l'inconvénient ré- 
sultant de cette habitude, soit en allongeant certaines lettres, 
soit en remplaçant le vide à la fin d'une ligne par les premières 
lettres du mot qu'on n'en répète pas moins tout entier à la ligne 
suivante. Ce dernier usage doit remontes assez haut, puisque la 



170 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

critique biblique explique par là certaines obscurités du texte. 

3° Les noms féminins se terminent déjà en lié, et le taiv à la lin 
de ces noms s'était déjà affaibli dans la première moitié du 
viip siècle. L'inscription présente les mots tnapï.rtnt, et ï-rma. Car, 
malgré l'obscurité de ïttî, c'est bien un féminin comme on le voit 
par le verbe mtt qui le précède. Cette troisième personne du fémi- 
nin singulier du parfait a provoqué des interprétations bizarres, 
bien que la forme soit biblique ; voy. II Rois, ix, 37, où la 
Massôre a vu un lieri-kclib au lieu de comparer des formes comme 
nfc*i (Lévil. xxv, 21), nxnrt (ïbid. xxvi, 44), etc. Peut-être 
l'usage de traiter ainsi les verbes à la troisième radicale faible 
était-il plus répandu alors que plus tard. 

4° Il est intéressant de comparer le texte de notre inscription avec 
la stèle moabite du roi Mêschâ, qui est de plus d'un siècle plus an- 
cienne. 1° L'orthographe de la stèle est moins pauvre que celle des 
inscriptions phéniciennes, mais les lettres quiescentes y sont ce- 
pendant plus rares que sur l'inscription du Silôah. On y rencontre 
ttK sans yod (1. 10), n*n (1. 3) sans ivaio, mais aussi wéïi (1. 4), 
où l'écrivain du souterrain aurait certainement w^iôln ou , pour 
le moins i^ttsirt (cf. ttnfr). 2° Le pluriel masculin de la pierre moa- 
bite est sans yocl; toutefois le mêm hébreu y est remplacé par 
un noun, par exemple : -pn \W (1. 5). = dm d^, les noms de 
nombre ïttbia (1. 2) = d^b», plis (1. 8J ^dwm, )mn, (1. 28) 
= d^ran. La différence est particulièrement remarquable pour le 
duel : Notre inscription a dTitftt (1. 5.), tandis que la stèle de 
Mêschâ porte fn&M: (1. 20). On paraît avoir prononcé mâtên en 
faisant la contraction de la diphtongue comme on la fait en phé- 
nicien pour schenêm dutë = d^ra , schâmêm (dfctt = diftT2)). 3° Le 
nom féminin se termine en moabite, comme en phénicien, en taie: 
on a vu que dans notre inscription on rencontre partout un lie. 
4° Le suffixe de la troisième personne du maso, sing., qui a waw 
sur notre inscription (w 1, 2 et 4), se termine sur la stèle tou- 
jours en hé (î-fts 1. 6, i-rnam iis 1. 7, !-n 1. 9, etc.). 

Remarquons, en terminant cette comparaison, que les mots de 
l'inscription moabite paraissent être séparés presque toujours par 
des points. 



III 



Nous ajoutons en dernier lieu un court commentaire de l'inscrip 



L'inscription hébraïque du siloah ni 

tion pour justifier la version que nous en avons donnée, ainsi 
que la manière dont nous en avons rempli les lacunes. 

L, i. _ Les deux Lettres qui manquent au commencement 
peuvent être remplies, soit par rin ou yp « achèvement», soit par 
5T2 ricj). _ -17: h, «fui se trouve trois t'ois sur l'inscription, nedé- 
signe pas, à notre avis. Le canal tout entier, qu'on aurait nommé 
-V;-p cf. Is. vi, 3 : car ce mol paraît s'appliquer à tout aqueduc, 
creusé dans une plaine à ciel ouvert, ou percé dans Le rocher. La 
noKbâh ou nihbâh de notre texte se rapporte seulement au trou 
final pratiqué à travers les dernières trois coudées et qui ouvrait la 
voie aux eaux vers le réservoir. Nous l'avons déjà dit, c'est là le 
point capital que notre inscription est destinée à nous raconter. 
— Nous complétons, à la fin de la ligne : dn ûfinîfc aasfchtt. Le 
sujet « les mineurs »*est indispensable à cause des mots nan ta $8, 
qui suivent 1. 2. Puis, malgré le peu de valeur que nous attachons 
à la copie de M. Sayce, le a y parait distinctement. Après wa 
un participe parait seul usité (cf. II Sam., xn, 22). En choisissant 
le verbe rp- nous avons pensé à Exode, xx, 25 l . 

L. 2. — En mettant y après les lettres snb, nous obtenons le 
hiphil de yoa qui signifie « briser ». — Le verbe yaf% est exigé 
par le contexte ; peut-être aussi jjqim ram, ce qui serait moins 

bien. 

L. 3. — ta &np peut avoir le sens « appeler quelqu'un » sans 
qu'on mentionne les paroles qu'on prononce. La phrase qui com- 
mence par ^d ne peut donc donner que la cause de l'appel. Elle 
consistait dans le îTrt qui s'était montré dans le rocher. Toutes 
les explications qui ont été données de ce mot obscur ne satisfont 
guère. Mon fils, M. Hartwig Derenbourg croit à une méprise du 
lapicide qui sur la copie, d'après laquelle il faisait la gravure, 
a pris un a pour un X il propose donc de lire nar (écoulement), 
nom dérivé de la racine aiî qu'on rencontre plusieurs fois pour les 
eaux qui s'échappent d'un rocher (cf. Ps. lxxviii, 20; cv> 41; 
Is. xlviii, 21). On obtiendrait un sens analogue, en corrigeant 
---. tmï W2 (Jér. xviii, 14), sont expliqués par Ewald et Graff 
par « des eaux qui se précipitent avec violence ». Les deux sens 
s'adapteraient assez bien à l'accident qui peut avoir eu lieu pour 
les mineurs, lorsqu'ils n'avaient plus que trois coudées à briser. 
Mais les noms abstraits naî, ou ïtïï ne se rencontrent pas dans 
l'Ecriture. Nous préférerions maintenir mi,, si l'on pouvait attri- 
buer à ce nom le sens de « fente, crevasse », ou bien celui de 

i II est bien entendu que nous ne sommes pas certain si le yod de ÛD^!Q était 
écrit ou supprimé. 



172 REVUE DES ETUDES JUIVES 

« séparation, courbure ». Les mineurs paraissent avoir rencontré 
inopinément quelque accident du rocher même, et les eaux n'ar- 
rivèrent qu'après un nouvel effort des travailleurs. Après nsa 
nous proposons de lire : bfittstëttl ï'a'V», « à droite et à gauche ». 
Le suffixe à la fin des deux mots serait préférable ; cependant- 
si l'on veut prendre le noun, à cause de sa longueur, pour un 
noim final, rien ne s'opposerait à ce qu'on supprimât les deux 
wâio ; cf. I Rois, vu, 49. En examinant du reste le moulage de 
Paris et les photographies, on aperçoit non-seulement un point 
après "p^fc, mais encore un waw, et peut-être un mem à la suite 
de ce tvaio. Or, une fois que )wn n'est pas suivi d'un nom qui 
donne à entendre à droite de quel objet ou de quel endroit du 
rocher le zâdâh s'était trouvé, il n'indique plus rien du tout. Car 
les deux mineurs travaillant de deux côtés opposés, ce qui était 
à droite de l'un était en même temps à gauche de l'autre. Mais il 
n'y a pas de nom hébreu qui commence pari, et encore moins qui 
débute par *m. Il s'ensuit que le seul mot possible estbttottJEï ; « à 
droite et à gauche » signifie en hébreu « des deux côtés » ; c'est 
même la seule manière d'exprimer cette idée. Nous n'avons donc 
pas hésité à remplir ainsi la lacune. 11 resterait, il est vrai, un 
espace assez grand avant ù"m . Mais il y a sur notre pierre d'au- 
tres endroits où les vides sont considérables, par exemple, après 
le premier î-npaïr. Ces vides nous paraissent répondre à des fins de 
propositions ou de versets. Avant û^m se termine évidemment la 
première partie de l'inscription. Le percement du rocher s'y pré- 
pare, il s'achève dans la seconde. 

L. 5. — Nous avons déjà dit pourquoi nous avons adopté plu- 
tôt mfc que nwo. 

Joseph Derenbourg. 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIUM 



M. Ernest Renan a communiqué à l'Académie, dans la séance du 
*26 novembre dernier, de très intéressantes observations sur deux 
monuments découverts l'année passée aux environs de Larnaca 
dans l'île de Chypre, sur l'emplacement de l'ancienne ville de 
Kition (Citium). Ce sont deux plaques de marbre assez minces. 
L'une d'elles porte sur chaque côté une inscription phénicienne à 
l'encre noire tracée avec le calame, l'autre présente sur un seul 
côté une inscription assez brève à l'encre rouge, également phéni- 
cienne. Celle-ci contient presque exclusivement des noms propres. 
La première est infiniment plus importante, car, en dehors d'une 
foule de mots et de locutions qu'on y rencontre pour la première 
fois, elle a cet avantage inappréciable de nous fournir des vues 
nouvelles relativement aux rites phéniciens et d'enrichir ainsi 
notre connaissance de cette religion cananéenne que les prophètes 
d'Israël s'étaient voués à combattre sans trêve ni repos. 

Dans leur forme extérieure, ces inscriptions sont de modestes 
pièces de comptabilité dont chaque ligne représente un article de 
compte ou de mémoire, avec cette formule invariable : (donné) à 
(ou pour) un tel tant. Leur intérêt réside dans ce qu'elles nous font 
connaître les occupations et les services qui donnaient lieu à rétri- 
bution, et de la sorte nous initient à plus d'un détail du rituel ou, ce 
qui vaut mieux encore, à plus d'un détail des croyances religieuses 
qui constituent les bases du rituel. Sous ce rapport, ces deux 
comptes l'emportent, à eux seuls, sur les milliers de pierres votives 
extraites du temple de la Virgo Cœlestis de Carthage. Ils sont 
même plus instructifs que le célèbre tarif sacerdotal de Marseille, 
lequel était longtemps resté sans égal. Un hasard bien singulier a 
voulu jusqu'ici que nous ne connussions la religion phénicienne 
d'une manière sérieuse que par des documents empreints de ce 

1 Un résumé de cet article a été communiqué à l'Académie des inscriptions et belles- 
lettres au mois d'août 1881. 



17-i REVUE \)\^ ETUDES JUIVES 

cachot mercantile qui distinguait à un degré éminent les intré- 
pides navigateurs de la côte de Syrie. Nous aurions sans doute 
préféré un renseignement direct fourni par quelques pages ori- 
ginales des œuvres de Moclios ou de Sanchoniathon ; ne nous 
en plaignons pas cependant, et comptons pour une bonne for- 
tune les moindres indications qui nous parviennent de temps 
en temps de ce vaste champ d'investigations encore si peu 
exploré. Consolons-nous en pensant que si ces indications indirec- 
tes et parcimonieuses sont impuissantes à résoudre les questions, 
elles suffisent souvent à les faire mieux poser, parfois même à 
en restreindre considérablement les limites. N'oublions pas que 
nous disposons aujourd'hui, pour nous guider dans ces recherches 
obscures, outre le matériel épigraphique assez considérable prove- 
nant de pays phéniciens, de deux sources d'information, également 
sémitiques, dont l'une éclaire d'un jour si inattendu l'éclosion 
même pour ainsi dire de l'esprit religieux des Sémites, tandis que 
l'autre représente le dernier dépôt de ce même esprit dans sa su- 
prême décadence et dans sa dernière transformation sous l'influence 
du monothéisme victorieux. Ces deux sources méconnues ou négli- 
gées jusqu'à présent sont : les hymnes assyriens et les légendes tal- 
mudiques dont la comparaison s'imposera désormais à tous ceux 
qui voudront élever sur des bases solides leurs recherches sur la 
philosophie religieuse de l'Orient. Avec de pareilles sources, qui 
ont encore cet avantage précieux entre tous, d'avoir une date, du 
moins quant à la limite inférieure, l'épigraphiste sémitique est 
infiniment mieux placé que ceux qui étudient, par exemple, l'an- 
tiquité védique ou l'antiquité avestéenne, et qui se heurtent à 
chaque pas à d'insolubles questions de date. Dans ces conditions 
relativement favorables, la réussite des résultats concernant les 
problèmes d'archéologie sémitique est quelquefois uniquement une 
affaire de tact et de mesure. L'étude approfondie de ces inscriptions 
dans les circonstances actuelles constitue du reste pour nous un 
utile exercice préparatoire au travail bien autrement fructueux, 
que le sol de Cartilage, sur le point de devenir une terre française, 
ne tardera pas à offrir, maintenant surtout que la publication du 
Corpus inscriptionum semitlcarum va imprimer une puissante 
impulsion aux études sémitiques. 

La première mention de la découverte de ces plaques a été faite 
dans une lettre du 5 juillet 1879, adressée à M. C. P. Newton par 
M. le lieutenant Sinclair qui dirigeait les travaux de nivellement 
à Larnaca sur un monceau de décombres appelé Bambula par les 
indigènes, près d'une mare d'eau stagnante que l'on croit être le 



LKS INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIUM 175 

site do l'ancien port de Citium. Elle a ensuite été annoncée par 
M. Max Ohnefalsch Richter dans VAnsland du 8 décembre 1879. 
M. Renan qui, ainsi que je le disais plus haut, les avait fait connaî- 
tre à l'Académie le 26 novembre 1880, les a de nouveau expliquées 
en détail dans son cours au Collège de France * . Quelques points 
en ont été signalés par M. J. Derenbourg dans la Revue des études 
juives, janvier-mars 1881, p. 124-127. Au mois de septembre der- 
nier, j'ai examiné moi-même les originaux au British Muséum et 
j'ai été mis en état de rectifier un certain nombre de lectures 
que mes devanciers avaient adoptées sur la toi des photographies 
confuses dont ils disposaient, ainsi que de compléter la plupart 
des lacunes que la première transcription avait été obligée de 
laisser. 

Je ne m'occuperai ici que de la plaque écrite à l'encre noire. 
La face droite qui semble offrir le début de l'inscription porte dix- 
sept lignes écrites en menus caractères. Le verso ne porte que douze 
lignes et les caractères sont plus grands. Par malheur, le temps 
a répandu pour ainsi dire un nuage sur l'antique écriture et 
malgré les efforts réitérés des sémitisants, mainte lettre reste 
encore assez douteuse pour entraver l'intelligence exacte de la 
phrase. 

Pour faciliter la marche de la discussion, il est nécessaire de 
placer tout d'abord sous les yeux du lecteur la transcription 
hébraïque des parties de ces inscriptions dont la lecture est entiè- 
rement certaine. Les lettres douteuses seront indiquées par des 
points. 

Face A. 

ûsns rm nb.n 

duna m^ tznm 

l i N&p snn \bsù> 

III! 

NQp na mn©* m n*8 p u:n asab 

x\ b? ï5n dfr^bi ûan.b 

p t ira nc-p robttb ûssiB en .*a û..b 

| | NQp ! | uHJ^b 

I np 1 1 ùmîb 

rûbfcb nbn ... ma .n -on s.ab 

I Nsp Dû., na 

I ! i asp ( : i tn*ib 

l Ksp rûabû b* ùb^s ûabab 

1 Ces explications ont été consignées dans le Corpus Inscripliomim Semiticarum, 
I, n° 86, p. 92-99. Nous citerons désormais cet ouvrage sous les initiales C. /. S. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

372 rô ...a nnw b*a cn x Dtmnb 

pi 1 : I np t û^a nb. snao an ïwt&anayb 
1 1 1 »bt 1 1 ] np s-^bi 
dt | : l np T dra nbc n 

Face B. 

apyn. 

nba>s ht ïnm — 

I N£>p «in pab — 

ûbtDa ..n att^ brab — 

vnmnmp!"! noaNia^b — 

NDp aasaTa npb CwN &.«b — 

a WM 1 1 np û.bb .a œa dsnb — 

naTa 1 1 = mbsbi rttb^b — 

kdi N 1 np anrôi nabab - 

! i ! ndi 1 1 1 dn^ab — 

Il « 

On peut se demander si la plaque retrouvée est entière. L'exis- 
tence du mot en petits caractères au début de l'inscription B,dont 
l'écriture est beaucoup plus grande et plus grasse, fait supposer 
qu'il manque la moitié gauche de la plaque, laquelle aurait pu 
contenir deux autres comptes mensuels, un de chaque côté ; car il 
est peu probable que ces petits caractères forment la fin de l'ins- 
cription de la face A. Cette incertitude empêche de reconnaître la 
suite des mois mentionnés dans les inscriptions. Quant à la dis- 
position intrinsèque, elle est identique dans les deux comptes. 
Après la mention du mois, qui est, de droit, inscrit en tète, la 
liste s'ouvre par les dépenses faites en l'honneur de certaines 
divinités, ensuite viennent les sommes payées à titre de rétri- 
bution à des ouvriers et aux divers serviteurs du temple. Les 
sommes dépensées sont exprimées en abréviations malheureuse- 
ment indéchiffrables. En général, les fins de ligne sont dans 
un mauvais état de conservation. 



LE MOT PHENICIEN SIGNIFANT DEPENSE. 



Le texte de la face A débute par la phrase introductive ht nb.n 
dspn «... du mois d'Etanîm ». Du premier mot qui semble devoir 



Ll-S INSCRIPTIONS PEINTES DE C1T1UM 177 

signifier « dépense » on ne lit avec certitude sur la photographie 
que les deux dernières lettres nb ; les deux premières ont été lues 
*D, de sorte que le mot entier serait nb*D, le même que le nom 
de mois de l'inscription de la lace B et identique à l'hébreu nbiys 
« œuvre, travail ». Dans cette hypothèse, on se voit obligé de prendre 
le mot nb*B dans le sens secondaire de « rétribution » qu'a le ïrb^s 
hébreu par exemple dans Isaïe XL, 10, où il est mis en parallélisme 
avec '■ofa « paiement, récompense ». Cependant il ne faut pas se 
dissimuler que cette interprétation se heurte à un grave inconvé- 
nient : c'est qu'il est peu vraisemblable que les dépenses pour le 
culte aient été envisagées comme une rétribution matérielle faite 
aux dieux en échange de leur protection. L'époque tardive de nos 
textes ne permet pas de supposer une conception d'une naïveté 
aussi primitive. Il y a donc lieu de chercher autre chose. M. Gler- 
mont-Ganneau, qui avait vu avant moi l'original au Musée Britan- 
nique, crut reconnaître dans les deux premières lettres un p et 
un d et inclina à transcrire le mot entier nbsn, mais il n'insista 
pas sur cette lecture à cause du sens peu convenable qu'elle donne 
de prime abord. J'ai pu me convaincre, dans mon voyage à Lon- 
dres, de l'exactitude delà lecture entrevue par M. Ganneau, du 
moins pour la première lettre qui est distinctement un n sur la 
plaque. La seconde lettre ressemble bien à un v de sorte que le mot 
pourrait être lu pbrp, mais ce mot qui coïncide avec le terme hé- 
breu nb^'n « utilité », ne s'adapte point au sens exigé par le con- 
texte. Je ne parle que pour la forme du terme hébreu !"ib*n 
« canal », qui convient encore moins. En cet état de chose, on 
est amené bon gré mal gré à la lecture pbbn, en admettant que 
la forme du v est due à l'effacement accidentel de la hampe du r> 
phénicien. Le mot en question correspond donc au rïton hébreu : 
seulement il ne faudra pas y voir l'expression ordinaire indiquant 
l'idée de « but, fin », mais celle qui rend l'idée de « compte détaillé 
et définitivement arrêté » comme dans le passage de Job XI, 7, où 
elle alterne avec -i^n « recherche minutieuse ». La transition de 
l'idée de « quantité fixée » à celle de « dépenses réglées » ne laisse 
pas d'être naturelle. Je pense même que le sens que j'attribue au 
mot rbsn est de nature à dissiper l'obscurité d'un passade de 
l'inscription d'Oum-el-'Awàmid, qui a causé beaucoup d'embarras 
aux épigraphistes. La phrase ^pbspa pb*s b ©N Pïibnm nsnart n*N 
me paraît signifier «. cette porte avec ses battants, je l'ai cons- 
truite à mes frais ». L'expression « à mes frais » répondrait 
ainsi, quant au fond, à la locution wa \n « de ma bourse », qui se 
rencontre souvent dans les inscriptions de Palmyre et que les ver- 
sions grecques rendent par à; î8îwv. 

T. III. 12 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



II 



LES DEUX NOUVEAUX NOMS DE MOIS PHENICIENS. 



Les textes phéniciens connus jusqu'à ce jour nous ont fait con- 
naître six noms de mois, dont l'ordre demeure encore indéterminé ; 
ce sont : nsie ou ùndh» »bn ,tid ,wi2 l .ttttttTDî ,-pn ; nos inscrip- 
tions y ajoutent deux nouveaux noms : ûana et nb*B. Le mois de 
t»nN se présente dans le second livre des Rois (VIII, 2) sous la forme 
a^nars m* 1 « le mois des Etânîm », et il y est assimilé au hui- 

• T •• T -V ' J 

tième mois de l'année hébraïque (octobre-novembre), laquelle com- 
mence au mois de Abîb (mars-avril). Il correspond ainsi au mois 
de Tischrî du calendrier juif postérieur à la captivité. Le terme 
fnN signifie en hébreu « état primitif 2 » et il est appliqué aux ob- 
jets qui persistent et durent sans solution de continuité, comme 
les montagnes (Miellée VI, 2), les neuves (Deutéronome XXI, 4), 
et, par métaphore, les anciens peuples (Jérémie V, 15). Comme 
on voit, le sens du mot frai en hébreu est à la fois trop vague et 
trop concret pour que l'on puisse deviner l'idée évidemment my- 
thique qui sert de base à l'appellation du mois. Par bonheur, 
quelques récits mythologiques des textes assyriens permettent 
de tenter un rapprochement qui pourra servir de jalon aux re- 
cherches ultérieures. Ces récits mentionnent un personnage my- 
thique du nom de Etana parmi les divinités du royaume des 
morts ou de l'enfer. Dans un passage qui rappelle plus d'un trait 
de la description de Job III, 13-19, la déesse Astarté (Ischlarit) dé- 
crit comme il suit le pays souterrain où elle est sur le point de 
se rendre : 

Vers la maison] laisse-moi retourner, 

à côté de moi, 

[Vers la mai] son qu'habite lrkalla, 
[Et] dont le soir n'a point de matin 3 . 

1 Le ïq initial n'est pas très certain. 

2 Dans la phrase "jn** Ûi*WD "pf (Proverbes XIII, 15), le terme "jn^N équivaut 
à l'expression ïlb"lbO Nb (Jérémie XVIII, 15). La racine en est probablement "jpi ou 
plutôt *jrn, proche parent de l'arabe-éthiopien *ju3T « commencer, débuter ». 

J Ou bien « [Et] dont l'entrée n'a pas de sortie ». L'équivoque réside dans les deux 
substantifs qui forment ce membre de phrase. Le premier, eribu, égal à l'hébreu Ï3"iy, 
signifie u la fois « entrée » et • coucher du soleil, soir » ; le second, açû, signifie aussi 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIl'M 170 

[Vers le pays] d'où il n'y a pas de retour, 

[Dont les habitants], privés de lumière, 

[Ont la poussière] pour nourriture, la boue pour alimenl, 

Une tunique à ailes [pour vêtement], 

[Ne voient point le jour], sont assis dans les ténèbres. 

[Dans la maison] où je veux entrer, 

[Demeurent] les (anciens) possesseurs de couronnes, 

[Les pointeurs de couronnes qui dominaient la terre aux temps 
antiques, 

Dont Anou et Bel ont perpétué les noms et la mémoire. 

Là aussi ont été affermis les fondements (de la terre), là con- 
fluent les eaux puissantes. 

Dans la maison de poussière où je veux entrer, 

Demeurent le seigneur et le noble ; 

Demeurent le roi et l'homme puissant ; 

Demeurent les gardiens de l'abîme des grands dieux ; 

Demeure Etana, demeure Nêr [. 

Selon le mythographe assyrien, le pays des morts s'étend au- 
dessous des fondements de la terre (Kaçuti = héb. ni^p) qui ne 
sont autre chose que les montagnes, et aussi au-dessous de l'abîme 
qui recueille toutes les eaux du globe terrestre. La même concep- 
tion domine dans la littérature hébraïque, depuis la Bible jus- 
qu'aux écrits talmudiques. Le dieu Etan- semble donc avoir pour 
charge la garde des dernières limites qui séparent le Schéôl de la 
terre des vivants. On comprend maintenant pourquoi le terme hébreu 
■jna, bien que complètement sécularisé dans l'usage des écrivains 
monothéistes, s'applique de préférence aux montagnes et aux 
cours d'eau, et jamais au ciel ; c'est, selon toutes les vraisem- 
blances, une dernière réminiscence peut-être déjà inconsciente du 
sens mythologique primitif. Ceci étant, on est tenté de croire que 
le mois d'Etânim, ou, comme disaient les Hébreux, des Etânîm, 
était consacré aux divinités infernales. Je reviendrai plus loin sur 
ce mois à propos des dieux de la néoménie. 

bien « sortie » que « lever du soleil ». Les mêmes nuances se retrouvent dans le cor- 
respondant hébreu N^ifa (Psaumes 75,7) . 

1 IV R, 49, n« 2, verso. 35... tirrùnni 36... riidiya 37 [ana bi]ti muschab AN Ir-kal- 
la, 38 ^cha êribi]schù la açû, 39... la taàrat 40... zûmmû nûra 41 [isch bubût]sina 
akalschina thîtthu 42 [labschu] çubat gappe, 43... ru asch ethuli aschba, 44. Bit scha 
erubu anaku, 45... kûmmusu agû 46 [najschûtage scha ultu ud- me pana ibelu mâtam, 
47 an Anum ù aa-en-lil ischtakkanu schumê schîri, 48 apâ iscbtakkanu kaçuti, 
ittaqqu a-mesch nadâti, 49 ana bit ipri scha erubu anaku, 50 aschbu enu ù lagaru, 
51 aschbu ischibbu ù lu mahhu, 52 aschbu ah-me zu-ab-rnesch scha ahïncsch gal- 
nieschy 53 aschib Etana, aschib an Ner. L'expression schume schiri répond à l'hébreu 
"KHÔl Z'i (Isaïe XIV, 22). 

' Etana, est probablement une épithète du dieu jVer, probablement Nergal, 



180 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le l'ait que les noms de mois phéniciens se rattachent souvent à 
des idées mythologiques mérite encore de fixer notre attention à 
un autre point de vue, car il sert à expliquer un phénomène qui 
ne s'observe nulle part ailleurs que dans les écrits bibliques. Pen- 
dant que les autres peuples sémitiques désignent les mois par 
des noms propres, les écrivains bibliques antérieurs à la captivité 
ou ceux qui racontent l'histoire de cette époque, les mentionnent 
exclusivement par leur numéro d'ordre : le premier mois, le se- 
cond mois, le troisième mois, et ainsi de suite jusqu'au douzième. 
Une seule exception à cette règle générale se constate dans le récit 
de la construction et de l'inauguration du temple par Salomon 
(II Rois, VI, VIII). Dans ce document on trouve cités trois noms 
de mois : it (ibid. VI, 37), b*a {ibid. 38), tnsna (ibid. VIII, 2) qui 
ne reparaissent plus jamais. Ewald avait déjà supposé que ces 
noms étaient d'origine phénicienne; la découverte des noms bs et 
aanN 1 dans les textes émanant de ce peuple confirme parfaitement 
sa conjecture. D'après les vues du savant allemand, auxquelles 
s'est aussi rallié M. J. Derenbourg, cette intrusion subite des noms 
de mois phéniciens dans le document hébreu serait due à ce 
fait, relaté par l'auteur, que la construction du temple salomonien 
a été exécutée par des architectes phéniciens envoyés à Salomon 
par son allié, Hiram, roi de Tyr. Pendant les années que dura le 
travail, les registres du temple devaient être rédigés d'après le sys- 
tème phénicien, de là les noms de mois exotiques dans les récits 
relatifs à cet événement. 

On peut à la vérité présenter une explication quelque peu diffé- 
rente et supposer que les noms propres des mois étaient restés 
dans l'usage commun des Hébreux jusqu'à l'époque de Salomon - 
et qup leur disparition a son origine dans la réforme monothéiste 
réalisée alors par les prophètes. 

Quoi qu'il en soit, il en résulte pour nous deux faits d'une grande 
portée. Premièrement, une preuve irréfragable en faveur de 
l'authenticité des annales de Salomon ; car comment un compila- 
teur de récits populaires aurait-il pu connaître les noms des mois 
phéniciens ou seulement pré-salomoniens et surtout quel intérêt 
aurait-il pu avoir à introduire dans son récit des noms étrangers 
ou tombés en désuétude, s'il n'avait pas consulté des documents 



1 Peut-être le nom de mois £'£ft (= 3*553 ou 2^J2, de 3*31 « briller ») « éclat, 
splendeur », cache-t-il le nom hébreu ")T qui a le même sens. 

* Si les noms propres des mois avaient subsisté plus tard, on ne s'expliquerait pas 
comment ils ont pu disparaître entièrement des récits des historiens surtout des 
récits concernant les roi-; impie--, et adonnés aux cultes phéniciens. 



LES INSCRIPTIONS FEINTES DE CITIUftl 181 

contemporains? Deuxièmement, et ceci est un point important 
pour la date des écrits bibliques, le fait même que ces écrivains ont 
soin de ne mentionner les mois que par leur numéro d'ordre me 
parait être le résultat de la répugnance que les antiques noms de 
mois hébréo-phéniciens, si entachés d'idées païennes, ont dû sou- 
lever dans les cercles prophétiques qui étaient partisans zélés du 
monothéisme pur. Ces auteurs doivent nécessairement être anté- 
rieurs à la captivité, car après cette époque le monothéisme était 
déjà trop solidement établi pour que l'emploi de ces noms eût pu 
leur inspirer le moindre scrupule à cet égard. On sait d'ailleurs 
que, si ce n'est pendant la captivité même 1 du moins fort peu 
après, les hommes les plus pieux n'ont pas hésité à accueillir les 
noms de mois assyro-babyloniens dont le caractère païen se révèle 
avec une égale évidence par les noms de dieux éponymes Tammouz, 
roan et Àdar, -na. Toutes ces considérations concordent donc à dé- 
montrer que les écrits bibliques dans lesquels les mois sont cités 
par ordre de série sont antérieurs à la captivité. Pour la question 
chronologique 'si disputée des quatre premiers livres du Penta- 
teuque, l'absence des noms de mois plaide en faveur de leur prove- 
nance antérieure à la captivité de Babylone. L'auteur de ces livres 
et tout spécialement celui du code sacerdotal qui fait parler direc- 
tement Moïse et ses contemporains n'aurait pas manqué d'employer 
la nomenclature ancienne des mois afin de donner une couleur lo- 
cale à sa composition, s'il avait écrit hors de la Judée, ou bien 
à une période où il n'était pas à craindre que le culte phénicien 
fût de nouveau suivi. Cet auteur est donc nécessairement un 
palestinien, qui vivait à une époque où le monothéisme avait 
encore à lutter contre la religion des peuples voisins -. 

Le second nom de mois, nb^B, que l'on constate, également pour 
la première fois, dans les documents phéniciens, semble d'abord se 
rapporter plutôt à l'état de la vie civile et sociale qu'aux idées my- 
thologiques. Ainsi que je l'ai dit plus haut, ce nom signifie « œuvre, 
travail. » Il va sans dire que le travail qui donne lieu au nom de mois 
doit être d'un ordre public et général. On doit donc choisir entre les 

1 La haine des Hébreux pour leurs tyrans babyloniens a dû empêcher l'introduc- 
tion du nouveau calendrier non seulement pendant la captivité, mais aussi pendant 
les règnes de Cyrus et de Cambyse. Avec i'avènement de Darius Hystaspe, Baby- 
lone ne fut plus regardée comme une terre de bannissement mais comme une colonie 
libre et les Juifs n'ont plus tardé à adopter la nomenclature babylonienne des mois dont 
l'usage s'était répandu chez les peuples de la Syrie. 

1 On n'a qu'à lire la profession de foi d'Esdras pour voir combien l'éventualité d'une 
recrudescence du paganisme phénicien était devenue impossible parmi les Juifs re- 
tournés de Babylone. La défense des mariages avec les païens n'est pas motivée par 
la crainte de l'idolâtrie, mais par ce principe de morale abstraite d'après lequel ie 
saint doit rester séparé du profane (Esdras IX, 2). 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

deux séries de travaux publics qui s'exécutent à époque fixe, entre 
les travaux des champs et les travaux de construction qui exigent 
une saison favorable. La première alternative est philologique- 
ment inadmissible, car le verbe b^D ne s'emploie jamais au sens 
de labourage. Par contre, ce verbe désigne spécialement les tra- 
vaux de construction : rien n'est plus fréquent dans les dédicaces 
phéniciennes que l'expression tB*7ffi b^D «il reconstruisit à neuf ». 
Il en résulte que le mois phénicien nb*B marquait une division de 
l'année qui était particulièrement favorable à l'élévation des édi- 
fices; circonstance qui montre bien que c'est un mois de la belle 
saison. Ceci nous remet en mémoire le mois éthiopien Teqemt 
(ntopp-, qui commence le huit octobre et dont le nom signifie 
« construction de murailles ». Celui-ci nous rappelle à son tour 
le nom de mois sabéen û^s y^tâ Dha-far'-Mniam, dont le sens 
parfaitement analytique est « mois d'élévation de constructions ». 
Nous avons donc déjà trois peuples sémitiques qui font usage 
d'un mois destiné spécialement aux travaux de construction et 
surtout de construction d'enclos et de murailles. 

Mais voici une observation qui ne manque pas d'intérêt : sous 
l'apparence d'un fait matériel et déterminé par les conditions de 
température, se cache une conception mythologique. Fidèles à 
l'habitude des peuples anciens d'attribuer à des divinités spéciales 
l'invention des arts, les Phéniciens considéraient la construction 
des murs et des murailles avec de l'argile comme ayant été inventée 
par les frères du dieu Choiisor (xouswp 1 ) ou Zeus Michios 2 , l'inven- 
teur de la pêche et de la navigation (^pwxdv ts Tàvxwv (àv8ptD7rwv) -kXvjw. 

(8t6 vxà oie, 6sbv aùxbv \xtxh 0àvaxov èa-sêdca9ï)aav) xa^sïaOai SI aOrov xai Aia MÉyiov. 
Oî aï touç àozkyobç aÙToG toï^ouç cscxjiv èirivor,<Tai, èx ir)v£v0wv 3 ). 

A ces trois peuples sémitiques de l'extrême ouest et de l'extrême 
sud viennent s'ajouter les Sémites du bassin du Tigre et de l'Eu- 



1 C'est ainsi que l'on corrige avec raison la leçon reçue xpuctop qui est évidem- 
ment altérée. XoWop figure dans le panthéon assyro-babylonien sous la forme 
Kischar, Kiaapoç, et est le compagnon du dieu Asschoui' : son nom vient de la racine 
TÔÎID « être apte, capable, convenable ». 

- Je me rallie à ceux qui lisent Aia Mfyiov au lieu de Aiauiyiov et je suis porté u 
croire que MIXIO- représente l'altération d'une forme primitive MAAIXIOS que j'as- 
simile non à fib^j « marinier » lequel aurait probablement élé transcrit MaXado;, 
mais à 'TT^b'Tp « chargé d'affaire, agent, commissionnaire, envoyé, messager». Zeus 
Malichios répondrait ainsi au '"î^bfà"?^ des inscriptions phéniciennes. Notons que 
le mot ÏTDixbfà s'applique aussi bien aux travaux de construction qu ; à ceux de la 
navigation. (Psaumes CV11, 23), et cela explique la double invention attribuée à ce 
groupe divin. 

3 Orelli Sanchoniathon, p. 18-20. Les mots mis entre parenthèses sont visiblement 
'les additions évhéméristes du traducteur grec. 



LES [NSCMPTIONS PEINTES DE CITIUM 183 

phrate. Chez les Assyriens et les Babyloniens où le manque de 
pierres d'une part, l'humidité du sol d'autre part, obligeaient à 
construire en briques et à consolider le sol par une plate-forme ar- 
tificielle, le calendrier renfermait trois mois consacrés aux travaux 
de construction : le mois de Siwan (mai-juin) qui porte l'épithète 
hiératique ITVMVR « mois des briques », le mois de Abu (juil- 
let-août) considéré comme l'époque de la descente du dieu Feu 
[arad Ischu\ lequel portait le titre de « celui qui lixe la pierre 
angulaire des villes et des maisons» (mukintemênaliubîti*), 
enfin le mois de Arah-samnu (octobre-novembre) dont l'épithète 
hiératique estAPIN GAB « achèvement des fondations». Ajou- 
tons que le rapport entre les Assyro-babyloniens et les autres 
Sémites au point de vue du calendrier présente une double coïnci- 
dence : pour le mythe, le dieu Feu des Assyriens correspond par- 
faitement au Chousor phénicien, lequel a été de tout temps assimilé 
à l'Hephaistos grec, et au Vulcain romain * ; pour l'époque de l'an- 
née, le Aralisamnn des Assyriens coïncide à point avec le Teqemt 
des Ethiopiens. 

L'accord complet des calendriers sémitiques, si différents les 
uns des autres quant aux noms des mois, sur l'existence d'un ou 
de plusieurs mois destinés aux constructions nous permet de pé- 
nétrer bien avant dans la haute antiquité de la race sémitique, 
à laquelle on a souvent attribué un instinct essentiellement no- 
made. Il prouve jusqu'à l'évidence que les ancêtres des Sémites 
habitaient dans des maisons et des villes entourées de murailles 
solides, et que, par conséquent, l'état nomade des tribus arabes, 
loin de constituer la règle, n'est qu'une exception résultant des 
conditions particulières du sol et du climat où elles ont été obligées 
de vivre. En conformité avec ce fait, il est avéré qu'aucune mytho- 
logie sémitique ne fait la moindre allusion à un état nomade an- 
térieur. Dans la Genèse même, la vie sous la tente est donnée 
comme très postérieure à la construction des villes. Caïn, le fils 
aine d'Adam, est le constructeur de la première ville, et ce n'est 
que son descendant à la sixième génération, Jabal, qui inaugure 
la vie nomade 3 . Le même trait caractéristique se répète dans 
l'histoire des patriarches hébreux : Abraham que sa qualité d'é- 
tranger contraint à mener longtemps la vie de pasteur, reçoit en 

1 Oppert. Les inscriptions de Dour-Sarkayan, p. 18. 

2 Les Assyriens ont en outre un dieu tutélaire des briques (libitti = héb. Îl3^b) 
qui porte le nom de Laban auquel ils faisaient des sacrifices en commençant les cons- 
tructions (Ibidem). 

1 Genèse, IV, 17, 20. 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 

récompense de sa piété la promesse que ses enfants seront un jour 
propriétaires du sol, tandis que son fils Iehac entreprend à grand 
peine la culture d'un coin de terrain que lui laisse la jalousie 
des Philistins '. 



III 



LES DIEUX DE LA NEOMENIE 



L'énumération des sommes déboursées s'ouvre dans nos inscrip- 
tions par les dépenses faites chaque mois pour les rites du dieu ou 
des dieux de la néoménie, ■ûfth fis ou «nh 5'bN. Nous obtenons 
ainsi pour la première ibis ce renseignement précieux que chez 
les Phéniciens le jour de la nouvelle lune était consacré à un ou à 
plusieurs dieux tutélaires. La fête de la néoménie est aussi parmi 
les plus anciennes dont il soit fait mention dans l'histoire des Hé- 
breux. On célébrait ce jour par des réjouissances publiques; on 
donnait des festins et on visitait les parents et les amis. Y avait-il 
dans cette explosion de joie générale une simple expression de 
l'utilité de la lune pour la computation du temps, ou bien l'expres- 
sion d'un sentiment mythique qui poussait à célébrer la merveil- 
leuse renaissance du dieu Lunus et sa victoire sur les ténèbres ? 
L'existence de dieux tutélaires qui président aux néoménies prouve 
clairement la prépondérance de l'idée mythique. Pour les peuples 
primitifs rien n'était plus naturel que d'imaginer que la décrois- 
sance graduelle du disque lunaire comme sa disparition périodique 
était due à des attaques dirigées périodiquement par les démons des 
ténèbres contre le dieu bienfaisant dont la lumière pleine et ra- 
dieuse les offusque. Assailli en face par d'innombrables ennemis 
acharnés, le dieu faiblit graduellement et perd chaque jour une 
partie de sa lumière jusqu'à extinction complète. C'est à ce mo- 
ment critique que le secours d'autres dieux venait à propos pour 
chasser les démons et laisser au dieu épuisé le temps de recouvrer 
peu à peu sa lumière. La cosmogonie assyrienne présente les prin- 
cipaux génies des ténèbres dont le nombre est sept, sous forme 
d'animaux nuisibles d'une laideur repoussante. Messagers cruels 
d'Anou, ils sont animés d'un atroce désir de destruction et sont 
très souvent portés à se révolter contre leur maitre. Sur la terre, 

' Ibidem, XV, 7. XXV, 12. 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIUM Kl 

ils fomentent la guerre civile parmi les habitants d'un même pays; 
au ciel, ils soulèvent les tempêtes, amassent les nuages noirs qui 
éclatent avec fracas, éteignent la lumière du jour, précipitent les 
averses et s'élancent furieusement sous la l'orme de la foudre des 
fondements du ciel jusqu'aux recoins de la terre. Pour les empê- 
cher d'envahir le ciel supérieur, où son fils Anou siège de toute 
éternité, le dieu Bel, se conformant au conseil d'Iaou le sage des 
dieux, lui associe ses deux autres enfants: Sin, le dieu de la lune, 
et Ischtarit, la déesse de l'étoile Vénus; et tous les trois sont désor- 
mais chargés de surveiller les abords du royaume céleste. Les vin- 
dicatifs démons tournent alors toute leur fureur contre Sin qu'ils 
réussissent à étreindre après avoir fait reculer les dieux Schamasch 
et Raman qui étaient accourus au secours de leur frère. Bel s'a- 
perçoit de l'enténèbrement de Sîn et envoie son ministre NonsUou l 
annoncer à Iaou la mauvaise nouvelle. Celui-ci, indigné de l'ou- 
trage fait aux dieux, expédie son fils Maroudouk avec ordre de déli- 
vrer Sin. Chemin faisant, Maroudouk est rejoint par le dieu Feu 
et tous deux parviennent enfin à chasser les démons et à rétablir 
Sin dans sa place 2 . 

Les traits de cette légende ont l'air de se rapporter tout spécia- 
lement au phénomène des éclipses, où le disque lunaire s'obscurcit 
tout à coup et reprend soudainement sa lumière ; mais il n'en est 
pas moins constaté que chez presque tous les peuples, la nuit de 
l'occultation a été considérée comme néfaste et soumise à des in- 
fluences démoniaques. Selon les rabbins, les démons recherchent 
de préférence l'ombre projetée par la lune à la période de sa dé- 
croissance et frappent les personnes qu'ils y trouvent endormies 3 . 
Ce sentiment était tellement enraciné que les docteurs, bien qu'ils 
fussent empêchés par le monothéisme d'attribuer le phénomène 
des phases lunaires à l'action de divinités ennemies, avouèrent in- 
génument que l'outrage fait à la lune était une grave faute com- 
mise par Jéhovah; faute que le sacrifice du jour de la néoménie était 
destiné à faire expier 4 . C'est simplement le transport d'une idée 
mythique dans l'ordre moral, et la conception primitive devient 

1 Nouskou dont la forme hébraïque devait être ^7103 a été altéré en "TpQi dans 
II Rois XIX, 37, et Isaïe XXXVII, 37, et a donné lieu à des explications fantai- 
sistes. 

- IV R., pi. 5. Col. 1 et II, et pi. lo, recto. 

1 Talmud de Babylone, traité Pcsahim, fol. 111 a, -fol ï^b b^S )^1t . . .N^P 
"wN"2 et l'explication de la Guemare : S»<bN "pttN Nb S"I33b btt3 ÎHb^ïEn 
Ï"Ï3 *p .fpb RrifÛ'Htoa b3N »3*13>53a* Voir le commentaire de R. Samuel 
ben Méir. 

i Ibidem Schab'ouotJoX. a : 13 "IlO&OTZJ H'i Vtt TW nîntt» fitt b'i IfcN 

rrm Fin T-jr*:*w br ïnsa kît r- -p*ia n"apfi *kk 'ttb : 



186 REVH-; DES ETUDES JUIVES 

d'autant plus transparente quand on songe que d'après les idées 
juives Dieu ne fait du mal que par l'intermédiaire de génies mal- 
faisants (Exode XII, 23. II Samuel XXIV, 16. Psaumes LXXVIII, 
49). 

Pour ce qui concerne les dieux de la néoménie, nous savons 
seulement que chez les Assyro-babyloniens c'étaient invariable- 
ment Anou et Bel, précisément les dieux qui dans la légende qu'on 
vient de lire avaient pris les mesures nécessaires pour refouler du 
ciel les démons, et cette circonstance milite en faveur de l'idée émise 
ci-dessus relativement à l'assimilation mythologique du phéno- 
mène de la décroissance mensuelle du disque lunaire à celui de 
son éclipse subite à des intervalles éloignés. Nous ignorons si chez 
les Phéniciens les mêmes dieux présidaient également à toutes les 
néoménies. Outre les dieux des néoménies, il yen avait qui prési- 
daient aux jours du mois et d'autres qui présidaient au mois consi- 
déré comme une grande unité. Je parlerai des dieux des jours dans 
le paragraphe suivant; quant aux dieux des mois, il paraît que les 
rites qui les concernaient se pratiquaient simultanément avec ceux 
des dieux de la néoménie. Le judaïsme semble avoir conservé une 
remarquable réminiscence de cet état dans la fête du jour de l'an 
dite ïtyé'n ioàn, lequel jour est regardé comme un jour de jugement 
général ("pn û"p). Comme d'après les principes fondamentaux du 
judaïsme, le jugement divin est permanent et suit de près ou de 
loin l'œuvre de l'individu, l'appropriation d'un jour déterminé et 
notamment d'un jour de l'an inconnu à l'Ecriture *, pour le ju- 
gement des individus et des nations, peut difficilement avoir une 
origine indigène. Cette origine semble se retrouver dans le calen- 
drier assyrien, adopté par les Juifs de la captivité, dans lequel 
le mois de Tischrî est consacré à Schamasch (soleil), dieu dont 
le titre constant est « Juge suprême de l'univers (daânu çîru 
scha ftalama) », et je crois ne pas me' tromper en supposant 
que l'idée religieuse assyro-babylonienne attachée à ce mois ait 
passé chez les Juifs en même temps que le nom. Il serait même 
possible de penser que l'attribution de la qualité de juge suprême 
au soleil fût également commune aux peuples phénico-cananéens 
et que la célébration de rites en l'honneur du soleil exprimant 
cette idée religieuse eût déjà fait partie intégrante de leur 
culte primitif. Quoi qu'il en soit, la grande importance du 

1 II n'y a aucune trace dans la Bible de l'année religieuse commençant le 1 er du 
septième mois ou de Tischrî. J'incline à penser que cette réforme est d'origine pha- 
risienne et qu'elle avait pour but de perpétuer la mémoire de la grande assemblée 
inaugurée par leur chef putatif, Esdras {Néhémie, VIII, 1), auquel ils attribuent la 
transmission de la loi orale. 



LES LNSCMPTIONS FEINTES DK CHU M 



IS7 



culte solaire dans la religion phénicienne est prouvée par le 
nom de mois ffi»tt)-nat qui signifie « sacrifices au soleil »; ce que 
nous ignorons encore, c'est si ce mois coïncide avec celui de 
Tischri. Pour admettre cette coïncidence, il faudrait envisager 
L'expression lûttttJ mi comme une épithète du mois de dan». Les 
éléments nous manquent pour résoudre cet intéressant problème 
de calendrier et de mythologie, et nous devons nous borner à le 
signaler aux recherches ultérieures. En attendant nous croyons 
utile de donner ici la nomenclature des mois judéo-assyriens avec 
leurs dieux tutélaires, d'après une tablette du Musée britannique 
publiée par George Smith l . 



NOMS 


NOMS 


DÉSIGNATIONS 


DIVINITÉS 




JUIFS. 


ASSYRIENS. 


HIÉRATIQUES. 


TUTÉLAIRES. 


1 


wi 


Nisannu. 


Mois du sanctuaire qui 
fait prospérer (?) 


Anou et Bel. 


2 


-i\n: 


Aaru. 


Mois du taureau con- 
ducteur. 


Iaou, seigneur de l'hu- 
manité. 


3 


1ï* 


Bimannu. 


Mois des briques. 


Sin, fils aîné de Bel. 


4 


tttesi 


Tum'mu 2 . 


Mois de la main qui 
sème (?) 


NIN-IB, dieu guerrier. 


o 


na 


Abu. 


Mois du Feu faisant feu . 


Belit et ... ? 


6 


bibi 


Vlulu. 


Mois du statut d'Isch- 
tarit. 


Ischtarit , dame des 
naissances. 


7 


v^Bpi 


Tischritmn. 


Mois de la colline sacrée. 


Scbamasch , héros et 
juge du monde. 


8 


twm 


Arah-Samnu 3 


Mois des fondations a- 
chevées. 


Maroudouk, gouverneur 
des dieux. 


9 


ïbqs 


Kîslimmu. 


Mois des nuages (?) 


Nergal, grand guerrier. 


10 


nriû 


Thebetum. 


Mois de la caverne du 
soleil levant. 


Bab-Schoukal, ministre 
d'Anou et d'Ischtarit. 


11 


C3JU3 


Schabathu. 


Mois de la malédiction 
de la pluie (?) 


Raman, seigneur du ciel 
et de la terre. 


12 


— ;n 


Adam. 


Mois du blé. . . ? 


Les sept grands dieux. 


13 


11 ™. 


Ar'hu II scha 
Adari. 


Mois de l'abondance du 
blé...? 


Aschour, père des dieux. 



1 Voir aussi Paul Haupt Akkadische und sumeriscke Keilschrifttexte, p. 44, où se 
trouvent réunies les variantes. 

2 La lecture duzu admise jusqu'à ce jour est erronée : la syllabe du a encore la 
valeur tîtm. L'orthographe tuvi'iizu prouve que ce mot dérive de înfà. On sait que le 
H assyrien se subtilise souvent en une vague aspiration et finit par disparaître. 

3 Ce nom qui signifie « huitième mois » ne prouve pas qu'avant la nomenclature 
actuelle les mois étaient nommés d'après leur succession comme les mois bibliques. Le 
nombre huit fait probablement allusion au huitième Cabire particulièrement adoré 
chez les Phéniciens sous le nom d'Eschmoun "J^OM — Esculape et dont le titre sem- 
ble être ND*ft b*3. 



188 REVUE DES ETUDES JUIVE 



IV 



.ES MAITRES DES JOURS. 



Par l'expression d^ bm (=tîW r?3?a) « les maîtres des jours » 
de l'inscription B on a compris jusqu'ici les prêtres qui étaient de 
service ces jours-là ; mais dans ce cas il y aurait le démonstratif 
pluriel b« (=!"&»). Le fait que cette expression vient immédiate- 
ment à la suite de la mention des dieux de la néoménie me donne 
à penser que les « maîtres des jours » sont aussi des dieux, notam- 
ment des dieux qui président aux autres jours du mois en dehors 
du jour de la néoménie. Deux considérations d'un ordre différent 
me semblent confirmer cette manière de voir. La première c'est 
que, ainsi qu'on le verra dans le prochain paragraphe, l'article qui 
vient après est encore relatif à des divinités, de telle sorte que la 
mention de personnages humains dans celui-ci interromprait l'ho- 
mogénéité de la série. La seconde, c'est que l'idée de consacrer les 
jours du mois à des divinités spéciales, corollaire logique et natu- 
rel de la croyance aux divinités protectrices des mois, se constate 
en effet chez les Assyro-babyloniens et se montre dès lors comme 
une ancienne institution sémitique. Vu l'importance du fait, il ne 
sera pas superflu de donner ci-après la liste entière des divinités 
des jours du mois telle qu'elle se trouve sur les tablettes de la bi- 
bliothèque d'Assurbanipal conservées au Musée britannique ' . 



1er 


jour, 


Anou et Bel. 


2° 


— 


les déesses. 


3 e 


— 


Mardouk et Garpanit. 


4 e 


— 


Nébo. 


5* 


— 


Bel-eschir et Belat-eschir 


6 e 


— 


Raman et Schala. 


7 e 


— 


Mardouk et Garpanit. 


8« 


— 


Nabou. 


9 e 


— 


NIN-ib et Goula. 


10 e 


— 


Belat-eschir et Daân. 


11° 


— 


Taschmit et Çarpanit. 


12 e 


— 


Bel et Belit. * 


13e 


— 


Sin, dieu grand. 


14 e 


— 


Belit et Nergal. 



G. Smilh History of Assurbanipol. p. 126-128. 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DK CITilM 189 



15° jour, 


Anounit et Sin. 


1 6 e — 


Mardouk et Çarpanii. 


17 e — 


Nabou. 


48 e 


Sin et Schamascb. 


19" — 


Goula. 


20'' — 


Sin et Schamasch. 


-21 « 


Sin et Schamasch. 


gge 


Sin et Schamasch. 


23 e — 


Schamasch et Raman. 


2 v 


Bel-ekal et Belat-ekal. 


25« — 


Bel et Belit de Babylone. 


26° — 


Iaou, dieu grand. 


27- — 


Nergal et Zik. 


28° — 


Iaou et Nergal. 


29 e — 


Sin et les sept Anouni '. 


30 e — 


Anou et Bel. 



Nous ne saurons peut-être jamais la raison qui a déterminé le 
choix des divinités pour chaque jour; il devait y avoir des lé- 
gendes populaires pour le motiver. Cependant il est possible d'ex- 
pliquer d'une façon naturelle pourquoi le premier et le dernier 
jours du mois sont mis sous la tutelle des dieux Anou et Bel : 
c'est que ces dieux occupent une position éminente dans le dé- 
nouement du drame céleste qui met mensuellement en péril l'astre 
de la nuit, car d'après la légende que nous avons citée plus haut 
ce sont eux, les pères, qui envoient leurs fils au secours de Sîn. On 
comprend aussi très aisément l'attribution du 29 e jour ; n'est-ce 
pas le jour où la lutte des sept terribles adversaires contre Sîn 
atteint le maximum d'acharnement ? Les autres dispositions sont 
inexplicables dans l'état actuel de nos connaissances. Un groupe- 
ment systématique s'observe seulement en ce qui concerne la suc- 
cession de Nabou au couple de Mardouk et Çarpanit, succession 
qui se répète trois fois, le 4 e , le 8° et le 17 e jours. 

Sans admettre d'emblée une identité absolue entre les divinités 
des jours chez les Assyriens et les Phéniciens, la constatation 
d'une hémérologie mythique aux deux extrémités du monde sémi- 
tique est à elle seule un fait d'autant plus remarquable que la plu- 
part des divinités assyriennes se retrouvent sous une forme pres- 
que identique chez les autres peuples congénères, surtout en Syrie 
et en Phénicie. Ainsi pour ne citer que les plus connues, Anou, 
Anat, Bel, Belit, Ischtarit. Mardouk, Çarpanit, Nabou, Raman. Scha- 

1 Ces démons ou plutôt ces dieux batailleurs, qui combattent périodiquement Sin. 
le dieu de la lune, semblent avoir été chargés de la garde de l'abîme. Leur nom anv.ni 
qui vient de annu * garde » a été déguisé biératiquement en a-ntin < eau-grande •. 



190 REVUE DES ETUDES JUIVES 

masch, Sin, Nergal, reviennent en occident sous les formes .fp> 4 ) 

Mais la distribution des divinités et la façon dont elles sont grou- 
pées a pour nous cette valeur inappréciable de prouver d'une ma- 
nière péremptoire l'indépendance absolue des déesses à l'égard de 
leurs parèdres masculins. Ainsi voyons-nous Schala, épouse de 
Nabou, figurer avec Haman (6° jour) ; de même Belit avec Nergal 
(14 e jour) ; Çarpanit, épouse de Mardouk, se joint à Taschmit, 
seconde épouse de Nabou (11 e jour) et le second jour du mois est 
consacré aux déesses seules, à l'exclusion des dieux. Ces faits 
palpables montreront l'inanité de l'opinion néoplatonicienne sou- 
tenue avec beaucoup d'éclat et d'érudition par plusieurs auteurs 
modernes, opinion d'après laquelle les déesses sémitiques n'au- 
raient été que l'hypostase, la manifestation mystique des dieux 
mâles. Dans un précédent travail, j'ai combattu cette opinion par 
des raisons tirées de documents phéniciens, la tablette assyrienne 
des divinités protectrices des jours du mois achève de la ruiner. 



V 



LES AMES DE LA MAISON 



A première vue, l'expression na -ozi (=rns ttej) « les âmes de 
la maison, ou du temple » semble indiquer les prêtres et les ser- 
viteurs qui ont leur domicile dans l'édifice sacré. Cette explica- 
tion se heurte cependant à la double difficulté que voici : d'une 
part, le personnel du temple, conformément à l'usage hébreu se 
dirait na nnra (=rmn ^rn'àft Joël, I, 9) ; de l'autre, le complexe 
na tt)£)3,même au sens de personnes demeurant ensemble et faisant 
partie d'une famille, devrait nécessairement être complété par 
le nom du chef de la famille (cf. Genèse, XLVI, 27). Je suis 
porté à croire qu'il ne s'agit pas d'individus humains, mais de 
divinités subalternes attachées aux édifices tant religieux que 



1 Forme particulière aux inscriptions du Safa, où figure souvent le nom propre 

a II ligure comme un nom d'homme hiwéen et séirite (Genèse, XXXVI, 2, 20). 

3 ~\12 pour W\)2 « seigneur » ligure dans un proscynème grec sous la forme de 
BEEAMAPI ainsi que daus le nom propre phénicien "irritt « M ar fait vivre » { C. I. S., 
I, p. 111). 

4 C'était la déesse principale d'Askelon de Philistée (Talm. de Bab., Traité' Aboda 
Zara, fol, 12 a). 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIUM 1<U 

profanes, divinités connues sous le nom de Pénates ou de Lares. 
Le culte des dieux domestiques se constate chez les Sémites de- 
puis l'antiquité la plus reculée. Le nom générique de ces dieux 
était chez les peuples syriens x» « Fortune », nom qui sert à l'au- 
teur de la Genèse pour expliquer celui de la tribu de Gacl (Ge- 
nèse, XXX, 10). Chez les Juifs, le culte de la Fortune a même sur- 
vécu à celui des autres dieux, malgré les exhortations indignées 
du grand prophète de la captivité (Isaïe, XLV, 11). Encore pen- 
dant la dernière période talmudique, aux iv° et v° siècles après 
l'ère vulgaire, les ramilles israélites avaient l'habitude de dresser 
dans un coin de leur maison une petite table chargée d'aliments 
en l'honneur du génie gardien de la maison (msîi nœ). Cet autel 
domestique était appelé N*tt*i ND")3> « cubiculusdu dieu Fortune» 1 . 
Pendant les premiers siècles de la même ère, on vit s'élever en 
Syrie et en Palestine d'innombrables sanctuaires voués à la tù^ 
(= "^Jrt ^na) et les Pères syriens en célèbrent la destruction par le 
christianisme. Comme la plupart des notions mythologiques, la 
notion des dieux gardiens avait pris de bonne heure un développe- 
ment extraordinaire chez les peuples de la Mésopotamie. Tous les 
objets quelque peu saillants, œuvres de la nature ou œuvres des 
hommes : les montagnes, les fleuves, les grands édifices, les tem- 
ples, les villes, non seulement avaient chacun son génie tutélaire, 
mais ce génie était éponyme de l'objet confié à sa garde, dételle 
sorte que la chose fut souvent confondue avec la personne. Les 
textes assyriens offrent des invocations adressées à diverses mon- 
tagnes et fleuves du monde connu alors, dans le but d'obtenir le 
pardon des péchés et l'éloignement des malédictions et des mala- 
dies. En voici une qui est un modèle du genre. 

1 . [Que le mont Sâ]bu 2 délivre, (lui qui est) la montagne de Bel ! 
t. Que le mont Lilmoun — — la montagne de Raman l 

3. Que le mont Hamanou 3 — — la montagne des cyprès ! 

5. Que le mont Libnanou v — — la montagne des cèdres ! 

1 Talmud de Babylone, traité Sanhédrin, fol. 20. 

s Montagne fabuleuse qui servait de refuge au dieu Zou, fuyant la colère de son 
père Bel qu'il avait insulté. G. Smith, Chaldâùche Cfenesis, p. 108. 

3 L'Amanus des géographes grecs, chaîne de montagnes qui sépare la Syrie de la 
Cilicie. La forme assyrienne rappelle le *p2ï"[, ÊOftH des Hébreux et des Araméens, 
qui paraît ainsi avoir été un cippe en bois consacré au dieu-montagne, lequel est peut- 
être le ÏIZTÎ bV2 des inscriptions de l'Afrique du nord. Le culte de ce dieu syrien 
dans les colonies phéniciennes de l'Occident n'a rien qui doive nous étonner. Cette 
explication de "J^I"! hvi nous paraît maintenant préférable à celle que nous avons 
proposée autrefois, d'après laquelle ce nom signifierait « Ba'al Libyen ». 

4 Le *|l22i? des Hébreux. L'a dieu du nom de "pab b^D figure sur une ins- 
cription de Citium C. 1. S., n° b. p. 24, fragm. 8\ 



192 REVUE DES ETUDES JUIVES 

9. Que le mont Bibbou délivre, (lui qui est) la montagne des chênes (?) ! 

10« Que le mont Ibana — la montagne des lentisques (?) ! 

10£ Que le mont Çarschou — — la montagne de l'argent ! 

41. Que le mont Aralu l — — la montagne de l'or ! 

4 2. Que le mont Har(?)hâ — — la montagne du plomb! 

4 la Que le mont Melouhha - — — la montagne du carnéol ! 

\7b Que le mont Makanna - — — la montagne du cuivre ! 

4 9. Que le mont Enli — — l'ornement des montagnes ! 

20a Que le mont Hihi — — la montagne dePhénicie ! 

20& Que le mont Temenna — — la montagne de la Susiane ! 

24. Que le mont Niçir 3 — — la montagne de Gouti ! 

25. Que le fleuve Tigre — lui qui apporte l'abondance ! 

26. Que le fleuve Euphrate — (lui qui est) l'âme du pays ! 

27. Que le fleuve Arahtou — lui qui apporte la vie à Babylone ! 

28. Que le fleuve Mê(?) Bel — (lui qui est) Famé de Mardouk ! 

31 . Que le fleuve Mê Kaldan — lui qui fait vivre les êtres vivants ! 

32. Que le fleuve Oulâ 4 — eau qui apporte son tribut à la mer ! 

Quant à la divinisation des villes et des maisons ou temples, elle 
ressort avec évidence de l'extrait de l'invocation ci-après, laquelle 
invocation est d'autant plus remarquable que ces édifices y sont 
formellement distingués de la divinité à laquelle ils sont consa- 
crés. Le contact ininterrompu avec le divin finit par rendre divin et 
vivant l'objet primitivement profane et inanimé ; c'est la légende 
de la statue de Pygmalion transportée dans l'ordre religieux 5 : 

28. Que Bel délivre, lui qui est le roi créateur. . . ! 

29. Que Belit délivre, elle qui est la reine de Bit-[Kiriml ! 

30. Que Bit-Kirim délivre, lui qui fait tenir 

33. Que Iaou délivre, lui qui est le roi de l'Océan ! 

34. Que l'Océan délivre, lui qui est la demeure de la sagesse ! 

35. Que la bonne sagesse délivre, que la maison de l'Océan (le Chaos' 

délivre ! 

36. Que Mardouk délivre, lui qui est le roi des sept dieux î 

37. Que Çarpanit délivre, elle qui est la reine de la maison Schakil ! 

1 C'est l'Olympe assyrien. Il est censé situé dans l'extrême nord (Cf. Isaïe 
XIV, 13 et Job XXXVII, 22) ; son sommet était la demeure dus dieux tandis 
que sa base touchait la demeure des morts. A Aralu comparez l'hébreu ù^b"]^ 
« morts ». 

8 L'Ethiopie et l'Egypte. 

3 Montagne du Kurdistan, sur laquelle, d'après la légende babylonienne, s'était 
arrêtée 1* arche de Hasis-Adra ou Xisuthrus. 

4 Le fleuve de Suse nommé "iblN en hébreu, l'Elulaeus des auteurs grecs. 

5 Qui ne se rappelle pas à cette occasion les récits bibliques des bâtons de Moïse et 
«l'Elie dont le mouvement accomplit des prodiges? Chez les Grecs le pouaXov, le bâton 
ou la massue d'Hercule se transforma bientôt en c P67ra).oç, fils d'Héraclès. 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIUM 1.93 

38. Que les maisons Schakil et Babylo-ne délivrent, elles qui sont les 

demeures des grands dieux ! 
44. Que Dour-il et Bit-TIM-GAL-Kalama délivrent ! 

50. Que la maison des dieux Nord, Sud, Orient et Occident [dé- 

livre] ! 

51. Que les quatre vents soufflent ! 

52. Qu'ils emportent la malédiction qui l'accable ! 

La persistance opiniâtre de ces idées est attestée non seule- 
ment par le judaïsme de l'époque biblique mais aussi par celui de 
L'époque postérieure, où la prédominance de pareilles croyances 
semble à peine possible. Déjà au temps de Jérémie oser dire que 
le temple et Jérusalem pouvaient être détruits était un crime de 
lèse-divinité (Jérémie, XXVI, 8, 9) et les adversaires du prophète 
pour marquer l'indestructibilité dont ils prétendaient être doués 
se comparaient de préférence au temple de Jéhovah (ibidem, 
VII, 4). Cette croyance a encore subsisté forte et vivace cinq siè- 
cles plus tard, pendant la guerre contre les Romains, car au mo- 
ment même où la conflagration du temple éclairait de sa lueur si- 
nistre les visages contractés des guerriers, les enthousiastes atten- 
daient un miracle éclatant qui anéantirait l'armée ennemie et 
rétablirait la ville et le sanctuaire d'une façon plus magnifique que 
jamais. Quand la brutalité des faits eut donné un démenti formel 
à la croyance en l'indestructibilité matérielle de la ville sainte, la 
piété nationale se prit à envisager le temple avec toutes ses appar- 
tenances, Jérusalem et la Palestine, comme des puissances mo- 
rales partageant avec Jéhovah la prérogative de pardonner les 
péchés restés inconnus * . Les écrits talmudiques abondent en sen- 
tences de cet ordre. Je me contenterai d'en extraire quelques-unes 
des plus saillantes : Celui qui habite la Palestine vit sans pé- 
chés ; il est assuré d'avoir sa part au paradis-, et celui qui y 
est enterré est comme s'il avait son tombeau sous l'autel 3 . Cette 
prérogative s'étend jusqu'aux vêtements du grand prêtre, l'in- 
termédiaire principal des rites de propitiation. D'après une 

1 Les péchés connus et non expiés par les ancêtres demeuraient à la charge de 
leurs descendants jusqu"à la quatrième génération, tandis que les vertus des ancêtres 
allaient grossir l'avoir des descendants de la millième génération (Exode XX, 5. 
Deutéronome V, 9). Le prophète Ezéchiel réagit contre la première sentence qui 
causa le désespoir de ses contemporains et avait donné naissance au proverbe « les 
pères ont mangé du fruit aigre et leurs enfants ont les dents agacées » ; il soutint 
que chacun n'est responsable que de ses propres actions (Ezéchiel XVIII, 2, 30). 

2 "p? ibn "nTw "ï"fiO niï". b^ (Talm. Bab. traité Ketûbot, fol. 111). Ce privilège 
va jusqu'à profiter à la servante païenne, ï"îb "Q^ ^"fiWlïî ÏT33>33 InrtSTD ")b" , DN 
Nnn ùbl*5 pbn (ibidem). 

3 mrsn snnn map ib^so *»"«a Tûpfi ba [ibidem). 

T. III. 13 



194 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Agada, la ttmiçpie et le caleçon portés par le grand prêtre' 
pendant l'office expiaient les meurtres et les adultères ignorés, 
pendant que son turban, sa ceinture, son gilet, son èphôd, son 
manteau et son frontal propitiaient tour à tour les péchés sui- 
vants commis clandestinement : l'orgueil, la mauvaise pensée, les 
crimes judiciaires, l'idolâtrie, la calomnie, l'effronterie * . Ce sont là 
sans aucun doute des idées très vieilles que le judaïsme talmudi- 
que a conservées sous cette forme rétrospective. Donc, pour re- 
venir au passage que nous discutons, l'existence du culte des 
dieux pénates chez les Phéniciens de Chypre n'a rien qui doive 
étonner puisqu'elle rentre parfaitement dans l'ordre d'idées cons- 
taté chez les peuples congénères du continent asiatique. 



VI 



PERSONN ES REMUNEREES. 



Les individus qui figurent sur la liste comme ayant reçu cer- 
taines sommes en récompense de leur service sont de diverses 
catégories. Ceux dont la nature se reconnaît plus ou moins aisé- 
ment sont les suivants : 

1° d^a fc=&iai&) « constructeurs, maçons (A, 1. 7) ». Ils ont cons- 
truit ou plutôt réparé les temples ha (=^na) de Astarté (rlnme*) et 
reçoivent une somme fixe pour chacun. C'est le sens évident du 
mot na {= rna) - qui suit le nom de la déesse. 

2° Ëttnfi (= d^unn) « maîtres constructeurs (A, 1. 13) ». Ce terme 
paraît s'appliquer surtout aux constructeurs d'édifices de pierres, 
puisque quand il s'agit de construction de bois, on ajoute le mot 
-Ptt5 (^nrnà)-. Celles dont il est question dans notre texte sont des 
soubassements (nnton = héb. rlin») et (t|N) des ndns. Sur ceux-ci 
voyez le paragraphe suivant. La lecture des deux derniers mots 

1 sr-nsmp rifc nb -ifcnb îis-iï-d i*wa nui^sb rnijanp rmhs rtt»ea fifcb 
...toi hi^DC bv r-nsa^ n^-ina d^satt tviïrfo "•'Ma t|N d"nsatt 
Essaa ...rrnfi ^oa hv rrwyn f-ieasfcfô ...hn? "nba bv nnsa*: û^oaatt 
...\2'^'jbv nsd» Tisfc ...'pS'Hrt hy 12512 )un ...abfi *nmtl by nsatt 

d^D mï* br -)3dtt yiitl . ..£*iPt l^îb b^ nddft Wî!j {ibidem, traite Zcba- 
him, fol. 88 *). 

2 La lecture donnant un mot nd, qui serait égal à VU « Kition » (C. 1. SA, p. 96), 
est inadmissible, la première lettre étant distinctement un a. 

3 Inscription de Tucca, 1. G. 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIUM l«5 

me semble certaine. Le mot mutilé qui vient après commence par 
r-:. Est-ce br:^: « Amycléëfl », épithèté remplaçant le nom propre 

.'). bla^is A. 5 . La place donnée à ces individus dans la série des 
surveillants des temples fait voir qu'il s'agit de fonctionnaires 
analogues. En comparant l'hébreu rûhs « voile », on a traduit 
2p-,p par velarii '. Ce sens convient assez bien au contexte, deux 
raisons m'obligent néanmoins à l'écarter. D'abord en hébreu môme 
le fiïnfi n'était pas le voile suspendu à la porte d'entrée, mais 
celui qui séparait le Saint des Saints des autres parties du temple; 
il se trouvait par conséquent dans un endroit reculé du sanctuaire 
et réservé aux prêtres seuls, et de la sorte n'avait pas besoin d'un 
velarius, encore moins de plusieurs. Puis, et ceci me paraît décisif, 
le mot rons figure distinctement à la ligne 14 de l'inscription A, où 
le contexte défend absolument d'y voir un voile. Ainsi qu'on a vu 
au n° •>, il y est question d'architectes qui ont construit des sou- 
bassements (rnrnoN) et des nana, d'où il résulte avec certitude 
que le singulier de ce dernier vocable, probablement *ps, désigne 
une partie de l'édifice sacré, notamment la partie la plus sainte, 
que les Grecs appelaient "Aoutov et les Hébreux n 1 ^. Ce qui cor- 
robore notre interprétation, c'est que le même mot, sous la forme 
fcons et parahkii revient avec le même sens- en mandéen et en 
assyrien. Par suite de ces raisons, on est conduit à voir dans 
les bans de notre passage des hommes chargés du soin de la pro- 
preté et de l'ordre pour la partie du sanctuaire dans laquelle était 
placée la statue de la divinité principale, les vases sacrés et les 
appareils de l'oracle. 

4. rpn rp br ton S^n (A, 1. 5) « hommes préposés à la maison 
(= au temple) de spzn » ; ce sont les économes ou administrateurs 
du temple d'Apollon. Ce dieu avec l'épithète bïK « Amycléen » 
figure dans plusieurs inscriptions de Chypre. L'expression b"J on 
na est identique à l'hébreu rnan b$ tên (Isaïe, XXII, 15. Cf. Ge- 
nèse, XL1II, 16). L'inspection de l'original m'a convaincu que la 
lecture na est préférable à celle de bn qui a été suggérée de prime 
abord -. 

5. ûneo 2- =û^sio'a^i A, 14) « chef des scribes ».. Je crois 
qu'il s'agit non d'un simple écrivain mais d'un chef de la cor- 
poration d'exégètes et de légistes, qui comme les ù^nsio juifs 
avaient pour tâche d'expliquer la littérature religieuse et d'en 



1 C. 1. S. 1,i>. 94. 

2 Ibidem, p. 93. 

3 Excellente lecture due ù M. Philippe Berger (ibidem, p. 9oJ. 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

répandre la connaissance. Ce personnage portait le nom de 
Ittiaanny « serviteur de Eschmoun ou d'Esculape ». La somme due 
lui fut envoyée le jour de la Néoménie : - ï^n tibia. Le premier 
mot de ce membre de phrase peut se lire soit nbiâ ou !inb\é « on 
envoya » soit rnbrô «(lut) envoyé » soit enfin rrcbrç « don, cadeau », 
singulier du substantif û^nbrâ usité en hébreu (Rois, IX, 16). 

6. Un homme du nom de noaNin* et originaire de Carthadascht 
(immnmpï-ï) ou Garthage. Celle-ci n'est pas nécessairement la 
capitale de l'Afrique phénicienne, c'est peut-être la ville chypriote 
homonyme que mentionnent les inscriptions cunéiformes. noafrnDr 
signifie « serviteur de Bast », déesse égyptienne qui a donné son 
nom à la ville de Boubaste. en hébreu noa ^s. Le a intercalé entre 
le i et le a semble marquer la voyelle ou comme le prouve la 
transcription grecque 'Apsoupàano;. Notre texte ne fournit rien sur 
l'état de cet homme. 

■7. ûsn (^tnplN. A, 10) « boulangers». La lettre médiale, 4e 
forme insolite, n'est visiblement ni un i ni un ©, la lecture tHK 
ou ùu:n est donc fort improbable. Le mot de l'énigme m'a été 
donné par le terme nbn qui forme le complément du verbe unique 
de la phrase. La situation invite à y reconnaître les ribn « gâteaux 
ou pains » qu'on plaçait devant les divinités (Lévitique XXIV, 5), 
et qu'on leur présentait à titre d'offrande. (Ibidem II, 4). Ceci m'a 
amené à distinguer un s aussi bien dans la lettre en question que 
dans la seconde lettre du verbe, lequel a l'apparence de ON sur 
la photographie. L'examen de l'original suiBritish Muséum a con- 
firmé cette supposition et par suite je n'hésite plus à penser que la 
lecture exacte est t]N œa II Dsab (=-îibç m II tnsiab) «aux deux 
boulangers qui ont cuit ». Entre la particule du régime direct ma 
(= héb. n») et le substantif r-ibfi se placent quelques lettres ou 
signes indistincts. Peut-être y avait-il des chiffres indiquant le 
nombre des pains. Dans le culte hébreu, les pains étalés journelle- 
ment sur la table du sanctuaire étaient au nombre de douze (Léviti- 
que XXIV, 5), nombre dans lequel on peut voir une allusion soit aux 
douze tribus d'Israël, soit aux douze mois de l'année. Si les chiffres 
étaient clairs dans notre passage, ils auraient décidé de la vraie 
interprétation. La fin de cet article nous apprend deux faits im- 
portants. Premièrement que les pains sacrés étaient destinés au 
temple de la Reine sainte (tntûTp nabtt), probablement épithète 
d'Astarté, car dans l'inscription d'Eschmounazar cette déesse est 
enregistrée parmi les ûiuip t»b« « dieux saints. » Deuxièmement 
que lesdits pains étaient préparés avec certaines épices ; c'est du 
moins ce que je crois entendre sous les mots snon nN (= tr^ba pn). 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CIT1UM 197 

Le dernier île ces mots avait été lu û^ns 1 , comme à la ligne 5, 
mais la lecture à laquelle je m'arrête répond mieux et à l'aspect 
des lettres sur l'original et au sens exigé par le contexte. 

8. ûi*3 f=û , njrç] (A, 7, 11 ; B, 10 « jeunes gens ». Ils s'oc- 
cupaient probablement des préparatifs des sacrifices en amenant 
les victimes et en apportant le bois à l'autel ; comparez Exode, 
xxiv,:). 

9. nîab* (B, 8) « jeune femme » hébreu nujby. C'est selon toute 
vraisemblance la cantatrice principale attachée au temple. A 
l'occasion des grandes fêtes elle conduisait un chœur de femmes, 
qui alternait avec le chant des hommes, en dansant et en jouant 
des instruments de musique. Ce sont les nissin niîéb^ des Hé- 
breux (Psaumes LXVIII, 26. Cf. Exode, XV, 20). Dans notre pas- 
sage il est question de douze 'Alàmôt ayant assisté la 'Almà en 
chef. 

10. amî [= irrûiï) « immolateurs (A, 8) » qui tuent les animaux 
en observant certains rites, comme les tpatrô du judaïsme rabbi- 
nique. L'immolation des victimes pouvait se faire parla main de 
profanes ; c'est du moins l'opinion de l'école des pharisiens. Nous 
ignorons quel était l'usage phénicien à cet égard . 

ll.ûabs(=&inba) (A, 12. B, II) « boucliers « qui dépouillent les 
victimes égorgées et les découpent en faisant la part de l'autel et 
des prêtres. Ce terme qui se trouve aussi dans Ezéchiel, V, 1, est 
habituellement traduit par « barbier » et les interprètes qui m'ont 
précédé admettaient qu'il s'agissait ici des barbiers employés dans 
les temples qui pratiquaient la petite chirurgie comme ceux de l'Eu- 
rope occidentale au moyen âge, en même temps qu'ils rasaient et 
coiffaient le personnel attaché au sanctuaire, et faisaient ces inci- 
sions rituelles que le code mosaïque défend aux Hébreux 2 . Je ne 
sais sur quoi reposent ces présomptions, car la défense mosaïque 
(Lévitique, XIX, 2*7, 28, XXI, 5), ainsi que le prouve le contexte, 
semble se rapporter à une cérémonie de deuil. Aussi est-il avéré 
que les prêtres de Baal en lutte contre Elie ne se firent des inci- 
sions que lorsqu'ils eurent désespéré d'adoucir autrement la divi- 
nité qui était restée insensible à leurs prières (I Rois, XVIII, 28) 
et encore se les firent-ils eux-mêmes et non pas par l'intermé- 
diaire de barbiers. Quoi qu'il en soit du reste, la signification du 
mot aba en phénicien me semble résulter du nom propre ûbsobs 
« Gallâb des dieux », où le sens de « barbier » est évidemment 
moins convenable que celui de « boucher qui prépare les parties 



1 Ibidem, p. 96. 
* C. I. &,1,p. 9î 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du sacrifice destinées aux dieux ». Il se peut môme que le terme 
en question contienne en outre le sens de l'arabe djallâb, « mar- 
chand de bétail », au point que le db^nbà serait à la fois celui qui 
procure les victimes et les prépare pour l'usage de l'autel. J'ajou- 
terai enfin que le mot de l'hébreu postérieur nb:ato « bâton, aiguil- 
lon (?) » convient très bien à l'acception arabe de ab}, 

12. 125 ûia (A, 7). Ces mots, incompris jusqu'à présent, me 
semblent devoir se lire n^s d18 ou bien au pluriel *i*j>â ^:l>\ s 
« l'homme ou les hommes du bétail ». Il s'agit, paraît-il, de l'indi- 
vidu ou des individus qui ayant amené le bétail destiné aux sacri- 
fices étaient restés près du temple de la déesse pendant la fête de 
la néoménie. C'est selon moi le sens de la phrase déterminante, 
dont je sépare les mots de la manière suivante : Jnsbtt bfr "po on 
1 trn nttHp : et avec les points-voyelles nsbto b^ft (ou iipo) )çtg os 
t fcn^ twHp m . Pour l'expression nmp rùbtt bft comparez l'hébreu 
lïyp rrnp b^ (Deutéronome III, 29). L'omission de nn devant rûbfc 
SnttJ^p n'a rien qui ne soit conforme aux habitudes populaires de tous 
les pays et de toutes les époques. La lecture ...b ûiso on « qui 
sont voisins de... » ne me semble pas convenir. Encore moins 
puis-je m'arrêter à l'idée admise par mes devanciers qui lisent 
'Dppb et traduisent qui inserviunt : la racine pia ne se confond 
pas en phénicien, à ce que nous sachions, avec "po. Quant à l'em- 
ploi du mot ma au pluriel et à l'état construit, on n'en a pas 
d'exemple dans la Bible, mais il est d'autant plus fréquent en 
arabe et en sabéen, où tna prend même les suffixes possessifs. 
Enfin, wa est le mot hébreu ordinaire pour désigner en comknun 
le gros et le menu bétail. 

13. û:n (B, 7). On a lu ce mot ùw 1 « associés », en pensant à 
certaines associations ou corporations religieuses que l'on cons- 
tate chez divers peuples de l'antiquité. Cependant on aurait dû se 
demander tout d'abord si l'hébreu ûw auquel on le compare 
exprime réellement cette idée. Partout où ce mot se présente 
dans la Bible, il comporte exclusivement le sens d'ami intime, de 
compagnon fidèle, jamais celui de membre d'une société ou d'une 
corporation. Ce dernier sens est dévolu au substantif n^n (=inft), 
pi. ùnsn [= B^aïT) qui figure deux fois dans l'inscription de Mar- 
seille, augmenté des suffixes possessifs : ûsmn (= héb. ùïrnsfi) 
« leurs collègues (du sénat de Carthage) ». Le titre de ^nn a été 
aussi porté par les membres du sénat juif, tnYiîr»* nnn, ainsi qu'on 
le voit par les monnaies des Macchabées. Pour dégager le sens 
exact de ce mot, il est nécessaire de déterminer auparavant celui 

i C. 1. S., 1, p. 99. 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIUM 198 

des doux mois qui suivenl : dsbc 15. Je vois dans le premier l'équi- 
valenl delà particule de lieu hébraïque, *ia, composée de a « dans, 
on » ot du substantif *n « mesure, capacité, suffisance » et paral- 
lèle à la particule comparative ^3 de l'hébreu postérieur. La 
formera est fréquemmenl employée dans l'Ecriture et je l'ai 
aussi constatée dans cette phrase d<> l'inscription d'Bschmounazar 
am ywn ba 'js'W* fittm en &|N , phrase qui signifie selon moi 
« même si les hommes te disent (de profaner mon tombeau) ne 
les (m. à m. « à eux ») écoute point, » au lieu de « n'écoute pas 
leurs mensonges (bST^a) » comme on le traduit habituellement. 
Quant au second mot bib&, je crois que c'est le pluriel de ^b& qui 
désigne en hébreu la campagne avoisinant la ville, le cercle 
ou le district (Nehémie, III, 12, 18). Ceci établi, si l'on admet la 
lecture twi, il s'agirait dans notre passage d'une somme envoyée 
à des amis habitant la campagne. J'avoue cependant quel'épithète 
« amis » ne me semble pas bien convenir au caractère général du 
texte qui n'offre que les irais relatifs aux temples et au culte. 
Cette considération me conduit à lire tnJfta pluriel de irn « ber- 
ger, pâtre ». Il est à supposer que les grands temples phéniciens 
avaient à leur solde des bergers qui soignaient les animaux des- 
tinés aux sacrifices quotidiens et qui étaient établis en partie 
dans les édifices contigus au sanctuaire, en partie dans les cam- 
pagnes de la banlieue. Les textes magiques cunéiformes prescri- 
vent souvent, à titre de médicament efficace, le lait ou le beurre 
qui provient des animaux nés dans le parc sacré : 

Apportez le beurre qui vient de l'écurie sacrée ! 

Apportez le lait qui vient du parc sacré ! 

Sur le beurre sacré qui vient de l'écurie sacrée, prononcez une 

conjuration : 
Que l'homme, fils de son dieu, soit purifié ! 
Que cet homme soit blanc comme le beurre ! 
Qu'il devienne éclatant de pureté comme le lait ! ! 

Et cette autre formule beaucoup plus claire : 

Le lait d'une chèvre... née dans l'écurie sacrée du pasteur Tam- 

mouz 2 , 
Ce lait de chèvre, que le pasteur te le donne de ses mains pures 

1 IV R. 4. 27-37, dise A himeta scha ischtu tarbaçi ellu ubluni 29 schîzbu scha 
ischtu suburi ellu ubluni 31 disch himeti Zw-tim scha tarbaçi ellu schipta idima 
33 Amelu tur an-schù lûbbithma 3"> Amelu schu luma himeti lilil 37 kima sclnzbi 
schuatam libîb. 

5 Dans la mythologie phénicienne Tammouz-Adonis est aussi un' berger. 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Verse-le dans une outre laite avec la peau d'une brebis intacte, 
Le dieu... de ses mains sacrées en fera manger Bel, 
Maroudouk prononcera l'incantation : 
()..., déesse du firmament, rends-le pur, rends-le éclatant 1 ! 

Le passage que nous discutons semble donc faire allusion à ces 
bergers attachés au service des temples phéniciens. 

14. daba et anà (A, 16. B, 9). Sur le sens propre du premier de 
ces mots aucun doute n'est possible, c'est évidemment l'hébreu 
d^abs, pluriel de ab3 « chien ».Les interprètes sont cependant una- 
nimes à y voir la désignation de l'abominable institution des scorta 
virilia qui étaient attachés à certains temples phéniciens et rece- 
vaient un salaire pris sur les fonds sacrés. J'ai quelque peine à 
admettre cette idée et voici mes raisons. Il est vrai que les Grecs et 
peut-être les Hébreux aussi désignaient ces sortes d'individus par le 
nom de « chiens » (kùvtk, abs>), mais on conviendra, ce me semble, 
que cette épithète flétrissante eût été très déplacée sous la plume 
d'un prêtre phénicien qui devait considérer le cynisme de ces 
hommes d'un œil beaucoup plus respectueux. J'ajouterai que la Bible 
nous a conservé la désignation propre et, si l'on peut s'exprimer 
ainsi, la désignation religieuse et honorifique des scorta virilia, c'est 
&rp, au pluriel d^hp (Deutéronome, XXIII, 18). L'histoire rap- 
porte que Roboam, riis de Salomon, enchérissant davantage sur la 
tolérance que son père avait montrée à l'égard du culte phénicien 
permit l'introduction de l'institution des d"Wj? (I Rois, XIV, 24) et 
que, jusqu'au règne de Josias, les prostitués mâles avaient des cel- 
lules dans la cour du temple (II Rois, XXIII, 7). Dans tous ces ré- 
cits nous lisons l'expression propre unp et non pas aba « chien », 
bien que ces individus aient inspiré le plus profond dégoût aux 
auteurs. A plus forte raison doit-on présumer que le rédacteur 
phénicien de nos inscriptions n'aurait pas choisi une épithète mé- 
prisante pour désigner des personnes qui accomplissaient un rite 
sacré de sa religion. Cette réflexion me paraît donc rendre pres- 
que certain que par le mot aaba on doit entendre autre chose que 
des scorta virilia. 

La question, ainsi circonscrite, peut se résoudre de deux ma- 
nières différentes. Tout d'abord en faisant appel aux noms propres 
dbaaba « chien des dieux » et aaba « relatif au chien », ainsi 



1 Ibidem 28, n° 3. 49 Schîzbi enzi... ? schaasch tarbaçi ellu schasiban tur-zi aldu 
51 schîzbi enzi sib-a asch qatischù ku-mesch liddinka 53, disch libbi maschak uniki 
la pititi bululma 55 an ku sud ga ma-rasch an en-lil-lu asch scA?*-II-schù ku-mesch 
lischakil 57 . an-amar-ud tur er-hi schipta iddu 59, an nïn-a-ha car du belit ap-ubbê 
ullilschù ubbîbschù. 



LES INSCRIPTIONS PEINTES DE CITIUM 201 

qu'au nom biblique abs et aux noms arabes sabéens Kalb, Kulaïb 
(xoXaiêo;) on est porté à prendre le mot ûaba dans le sens honorable 
de « fidèles comme les chiens ». Ces fidèles seraient des pauvres 
religieux de bas étage qui s'attachaient au temple et y vivaient 
d'aumônes et de restes laissés par les prêtres, à peu près comme 
les Parasites des temples grecs surtout de ceux d'Apollon. Mais 
cette solution laisse subsister presque les mêmes difficultés qui s'op- 
posaient à l'ancienne interprétation, car autre chose est un nom 
propre emprunté au règne animal , autre chose une dénomi- 
nation d'une classe de gens religieux employée dans un texte 
sacerdotal. Ces interprétations éliminées, il ne reste qu'à revenir 
au point de départ et à voir dans le ûnbs de notre passage des 
chiens réels. Ces bêtes si utiles à la garde du temple étaient na- 
turellement nourries aux frais de l'administration. L'énumération 
des chiens parmi le personnel du sanctuaire n'étonnera pas ceux 
qui savent avec quelle sollicitude la législation mosaïque oc- 
troya le droit des chiens sur la chair des bestiaux déchirés par 
les bêtes féroces (Exode XXII, 30). Encore de nos jours, l'action 
de nourrir les chiens qui vagabondent librement dans les rues 
est considérée comme une œuvre de mérite par les pieux mu- 
sulmans. 

La raison qui nous a déterminé à modifier l'interprétation de 
ûaba, nous oblige en même temps à changer celle qu'on avait 
adoptée pour le second terme, b*tà, lu trnft Ainsi que nous le di- 
sions plus haut, on traduit ce mot d'ordinaire par a les voisins du 
sanctuaire, les hôtes et les protégés du dieu », et l'on y voit des 
individus semblables aux uapaatTou grecs, qui vivaient d'une pau- 
vreté honorable à l'ombre des temples, notamment des temples d'A- 
pollon. On a aussi rappelé les djâr-allâh des Arabes, ces hommes 
pauvres et pieux qui ont longtemps vécu à l'ombre de la Ka'aba 1 . 
Malheureusement toutes ces analogies demeurent sans emploi en 
présence de la nécessité matérielle qui exige que l'objet énuméré im- 
médiatement après les chiens soit aussi un animal et non pas la dé- 
signation d'une classe d'hommes honorables et honorés. Il ne reste 
donc qu'un moyen de se tirer d'embarras, c'est de lire trnstfi «jeunes 
chiens». Dans la Bible, on ne rencontre le mot *m que pour dé- 
signer le* jeune lion, mais en langage talmudique et araméen, il 
s'applique ordinairement au jeune chien. Nous nous bornerons à 
citer à l'appui un proverbe rabbinique relatif à l'irritabilité des 
femmes et particulièrement des jeunes, proverbe qui fait très 
bien ressortir le parallélisme de nhs et de TW. Il est ainsi conçu : 

1 C. I. S., I, ]>. 95. 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

piD Krrnw ■p ami bny Nabr> "ja ms '. « Si un vieux chien aboie 
après vous (à la porte d'une maison) entrez-y (sans crainte); si 
c'est une jeune chienne qui aboie, sauvez-vous ». Par suite de 
ces considérations, les mots tn:>bi ùabab semblent devoir signifier 
pro canibus et catulis. La mention des jeunes chiens est même de 
nature à faire penser qu'il s'agit peut-être, au moins en partie, de 
chiens destinés à l'autel d'Artémis-. A cela conviendrait parfaite- 
ment l'importante remarque communiquée dans le temps à l'Aca- 
démie des inscriptions et belles-lettres par M. Léon Heuzey. Ce 
savant avait fait observer que les environs des lieux d'où les pla- 
ques ont été déterrées contenaient deux temples grecs con- 
sacrés, l'un à Artemis paralia, l'autre à Dêmêter paralia. Il 
est donc très vraisemblable que nos textes aient été rédigés dans 
le sanctuaire phénicien qui a servi de type à celui de l'Artémis 
grecque. 

Il reste encore l'article 6 de l'inscription B, qui résiste malheu- 
reusement à toute interprétation à cause du mot inconnu ûa35tt. 
Je ne puis avancer à cet égard qu'une simple conjecture que je 
présente sous toutes réserves. Ce mot figure dans notre passage 
comme complément direct du verbe npb, lequel ne doit pas signi- 
fier ici « prendre » comme en hébreu ancien, attendu que l'action 
de prendre ne saurait donner le droit à une rémunération, mais 
« acheter », sens qu'a ce verbe en hébreu postérieur. Il semble 
donc en résulter que le complément Dij^tt doit désigner un objet 
acheté en une certaine quantité pour le besoin du culte. Pour en 
préciser le sens, nous n'avons d'autre moyen que de rappeler 
l'arabe mïhnab « desséché, aride, durci, calleux ». Si l'on compare 
à ce sens la racine talmudico-araméenne parente qrib « couper ou 
arracher des bouts de plantes ou de bois », on est tenté de croire 
qu'il s'agit de branches ou de plantes desséchées. Un tel indice 
nous fait songer au rite phénicien qui consistait à planter à une 
certaine époque de l'année des végétaux étiolés et éphémères dits 
jardins d'Adonis ('aôcôviôo? xifroi) en commémoration de la mort pré- 
maturée de ce dieu. Si ce sentiment était exact, on pourrait sup r 
poser que le personnage en question était chargé d'acheter les 
plantes destinées à être placées aux abords du temple. Dans ce 
cas, l'article que nous discutons aurait encore pour nous cet au- 
tre avantage de nous apprendre que cette cérémonie religieuse 
avait lieu au mois de nb?£>. Gela concorderait très bien avec les 



1 Taira. Bab., traité Erubin, fol. 86. 

2 Movers, Die Phœnizicr, vol. I, p. 4 OH. 



LES INSCRIPTIONS PEINTES Dg ÇITIUM 203 

■Minées des auteurs grecs, qui placent ladite cérémonie dans la 

belle saison ' . 

Les explications el conjectures qui précèdent n'ont laissé hors 
de considération aucun des mots que contiennent nos inscriptions; 
il ne me reste qu'à les transcrire au complet et à les accompagner 
d'une traduction conforme aux résultats de cette étude. 

Face A. 

û3pn rm nban 

t»na rrr ïnna 

i ! asp ttnn )bxh 

Mil 

/..«ûp ria nintt* Fia ma* p tta diab 

x\ g)U5n na br £N a*mb"i aansb 

. .p t ira ntDKp nabfc btt pia tbn v? a^ab 

1 1 NDp l l tnrab 

... I np 1 1 ùnatb 

[nunp] nabfcb nbn . . . ma t|a œa 1 1 ûsab 

...I NDp ùtton nN 

I I I N5p [ I I Û'Wb 

1 1 NDp natô» b* ûb^s aabab 

.a 1 ?: na*ia t|N nmaat b^s uïn s ûttnnb 

..pi 1 1 i np t ira nbtt ùnso an ifcia&na^b 

...pi in np nnabn [ûnbab] 

...si il 1 1 ip t tra nbrc n 



Face J5. 

aprn. 

pbara m*' çnfta 

I i N3p lanrj "jbab 

...abuia (?) ùoa ûjt b^ab 

. . .Timrimp^ noaNia^b 

...as>p aasaiï npb en a^iab 

. .a uîn 1 1 np ûabs ^a w$ asnb 

...mta xx 1 1 n^brbi nttb3>b 

1 1 1 nqi 1 1 1 np anabi aabab 

1 1 1 k&i 1 1 1 ûi^b 

un 



Cf. Engel, Kypros, II. p. 548. 



204 REVUE DES ETUDES JUIVES 

TRADUCTION. 

Face A. 

Dépenses du mois d'Etânim. 

A la néoménie du mois d'Etânim : 

Aux dieux de la néoménie. . . deux. 

I I I I 

Aux architectes qui ont construit les maisons d'Astarté, chaque 
maison. . . 

Aux gardiens du sanctuaire et aux hommes préposés au temple 
de Rescheph. . . XX 

Aux hommes (qui soignent le) bétail qui sont restés en face de 
la Reine-Sainte dans ce jour. . . 

A deux garçons. . . deux. 

Aux deux sacrificateurs 

Aux deux boulangers qui ont cuit... les pains pour la Reine- 
[Sainte] 

Avec des épices. . . 

Aux trois garçons. . . trois. 

Aux bouchers ouvriers, pour (leur) travail. . . deux. 

Aux dix maçons qui ont construit les soubassements et les sanc- 
tuaires de MK ? 

A 'Abdeschmoun, chef des scribes, il a été envoyé dans ce 
jour. . . trois et. . . 

Aux chiens et à (leurs) petits. . . trois et. . . trois. 

. . . Il a été envoyé dans ce jour. . . quatre et... 

Face B. 

Taqab. 

— A la néoménie du mois de Péoûlat. 

— Aux dieux de la néoménie. . . deux. 

— Aux Maîtres des jours, de l'encens (?) avec un sacrifice de 

paix. . . 

— A 'Abdoubast de Garthage. . . 

— A l'homme qui a acheté les plantes fanées (?). . . 

— Aux bergers de la campagne. . . deux qui. . . 

— A Talmâ et aux vingt-deux 'alâmôt, avec sacrifice. . . 

— Aux chiens et à (leurs) petits. . . trois et. r . trois. 

— Aux trois garçons. . . trois. 

— deux. * 

J. Halévy. 



LES SECTIONS ET LES TRAITÉS DE LA MISCHNAH 



La lecture, même superficielle, d'un traité de la Mischnâh nous 
frappe par l'absence complète d'ordre et de méthode dans la suite 
des chapitres et des paragraphes. Pour ne citer que quelques 
exemples, le traité de Berâchôt, qui a pour sujet les règles rela- 
tives aux bénédictions et aux eulogies à réciter dans les diffé- 
rentes circonstances de la vie israélite, commence par la question : 
« Quand faut-il réciter le Schéma, le soir »? Or, le Schéma n'est 
pas une bénédiction ; puis, la prescription de réciter ce chapitre 
du Pentateuque devait logiquement précéder la fixation du mo- 
ment auquel cet acte religieux doit s'accomplir. — Le précepte 
principal du sabbat est l'interdiction de tout travail en ce jour. 
L'exposition des travaux défendus, qui sont au nombre de trente- 
neuf, aurait sa place naturelle en tête du traité consacré à ce 
sujet. Il n'en est rien. Le paragraphe qui contient cet exposé est 
le premier du chapitre VII de Masséciièt Schabbat; le chapitre 
premier débute par les mots : « Les sorties au jour du sabbat 
présentent deux cas qui (par une subdivision), en donnent qua- 
tre, etc. 1 . » On commence donc par le détail d'un travail dé- 

1 La difficulté, que les anciens commentateurs ont déjà soulevée, qu'il faudrait, à la 
place de î"îN' 1 2£ , \ qui vient du neutre N!£i, le mot ïTtfinî"», nom dérivé ae l'actif 
ÈOUFlrt, disparaît, si Ton remarque que dans ce paragraphe, aussi bien dans la règle 
générale que dans l'exemple qui suit, l'objet qu'on sort n'est pas exprimé; il faut donc 
sous-entendre partout un nom précédé de la proposition 3. Or ...2 NJ£i prend 
presque le sens de « sortir un objet >. Ainsi le verbe est employé au § 3, dans la 
phrase : "Iï3ffi33 Û^Hîm N^" 1 SO. On pourrait peut-être établir la règle que n N^" 1 
est employé quand il s'agit d'un objet léger qu'on porte à la main ou sur son corps, 
tandis que 80S£"lïl se dit pour une charge plus lourde et étrangère à la personne 
du porteur. 1*7203 fwbs fcPSttîaïl {Berâchôt, 19 b) ne contredit pas cette règle. — 
L'allusion à Exode, xvi, 29 n'explique rien, puisqu'il y est parlé de personnes, et non 
de choses. (Cf. b. Eroubîn, Mb, et surtout la leçon de R. Hananêl, qui paraît avoir 
lu : p*np N^ btC\ S'TO tf£i btf, pour prévenir par là, qu'on ne lise pas fcttfc''). 
Tobie b. Eliézer [Léhah Tôb, éd. fiuber, p. 112) donne notre Mischnâh à l'occasion 
du verset de l'Exode; mais aucun ancien Midrasch, ni la Mechilta ne le font, Il n'est 
donc pas permis de supposer que notre traité débute par ce paragraphe, parce que 
le rédacteur de la Mischnâh l'aurait rencontré dans un recueil, cité près du verset où 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fendu, qui dans la liste des ouvrages interdits est mentionné le 
dernier 1 . — Le traité des fêtes- consacre son premier para- 
graphe à la divergence des opinions que les docteurs émettent au 
sujet de la question spéciale, si un œuf pondu pendant un jour 
de fête peut être mangé le jour même. 

Il est superflu de multiplier davantage les exemples de ce 
genre. D'autres codes, que l'antiquité nous a transmis, ne sont 
guère plus méthodiques. Le peu de renseignements que nous pos- 
sédons sur le plan suivi par les auteurs de ces recueils, rend la 
solution du problème extrêmement difficile. 

Pour la Mischnâh en particulier, les éléments réunis définitive- 
ment par R. Iehoudâh hannâsi, remontent à des époques bien di- 
verses ; il y en a qui sont antérieurs aux Macchabées, peut-être 
même à Alexandre ; souvent le texte en a été fidèlement repro- 
duit. Un grand nombre de Mischnâiôt ont existé avant la Mis- 
chnâh de R. Iehoudâh, et ce dernier docteur, après les avoir 
étudiées, allait encore d'école en école en recueillir de la bouche 
des maîtres. 

Beaucoup de décisions casuistiques étaient dispersées dans les 
ouvrages qui, au lieu de les classer par matières, les exposaient 
dans Tordre où les préceptes sont mentionnés clans l'Ecriture 3 ; 
R. Iehoudâh devait les y chercher. Si ces divers éléments n'ont pas 
été refondus systématiquement, mais souvent seulement notés à la 
suite les uns des autres, on comprend jusqu'à un certain point l'in- 
cohérence qui règne entre les paragraphes de cette immense com- 
pilation. 

Il est tout aussi difficile d'expliquer, par des rapports logiques, 
la succession des traités dans les six sections ou sedârîm dans les- 
quels la Mischnâh est divisée. Les raisons subtiles qu'en donne Maï- 
monide ne résistent pas à un sérieux examen. Aussi a-t-on cherché 
ailleurs la cause qui a déterminé Tordre de ces traités. M. Geiger 
a remarqué que, pour plusieurs sections, les traités qui avaient 
le plus de chapitres étaient régulièrement placés avant ceux qui en 
avaient moins 4 . 

C'est incontestable pour la seconde section où les nombres des 
chapitres pour les divers traités donnent les chiffres suivants : 24, 



se trouve formulé le premier précepte relatif au repos sabbatique. — Les tôsafistes 
ont déjà fait observer ce que le commencement de ce traité a d'étrange. 

1 Voy. chap. vu, § 1. 

2 niILD Û"p. C 1 est là le vrai nom de ce traité qu'on a changé en Bêtzâh, d'après le 
mot qui en commence le premier paragraphe. 

3 Voir sur ces deux méthodes d'enseignement mon Essai, chap. xxm. 

4 Wissenschaftlhhe Zeitschrift fiïr jiidische Théologie, vol. II, p. 474 et suiv. 



LES SECTIONS Et LES TRAITES DE LA MISCHNAH 207 

10, 10, 8, 8, 5, 5, 4, 4, 4, 3 et 8*. Oh observe de même pour la 
troisième section les chiffres : 10, 13, 11, \), 9, ( .) et 4-. 

Pour la quatrième section, il faut d'abord se rappeler que les 
trois premiers traites ne forment qu'un seul traité de trente cha- 
pitres 8 ; qu'en outre, le quatrième et le cinquième traités n'en l'ont 
qu'un de quatorze chapitres ', et on a alors : 30, 14, 8, 8, 5, 5, 3 5 . 
Le même tait est vrai pour la cinquième section qui donne les 
chiffres 14, 13. 1-2, \), 9, *7, 6, G, G, 5 et3 (i , et pour la sixième et 
dernière section où l'on voit les chiffres 30, 18, 14, 12, 10, 10, 10, 
G, 5, 4 et 3 T . Un fait aussi constant était de nature à convaincre 
les plus récalcitrants, et S. D. Luzzatto 8 se voyait, avec un regret 
non dissimulé, forcé de reconnaître la justesse de l'observation de 
Geiger. Du reste, le Pentateuque, sans suivre aussi rigoureusement 
la règle qu'on a observée pour la Misclinâli, présente néanmoins 
ce phénomène, que les plus petites Paraschiôt se rencontrent plu- 
tôt à la fin des sections '\ 

lue seule section de la Miselmàh, savoir la première, paraît 

1 Les noms des traités sont : Sabbat, Eroùbin, Pesâhîm, Schekâlîm, lômâ, Souccâh, 
lôm-tôb (Bêtzâh), Rôsch-haschànùh, TVanît, Megillâh, Mô'êd-kâtôn et Hagîgâh. 
Les deux derniers qui ont le même nombre de chapitres changent quelquefois mu- 
tuellement de place. Voy. Geiger, L c. p. 488, note 6. — Un seul de ces noms, voire 
même de tous les traités des six sections est araméen ; c'est celui de lômâ. Au com- 
plet il serait peut-être lômâ rabbâ « le grand jour », comme b. Rosch-haschânâh, 
fol. 21 a. Cependant ce nom est plus usité pour désigner le jour du jugement dernier, 
que pour celui du jugement aunuel. Les lxx qui traduisent jtflpto N*!p [Is. i, 13) .par 
r;uipav j^syâÀ^v, ont certainement pensé au Kippour ; ils ont ainsi vu au verset 12 
une allusion aux trois fêtes de pèlerinage et dans le commencement du vers. 13 la 
mention des néoménies et du sabbat, et ils ont complété la série des fêtes en y fai- 
sant entrer, par une interprétation midraschique, le jour du pardon. Ni Aquila, ni 
Symmackus, ni aucune autre version grecque ne les ont suivies dans cette explica- 
tion et je ne sache pas de midrasch qui Tait adoptée. 

2 Voici les noms des traités : Iebâmôt, Ketoubôt, Nedârîm. Nâzîr, Sôtâh, Gittîn et 
Kiddouschîn. Sur les changements que présente le Talmud de Jérusalem, voy. Gei- 
ger, l. c, note 5. Les manuscrits d'Eri'urt et de Vienne de la Tôseftà sont d'accord 
avec le Talmud de Babylone. 

3 Voy. Geiger, L c. p. 491. 

4 Ibid., note 2. 

3 Les traités sont : Babà-kamma, Bâbùmetzi'â, Bâbà-batrâ, les trois réunis sous le 
nom de Nezîkîn (cf. ci-dessous, note), Sanhédrin et Maccôt, Scheboû'ôt, 'Edoûiôt, 
'Abôdat-elîlîm, Abôt et Hôriôt. On sait que le sixième chapitre d'Abôt est une 
baratta qui ne fait pas partie de la mischnâh. La Tôseftâ n'a pas ce traité. 

6 Cette section renferme les traités suivants: Zebàhîm, Menâhôt, Houllîn, Bechôrôt, 
Aràchîn, Temourâh, Kerîtôt, Me'ilâh, Tâmîd, Middôt et Kinnîm. Sur Tâmîd, qui 
dans nos éditions a sept chapitres, voyez Geiger, L c, p. 491, note 3, d'où il résulte 
que ce traité n'a en effet que six et peut-être seulement cinq chapitres. 

7 Les noms des traités sont : Kêlîm, Ohôlôt, Negâ'îm, Pârâh, 'iahârôt, Mikwâôt. 
Niddàh, Machschîrîn, Zâbim, Teboûl-iôm, Iadaîm et 'Ouktzin. 

s Kerem chemed, vol. 3, p. 61. 

9 Les plus courtes sourates, ou chapitres du Kôrân, sont également les dernières, 
bien qu'elles ne soient pas les dernières pour l'époque à laquelle elles ont été, d'après 
la tradition, révélées à Mouhammed. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

en partie démentir la règle donnée par Geiger. Avant de tenter la 
solution de cette difficulté, nous allons nous occuper des noms qui 
ont été donnés aux diverses sections de la Mischnâh. Personne, que 
nous sachions, ne s'est encore occupé de ce petit problème. 

Les cinq livres du Pentateuque empruntent leurs noms au pre- 
mier mot essentiel de chaque livre : c'est ainsi que le premier est 
nommé Berêschît, le second Schemôt ou Veêléh-schemôt 1 , le troi- 
sième Wayyikrâ, le quatrième Bamidbar ou Wayyedabêr -, et le 
cinquième Debàrîm ou Veêléhhadebârim 3 . On pourrait supposera 
priori que les docteurs ont suivi la même voie dans la désigna- 
tion des sections de la Mischnâh. Ceci est clair pour la troisième 
section qui commence par les mots : « Quinze catégories de femmes 
[nâschhn) », et qui est nommée Nàschim; de même pour la qua- 
trième section qui débute ainsi : « Quatre chefs de dommages 
(nezîhîn) », ce qui lui a fait donner le nom deNezikin. 

La sixième section, qui a pour premier paragraphe : « Les chefs 
d'impuretés {tournât), devrait porter le nom de Toumôt ; mais, 
comme le fait déjà observer R. Nathan de Rome, ce nom a été 
changé, par un euphémisme, en celui de Taharôt, puretés 4 . 

La cinquième section qui commence par : « Tous les sacrifices 
(zebâhîm) », devait être appelée Zebâhîm ; toutefois on n'aimait 
pas à nommer une section entière par le même nom que le premier 
traité, et pour cette raison on a choisi un équivalent de Zebâhîm, 
c'est-à-dire le mot Kodâschîm 5 . On explique ainsi le nom de la 
deuxième section qui présente une difficulté particulière. Elle 

1 Avec l'addition du premier mot du verset. Ce nom se trouve ainsi dans Origène 
(Eusèbe, H. Eccl. vi. 25) : O0aXeau.u)6 ; dans Jérôme (Proî. galeat. in libr. Regum) : 
Veelle Semoth; de même Tesckubot Talmidê Menahêm, éd. Stern, 1870, p. 47, 1. 16, 

p. 74, 1. 13 (mEE rb$r\ ii-insa). 

2 Jérôme, l. c. Vajedabber. Ce nom se lit également dans le passage si obscur 
des Halâchôt gedôlôt, cité par Zunz, Gottesd. Vortr. p. 177, n. a et ailleurs, — 
Origène, L c, nomme cette section 'Ap.u.ea9sx.a)3stp. (trilpDÏI ^52111, cf. m. 
lômâ, ch. vu, § 1 ; m. Menûhôt, ch. iv, § 3). Mais ce titre qui signifie « la 
cinquième partie du Pentateuque, relative aux dénombrements », procède d'un 
autre système suivi également pour désigner les cinq livres de Moïse; ce 
système consiste à les nommer d'après une portion importante de leur contenu. 
Ainsi sont formés les noms de Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deuté- 
ronome. La littérature juive ' ne connaît que les trois derniers noms : Plin 
d'^î'Di b^TlpDÏI 125531Ï1 et ï"HTn Ï1DTÏ352 ; elle ne connaît ni un Tn^^ 0, ni un 
ÏIN"^" 1 '$. Dans le passage des Hal. ç/ed. dont je viens de parler, le titre rP'Cfrnil '0 
est bien pris dans le sens de livre de Genèse, berêschîi y ayant la signilication que ce 
mot prend dans mtt5N"D ÏTtû^fa ; mais l'Exode y est appelé simplement ^52*111 
"OU3 « la deuxième cinquième partie ». 

3 Origène et Jérôme, L c. 

4 Aronch s. v. 3N ; éd. Kohut, p. 2. col. 1, 1. 33; imipb *lb ."PU miîlï3 "1101 

rmîia 110 nra *6n ...mwaio *no. 

5 II est vrai, que les trois premiers traités de la quatrième section portent dans la 
Guemârâ également le nom de Nezîkîn; mais les noms courants de Baba-Kammâ, etc., 



LES SECTIONS ET LES TRAITES DE LA MISCHNA1I 209 

seule porto un nom au singulier, tandis que toutes les autres sec- 
tions ont leur nom au pluriel. Pourquoi, peut-on se demander, 
Môêd % et non pas Mô'adtm ? Cette particularité devient un trait de 
lumière pour le nom de la section. Celle-ci débute ainsi : « Les sor- 
ties du sabbat (Schabbât) », et devrait ainsi être appelée Scbabbât. 
Mais comme le premier traité porte déjà ce nom, il fallait, comme 
pour la cinquième section, le remplacer par un équivalent, qui n'est 
autre que le singulier Mô'éd '. 

Le nom de la première section seule, Zerâîm, reste obscur, et 
nous nous heurtons à une violation apparente du principe posé, 
comme nous avons dû laisser plus haut sans explication la succes- 
sion des traités dans cette section. 

Voici l'ordre dans lequel se suivent les traités de Zerâîm : 1° Be- 
râchôt, 9 chapitres; 2° Pêâh, 8 oh. ; 3° Demâï, 7 en.; 4° Kilaîm, 
9 ch. ; 5° Schebî'ît, 10 en. ; 6° Teroumôt, 11 ch. ; 7° Ma'aserôt, 5 ch. ; 
8° Ma'àsèr-schênî, 5 ch. ; 9° Hallàh, 4 ch.; 10° Orlâh, 4 ch. ; 
11° Bikkourim, 3 ch. On voit que les cinq derniers traités obser- 
vent, comme les autres sections, une marche descendante. Les 
traités 4, 5 et 6 sont intervertis dans la Toseftâ, et eu adoptant cet 
ordre, la règle générale serait appliquée à toute la section 2 à l'ex- 
ception des trois premiers traités qui devraient avoir leur place 
avant Ma'aserôt. Mais il paraît, que de bonne heure, par l'analogie 
du sujet, Teroumôt, où il s'agit des premiers prélèvements sur les 
produits de la terre, a été rapproché de Ma'aserôt, Ma'asêr-schêni, 
etc., qui renferment les préceptes relatifs aux dîmes et aux autres 
impôts que l'Israélite doit acquitter 3 . C'est à l'époque où Schebî'ît 
et Kilaîm se trouvaient à la tête de la section que doit remonter le 

avaient prévalu de bonne heure. Il est, en outre, digne de remarque que celte section 
paraît avoir porté le nom de Ieschouôt (^ï^3>^tt5 ,, ) « secours, saluts » , nom qui serait 
comme celui de la sixième section, un euphémisme pour Nezîkin t dommages ».On 
rencontre ce nom seul dans les Extractioncs de Talmut, dont notre collaborateur, M. Isi- 
dore Loeb, a donné des morceaux fort intéressants dans cette Remie, 1, 247-261 ; II, 
248-270 ; III, 39-57. (Voy. II, 257, v ; 260, vi ; 263, ix ; 264, xi ; 265, xn , III, 40, 
xvn; 42, xix; 44, xxi ; 48, xxvi; 46, xxvm; 50, xxix ; 54, xxxvj. La Toseftà 
appelle de même notre traité m^TÛÎ" 1 "HÛi (Voy. éd. Zuckermandel, p. 345 et 477). 
Cette manière de désigner notre traité est certainement indépendante de l'application 
(ïlsaïe, xxxii, 6, aux six sedârîm (Sabbat, fol. 31 a et lalkovt sur ce verset). On 
ne rencontre nulle part Ï"" )j172N 'D, ou Wr\ '0« 

1 Le jour de sabbat est ainsi nommé Lévit. xxm, 1-2. Cette opinion est formulée 
par les docteurs : *\yyn "Hp^N naïa. 

* Les nombres seraient : 11, 10, 9, 5, 5, 4, 4, 3. 

3 Le principe tout matériel fondé sur le nombre des chapitres que renferment les 
traités a dû céder tout naturellement quelquefois au lien logique qui existait entre les 
matières de ces traités. La Toseftâ, contrairement à la Mischnâh, a ainsi dans la 
cinquième section interverti Tordre, et placé Houllîn immédiatement après Zebâhîm. 
Elle nomme ce traité "pbin nU^riUJ, qui est le titre véritable de ce traité. (Voy. 
entre autres, Raschi sur (renèse, i, 12; cf. R. Nissim, Clavis talmwlica. 46 b.) Après 
T. III. 14 



ilii REVUE DES ETUDES JUIVES 

nom de Zerâîm ; car les mots : Tu n'ensemenceras pas ton champ, 
ne se trouvent dans le Pentateuque que pour l'interdiction des va- 
riétés de culture, et pour la défense de tout travail agricole pen- 
dant l'année sabbatique 1 . Le désordre qui s'était une lois glissé 
dans cette section, a certainement entraîné plus tard le déplace- 
ment de Berâchôt et des deux traités suivants. Du reste, Berâ- 
chôt traite un sujet étranger à la section 2 ; Pêâh se rapporte bien 
à un prélèvement sur les fruits de la terre, mais dans un sens de 
bienfaisance et nullement d'impôt ; enfin Demâï concerne le doute 
qui peut naître de l'incertitude si les prélèvements prescrits ont 
été consciencieusement faits, et ne pouvait, par conséquent, être 
mis entre les n os 5 et 6, place que le nombre de ses chapitres lui 
aurait assignée. 

.T. Derenbourg. 



avoir consacré le premier traité aux victimes égorgées pour le service du temple, 
la Mischnâh aborde dans le second traité les règles à suivre pour « l'abattage des 
animaux destinés à des usages profanes ». En outre, une portion de Houllîn se rap- 
porte de nouveau aux sacrifices. 

1 Lévit. xix, 49 et xxv, 4 : yitH frO ynii 

2 II est même attribué au Séder Môêd dans les Extractiones (voy. p. 225 note) : 
Revue, III, 43. xxm ; 51, xxx. En effet, Berâchôt aurait mieux sa place dans la se- 
conde section. M. Bankowski me l'ait observer que, dans un manuscrit de Rabbi- 
novvitz [Dikduké Sôpherîm, 1), Berâchôt se trouve à la fin de la première section, 
et pouvait de cette façon être compté avec la seconde. 



CATALOGUE D'ACTES RELATIFS AUX JUIFS 

PENDANT LE MOYEN AGE 



L'inventaire suivant comprend l'indication d'actes conservés 
dans les mss. de la Bibliothèque nationale qui forment les petits 
fonds. Il ne représente donc pas, tant s'en faut, la totalité des 
actes similaires, antérieurs au xiv e siècle, qui sont conservés dans 
le grand dépôt de la rue Richelieu. Cet inventaire sera continué 
jusqu'au xv e siècle; il sera complété, tôt ou tard, par un supplé- 
ment. Tel qu'il est, il sera, je l'espère, utile à ceux qui s'occupent 
de l'histoire des Juifs au moyen âge ; il leur évitera surtout, pour 
une série considérable de mss., de longues et ennuyeuses re- 
cherches qui seraient de nature à décourager les plus intrépides. 



i . 1183. — Actum Parisius anno incarnati Verbi millesimo cente- 
simo ociogesimo tertio. — Philippe-Auguste déclare avoir donné par 
les mains de Maurice, archevêque de Paris, pour bâtir une église 
la synagogue que les Juifs avaient à Paris et dans laquelle ils 
avaient accoutumé de faire leurs prières. — In nomine sanctœ, etc. 
Philippus, etc., Noverint universi (Decamps, 27, fol. 333). 

2. 1193, décembre. — Anno a Nativitate millesimo centesimo no- 
nagesimo tertio, ...mense decembri. — Donation faite par Roger, 
vicomte de Béziers, à tous les Juifs qui étaient à Garcassonne et y 
seraient à l'avenir, des tailles que lui et ses prédécesseurs devaient 
lever sur eux. — In nomine Domini. . . Ego dominus Rogerius (Doat, 
169, fol. 49). 

3. 1196. — Mention et extraits d'un acte d'Eudes III, duc de Bour- 
gogne, par lequel il donne au maire et aux échevins de Dijon cer- 
lains Juifs ("V e Golbert, 64, p. 418). 



212 REVUE DES ETUDES JUIVES 

4. 1203. — Aclum anno incamati Verbi 31° CC tertio, regni nostri 
anno vigesimo quinto. — Philippe-Auguste confirme l'accord conclu 
entre Blanche, comtesse de Champagne, et un juif nommé Gresselin. 

— In nomine sanctm et individua Trinïlatis, Philippins, etc., Noverint 
universi (V e Colbert, 56, fol. 2 v°). 

5. 1204, 24 février. — Apud Rothomagum, XXllll die februarii. 

— Ordre de Jean-sans-Terre, roi d'Angleterre, de prendre sur les 
Juifs de Domfront la solde de ses soldats et de ses sergents. — 
Mandamus vobis (Bréquigny, 56, fol. 41 v ;. 

6. 1206, septembre. — Âctum Parisius anno Domini M° CC° sexto, 
mense septembri. — Ordonnance de Philippe-Auguste relative aux 
Juifs, faite du consentement de la comtesse de Champagne et de Gui 
de Dampierre. — Philippus, etc., Noverint universi (V e Colbert, 56, 
fol. 3 v°). 

7. 1210, mai. — Actum Medunte anno Domini M CC° X°, mense 
maio. — Philippe-Auguste déclare qu'il ne recevra ni ne retiendra à 
l'avenir les Juifs de Blanche, comtesse de Champagne, et réciproque- 
ment. — Philippus, etc., Noveritis quodnos (V e Colbert, 56, fol. 5; 58, 
fol. 258; 62, fol. 60). 

8. 1210, juin. — Actum Trecis anno gratiœ M CC° decimo, mense 
yunio. — Guy de Dampierre promet de livrer des Juifs à la comtesse 
de Champagne, s'ils ne la paient pas. — Ego Quido de Dampetra 
notum facio (V e Colbert, 57, fol. 250; 63, fol. 29; Duchesne, 76, 
fol. 230). 

9. 1210, octobre. — Actum est hoc anno incamati Verbi M CC° 
decimo mense octobri. — Accord entre Eudes, duc de Bourgogne, et la 
comtesse de Champagne sur les Juifs — Ego Odo, etc., Notum facio 
(V e Colbert, 63, fol. 87 ; 62, fol. 83 et 56, fol. 174). 

10. 1214, décembre. — Actum anno gratiœ millesimo ducentesimo 
decimo quarto, mense decembri. — Miles d'Ervy abandonne à la com- 
tesse de Champagne tous ses droits sur les Juifs qui viendraient 
s'établir à Ervy. — Ego Milo de Erviaco notum facio (V e Colbert, 58, 
fol. 488; 68, fol. 67). 

11. 1216, février. — Actum anno Domini millesimo ducentesimo 
decimo quinto, mense februario . — Archambaud de Bourbon promet à 
la comtesse de Champagne de faire payer à ses Juifs ce qui leur est 
dû. — Ego Archambaudus dominus Borbonii (V e Colbert, 58, fol. 1). 

4 2. 1218, 8 mars. — Anno Incarnationis ejusdem millesimo ducente- 
simo septimo, ...octaw idus martii. — Donation faite par Aymeric, 
vicomte de Narbonne, et Marguerite, sa femme, aux Juifs dudit Nar- 
bonne des maisons et ouvroirs appelés la Juiverie, situés dans a 



CATALOGUE D'ACTES RELATIFS AUX M ll'S 213 

ville, avec le pouvoir de les vendre ou de les donner, excepté aux 
clercs, aux religieux et aux princes. — In nomme Domini, etc., No- 
tum sit hœc audlentibus (Doat, 50, fol. 15). 

13. 1218, septembre. — Actum Mcduntœ anno Domini millesimo 
ducentesimo decimo octavo, mense septembri. — Mandement de Phi- 
lippe-Auguste à ses baillis et prévôts leur prescrivant de faire payer 
aux Juifs ce qui leur était dû. — PMlippus, etc., Mandamus vobis 
(V e Colbert, 58, fol. 259^. 

4 4. 1222, octobre. — Actum anno gratiœ M° CC° XXII , mense octo- 
bri. — Thibaud, comte de Champagne, confirme la quittance donnée 
à Jacob, maitre des Juifs de Troyes, par les Juifs de cette ville 
pour 160 livres. — Ego Theobaldus, etc., notum, etc., quod Judœi 
[V° Colbert, 63, fol. 168). 

15. 1222, octobre. — Actum anno gratim U° CC° XXII , mense octo- 
M. — Garantie donnée par Gui de Châtillon, fils aîné du comte de 
Saint-Pol, aux obligations du comte de Champagne envers Dedonde 
Bray et Hélye, son frère, Juifs du roi de France. — Ego Quido de 
Chastellum (V e Colbert, 63, fol. 205). 

16. 1224, février. — Actum Parisius anno Domini millesimo CC° 
AT/// , mense februario. — Acte par lequel le roi confirme un accord 
entre le comte de Champagne, Haquin et Hélie de Bray, au sujet de 
10,500 livres que ledit comte leur devait. — Ludovicus, etc., Noveritis 
quod (V e Colbert, 56, fol. 4 9 v°). 

47. 1224, novembre.— Actum Confluaci, anno Domini M CC° XXI III, 
mense novembri. — Acte par lequel Louis VIII s'engage à ne pas 
retenir à l'avenir les Juifs du comte de Champagne. — Ludovicus, etc , 
Nosse vosvolumus (V e Colbert, 56, fol. 19 v°). 

18. 1228, avril. — Actum ajmd Sanclum Germanum in Laya, anno 
Domini millesimo ducentesimo vigesimo octavo, mense aprili. — Vidimus 
de Tan 1246 d'un traité entre le roi Louis VIII et le comte de Cham- 
pagne s'engageant réciproquement à ne pas retenir les Juifs qui 
demeurent sur les terres l'un de Tautre. — Ludovicus, etc., Noveritis 
quod nos nullo»(V c Colbert, 56, fol. 22; 60, fol. 4 49). 

19. 1228, mai. — Actum anno gratiœ millesimo CC° XXVIII, mense 
maio. — Acte par lequel Enguerrandde Coucy déclare fixer ses Juifs 
à Condé-en--Brie. — Ego Ingerranus dominus Couciaci notum facto 
(V e Colbert, 57, fol. 297 ; 63, fol. 228). 

20. 1230, décembre. — Actum a])ud Meledunum anno Domini M CC° 
XXX , mense decembri. — Mandement de saint Louis ordonnant que 
ses barons ne puissent pas s'emparer des Juifs d'une autre terre et 
qu'ils payent à ceux-ci en trois termes les sommes qu'ils leur doi- 



■1\\ REVUE DES ETUDES JUIVES 

vent. — Ludozicus, etc , Noter int imiter si (V e Colbert, 56, fol. 23 v°). 

21. 1231, août. — Actum anno gratiœ millesimo ducentesimo trige- 
simo primo, die dominica proximapost quindenam Assumptionis beat® 
Mariœ. — Geoffroi de Deuilly engage ses biens au comte de Cham- 
pagne pour payer des Juifs ses créanciers. — Ego Gaufridus, domi- 
nas Duileii, notum facio (V e Colbert, 58, fol. 148). 

22. 1235, février. — Actum apud Loriacum anno Domini M CC° 
XXXHII°, mense februario. — Saint Louis mande à Thibaud, roi de 
Navarre, de rendre à la comtesse de Dreux ses Juifs qui étaient en 
Champagne. — Ludoticus, etc., Alias mandaviuus (V e Colbert, 56, 
fol. 27 v°). 

23. 1250, juin. — Fait Van 1250 ou mois de juing. — Acte par le- 
quel Eudes, sire de Bourbon, sur la requête de Thibaud, comte de 
Champagne, autorise Dedon, Juif de Bar-sur-Aube, à s'établir à 
Moulins, moyennant un marc d'or de rente. — Ge Oddes, ...fas 
assavoir que je (Duchesne, 107, fol. 248 v°). 

24. 1250, environ. — Enquête de l'abbé de Saint-Loup de Troyes 
pour faire constater que certains Juifs sont hommes du comte de 
Champagne, sur les terres duquel ils habitent depuis près de seize 
ans. — Omnibus prœs en les litteras (V e Colbert, 60, fol. 210). 

25. 1250, environ. — « Forma literee ad imponendum pœnitentiam 
arbitraliam extra sermonem alicui Judeeo pro his quse commisit 
receptando aliquem vel aliquos baptisatos, apostatas vel alias fa- 
vorem aliquem impendendo ». — Nos talis inquisilor (Doat, 29, 
fol. 74). 

26. 1250, environ. — « Forma requisitionis librorum Talmutorum 
Judeorum sub pœna excommunicationis ». — Frater talis inquisitor 
(Doat, 29, fol. 100). 

27. 1250, environ. — Requisitio senescalli Agenesii super libris 
Judseorum ». — Nobili ac potenti viro (Doat, 29, fol. 105). 

28. 1250, environ. — « Commissio facta priori fratrum Prœdica- 
torum Agenni super libris Judœorum inquirendis ». — Frater talis 
inquisitor (Doat, 29, fol. 106). 

29. 1250, environ. — « Sententia excommunicationis contra deten- 
tores ac celatores librorum Judaeorum in senescallia Agenni *. — 
Frater talis inquisitor (Doat, 29, fol. 107). 

30. 1250, environ. — « Forma seu modus pronunciandi super libris 
Judœorum qui Talimiti vulgariter appellantur et super aliis in 
quibus continentur blasfemiœ, falsitates, seu errores aut ignomi- 
nise contra Dominum Jesum Christum aut ejus sanctissimam geni- 



CATALOGUE D'ACTES RELATIFS AUX JUIFS 21B 

tricem in opprobrium fidei ehristiana* ». — In nomine Domini, amen 
(Doat, 29, fol. 287). 

31. 1250, environ. — Déclaration par le doyen de Villemaur que 
Haquin et sa femme Fastorelle sont juifs du comte de Champagne 
audit Villemaur. — Universis présentes litteras (V e Colbert, 61, fol. 
241 V°). 

32. 1250, environ. — Ordonnances touchant les Juifs et les usures 
qu'on leur reprochait (Attribuées à saint Louis). — Notum, etc., quod 
nos tolumus et statuimus (Dupuy, 532, fol. 32). 

33. 1250, environ. — Information faite par le sénéchal de Carcas- 
sonne et de Béziers touchant le nombre des Juifs qui étaient dans sa 
sénéchaussée et les contributions qu'ils devaient payer. — Hœc est 
informatio (Doat, 37, fol. 165). 

34. 1254, 27 février. — Montpellier en Van cuant homeomtava mille 
deux cens cinquoante très ...très dias en las kalendas ed mars. — 
Déclaration faite en la cour des consuls de Montpellier portant 
que ceux qui passeraient avec des bateaux chargés de marchan- 
dises des Juifs ou Sarrasins devant le gra de Narbonne sans 
payer la leude aux collecteurs des seigneurs de Narbonne seraient 
contraints par la cour de Lates et de Montpellier de la payer au port 
de Lates auxdits collecteurs. — Si barcaso autres (Doat. 50, fol. 451). 

35. 1254, décembre. — Actum Parisius anno Domini millesimo du- 
centesimo quinquagesimo quarto, mense decembri. — Ordonnances de 
saint Louis par lesquelles il défend, entre autres choses, aux Juifs les 
usures, les blasphèmes et les sortilèges, etc. — ludovicus, etc., Quod 
debito regiœ (Doat, 154, fol. 112). 

36. 1256, 1 ei octobre. — Datum Appamiis kalendis octobris, anno 
Domini millesimo ducentesimo quinquagesimo sexto. — Sauvegarde de 
l'abbé de Saint-Antonin de Pamiers en faveur de Bovia, juif, fils de 
Belinenga, et de toute sa famille. — Noium sit cunctis quod (Doat, 94, 
fol. 90). 

37. 1260, septembre. — In Pallamento oct. Nativit. b. Maria vir- 
ginis anno Domini millesimo ducentesimo sexagesimo. — Ordonnance 
pour que les maires des villes aient la justice des Juifs baptisés qui 
demeurent dans leurs villes et pour les cas dont lesdits maires ont 
la connaissance. — Placuit Domino régi (Dupuy, 532, fol. 58). 

38. 1267. — In anno natimtatis Christi millesimo ducentesimo sexa- 
gesimo septimo, Ludovico rege régnante, quinto idus octobris. — Sen- 
tence arbitrale rendue par Raymond de Quarante, chevalier, par 
Pierre Arnaudi et par Crescas de Béziers, juif de Narbonne, sur le 
différend qui existait entre Amalric, vicomte et seigneur de Nar- 
bonne, d'une part, et Moyse de Florensac, juif et procureur de Vilal 



216 REVUE DES ETUDES JUIVES 

de Florensac, son père, et Samuel, juif, gendre de Bonfils de Beau- 
caire, juif et procureur de Vital, juif, fils de David de Narbonne, 
d'autre part, suivant les actes des procurations y insérées, touchant 
le droit que lesdits vicomte et procureurs soutenaient avoir sur 
une maison sise dans la ville de Narbonne. — Noverint universi quod 
wtfétf* (Doat, 39, fol. 136). 

39. 1269, 16 mars. — Aclum Parisius sabbato ante ramos Palma- 
rum anno Domini M° CC° sexagesimo octavo. — Lettre de saint Louis 
portant convention entre lui et Thibaud, comte de Champagne, poul- 
ies Juifs qui avaient quitté les terres de l'un pour demeurer dans 
celles de l'autre. — Ludovicus, etc., Noveritis quod cum nos (V e Col- 
bert, 56, fol. 38 v°). 

40. 1269, 18 juin. — Actum Parisius die martis ante nativitatem 
Joan. Baptistœ anno Domini MCCLX1X. — Ordonnance du roi saint 
Louis à ses officiers pour qu'ils enjoignent aux Juifs de se présenter 
à Paul Christin, de l'ordre des frères Prêcheurs, pour qu'ils entendent 
de lui la parole de Dieu et lui montrent ceux de leurs livres dont il 
exigera la présentation. — Ludovicus, etc., Cum dilectus nobis (Dupuy, 
532, fol. 79 ; — Duchesne, 56, fol. 214). 

41. 1269, 18 juin. — Actum Parisius die martis ante nativitatem 
Joan. Baptistœ anno Domini MCCLXIX. — Ordonnance de saint Louis 
prescrivant aux Juifs de porter sur leurs vêtements un signe exté- 
rieur pour les distinguer des chrétiens. — Ludovicus, etc., Quoniam 
volumus quod Judœi (Dupuy, 532, fol. 78 v° ; — Brienne, 258, p. 33 1 ; 
— Duchesne, 56, fol. 214). 

42. 1269, 19 juillet. — Datum Parisius die veneris ante festum 
B. Mariœ Magdalenes anno Domini MCCLXIX.— Alphonse de Poitiers 
fait signifier aux Juifs qu'ils ne doivent pas paraître en public vêtus 
à la manière des chrétiens et qu'ils doivent porter sur leurs vête- 
ments un signe extérieur qui les distingue. — Quoniam volumus 
(Dupuy, 822, fol. 236). 

43. 1270, 29 juillet. — Datum die martis ante festum s. Pétri ad vin- 
cula anno Domini MCCLXX. — Ordonnance d'Alphonse de Poitiers 
prescrivant de ne pas forcer Mosset de Saint-Jean-d'Angély, juif, et 
ses deux fils, à porter, avant la fête de la Toussaint, sur leurs vête- 
ments les signes extérieurs imposés aux Juifs. — Mossetum de S. Jo- 
hanne Angeriacensi (Dupuy, 822, fol. 236). 

44. 1270 (?) — Ordonnance concernant la marche à suivre pour 
s'assurer que les Juifs s'étaient livrés à l'usure. — Hœc est forma de 
mandato (Dupuy, 532, fol. 88). 

45. 1271, 23 septembre. — Die mercurii ante festum sancti Mi- 
ehaelis anno Domini MCCLXXl. — Ordonnance de Philippe le Hardi 



CATALOGUE D'ACTES RELATIFS AUX JUIFS 217 

renouvelant la prescription déjà faite aux Juifs par saint Louis de 
porter sur leurs vêtements un signe extérieur, des roues, pour les 
distinguer des chrétiens. — PhiUppus, etc., Cum datum sit nobis (Du- 
puy, 532, fol. 112). 

46. 1272. — Anno incarnationis Dominicœ millesimo ducentesimo 
septuagesimo secundo. — Contrats d'acquisitions faites par des Juifs 
de la sénéchaussée de Carcassonne et de Béziers. — Noverint uni- 
tersi prœsentem paginant (Doat, 37, fol. 146). 

47. 1274 (?) — Ordonnances diverses contre les Juifs : défense aux 
Juifs d'avoir une nourrice ou un serviteur chrétien, de vendre de 
leurs viandes aux chrétiens, de se baigner dans le même cours d'eau 
que les chrétiens, etc., etc. — Ne aliquis Judœus Itabeat nutricem (Du- 
puy, 532, fol. 155). 

48. 1275, 19 juillet. — Datum Anrasicœ decimo quarto kalendas au- 
gusti anno Domini millesimo ducentesimo septuagesimo quinto. — 
Lettres de B. Hugonis, prévôt de l'église d'Orange, par lesquelles il 
défend à tous juges, chapelains, vicaires, prieurs et recteurs de citer 
par devant eux les Juifs et Juives nommés dans ses lettres, de les 
interdire, de les excommunier, etc., jusqu'à ce qu'ils aient reçu de 
lui ordre contraire. — B. Hugonis, etc., Noveritis nos litteras (Doat, 
173, fol. 200). 

49. 1276, 20 avril. — Anno nativitatis millesimo ducentesimo septua- 
gesimo sexto, PMlippo rege Francorum régnante, decimo secundo kalen- 
das maii. — Sentence arbitrale rendue entre Pierre, archevêque de 
Narbonne, d'une part, et Aymeric, vicomte et seigneur de Narbonne, 
d'autre, sur leurs différends touchant la juridiction que l'un et l'autre 
prétendait avoir sur les Juifs de Gapestang, de Montpellier, etc., 
qui allaient habiter les juiveries de la cité et du bourg de Narbonne. 
— Universis et singulis prœsentis instrumenti (Doat, 37, fol. 180). 

50. 1277, 7 mai. — Datum Romœ apud Sanctum, Petrum noms maii, 
ponti/icatus nostri anno primo. — Bulle du pape Nicolas III par 
laquelle il déclare aux inquisiteurs de l'hérésie qu'ils pouvaient 
procéder contre les Juifs qui, après avoir feint de se convertir et 
fait, par crainte, baptiser leurs enfants, avaient apostasie, et donne 
auxdits inquisiteurs les mêmes pouvoirs que contre les hérétiques. — 
Sicut nobis significare curastis (Doat. 37, fol. 191 et 206). 

51. 1278, août.— Datum Viterbii, 4° nonasaugnsti.— Vidimus d'une 
bulle du pape Nicolas III, par laquelle, en renouvelant les constitu- 
tions des papes Calixte, Eugène, Clément, Célestin, Innocent et 
Honorius, il défend aux chrétiens de tourmenter les Juifs pour les 
forcer à recevoir le baptême. — Nicolaus, etc., Sicut Judeis non débet 
;ms. fr. 15509, n° 43). 



-ils HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

52. 1281,-27 février. — Anno Chrisii incarnationis millesimo ducente- 
simo octuagesimo, ...tertio kalendas marlii. — Acte par lequel Bonus 
Amicus, juif de Mazères, déclare par devant Bernard, abbé de Bol- 
bonne, et le juge du comte de Foix qu'il avait pris et dérobé des 
biens de son père après qu'on l'eût emprisonné à Carcassonne pour 
crime d'hérésie, jusqu'à la valeur de 200 livres qu'il promet de rendre 
à leur volonté. — Noverint universi (Doat, 85, fol. 133). 

53. 1281, 1 er mars. — Datum kalendis onartii. — Bulle du pape 
Martin IV par laquelle il mande aux inquisiteurs de procéder 
contrôles Juifs qui, après s'être faits chrétiens, étaient retournés 
à leur religion, et contre les chrétiens qui s'étaient faits juifs, 
et de les punir comme hérétiques. — Turbato corde audivimus 
Doat, 37, fol. 193 et 243). 

54. 1282, 17 janvier. — Datum apud Buzetum dies abatipost octabas 
Epiphaniœ, anno Domini millesimo dncentesimo octuagesimo primo. — 
Lettres du sénéchal de Toulouse et d'Albi,par lesquelles, à l'instance 
du sénéchal de Carcassonne et de Béziers, il mande au bailli de 
Sainte-Gabèle et d'Hauterive de solliciter le bailli de « Gauderiis » 
de chasser les Juifs qui s'étaient réfugiés à « Gauderiis » et à Hau- 
terive pour ne pas contribuer aux tailles. — Eustachius de Bellomar- 
chesio miles senescallus, etc., ad instantiam nobilis (Doat, 37, fol. 158, 
et 231). 

55. 1282, janvier. — Actum Parisius anno Domini l%Si, mense janua- 
rio. — Philippe III déclare ne pouvoir tailler les Juifs d'Alençon et 
du Perche. — Philippus, etc., Notum facimus (ms. fr. 16650, fol. 369; 
Decamps, 36, fol. 531). 

56. 1283, 1 9 avril. — Actum apud Corbolium in crastino resurrectionis 
Dominicœ anno ejusdem millesimo ducentesimo octuagesimo tertio. — 
Mandement de Philippe le Hardi aux ducs, comtes, barons, baillis, 
châtelains et prévôts leur enjoignant de porter défense aux Juifs 
d'avoir des valets ou servantes chrétiens, de faire de nouveaux 
cimetières et synagogues, de leur faire porter une marque de feutre 
sur leurs vêtements pour les distinguer des chrétiens et de les 
contraindre à habiter dans les grandes villes où ils avaient coutume 
de résider. — Philippus, etc., Quia nihil adeo clarum (Doat, 37, fol. 
197). 

57. 1287, 7 janvier. — Actum die martis post Epiphaniam Domini 
millesimo ducentesimo octuagesimo sexto. — Philippe le Bel défend au 
sénéchal de Carcassonne d'exiger la taille des Juifs, qui dépendent 
du seigneur de Clermont. — Philippus, etc., Cum visis et examinatis 
(Doat, 37, fol. 200). 

58. 1287, 28 février. — Actum Parisius die veneris post festum beati 



CATALOGUE D'ACTES RELATIFS AUX JUIFS 2t9 

Mathiœ apostoli, anno Domini millesimo ducentesimo octuagesimo sexto, 

— Mandement de Philippe le Bel au sénéchal de Garcassonne pour 
qu'il fasse rendre compte aux collecteurs des tailles des Juifs des 
sénéchaussées de Carcassonne et de Rouergue de sommes qu'ils 
leur avaient extorquées et pour qu'il leur défende de lever des 
sommes autres que celles qui seraient lixées par G. du Temple. — 
Philippus, etc., Datum est nobis intelligi (Doat, 37, fol. 202). 

59. 1288, ti février. — Datum Parisius die veneris post octavas 
Candelosce. — Vidimus d'un mandement de Philippe le Bel enjoignant 
au sénéchal de Garcassonne de maintenir les Juifs de sa sénéchaus- 
sée dans la possession de leurs cimetières et synagogues. —Philip- 
pus, etc. Intelleximus quod Judœi (Doat, 37, fol. 204). 

60. 1288, 16 février.— Actum Parisius die lune post brandones, anno 
Domini millesimo ducentesimo octogesimo septimo. — Lettres du roi 
Philippe le Bel, par lesquelles il mande au sénéchal de Carcassonne, 
à l'instance de l'abbé de Pamiers, d'exempter les Juifs de Pamiers 
des tailles et autres subsides qui leur avaient été imposés depuis le 
paréage fait entre le roi saint Louis et ledit abbé. — Philippus, etc., 
Ex parle abbatis (Doat, 94, fol. 106). 

61. 1288, 18 mars. — Actum Parisius die jovis ante ramos palma- 
rum, anno Domini millesimo ducentesimo octuagesimo septimo. — Acte 
de Philippe le Hardi ordonnant à ses sénéchaux de lever la taille 
sur les Juifs avec les arrérages des sept termes des sept dernières 
années, de leur faire payer les amendes, d'obéir aux commissaires 
royaux pour les affaires desdits Juifs, de prendre deux Juifs pour 
caution de la résidence de ceux de leur religion, de mettre leurs 
noms par écrit et de les envoyer clos et scellés auxdits commissaires. 

— Philippus, etc., Mandamus vobis quatinus (Doat, 37, fol. 195). 

62. 1288, 7 mai. — Datum Romœ apud Sanctum Petrum nonas maii 
pontifîcatus nostri anno primo. — Bulle du pape Nicolas IV par la- 
quelle il mande aux inquisiteurs de procéder contre certains Juifs du 
comte de la Marche qui, après avoir été baptisés pour éviter les per- 
sécutions des chrétiens, avaient apostasie et étaient retournés au 
judaïsme. — Sicut nobis significare curastis (Doat, 37, fol. 206). 

63. 1288, Parlement de la Pentecôte. — Ordonnance interdisant 
aux Juifs de demeurer sur les terres des barons qui ont la haute 
justice contre la volonté de ceux-ci (imp. dans les Ord. des r. de 
Fr.). — Dictumest quod Judœi (Dupuy, 532, fol. 172 v°). 

64. 1288, Parlement de Pentecôte. — Expedita in parlamento 
Penthecostes anno Domini MCCLXXXVIII. — Ordonnance réglant la 
forme de la capture des Juifs (imp. Ord. des r. de Fr.) — Ordinatum est 
quod Judœi (Dupuy, 532, fol. 173). 



220 REVUE DES ETUDES JUIVES 

65. 1288, Parlement de la Pentecôte. — Ordonnance prescrivant 
aux ecclésiastiques de ne pas prononcer de peines pécuniaires con- 
tre les Juifs, mais seulement celles qui sont édictées par les canons. 

— Dictum fuit quod prelati (Brienne, 153, fol. 63). 

66. 1288, 5 septembre. — Datum Reatœ nouas seplembris, ponùifi- 
catus nostri anno primo. — Bulle du pape Nicolas IV par laquelle il 
ordonne aux inquisiteurs de procéder contre les Juifs qui, après 
avoir embrassé la religion catholique, l'abjuraient et induisaient les 
chrétiens à faire de même. — Turbato corde audivimus (Doat, 37, 
fol. 209). 

67. 1288, 23 novembre. — Actum Parisiis in crastino decollacionis 
beati Johannis Baptiste, anno Domini 31° CC° octogesimo octavo. — 
Lettres de Robert, évêque de Bath, par lesquelles il vidime d'autres 
lettres de Philippe IV, portant mandement au sénéchal de Périgord 
de faire des informations sur le nombre des Juifs et la valeur de 
leurs biens enlevés ou saisis par les officiers du roi d'Angleterre 
dans l'Agénois et ailleurs. — Uniwrsis présentes litteras (Bréquigny, 
66, fol. 6). 

68. 1289, 16 mars. — Anno Nativitatis millesimo ducentesimo octua- 
gesimo octavo, Philippo rege régnante, decimo septimo halendas aprilis. 

— Vente faite par Vital Vivas, juif de la Grasse, à son frère Moyse 
Vivas, d'un mas qu'il possédait à la Grasse avec ses appartenances 
et dépendances. — Testimonii hujus publia (Doat, 37, fol. 149 v°). 

69. 1290, Pâques. — Relation du sacrilège et du miracle de l'église 
des Billettes. — Magna quidem fuerunt bénéficia (Duchesne, 35, 
fol. 123; Fontette, 32, n° 39). 

70. 1290, 27 août. — Actum Parisius die dominica post festum beati 
Bartholomei aposloli, anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo. 

— Lettres de Philippe le Bel aux sénéchaux de Toulouse, Garcas- 
sonne, Périgueux, Rodez, Auvergne, Beaucaire et Mâcon leur enjoi- 
gnant d'informer contre les Juifs de la sénéchaussée de Toulouse qui 
avaient intercepté des lettres pour empêcher la levée de la taille des 
Juifs, d'arrêter les coupables, de les faire conduire à Paris et de faire 
lever les arrérages des dites tailles. — P/iilippus, etc., Cum intellexe- 
rimus quod quidam (Doat, 37, fol. 213). 

71. 1290, 29 septembre. — Datum Parisius die veneris ante festum 
beati Remigii. — Vidimus d'un mandement de Philippe le Bel au 
sénéchal de Garcassonne lui enjoignant de faire lever la taille des 
Juifs par son clerc ou par un Juif solvable et de faire conduire a 
Paris les Juifs qui seraient en reste de dix livres. — PMlippus., etc., 
Mandamus vobis quatinus (Doat, 37, fol. 215). 

72. 1290, 24 octobre. — Actum apud Castras in caméra domini ab- 



CATALOGUE D'ACTES RELATIFS AUX JUIFS 221 

bâtis, nono kalendas novembris anno ab incarnatione Domini millesimo 
ducentesimo nonagesimo. — Protestation de Henri, comte de Rodez, au 
roi contre le sénéchal de Rodez qui voulait l'obliger à rendre deux 
Juifs et une Juive qui demeuraient au château de Muro et qui, après 
avoir été baplisés, étaient retournés au judaïsme. — Noverint uni- 
versi pressentes (Doat, 175, fol. 182). 

73. 1291, février. — Ordonnance du roi pour chasser les Juifs 
hors du royaume vers la mi- carême (imprimée dans les Ordonnances 
des rois de France, t. I, p. 317). 

74. 1291, 10 juillet. — Datum apud Asnerias die martis post octa- 
bas beatorum apostolorum Pétri et Pauli, anno Domini millesimo du- 
centesimo nonagesimo primo. — Philippe le Bel mande au sénéchal de 
Carcassonne d'expulser dans la huitaine les Juifs qui avaient été 
chassés d'Angleterre et qui s'étaient réfugiés dans ladite sénéchaus- 
sée. — Philippus, etc., Mandamus vobis quatinus (Doat, 37, fol. 224). 

75. 1291, 19 juillet. — Actum Parisius, die jovis ante festumbeatœ 
Magdalenœ, anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo primo. — 
Lettre du roi Philippe le Bel à ses sénéchaux, baillis et autres justi- 
ciers leur enjoignant de faire observer les statuts accordés aux Juifs 
du royaume. — Philippus, etc., Mittimus vobis et cuilibet vestrum 
(Doat, 37, fol. 217). 

76. 1291, 9 août. — Datum apud Feulleyam in vigilia beati Lau- 
rentii. — Lettre de Philippe le Bel au sénéchal de Carcassonne lui 
prescrivant de maintenir les Juifs en la possession de leurs écoles et 
de leurs synagogues. — Philippus, etc., Mandamus vobis quatinus 
(Doat, 37, fol. 218 v°). 

77. 1291, 25 septembre. — Actum apud Fulleyam in Leone die mar- 
tis ante festum beati Michaelis anno Domini millesimo ducentesimo nona- 
gesimo primo. — Lettres de Philippe le Bel par lesquelles il mande 
aux sénéchaux de Toulouse, Carcassonne, Rouergue, Beaucaire et 
autres, de supprimer tous les juges particuliers des Juifs et de les 
contraindre à répondre par devant eux comme les chrétiens. — Man- 
damus vobis quatinus (Doat, 37, fol. 223). 

78.1292, 4 8 janvier. — Datum Parisius, die veneris post octabas 
Epiphaniœ Domini. — Vidimus d'une lettre du roi Philippe le Bel au 
sénéchal de Carcassonne touchant l'usure des Juifs. — Philippus, 
etc., Cum inclitm recordationis (Doat, 37, fol. 225). 

79. 1292, 4 mars.— Actum Parisius die martis post Reminiscere, anno 
Domini millesimo ducentesimo nonagesimo primo. — Philippe le Bel 
mande aux sénéchaux de Carcassonne, de Toulouse, de Beaucaire et 
de Périgord de faire payer aux Juifs de leurs sénéchaussées 300 li- 



222 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vres parisis. — Philippus, etc., Mandamus vobis quatinus (Doat, 37, 
fol. 218). 

80. 1292, 21 mars. — Actum Parisius die veneris post Lœtare Jéru- 
salem, anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo primo. — Lettres 
de Philippe le Bel par lesquelles il défend au sénéchal de Carcas- 
sonne de demander aucune quête ou contribution aux Juifs du 
comté de Foix et de savoir si les Juifs dudit comté avaient coutume 
de payer les dites quêtes. — Philippus, etc., Cum sicut accepimus(Doat, 
175, fol. 279). 

81. 1292, 21 mai. — Actum Parisius die mercurii ante Penthecosten, 
anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo secundo. — Philippe 
le Bel interdit aux Juifs de la sénéchaussée de Carcassonne la jouis- 
sance de leurs privilèges s'ils ne veulent pas contribuer aux tailles. 
— Philippus, etc., Cum intellexerimus quod (Doat, 37, fol. 232). 

82. 1292, 22 mai. — Actum Parisius die jovis ante Penthecosten 
anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo secundo. — Mandement 
de Philippe le Bel au sénéchal de Carcassonne pour qu'il mette Lau- 
rent Pascal en possession de l'office de juge des Juifs dans sa séné- 
chaussée. — Philippus, etc., Ctim nos magistro (DoOit, 31 , fol. 229). 

83. 1292, 2 juin. — Actum Parisius die lunm post octobas Penthe- 
costes anno Domini ducentesimo nonagesimo secundo. — Philippe le 
Bel interdit aux Juifs la jouissance de tous leurs privilèges s'ils ne 
veulent pas contribuer aux tailles. — Philippus, etc., Cum nos Judœis 
nostris (Doat, 37, fol. 231). 

84. 1292, 26 septembre. — Datum Parisius die veneris ante festum 
beati Remigii. — Mandement de Philippe le Bel enjoignant au séné- 
chal de Carcassonne de faire lever la taille des Juifs aux termes 
accoutumés et d'envoyer prisonniers à Paris ceux qui, devant la 
somme de 10 livres, n'auraient pas de bien pour payer. — Philippus, 
etc., Mandamus vobis quatinus (Doat, 37, fol. 234). 

85. 1293, 29 janvier. — Datum Parisius die jovis post conversionem 
sancti Pauli. — Philippe le Bel mande au sénéchal de Carcassonne de 
contraindre Crescas et Duilesaut, frères, juifs de Florensac, au paie- 
ment de leur quotité des tailles. — Philippus, etc., Cum ex parte di- 
lecti (Doat, 37, fol. 237). 

86. 1293, 2 mai. — Actum in regali abbatia Beatœ Maria juxta 
Pontisaram sabbato ante festum Ascensionis Domini anno ejusdem mille- 
simo ducentesimo nonagesimo tertio. — Mandement de Philippe IV or- 
donnant aux sénéchaux, baillis et autres officiers de son royaume 
d'empêcher que les Juifs ne soient inquiétés en leurs personnes 
ni en leur commerce par l'exécution de divers droits que les sei- 



CATALOGUE D'ACTES RELATIFS AI \ JUIFS 223 

gneurs et autres particuliers levaient sur eux. — Philippus, etc., Cum 
tient accepiums (Doat, 37, fol. 239). 

87. 1298, 2 mars. — Datum Appamiis dominica secundo, in quadra- 
gesima anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo septimo. — 
Lettre de l'inquisiteur du diocèse de Pamiers permettant à certains 
Juifs, avec qui il avait à conférer, d'aller et venir en sûreté. — 
Frater Arnaldus Johannis (Doat, 37, fol. 159 v°). 

88. 1298, % mars. — Datum Appamiis dominica secundo in quadra- 
gesima anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo septimo. — 
Lettre de l'inquisiteur du diocèse de Pamiers aux Juifs habitant le- 
dit diocèse pour leur permettre de vivre suivant l'usage toléré de 
Narbonne. — Considérantes quod ecclesia (Doat, 37, fol. 160). 

89. 1298, 26 mars. — Anno nativitatis Chfisti millesimo ducente- 
simo nonagesimo septimo, régnante domino Philippo rege septimo 
kalendas oprills. — Vente d'une vigne à Grescas d'Aurenque, juif de 
Carcassonne. — Noverinl universi quod (Doat, 37, fol. 151). 

90. 1299, 28 avril. — Anno Domini millesimo ducentesimo nonage- 
simo nono, die mariis post feslum beoti Marchi. — Acte de la publi- 
cation faite par le juge de Carcassonne en présence de plusieurs 
Juifs de Carcassonne, de Limoux, de Pamiers, de Saverdun et de Ma- 
sères des arrêts et ordonnances de la cour du roi de France en fa- 
veur des Juifs, portant entre autres choses qu'ils ne pourraient être 
contraints de répondre que par devant leurs baillis ou les vicomtes 
ou leurs lieutenants. — Noverint universi (Doat, 37, fol. 161). 

91. 1299, 6 juin. — Actum apud Meledumun die saàbati in vigilia 
Penthecostes anno Domini millesimo ducentesimo nonagesimo nono. — 
Lettres de Philippe le Bel, par lesquelles il mande aux justiciers de 
son royaume, de punir les Juifs qui attiraient par des présents les 
chrétiens à leur religion et les circoncisaient, se faisaient donner 
l'eucharistie pour la profaner, donnaient des refuges aux hérétiques, 
faisaient de nouvelles synagogues où ils chantaient hautement et se 
servaient du Talmud. — Philippus, etc., Intelleximus quod Judai 
(Doat, 37. fol. 246 . 

92. 1299, 29 juin.— Actum apud abbatiam de Liliojuxta Melodunum 
in festo opostolorum Pétri et Pauli, anno Domini MCCXCIX. — Ordon- 
nance de Philippe-le-Bel contre les usuriers et les Juifs (imp. dans 
les Ord. des r. de Fr., t. I» r , p. 333 . — Noverit universitas (Dupuy. 
532, fol. 224 v°). 

93. 1300, 13 avril. — Anno Nativitatis ejusdem millesimo trecente- 
simo,... idusaprilis. — Acte par lequel Bonfils, juif de la Grasse, 
confesse à Auger, abbé de la Grasse, qu'il a commis certains crimes 
et lui en demande pardon. — In Dei nomine, anno (Doat, 37, fol. 164). 



224 REVUE DES ETUDES JUIVES 

94. 1300, 3 juin. — Carcasso?iœ, anno Domini millesimo trecentesimo , 
tertio nonas jnnii. — Requête présentée par l'abbé d'Alet à Gui 
« Caprarii », sénéchal de Carcassonne et de Béziers, par laquelle il se 
plaint de ce qu'il voulait contraindre quelques Juifs appartenant à 
l'abbaye d'Alet de contribuer aux tailles imposées aux Juifs du roi. 
— Noverint universi (Doat, 37, fol. 171). 

95. 1300, 23 juillet. — Actum Aureliœ die saàbati post Magdalenam 
anno Domini millesimo trécentesimo. — Lettres de Philippe le Bel par 
lesquelles il exempte les Juifs' de la vicomte de Narbonne du subside 
du cinquantième. — Anno Domini millesimo (Doat, 37, fol. 249). 

96. 1300, 17 août. — Anno Domini millesimo trécentesimo, die mer- 
curii post festum Assumptionis beatœ Maria. — Acte duquel il résulte 
que Jean de Floquier, curé de « Grasanis », avait été excommunié par 
l'official de Pamiers pour n'avoir pas payé à David de Villefort, juif 
de Pamiers, 37 livres, 10 sous qu'il lui devait. — Prœsentis pagina 
testimonio (Doat, 37, fol. 172 v°). 

Ulysse Robert. 



LES 



MANUSCRITS HEBREUX 

DE LA BIBLIOTHÈQUE DE U YILLE DE NIMES 



La Bibliothèque de la ville de Nimes est probablement de toutes 
celles de province la plus riche en manuscrits hébreux du moyen 
âge. Elle en possède plus d'une vingtaine. Ces précieux monu- 
ments, à l'exception d'un seul, qui n'est pas catalogué, provien- 
nent tous de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon. Ils furent 
transportés à Nimes, sous la Révolution, lors de la destruction de 
ce monastère, le 1 er thermidor de l'an IL Mais le bibliothécaire de 
cette époque inscrivit ces documents, sans doute étrangers à ses 
connaissances littéraires, sous les dénominations les plus fantai- 
sistes. En 1836, lorsque fut rédigé le catalogue qui sert encore au- 
jourd'hui à la Bibliothèque, ces dénominations ont été maintenues 
presque sans changement. L'éminent érudit, M.Adolphe Neubauer, 
dans une visite qu'il fit à la Bibliothèque de Nimes en 1873, fut 
frappé de ces incorrections, et, sur ses indications, M. Jonas Weyl, 
alors rabbin de Nimes, aujourd'hui grand-rabbin de Marseille, pu- 
blia, dans un journal de la localité, le Courrier du Gard, numéro 
du n mars 1873, une notice plus exacte. Cette notice, cependant 
très sommaire et faite sur des notes prises à la hâte, contient en- 
core quelques inexactitudes et quelques légères omissions. Nous 
avons donc cru qu'au moment où, sur les ordres du ministère de 
l'Instruction publique, on procède à la rédaction d'un catalogue 
des mss. des bibliothèques publiques du midi de la France ', une 
description plus complète et plus détaillée des mss. hébreux de la 
Bibliothèque de Nimes devait venir à propos et pouvait offrir quel- 

1 La rédaction de ce catalogue est confiée aux soins de M. Auguste Molinier, lau- 
réat de l'Institut. 

T. III. 15 



226 REVUE DES ETUDES JUIVES 

que intérêt. Nous avons soumis ces mss. à un examen minutieux, 
et nous nous sommes efforcé de les décrire d'une manière aussi 
correcte que possible. 

Les mss. dont nous allons rendre compte, se trouvent presque 
tous dans un bon état de conservation. Grâce aux soins de l'ancien 
bibliothécaire de la ville de Nimes, feu M. Germer-Durand, ils ont 
tous été reliés, et ainsi que M. Weyl en exprimait le vœu dans sa 
notice, ils sont dorénavant à l'abri « de l'action du temps, de la 
poussière et des rongeurs ». 

Nous suivrons dans ce travail l'ordre d'inscription des mss. au 
catalogue. 

N° 13706. — Long. 155 mm.; larg. 110 mm.; haut. 092 mm. 364 ff. Parchemin. 
Ecriture carrée ponctuée. Date non indiquée ; xv e siècle au plus tard. Premiers 

mots : ïlSI^n TlD ; derniers mots : îi*T , 125 "H FPtt " n rù"!Tl. 

Machzor, renfermant les Qeroboth, Selichoth et Qinoth des 
fêtes, Schabbathoth-Paraschioth et jeûnes de toute l'année, à 
l'exception de Rosch ha Schanah et de Kippour, avec un appen- 
dice contenant les Mi chamochah des Schalosch Regalim. Rite 
d'une communauté italico-grecque. 

Soukkoth, Parschath Zachor et Çom Guedaliah manquent. Par- 
schath Scheqalim est incomplet. Le cycle commence à Ghanoukkah 
et se termine par le 9 d'Ab. La Qerobah du second jour de Pâque 
est de David ben Houna, celle de Schabbath Chol ha Moëd de cette 
fête de Benjamin ben Samuel de Coutances. Pentecôte a pour le 
second jour une Qerobah de Benjamin de Goutances et plusieurs 
Pioutitn de Jochanan ha Kohen. Les Azharoth du 1 er jour sont ïinfrn 
nbnsn et n/ni5fcn rrnïiTN. Le second jour a l'Azharah de Gabirol m»© 
tWiï "ub. Le Sèder de Schebouoth est précédé du traité d'Aboth. 
Au ch. VI, vers. 9, de ce traité, au lieu de B*nsiO buiï û^ttsn bttJ 
le texte a tra*» bïDl tTESn btt. Le Sèder du 9 d'Ab contient 28 Qi- 
noth, dont les 4 2 premières de Qalir, et 5 Nechamoth dont la pre- 
mière portant la suscription b&OM 'nb ttttrra commence par les 
mots vifc *iy 'ïi naît) et a en acrostiche bfinEttî. Les autres Necha- 
moth sont de Qalir. La première Qinah ^n^ïïtfî T:tt mq nntO est 
encadrée de deux strophes ; celle qui précède la Qinah commence 
par les mots i-ûtûa iNOStt isnn W, celle qui la suit est ainsi 
conçue : 
Ejttpa lirriDDi "p^D nN li^o iarû dhe ^dn fin m rtnibu? 

^DNn n^N. L'acrostiche est Samuel. 
Les pièces liturgiques suivantes sont, croyons-nous, inédites : 

n d'Adar. — Tachnoun : — ^pn&np 'Wttïa ; refrain ^înbN "pïyntt 

■»amy»1 ■© ; fin ^rT'ttrt ab ^?rm. 



LES MANUSCRITS HEBREUX DK LA VILLE DE NIMES 

Selichah : 



227 



Selichah : 

il Thammou:. — Selichah 
Tachnoun 



4 de Tébeth . — Chatanoîi : 
9 d'Ab. — Qinoth : — 

Qinoth : 1° 



<9o 

- 3° 

— 4° 



— 6° 
Pâque. — Mi Chamochah 

Pentecôte. — Mi Chamochah 



Soukkuth. 



ici. 



- D^TOûn mis niïi nnet; tm 13»? nw 

vrvny rvnDJU». 

- nn bïipa miaaN; fin û^-ims i^b* 

après Alef Beth 2 strophes dont l'a- 
crostiche est : 1^33. 

— mrrhrs ^mba dsfcia ; Ou rma man 

■pPT. 

— a^m? ht av ; refrain ^attfiWab "^ninp 

■«ttfcn rvz- ; fin d"OTT aria cwiwi 

iswbsrt fisirta, 

A la première strophe, acrostiche 

prt£\ 
: — BTûa 3^33 TT»»!"! ta fN, Incomplet. 
?:k ^33 "foy 133 ; iin , ti53T*n rw*. 

Suscription ïtfcbttJ ia"ïb, 
T733 fiai ^nN 133; fin naip •pan "jvir "pria, 
■»«pna 3in3 31H3 ^N ; refrain ^ab 'n TOT 

ïrbiDVp an^ n« dttn ; fin a^nrma 3ïïm, 
Trio ni3 -pN ; refrain Wp NS58 33b ; fin 

tirna ■ji^at iN3i. 

i-137:iT72 1T br?a ï-T3->p !-53£3 H3U -^ ; fin 
î-I73^3-> ÛW». 

rmE» TiJîaœ ft"* p.3 ; refrain nbnnaa 

m-nra b?a b? pô rrnan ; fin narrai 

ïiaiiTSTl fraô"» na\N ; refrain ^3 lab at3 ^"in 
iiKbri; fin "irb? «an b3 by p^i: nnan. 
S-mat ^3tf ibip i:?m ; fin w$yy "nnp m s, 
: — ttbb'm mtwn ^a nrw ; fin Ta*b n£3ttb 
■" ; acrostiche nî^ba, 
-b3 b^ :-7by3 a^rp mba H31733 ^ 
EPlrma ; fin de strophe ïTTm ; fin pttb 
rnin l^fiH bw np*7£. Acrostiche 
Snim wa ppn pn m 

tP»È fini a fiTttï H31733 p^O ^1)33 'fc ; 

fin de strophe FVOIO ; fin aw nrara 

nibioa ii-qd. Acrostiche na btf3n3 diN3 
ï-rbo prn "{53^3. 



Sur un feuillet détaché, se trouve le commencement suivant d'une 
Qedouschah : 

»*npa nrao b« c-p -«snio noa ob.JaîTi nb^n ab^a ^ïïu: na ^"ipD 
a^HEir tpsniD ^33 t bv aina pi din?3 ^73^3 ims ^"^pïpip diD3 
ja^noq nn«b d^bs? pq 3^333 wC ibb%-ï b* a^sb» T^biipi ib bi'iitt 

"i?3nt nT ^3^ -7 wN-pi q^n^^ a^n^3i T»ban no3^ D"»n©ai 1^33 -33^ 

/i3i 'Wr< 



228 REVUE DES ETUDES JUIVES 

D'après une bienveillante communication que je dois à M. Adolphe 
Neubauer, la Bodléienne possède deux mss. du rite de Corfou qui 
se rapprochent beaucoup du nôtre. 

N" 13707. — Long. 227 mm. ; larg. 165 mm.; haut. 050 mm. 190 ff. Parchemin. 
Ecriture rabbinique ponctuée. Date non indiquée ; X7 e siècle au plus tard. Premiers 
mots : ûismiD Ù^n rnttJ; derniers mots : l^rmpD ^pDD PJI. 

Machzor de Kippour. Rite catalan. 

Contenait primitivement, outre le Machzor de Kippour, celui de 
Rosch ha Schanah. Mais du Machzor de cette fête il ne reste plus 
que le Pizmon ^yiiïti "nKT TibTt» W et les Amidoth de Schachrith 
et de Moussaph. Les 86 premières pages ont en marge des Selichoth 
et des Thachnounim d'une autre main. A la fin, en appendice, les 
Amidoth de Kippour, les Paraschoth et les Haphtaroth de Rosch ha 
Schanah, et le Pizmon ynNîi bd BBllD, avec la suscription bî Mznb. 
Zunz (Literaturgeschichte der synagogalen Poésie, p. 112) croit pou- 
voir attribuer ce Pizmon à Salomon b. Abun, et dit qu'il est inconnu 
à l'ancien Machzor espagnol. Notre manuscrit contredit cette der- 
nière assertion. 

N° 13708. — Long. 250 mm.; larg. 195 mm.; haut. 050 mm. 201 ff. Parchemin. 
Ecriture carrée française. Partie ponctuée, partie non ponctuée. En une, deux ou 
trois colonnes. Date non indiquée ; peut aller du xn e au xiv e siècle. Premiers mots : 

ir>nNan bD tr mVittEd ; derniers mots : irmaa ^i-nbNi iriTiba. 

Machzor de Rosch ha Schanah et de Kippour, précédé de 
121 Selichoth. Rite français. 

Dans le Alènou, les mots irftrtNï'i mnstt)»s latti» abi iriJû laœ* abtt 

et ceux de 9^v Nb H btf pm baïib ont été effacés au grattoir 

par la censure. Il en est de même de ceux de n croira rnaiorra bpbp, 
et de "iinn'ntf n£2 ns!n dans le Abinou Malkènou, et des phrases 
ïtd yispn ïinbi3n et y^Nïi "je *pïl nbtttttt Ta*n ib dans la Amidah. 
Sont encore effacés les Pioutim : tP^n -p^ V®^ ^ "^ P 3n et 
ûrrob» bsm iri^ "wn bdQ ib blArt -jbtt ^int ab '*a pm. Quel- 
ques notes marginales. P. 57, en marge, un dessin à la plume repré- 
sentant une licorne; page 168, un autre dessin représentant une 
gargouille; enfin, p. 191, au bas, on lit les mots F. Anceny, N[o- 
tarius). Nous avons retrouvé ce nom sur d'autres ouvrages ayant 
appartenu au couvent des Chartreux de Villeneuve, avec la date de 
1613. Serait-ce vers cette époque que notre ms. a été acquis par le 
monastère? 

N» 13709. — Long. 14b mm.; larg. 120 mm.; haut. 050 mm. 200 ff. Parchemin. 
Ecriture carrée ponctuée. Date non indiquée; très probablement du xiv e siècle. 
Premiers mots : imapjUZ) "pSE Tab ttnN ; derniers mots : Ûlbn ma!"»- 

Siddour du rite aragonais. 



LES MANUSCRITS HÉBREUX DE LA VILLE DE NIMES 229 

Premières lettres des chapitres rubriquées. Douze petites pein- 
tures : I-X, ornent la Haggadah et représentent : I et II, la famille 
assise autour de la table ; III et IV, un homme assis devant un pu- 
pitre, lisant la Haggadah; V, le Ù3n, c'est un homme méditant de- 
vant un livre ouvert; VI, le 3>ttn, homme appuyé sur un glaive ; 
VII, le dn, homme debout les bras croisés ; VIII, le ViNttb 3>Vn imNïà, 
homme en posture de prière ; IX, génies soutenant une guirlande 
entourant un écusson aux armes d'Aragon; au-dessous de l'ccus- 
son les mots iî !f£fc ; X, homme assis tenant une laitue à la main. La 
onzième peinture est dans la "p&nttiS nrrD ; elle représente la scène 
de l'échange de la bague. La douzième représente la cérémonie de la 
Milan. Le parrain assis tient l'enfant sur ses genoux ; le Mohel est 
en train de pratiquer l'opération; un fidèle tient un flacon de 
chaque main. Le fidèle et le Mohel sont nu-tête. Le fidèle seul a 
un taleth. 

N° 13713. — Rouleau : long. 6 m ,70; haut. m ,65. Parchemin. 

Fragment de Sèpher Thorah (livre de la loi) contenant la Ge- 
nèse, et l'Exode jusqu'au verset 7 du chap. II. 

N° 13714. — Rouleau : long. 26 m. ; haut. m ,50. Parchemin très jauni. 

Autre fragment de Sèpher Thorah , renfermant la Genèse , 
l'Exode, le Lévitique et les Nombres jusqu'au verset 31 du cha- 
pitre III. 

N° 13715. — Rouleau : long. 3 m ,65 ; larg. m ,75. Parchemin. 

Autre fragment de Sèpher Thorah, commençant au verset 26 du 
chap. XVIII des Nombres et se terminant au verset 14 du chap. III 
du Deutéronome. 

N° 13716. — Rouleau de parchemin sur un seul cylindre, Long. 2 m ,60 ; haut. 
m ,24. Date, xvm e siècle. 

Meguillath Estlier. (Rouleau d'Esther.) 

Le texte est encadré de très jolis ornements peints. Sur un feuil- 
let de parchemin détaché se trouvent les Berachoth qui précèdent, 
ainsi que celles qui suivent la lecture de la Meguillah. 

N° 13718.— Long. 220 mm.; larg. 160mm.; haut. 065 mm. Parchemin. Ecriture 
rabbinique. 206 fl. Date, 1470. Premiers mots : îmbN Ù1I5^1 ; dernier mot : "imN"!. 

1° Commentaire de Raschi, sur le Pentateuque, depuis le com- 
mencement jusqu'à Exode XXI. 

2° En marge, Commentaire de Abraham ben Meïr ben Ezra 



230 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ha Sephardi, sur le Pentateuque, depuis le commencement jus- 
qu'à Lévitique VI. 

En tête du ms., à la première page, comme titre, on lit : 

«hiiîTi bi-rtn mb» ùuin 
ûi-nsN '■pi? d? ion ïrv? rtmnïi ©v^b œiBb bru* 

-pnio ^i^ iïryi dîna» ^ïisn is-ib^rra» 

tt-it* a-nn 'pato tne *p 3 * p 'pasb ' 

nu>n ^manî) npiïi nso ïit n-it* p N-ip^r? ^n^N .... 

avin nttpn piipTîi rrmroa 

. 1 "itt)iN53 lattin bs 

A la fin de l'Exode, page 200, on lit : in ma?'b Nb^n nnn ^p-Q 
trabN niaftfi nata ùb^m ûïrnNb -mn m»© ïiban nso un ïrn»» 
»*ptt3rT"|}3 hba ^?jyi. « Béni soit celui qui a donné la force à son servi- 
teur, fils de sa servante, qui a terminé le livre de l'Exode, rédigé par 
Abraham et l'a achevé l'an cinq mille deux cent trente, le 28 Mar- 
cheschvan. » 5230 = 1470. Au ch. XII, v. 2, de l'Exode où Aben- 
Ezra indique la ville dans laquelle il a rédigé son commentaire, 
notre ms. porte 0111 ï-îïïtiîUi Wïl nNT. (Gonf. Greetz, G-eschichte der 
Juden, t. VI, p. 644.) Le commentaire de Raschi est en écriture rab- 
binique ordinaire, celui d'Aben Ezra, en écriture rabbinique 
orientale. 

N» 13719. — Long. 220 mm.; larg. 150 mm.; haut. 045 mm. Papier. 212 ff. Ecri- 
ture rabbinique. Date, 1468. 

Commentaire de R. Levy ben Gerschom sur le Pentateuque à 
partir de Lévitique XIX jusqu'à la fin. 

Sur plusieurs marges, on lit le nom de Çemach de Lunel. C'était 
sans doute le propriétaire primitif du ms. A la fin, on lit : îlttbutt 
irma na imsn rû«s "p^sn ma* «mt-ib û*n iw d^ian nsoïi !*tt n:rrû 
■pin W pi "pPK hbîN dimna vn-n nat C]Ni pnsr vfnq na t|&o np^ 
p baiera d-^ttbra n^^ n™ bd n^a nmii w:a "^^b ^n inarûi 
-ifcWbN. « L'écriture de ce livre a été achevée le douze du mois 

d'Adar I, de l'an [5]228 et je l'ai écrit pour moi-même 

avec le secours de l'Aide qui décide tout, moi jeune parmi les dis- 
ciples Samuel fils d'Elezar. » 5228 =1468. 

N" 13720. — Long. 377 mm.; larg. 268 mm.; haut. 065 mm. 207 ff. Parchemin. 
Ecriture rabbinique. Date non indiquée. 

Yad Chazaqah (Main forte), ou Mischneh Thorah (codification 
de la Loi) de Maïmonide, à partir des mots ">u»n "pais "pa ^sb 

mï-reb iT ïipyn de l'Introduction jusqu'aux mots "fl btt i»tt> 

■pH by rtsish du ch. IV, de Hilchoth Meguillah ve Chanoukkah. 

1 Nous avons laissé en blanc la place des mots trop effacés. 



LES MANUSCRITS HEBREUX DE LA VILLE DE NIMES 231 

N" 13721. — Long. 380 mm.; krg. 260 mm.; haut. 068 mm. 349 ff. Parchemin. 
Ecriture ronde italienne. Date ; fin du xm° siècle ou commencement du xiv. Pre- 
miers mots : "Itnpftft imN ; derniers mots : nbo p&O. 

Yad Chazaqah ou Mischneh Thorah de Maïmonide, à partir 
duch. II de HilchothBeth ha Bechirah jusqu'à la fin de l'ouvrage. 

A la fin on lit : "in fcmprt bs y>m*i M pn^"« na ttwr» *id"id!i pm 
Nin m maîib "îi-or ùu;rr ba 'praa nn awr h aHH "v-n^b ima ^mns-i 
—îlbo % fla*n Ittfc* nYTWl bs tpo *73> n:nî 3>nn Vin. « Fortifie le co- 
piste Yehoudah, fils de R. Isaac (qu'il repose dans l'Eden) et donne 
du courage à ceux qui le liront. Et j'ai écrit ceci pour mon professeur 
le rabbin R. Joab, fils de R. Benjamin (qu'il repose dans l'Eden). Que 
le Nom lui donne la faveur de l'étudier, à lui et à sa postérité, jus- 
qu'à la fin des générations. Amen. » Le copiste Yehoudah ben Isaac 
vivait à Rome vers 4 295. (V. Zunz, Zur Geschichte und Literatur, 
p. 208.) R. Joab, fils de R. Benjamin, vivait à Rome vers 4280. (V. 
Zunz, Literatur geschichte der synagogalen Poésie, p. 490.) La date que 
nous indiquons est donc exacte. Au verso du dernier feuillet, en 
caractères rabbiniques et d'une autre main, le commencement du 
commentaire du 1 er livre de Inptn T de Maïmonide par Juda ben 
Moïse Romano. 

Ce commentaire est précédé des vers suivants : 

û**itt Ta W73 tnio nibnb ins nnsaîi n? 

.û*sn *]$ ûî-d nbi ïib^ frn» (ma) rtnïrCi) 

Il se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris, n° 353 l . 

N° 13722. — Long. 350 mm.; larg. 260 mm.; haut. 058 mm. 176 ff. Parchemin. 
Ecriture carrée française. Texte en trois colonnes. Date probable : xm e siècle. Pre- 
miers mots : Ipn T£N rnSfc33!l ibtt ; derniers mots : YlN!0 ^Dïl m£73a. Au 
verso de la garde antérieure, la liste des Thanaïm et des Amoraïm. 

1° Sèpher Miçvoth Qatan (Petit Livre des Commandements), 
appelé communément Semaq, désigné par l'auteur sous le nom de 
Amoudei Golah (Colonnes de l'Exil), de R. Isaac, fils de R. Joseph, 
(Isaac de Corbeil), avec les gloses des disciples de R. Pereç. 

Les en-tête de chapitre sont à lettres dorées enjolivées de dessins 
coloriés. Sur une marge on lit les mots ">lbn ù!-n3N NN *D ïittïtt ûlfiO 
îk\ S'agirait-il de Moïse ben Abraham de Nimes, qui vivait à Avi- 
gnon vers 1466 (v. Zunz, Literatur ges. der syn. Poésie, p. 256) et le 
ms. lui aurait-il appartenu? Sur une autre marge se trouve une 
glose de R. Isaac, fils de R. Yehoudah Qorqossah. 

1 Je dois ce renseignement à une gracieuse communication de M. Isidore Loeb, 
que je veux remercier ici de la bienveillance avec laquelle il m'a fourni tous les ren- 
seignements qui m'étaient nécessaires pour la rédaction de ce travail. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2° Sèder Thephiloth (Ordre des Prières de Natan ben Yehou- 
dah, ouvrage désigné généralement sous le nom de û'Witt (Mach- 
kim). 

Le coin supérieur du premier feuillet est déchiré et les premiers 
mots sont "nTsln n:n by "ma? ab. A la fin du Sèder, un supplément 
commençant par les mots : ^nrtatt^ D^ttî^ttii ba> by in in btf 'tde ^o 
ÙanSM rinn nau: -noa n^-ip^n lanisb b^b, se termine par les vers 
suivants : 

■rtrorw ^ ma* nsn irrriDir iîroan'5 "ns^o 

lïwmb ■« rrmb ^niyb itma^ arip-vi yi^ 

"liTnanp ba ^-^b a^arm niïi trans a^antt ^b 15 b* 

iTOan ns^iir t«dn srab nîTOfin Nnp3 nia© frû 

Zunz (dze .ftilft*, p. 202) cite ces vers d'après le catalogue des mss. 
hébreux de la bibliothèque de Vienne ; mais à l'avant-dernier vers, 
au lieu de ""b "•a by, le catalogue de Vienne a tfb ^ by. Zunz a par- 
faitement vu la faute et il met un point d'interrogation après ab. 
Notre manuscrit rétablit la vraie version. Inédit. 

3° Sepher ha Chassidim (Livre des hommes vertueux) depuis 
le commencement jusqu'aux mots tine ysn m^tta, § 63 des édi- 
tions. 

Cet ouvrage est attribué par Zunz (JZur Geschichie, p. 425) à Yehou- 
dah ben Samuel de Spire (mort en 1216). Grsetz [Geschichte der Juden, 
t. VI, p. 255) lui donne pour auteur Yehoudah ben Isaac de Paris, 
connu sous le nom de Sire Léon (4166-1224). 

Le S. h. G. contient, on le sait, de nombreuses gloses françaises. 
Nous croyons utile de reproduire celles qui se trouvent dans la partie 
de l'ouvrage que donne notre ms. Les unes sont plus correctes que 
celles de l'édition princeps (Bologne, 1538) ; les autres, et non les moins 
intéressantes, manquent complètement dans l'édition. Les chapi- 
tres n'étant pas divisés en paragraphes numérotés dans notre ms. 
nous indiquerons la page et la colonne du ms. dans lesquelles se 
trouvent les gloses et en même temps le paragraphe correspondant 
des éditions. 

P. 154 verso, c. 3, § 4. ywib ^ u^w B'TOa "«p. Qe bendit soït 
e louez. L'édition a : « "p&ob a^iû "^ o*P?a OTO. » Set bnedit e set 
louen, version évidemment fautive que notre texte rétablit heu- 
reusement. 

p. 154 v., c. 3, § 4 : BKWtpib an^ anû'UN "na Vw ea^a y\î\ 
Transcription littérale : « Bon aiit el avi anotre sire loqemniat. » Ce 
qui offre difficilement un sens exact. L'édition a : « ""in b^tf Nm^ *pa 

1 C'est la formule du souhait que Ton doit exprimer lorsqu'on parle d'une personne 
qui est en voyage. 



LES MANUSCRITS HEBREUX DE LA VILLE DE NIMES 238 

firraiiapi ITpïD-Énsyfi8 » que M. Gm>tz [Gesch. d. Juden, t. VI, p. 255, 
note) propose de lire : « anwipb KTtB Nianatf """IN bo*M NTi^ im. Bon 
jour tel ait (avia) no(s)tra sir(a) le commandera) »; et M. Gùdemann 
[Gesch. des Erziehungswesens u?id de?- Cultur der Juden, Wien, 1880, 
p. 288) : « ÉH3ttlpb ÊTTnû ÈTlOia fcrm Nb^ETN KTP \0.. Bon jour et 
telle vie notre sire le commande ». Ce dernier ajoute même avec une 
certaine témérité : « So ist zu scnreiben und zu lesen » (c'est ainsi 
qu'il faut écrire et lire). Les deux versions sont inacceptables. La 
première n'offre aucun sens ; de plus, tel pour btra est inadmissi- 
ble. Quant au texte proposé par M. Gùdemann, il a le tort de ne pas 
être français. On n'a jamais dit dans notre langue : Bon jour et telle 
vie. Nous lirons, en modifiant le moins possible le texte de notre 
ms. : « Bon ait e l'avie 1 notre Sire lo (= là où) qe maint 2 . » (Bien aide 
et le conduise notre Seigneur là où qu'il demeure); ou bien, en sup- 
posant que le copiste ait oublié le mot NTP qui se trouve dans l'édi- 
tion: Bon jour ait e l'avie notre Sire lo (= là où) qe maint. (Bon jour 
ait et le conduise notre Seigneur là où qu'il demeure). On pourrait 
peut-être aussi, en se rapprochant encore plus de la version de notre 
ms., voir dans aîOSto le subjonctif et lire maignet 3 . Le sens serait 
alors : Notre Seigneur le conduise n'importe où il demeure. 

P. 155 r., c. 3, § 5 : N"Ptf3 «rott, Notre Sire. 

P. 155 r., c. 3, § 5 : "Ô yin ib. L'édition a : -n ywil *b que M. Gùde- 
mann [l. c.) propose de lire : "H yn ">b, le Dex (Dieu) reï (Roi). Notre 
ms. donne très correctement : Li douz Gé (pr. Djé) (le doux Dieu), ex- 
pression tout à fait conforme à la manière de parler de l'époque. Pour 
Gé signifiant Dieu, voyez Darmesteter, Deux élégies du Vatican. 

P. 156 r., c. 3, § 10 : XFTto mpN BiTEtt b^lNN ip. Qé oïl ne voit a 
cor ne doit [dolet). Autrement dit : Ce qu'œil ne voit, à cœur ne 
fait pas de peine. Manque dans l'édition et doit être placé à la fin du 
§ 10. On peut rapprocher de ce proverbe les vers suivants : 

« Pour ce est voir [vrai) ce qu'on dire seult [solet). 
De ce qu'œil ne voit, cuer ne deult [dolet). » 

[Chemin de la pauvreté, par Jehan Bruyant, notaire au 
Ghâtelet, 1342. — In Menagier de Paris, t. II, p. 15, 
Paris, Grapelet, 1846. 2 vol. in-8°.) 
Et ceux-ci : 

« Car li vilains dire le suit [solet). 
Que iex ne voit al cuer li duit [dolet). » 

[Li Romans des sept Sages (xni e siècle), cité dans 
Le Livre des Proverbes français, par M. Leroux de 
Lincy, t. II, p. 488.) 

1 De avier, plus fréquemment avoier (mettre en voie, en chemin). Voir un exemple 
de amer dans Joinville, édition Natalis de Wailly, § 790. 

2 De l'ancien verbe manoir, du latin nzanere, demeurer. 

3 Voir Recueil des fabliaux du xni« et du xiv° siècle, par A. de Montaiglon, t. II, 
p. 149. 



23 i REVUE DES ETUDES JUIVES 

P. 457 v., c. 3, § 46 : •ntt'W t»13, vous e moi. L'édition a : ■"ifcpK ^13, 
texte défectueux que corrige le ms. La glose œi^N "^fctt ne se trouve 
pas dans notre ms. 

P. 459 r., c. 2, § 48 : amWKK, ajenture (jointure). L'édition a: 

P. 459 v., c. 2, § 19 : 1*018, toussir ; *ï^bfio, balier (bailler): 
"MWOHI (éternuer). 

P. 459 v., c. 3, § 49 : îzm, ris (rire), dans le sens de plaisanterie. 

P. 469 v., c. 2, § 43 : fcrp-ja ©Nn UîD aaiiz» «H**!? ^10. Ne se trouve 
pas dans l'édition et doit venir après ïai^Tîi btfîto. Le mot Kfflp « bas » 
offre des difficultés. Il faut probablement lire U53"û, et l'on a : « Touz 
voirs ne sont pas bons à dire ». (A moins qu'on ne voie dans bas, 
c'est-à-dire béas, une forme dialectale de beats = beaux.) Gonf. Littré, 
Dict. de la lang. fr., v. Bon : « Mais tous voirs n'est pas bon à dire », 
et v. Vrai : « Tout vrai n'est pas bon à dire ». G. ibid., v. Voire. 

P. 4 69, c. 3, § 45 : bl&U^fc, miaaoul (cri du cbat) ; iï53HD^n, éperons, 
et non *ms&, comme dans l'édition. 

P. 471, c. 3, § 54 : tftblSYTfi, prunels (prunelles). 

P. 472 v., c. 4 , § 55 : tttWB^b txw Niais. Cette glose ne se trouve 
pas dans l'édition ; elle vient après les mots "6 bifitt" 1 (MMn ms) "I1XÎ11. 
Elle paraît fautive et doit probablement être rectifiée par arpiï) N*iU"û 
ttaiYiBttb, Notre Sire le me pardont (ou pardoint). 

P. 4 73 r., c. 2, § 58 : T«Ï1N, oser. Ne se trouve pas dans l'édition ; 
doit se placer après iprnz)^ nh-û ^3. 

P. dernière, c. 3, § 62 : TW1, rentier, avec l'ancien sens : celui 
qui devait des rentes. V. Littré, v. Rentier. 

Nous ne voulons tirer aucune conclusion, quant à la nationalité 
de l'auteur du S. h. G., des nombreuses gloses que nous venons de 
citer. La partie de l'ouvrage que donne notre ms. est trop petite pour 
nous permettre d'exprimer une opinion fondée. Nous croyons ce- 
pendant que la citation de proverbes français fournit un argument 
sérieux à ceux qui attribuent le S. h. G. à un auteur vivant dans un 
milieu français. On remarquera aussi que les gloses devaient être 
beaucoup plus nombreuses et plus importantes dans l'original 
qu'elles ne le sont dans l'édition, puisque sur 45 gloses que nous 
avons trouvées dans la faible partie de l'ouvrage qu'a notre ms., l'é- 
dition en a omis quatre et précisément les plus remarquables. 

Edition princeps : Bologne, 4538. L'édition de Francfort, 4 689, ne 
contient pas les gloses françaises. Manuscrit important. 

A la bibliothèque de Parme, cod. de Rossi, 1433. (V. Gûdemann, 
op. cit., p. 290.) 

N° 13723. — Long. 150 mm.; larg. 100 mm. ; haut. 040 mm. 209 ff. Parchemin. 
Ecriture rabbiuique orientale. Date non indiquée. Premiers mots : Dl*lb Q^IDÏl 
pftyh "pNÏ-Jl ; derniers mots : f^DI l^Em ^02. 

1° ûb"i3> nsTQ Bechinath Olam (Appréciation du Monde) de 
Yedayah ha Penini de Béziers. 



LES MANUSCRITS HÉBREUX DE LA VILLE DE NIMES 235 

2° "bitr rçjn-na ûîvdn ns ■wtiîi TP9T bbnsn ûsnïi iiwz>y mupa 
û'tt vm^» bD nb^nn tnaa rraaîa ûû-nDîan îttica siiiatt Nim 

(Pétition qu'a faite le Sage, l'Universel Yedayah ha Penini, fils de 
R. Abraham Bidersi (le souvenir du juste soit une bénédiction), et 
il est appelé de son nom populaire Enboneth Abram. Le commen- 
cement de tous les mots est un mèm.) 

Cet ouvrage a été traduit en français par Michel Berr, Metz, 1808. 
Edition princeps, Cracovie, 1591. 

3° nrna nns^ nan^rr wfafri tn* 1 ** S aann nbo nttN PflbïlâhSl ana 
w»mn& yisn ■nœva t|*pnn -mîk by •wVariâ Hhbh'n Wxn anb ûbir 

nvmsn m^an -jwba a^po^n^ii 

(#cn£ apologétique qu'envoya le Sage R. Yedayah ha Penini, 
l'auteur du traité Bechinath Olam, au Rabbin le Grand R. Salo- 
mon ben Adereth Barceloni, parce qu'il s'est irrité contre les ha- 
bitants du pays de Provence qui s'occupent de l'étude des sciences 
étrangères.) 

4° ■»» hy t|bm b'tt'D&ï rhlfc ^aaiïi ittNtt in mn nanfcH Sfeéi 
(L'auteur dit : L'Esprit de Grâce du traité honorable du Guide 
des Égarés passe devant ma face.) 

Ce commentaire sur l'ouvrage le plus important de Maïmonide est 
attribué par quelques manuscrits à Jacob Antoli, par d'autres à Juda 
Ibn Thibbon, par d'autres enfin à Samuel Ibn Thibbon 1 . Notre ms. 
est de ces derniers. Il contient en effet un Biour sur les Schmoné 
Peraqim, dans lequel nous lisons ces mots 2 : *p bfcOOT h *)tt«iD itoa 
VOrbm h in mna lian (comme l'a dit R. Samuel b. Thibbon dans le 
Rouach Ghen, ch. III). 

5° in mn ©vrô [Commentaire du Rouach Chéri), commençant 
par les mots : m^s» dnb u^u) (sic) uî^ "bir a-sm^n N pna 

6° bi van la» banfciB h Nan^iii aanïf p^n^nuî npnrïi nn^na nau 

ma** nao^a 

(Préface de la Traduction qria faite le Sage, le médecin R. 
Samuel Ibn Thibbon (son souvenir soit une bénédiction) du traité 
d'Aboth), c'est-à-dire du Commentaire de Maïmonide sur ce traité. 

7° trp-iD reitttt, Huit Chapitres. 

8° û^pna iraiioiD m*oa, Commentaire des huit Chapitres, com- 
mençant par les mots : fo^rt n?2N *i\aNa ttlt 'ien mapa ïisïn antt *i:bn 
oan ba 1017: n^m Nnao^a nttib nsm Nima bYn ïTOttn '^aa nnTDa 



1 Zes Rabbins français, page 588. 
* Au bas du feuillet 161 recto. 



236 REVUE DES ETUDES JUIVES 

C'est l'auteur de ce Biour qui attribue le Rouach Ghen à Samuel 
ïbn Thibbon. 

9° Traduction de Samuel ibn Thibbon du Commentaire de 
Maïnionide sur le X e chapitre du traité de Sanhédrin. 

Le texte du ms. diffère sensiblement de celui des éditions. 

10° Traduction de Samuel ibn Thibbon du traité de Maïnio- 
nide sur la Résurrection. 

A la fin du traité on lit : h pin à r\W2 ù^ii mm nttKfrn nbutt 
■jïïW irPttrri ^03 m-iMb. (Ce traité a été achevé avec l'aide du Nom 

l'an 1502 de l'ère des Contrats ). 1502 de l'ère des Contrats = 

1191 de l'ère vulgaire. C'est la date de la rédaction du traité de la 
Résurrection. 

N° 13739. — Long. 255 mm.; larg. 190 mm.; haut. 051 mm. 240 ff. Parchemin. 
Ecriture carrée. Premiers mots : nSOnp b^ ÛdtolO "^81 ; derniers mots : "v-DUn 

ùnb nais asb. 
Dictionnaire hébraïque de David Kimghl 

NON CATALOGUÉ. — Long. 290 mm.; larg. 230 mm.: haut. 044 mm. 184 ff. 
Parchemin. Écriture rabhinique. A deux colonnes. Date 1454. Notes marginales. 

ITîiriîn br ■'BfittHp'n ^"i-i^d ( Commentaire de Recanati sur la 
Loi). 

Au verso de la garde antérieure, déclaration en hébreu de David, 
fils de Moïse Cavagliro, qu'il est propriétaire du livre, datée d'An- 
cône, 1590. Avant le titre, la dédicace 'J's'fc bfiPWi *ihs p HOT ^btë. 
(A moi Moïse, fils de R. Yechiel, son repos dans l'Eden.) A la fin, on 
lit : i-nûfc *ihhb isdïi ï-jt Torù hrr bawn'mô d^->N b^n -p^sn ^n 
inso "lisii? bd ù3> -n rmï-ib iï-ï^T" 1 rama u^n y'n"J2 barrr hbb «sn-ifi 
iisinb idn t*» ib î^i indnsb ro-iab rmara ib id'nim UDTipîi 
iia^bio. tivïi imN mndb Tifcbttm i^n û'Wiob'i îTTirû d^pdny nvïibi 
.pm dbt3> niondb n^3> yn-iNi tprmn d^sba nOTfi rdia bnba lûTinb 
« Moi, le jeune, l'humble parmi les hommes, Chayim Porvinçal, 
que Dieu protège, j'ai écrit ce livre pour le Rabbin, notre maître, 
Moïse, le médecin, fils de R. Yechiel, son repos dans l'Eden. Que 
Dieu dans sa miséricorde lui accorde la faveur de l'étudier ainsi que 
tous les autres livres sacrés ; que ses fils vivent, se marient et s'oc- 
cupent de la Loi et des Œuvres. Et j'ai achevé d'écrire ce livre au- 
jourd'hui troisième jour du mois d'Eloul de l'an 5214 de la création 
du monde. » 5214 =p 1454. Sur la dernière garde sont inscrits des sou- 
venirs de famille ; en hébreu : les dates de naissance des enfants de 
Raphaël Kohen, 1565-1584; en italien : les dates des décès de R. 
Moïse Cavagliro (d'Ancône), 1583, d'Isaac Cavagliro (mort à Venise), 
1583, et de dona Lionesa Cavagliro, 1588. Voici, pour la formule, 



LES iMANUSCRITS HEBREUX DE LA VILLE DE NIMES 237 

Tune de ces inscriptions : « Giovedi a hore 8, a 18 ave, a 8 d'Agosto 
passo de quella a megliora vita la mia carrissima madré dona lionesa 
che il idio abia l'anima sua et repose, amen, et a noi abia lassato 
bona vita, Amen. » 

Ce ms. a été donné à la bibliothèque par M. le D r Léon Carcas- 
sonne, ainsi que l'indiquent les lignes suivantes écrites de sa main 
sur le recto du dernier feuillet : « Donné à la Bibliothèque de Nimes 
par le D r Léon Garcassonne, médecin en chef des hospices civils et 
militaires fre Nimes, membre de l'Académie du Gard. Nimes, 11 juin 
I871. L. Garcassonne. » 

Joseph Simon. 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES 

DE L'HISTOIRE LÉGENDAIRE D'ALEXANDRE ■ 



On sait la singulière fortune qu'ont eue au moyen âge les 
légendes sur Alexandre. Ces légendes, qui ont certainement une 
haute antiquité et qui ont dû pendant longtemps se transmettre 
de mémoire, se combinant avec les récits historiques, sont venues 
aboutir, au plus tard au m e siècle de notre ère, au Pseudo-Callis- 
thènes. Ce livre est devenu lui-même le point de départ de toute 
une série d'histoires fabuleuses, qui se sont répandues dans toutes 
les contrées civilisées de l'Orient et de l'Occident. La littérature 
juive les a également accueillies, et il existe un certain nombre 
d'écrits hébraïques qui ont pour objet de raconter la merveilleuse 
naissance du roi macédonien, fils de Nectanébo et d'Olympias, ses 
luttes avec Darius, avec Porus, avec les monstres les plus bi- 
zarres et les plus terribles, sa conquête de l'Asie, de l'Afrique, sa 
visite aux Amazones, aux Bragmanes, sa mort tragique. 

L'étude présente montrera dans quelle mesure la littérature 
juive est tributaire des autres littératures pour les œuvres quelle 
possède sur ce sujet fabuleux ; elle fera connaître les écrits hé- 
breux sur la légende d'Alexandre et les sources dont ils provien- 
nent. Cette étude aurait une contre-partie tout indiquée, beaucoup 
plus intéressante, dont l'objet serait de déterminer exactement les 
éléments de la légende qui sont nés sur le sol juif et ont pénétré 
dans les écrits orientaux et occidentaux 2 . Mais nous ne voulons 
pas aborder ce sujet très épineux. 

1 Nous adressons ici nos plus vifs remerciements à M. Paul Meyer, qui a bien 
•voulu nous aider de ses précieux conseils et nous communiquer les épreuves de son 
Histoire de la légende d'Alexandre dans les pays romans. Nous remercions également 
M. Steinschneider, M. l'abbé Perreau, M. le D r Friedlander, de Londres, qui nous ont 
envoyé certains extraits de mss. hébreux sur l'histoire d'Alexandre. M. Steinschneider 
a même bien voulu revoir notre travail et l'annoter. 

2 II faut avouer que ce sujet n'a pas porté chance à ceux qui ont voulu le traiter. 



LES TRADUCTIONS HEBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 239 

L'étude de cette classe d'œuvres hébraïques pourra peut-être 
servir à mieux préciser l'état intellectuel des Juifs au moyen âge. 
On se représente généralement l'esprit juif de ce temps comme 
fermé aux mouvements qui agitaient la société d'alors, comme 
étranger aux Idées courantes. Lorsqu'on embrassera dans une 
vue d'ensemble toutes les traductions qui ont été faites alors par 
les Juifs des œuvres d'imagination : contes, romans, fables, récits 
merveilleux, on verra que, loin de s'isoler, ils sont entrés résolu- 
ment dans le courant littéraire de l'époque ' . 



Certains traits de la légende d'Alexandre sont entrés dans les 
Talmuds et les Midraschim-, mais on ne sait par quelle voie. 

même en partie, parce qu'il demande une connaissance très grande des littératures 
du moyen âge. Rappoport a commis sur cette question bien des erreurs. [Zeitschrift, 
de Geiger. II, p. 54. Erech Millin, p. 68.) M. Vogelstein {Adnotationes quœdam ex 
litteris orient al ibus petitœ ad fabulas qu<e de Alexandro magno circumferuntnr, Bres- 
lau, 1865) n*a pas jeté une grande lumière sur ce problème. Tout récemment encore, 
M. Haïm Horowitz, qui promet d'être un savant des plus compétents et des plus re- 
marquables dans la connaissance des écrits midraschiques, vient de prouver (Biblio- 
theca rabbinica, p. 31) avec quelle réserve il faut s'aventurer sur ce terrain. Dans son 
introduction au Midrasch des dix rois, qui renferme certains traits de la légende 
d'Alexandre, il cite l'histoire suivante, que les Musulmans racontent de Nemrod : 

• Nemrod. après que la tour de Babel s'élève à 5,000 coudées et qu'on ne peut plus 

• bâtir, affame deux aigles, construit une sorte de nacelle qui est attachée à ces 
» aigles, y monte, leur présente un bâton qui supporte un morceau de viande ; 
» les aigles volent pour le saisir et emportent Nemrod dans les airs. Il entend en 
» haut une voix qui lui demande jusqu'où il prétend aller. Nemrod jette une flèche 
» en l'air : elle retombe maculée de sang ; Nemrod croit avoir atteint le Dieu d'A- 
» braham. » D^près M. Horowitz, ce récit est certainement emprunté au Talmud 
jerusalmi [Ab. Z., 42c), où l'on conte d'Alexandre le même stratagème pour'monter 
au ciel. Or, s'il est vrai que cette histoire se trouve dans le Talmud, elle n'en est pas 
moins dans le Pseudo-Callisthènes, dont il existe une traduction syriaque faite au 
v c siècle, et qui l'a fait connaître à l'Orient. Il faudrait prouver que la légende arabe 
ne peut pas provenir du Pseudo-Callisthènes. Je suis étonné que M. Horowitz n'ait 
pas cité à propos de la seconde partie de cette histoire : Nemrod lançant une flèche à 
Dieu, le passage suivant du Sepher hayaschar : « Pendant que les constructeurs de 
» la tour de Babel travaillaient, ils lançaient des flèches au ciel, et toutes ces flèches 

• retombaient pleines de sang. A cette vue, ils disaient : Ah! nous avons tué tout 
» ce qui est au ciel ! » Dans ce livre, c'est Nemrod qui fait construire la tour. On sait 
que le Sepher hayaschar renferme beaucoup d'éléments arabes. 

1 M. Steinschneider ou M. Neubauer pourrait rendre un très-grand service à la 
littérature en donnant le catalogue raisonné, d'un côté des œuvres originales hébraï- 
ques de ce genre, de l'autre des traductions. 

* Voir b. Tamid, 32 ; j. Baba Mezia 8 c; j. Aboda Zara 42 c ; Vaikra rabba 27 ; 
Bemidbar rabba, 13, 33 ; Tehilim rabba 93 ; Pesikta de R. Cahna, p. 74 de led. 
Buber; Tanhouma Emor ; Jalhout Psaumes 727 ; Jalkout Jona 550 et 551 ; Midrasch 
Jo?ia, dans Horowitz, Sammlung kleiner Midraschim, I, p. 15 ; Midrasch des dix 



240 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Sont-ils les restes de traditions ou d'ouvrages * antérieurs à la 
rédaction du Pseudo-Callisthènes, qui les aurait utilisés ? ou sont- 
ils sortis eux-mêmes de ce roman ? Autant de questions qu'il nous 
paraît impossible de résoudre, parce que ces vestiges sont trop 
faibles et trop rares. Ce qu'il faut remarquer seulement, c'est 
que tous les écrits midraschiques postérieurs au Talmud et qui 
ont vu sans doute le jour en Palestine ou sur les bords de la Mé- 
diterranée, ne paraissent connaître que les légendes racontées par 
les écrits palestiniens, comme le Talmud de Jérusalem et le Mid- 
rasch rdbba, et semblent ignorer celles du Talmud de Babylone, 
à savoir les questions adressées par Alexandre aux dix sages du 
midi, son voyage dans le désert et au Paradis. 

Or il n'y a que les rares passages des Talmuds et des Midras- 
chim dont on ignore l'origine ; tous les autres documents hébreux 
qui traitent de l'histoire d'Alexandre sont des traductions faites 
sur l'arabe ou le latin. 

Les traductions faites sur l'arabe sont : le Mousarê hafîlosofîm 
« Enseignements des philosophes », le Sod hasodot « Secret des 
Secrets » et le Sêfêr Toidot Alexander « Histoire d'Alexandre » 
de Samuel b. Jehouda ibn Tibbon. 

Les traductions faites sur le latin sont : la première partie du 
chapitre II du Josiphon et la traduction d'Immanuel ben Jacob 
Bonfilio. 

Les deux premiers écrits étant déjà connus, nous nous conten- 
terons d'en dire quelques mots seulement ; pour le Josiphon, nous 
renvoyons aux travaux de Gagnier \ de Breithaupt 3 et de Zunz 4 ; 
nous nous étendrons plus longuement sur les traductions de Sa- 
muel ibn Tibbon et d'Immanuel ben Jacob, dont les mss. se trou- 
vent à la Bibliothèque nationale. 

rois, dans Horowitz, Biblioiheca haggadica, \ ar numéro, p. 44 et 45. -Voir aussi 
Steinschneider, dans Rebraische Bibliographie, IX (1869), p. 13-14. 

1 Nous avons effleuré cette question dans cette Revue, t. II, p. 293 à 300, à propos 
du récit de Tamid. Nous avons essayé démontrer que cette page du Talmud renferme 
d'un côté un passage qui paraît extrait d'un ouvrage littéraire dont la langue est dif- 
férente de celle du Talmud de Babylone, de l'autre une compilation mal faite de 
dires populaires, écrite dans le dialecte judéo-babylonien. 

2 Gagnier, Josippo sive Josephi ben Oorionis historié judaïcce. Oxoni, 1706. 

3 Breithaupt, Joseph ben Grorion, Gotha, 1707. 

4 Zunz, Gottesdiensllichen Vortrâge, Berlin, 1832, p. 146-154. Voir aussi Stein- 
schneider, CataL, col. 2250 ; Rebr. BibL, p. 17 ; Neubauer, Zeitschrift de Geiger IX, 
p. 159; Fr. Vogel, De Regesi/ipo qui dicitur Josephi interprète, Erlangœ, 1881 (vov. 
Jùd. Literaturblatt, 1881, n" 47 du 23 nov.). 



LES TRADUCTIONS HEBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 241 



H 



Le Secret des Secrets. 

Le Sod hasodot (Secret des Secrets) l est la traduction hébraï- 
que d'un ouvrage arabe, mais nous ne savons par qui elle a été* 
faite. D'après Assemani - elle serait due à Harizi, le traducteur 
des « Enseignements des Philosophes ». Mais c'est une erreur qui 
provient selon M. Steinschneider de ce que ce dernier ouvrage est 
quelquefois joint dans les mss. hébreux au Sod hasodot. 

La version arabe est l'œuvre de Jahia ibn Albatrik, auteur du 
vm e siècle, nommé en latin Jean, fils de Patrice J . 

Voici quelques mots de sa préface que nous citons d'après la 
traduction hébraïque : 

Le traducteur arabe Jahia b. Albatrik dit : « Je n'ai laissé aucun 
des palais où les philosophes ont déposé leurs secrets, sans y en- 
trer ; je n'ai quitté aucun des grands solitaires qui s'ingénient aies 
découvrir et auprès de qui je pensais trouver la solution de ma 
question, que je ne l'aie entrepris. Je suis arrivé ainsi au temple du 
serviteur du Soleil qu'a bâti le grand Hermès pour lui-même; j'y ai 
trouvé un solitaire, homme d'une grande science et d'une rare in- 
telligence ; j'ai étudié auprès de lui, je me suis lié avec lui par ruse; 
aussi me donna-t-il la permission d'examiner les livres du temple. 
J'y trouvai la question que le roi des croyants m'avait donné Tordre 
de chercher, elle était écrite en lettre d'or 4 . Ensuite je revins de- 



1 Voir sur le Sod hasodot et sur le rôle qu'il a pu jouer dans la littérature espagnole 
un article de M. Steinschneider dans le Jahrbuch f. englische u. roinanische Ltte- 
ratur, XII, p. 353. V. aussi Zur Alexandersage, Hebr. Bibliographie, IX, p. 44-53, 
XI, p. 74. Il existe à la Bibliothèque nationale deux mss. hébreux de cette version. 
L'un, le n° 1120, contient le texte complet, qui commence par les mots suivants : 

120 bya îfinpi i^nrr .nmsa mS» un -npnb .nrrn ^nn*n *p 3 ,,3n " p 

mTlOH TlD NHp3. Cette œuvre occupe les folios 154J-165&. Dans l'autre, le 
n° 896, le copiste dit lui-même en tête : « Sache que ce livre qui commence par 
• 11 y a quatre sortes de rois • s'appelle « Secret des Secrets ». Celui qui l'a écrit l'a 
» écourté et n'a pas pris soin décrire la préface de ce livre. Il est entré en plein dans 
» le sujet. Moi. David, je l'ai écrit dans ce livre dans l'ordre. » Ce ms. est en mau- 
vais état. Il en existe d'autres à la Vaticane, à la bib. Urb., à Parme, à Saint-Pé- 
tersbourg, à la Bodléienne, à Berlin et à Munich. 
* Cod. Urb., p. 53. 

3 Le texte arabe existe en manuscrit à Vienne, Catal. de Leyde, IV, 205 ; Lee, Col. 
of orient. MSS. n° 30, Cat. de Sprenger, 943. M. Steinschneider a démontré qu'il y 
a deux recensions de ce texte. 

4 Nous verrons plus loin que Honein b. Ishak parle aussi de mss. écrits en lettres 
d'or. 

T. III. 16 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vant son siège glorieux, ayant atteint mon but ; je coniiai au secours 
de Dieu et à la bonne étoile du roi mon projet de traduire le grec 
en latin et le latin en arabe. » 

On se demande pourquoi cet auteur se serait servi de l'intermé- 
diaire du latin. La version latine de Bologne traduit aussi le mot 
arabe routai par « latin 1 ». La version française « Le gouverne- 
ment des rois et des princes et les préceptes d'Aristote à Alexan- 
dre » dit « chaldéen a » au lieu de « latin ». 

Cet ouvrage n'offre pas un grand intérêt pour l'histoire de la 
légende d'Alexandre, car il traite de l'art de gouverner, de l'hy- 
giène, etc. La préface seule contient quelques faits relatifs au con- 
quérant macédonien. Il y est dit qu'Alexandre écrivit à Aristote 
pour lui apprendre que des Perses, gens d'ailleurs pleins de sens, 
se révoltaient contre son autorité et qu'il avait l'intention de les 
tuer. Aristote lui répond qu'il vaut mieux les traiter avec amour, 
c'est le seul moyen de se concilier leur obéissance. Cette lettre se 
retrouve d'ailleurs dans les « Enseignements des philosophes z ». 

Les Enseignements des philosophes. 

Les Mousaré hafdosofxm « Enseignements des philosophes » 
sont bien plus riches en faits importants 4 . Nous en donnerons 
une analyse détaillée en décrivant le ms. hébreu 750 qui a extrait 
de cet ouvrage la majeure partie de ce qui concerne Alexandre. 

Le Mousarë hafilosofim :i est un recueil de sentences mo- 



1 Guillaume Fabre, Mélanges d'histoire littéraire, II, p. 41. M. Steinschneider 
pense que le mot latin doit s'entendre ici dans le sens de syriaque. Archiv. de Vir- 
chow., t. II, p. 3G7. Le ms. arabe de Lee a également roumi « latin » ou « syriaque ». 

2 Paris, 1497. Cette version française est d'une naïveté charmante. L'émir des 
croyants devient Charles VIII. « Lequel livre est nommé le secret des secrets et le fit 
» le prince des philosophes Aristote filz de Mahommet de Macedone a son disciple 
» lempereur Alixandre fils de Phelippe roy des Grecs lequel Alixandre eut deux 
» couronnes. » Le mot zu'lkarnaïm a été rendu par « deux couronnes » ! 

3 Dans un article sous presse {Heb. Bibl., n° 123/4), M. Steinschneider fait remar- 
quer que les mots : « Noli parcere inimico » du Secrettim Secretorum de Phil. Cleri- 
cus (fol. 15, col. 2) ne se trouvent ni dans le texte arabe ni dans la version hébraïque. 
M. Steinschneider a déjà montré {H. B. y X, p. 11 ; XIII, p. 14) que le dialogue 
entre un Mage et un Juif qui se trouve dans cette version latine est une pièce margi- 
nale traduite d'un traité des « Frères sincères » . 

4 Voir également Steinschneider, Jahrbuch f. romanische u. englische Literatur, 
1. c. ; Hebr. Bibliogr. IX, Manna, p. 109. Zur pseudepigraphischen Literatur, Ber- 
lin, 1862, p. 50 et 51 , Zeitschrift d. Deut. Morgenl. Ges., XXVIII, p. 456. 

6 II en existe deux éditions imprimées, Tune de Riva de Trento de 1562, l'autre 
de Lunéville de 1807. Je ne connais que cette dernière édition, qui a été faite sur 
l'autre. Elle est extrêmement défectueuse. Il serait très utile de publier de nouveau 
cet ouvrage gnomique. Les mss. 896 et 1220 de la Bibliothèque nationale seront très 
utiles au futur éditeur. Il faudrait aussi étudier, avec les notes fournies par M. Stein- 



LES TRADUCTIONS HEBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 243 

raies prononcées par des philosophes. Il se compose de trois livres, 
et le dernier tout entier est consacré à Alexandre. L'original 
arabe est l'œuvre du syrien Honein b. Ishak l (809-879) ; nommé 
en hébreu « Hanania b. Ishak le traducteur chrétien, "p rran 
■nattM b:nnfcri priât"» a . Honein dit dans le premier paragraphe : 
<c Dieu nous a appris la langue arabe, aussi avons-nous traduit 
ces paroles de sagesse du grec 3 et de l'araméen en arabe. 
Il ajoute ce détail intéressant : 

J'ai trouvé parmi les livres anciens que j'ai traduits des rouleaux 
de parchemin écrits en lettres d'or ou de couleur. En tête du livre 
se trouve le portrait de chaque philosophe [assis sur son siège avec 
ses disciples debout devant lui. Depuis longtemps les Romains en 
font autant dans leurs livres et rouleaux ; ils écrivent en lettres d'or 
et d'argent sur des parchemins de couleur comme ces couleurs 4 . 
En tète se trouvent représentés les portraits des savants] 5 . Si le livre 
renferme les paroles de plusieurs personnes, ils laissent un inter- 
valle entre chaque discours et peignent le portrait de chaque philo- 
sophe avant ses paroles 6 , et cela à cause de leur amour pour la 
science. 

Le traducteur hébreu est très connu, c'est Harizi : « Juda fils de 
Salomon l'Espagnol, fils de Harizi », dit le ms. 896 de Paris (înO- 
1235;. Il a fait cette version sur la demande des habitants de 
Lunel. 

M. Knust a publié une version espagnole de l'ouvrage de Ho- 
nein, intitulée Libro de los buenos proverbios que dixieron los 
phi Uosophos) ' . Elle est conforme à celle de Harizi, dans la partie 



Schneider et l'excellente publication de M. Knust citée plus loin, le rôle de cette tra- 
duction hébraïque dans la littérature romane. Voir également Zacher, Pseudo-Callis- 
thenes. Forschungen zur Kritik... der Alexandersage. Halle, 1867. p. 187. La plupart 
des mss. du Sod cités plus haut contiennent en même temps le Mousarê. Le ms. 896 
de Paris a pour titre : Dnûltn Ûm^ffl &^lDnb">D!-i 'm j^btt nDD- 

1 Voir sur cet auteur : Steinschneider, H. B., IX, p. 47. Le texte arabe est à 
l'Escuriale. n° 756, et à Munich. Voir sur ce texte A Muller [Z. D. M. (?., XXXI, 
p. t>9), qui ne connaît pas les recherches de M. Steinschneider. 

2 C'est là la bonne leçon que nous donne le ms. 896. L'édition de Lunéville dit 
"HltTrî, ce qui n'a pas de sens. Le ms. 1120 appelle Honein * l'Israélite » ! 
M. Steinschneider explique cette erreur en supposant que le nom de Honein "HNS^ 
(pour Adâbi) aura été lu "WD^. 

3 L'édition imprimée ajoute ici à tort « de la langue sainte. » 

4 Ces mots signifient-ils • comme les couleurs du présent livre » ? 

5 Tout ce passage mis entre crochets manque dans le ms. 896. 

6 Le ms. 896 ajoute ici : « Ils couvrent les livres avec des peaux de béliers de 
couleur rouge en or et en argent. Sur l'importance de tout ce passage, voit St. H. B., 
XXI, p. 36. 

7 Mittheilungen aus dem Eskurial dans la 141 e publication du Literarische Serein 
de Stuttgart (1879). M. Knust a comparé, après M. Steinschneider (Jakrbuch, l. c), 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

relative à Alexandre (p. 36 à 59). Comme dans les mss. 896 et 1120 
de Paris, elle réunit tous les chapitres relatifs à Alexandre et 
place les « Enseignements d'Alexandre » en tête de ce livre, tan- 
dis que dans l'édition de Lunéville, ils se trouvent au livre II, 
cliap. v. 

M. Knust a joint à cet ouvrage le « Libro es ilamado Bocados 
de Ora et quai conpuso el rrey Bonium rrey de Persia » et les 
quatre versions espagnole, latine, française et anglaise de Mo- 
besschir, qui se rapprochent beaucoup des Buenos ProverMos, 
mais sont beaucoup plus abondants en récits sur l'histoire d'A- 
lexandre. 

Voici l'analyse des trois premiers chapitres du III e livre, que le 
ms. 750 n'a pas reproduits ! . 

Chapitre I er . Alexandre ayant bu du poison et près de mourir 
écrit à sa mère. Il lui adresse des consolations à grand renfort de 
sentences ; il lui commande de préparer un festin et de publier 
que ceux là y prendraient seulement part qui n'auraient jamais 
éprouvé de malheur. Personne ne vient au festin. La mère com- 
prend la pensée d'Alexandre. 

Cette lettre a été reproduite mais en abrégé dans le )wn "nst de 
Schem Tob ibn Palaquéra. Elle est déjà citée, d'après l'arabe, 
par Gabirol dans son Tikkoun Middot hanefesch, III, ch. n. 

Chapitre II. Autre lettre d'Alexandre à sa mère. Tout meurt 
dans la nature, la nature devrait donc pleurer sur elle-même. Il 
va dans un monde meilleur. 

Chapitre III. Réponse de la mère. 



III 



Tous les ouvrages que nous avons cités jusqu'ici ne sont pas à 
proprement parler des œuvres d'histoire. Les deux textes que 
nous allons étudier ont droit à ce titre. 

L'histoire d'Alexandre du ms. 750 de la Bibliothèque nationale 
occupe les f os 80-90 et 24-79 -. Le ms. se composait de cahiers de 



le texte hébreu avec les versions espagnoles. On trouvera dans les notes qui accom- 
pagnent le texte, surtout celui du Bocados de Ora et dans l'étude qui termine sa publi- 
cation, les renseignements les plus complets sur tout ce qui intéresse le contenu des 
paragraphes relatifs à Alexandre. 

1 Le livre III de l'édition imprimée est traduit en allemand : Stern., Zur Alexan- 
dersarje. Vienne, 1861. 

* Le relieur a transposé ainsi les cahiers dont se composait ce ms. 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 243 

12 feuillets numérotés en tète de la première feuille et au bas de 
la douzième. Cette constatation nous permet de mieux voir les nom- 
breuses lacunes de l'ouvrage. 11 manque le 1 er et le 12° f os du 
1 er cahier, le l 01 ' du 3°, tout le 5 e cahier. Les pages arrachées sont 
ainsi les premières el les dernières du cahier, ou celui-ci entier, 
on remarque aussi que les premières et dernières pages du cahier 
sont très souvent maculées, tout cela prouve que ces cahiers étaient 
indépendants et le sont restés assez longtemps. Outre ces lacunes 
le ms. indique lui-même des passages omis, le copiste dit deux 
ou trois fois : « Ici lacune », « Ici grande lacune ». 

L'histoire d'Alexandre commençait au 8° cahier, parce qu'il 
faisait suite à des « Proverbes de renards », û^bsntt) ^b^tt 1 , comme 
nous l'apprend le copiste. Le ms. a été achevé au mois d'août 1428. 
Il a été exécuté par deux mains ; jusqu'au f° 39 verso, par Haïm, 
et la fin par Iehosef grand-père du précédent, fils de Daniel, fils 
d'Elie, lils d'Ouziel de la famille de Mionikè ">p^i^. Pour mieux 
transmettre leur nom à la postérité, les deux copistes se sont 
amusés à orner de points les lettres dont la combinaison donnait 
Haïm et Iehosef. 

La première page du ms. étant perdue, on ignore le nom de 
l'auteur et le titre de l'ouvrage. Tout ce qu'on peut supposer, c'est 
que cette histoire est une traduction faite sur le latin 2 et que 
l'auteur était un méridional. Or précisément le ms. de Turin, 
n° CCXYIII du catalogue de Peyron, renferme une histoire d'A- 
lexandre due à l'auteur des Six ailes, originaire de Tarascon- 
sur-Rhône, qui nous apprend lui-même l'avoir traduite du latin. 
vr: by \vob mrori '«■wa ùsn w^î-je Nb d^sssïi bja p^nyniï ik$ 
nrrt nson npn^î-n innb "oamîft. De plus, Nectanébo s'appelle dans 
cette version Natinipho. Or ce nomNatinipho se lit dans notre ms., 
tandis que dans toutes les autres versions hébraïques il est rem- 
placé par Nectanébor. Il est très probable à nos yeux que le ms. 
de Paris et celui de Turin sont identiques et que notre ms. est 
l'œuvre d'Immanuel ben Jacob, Bonfilio \ 

Immanuel 4 est très connu comme astronome et mathématicien, 



1 Cet ouvrage ne se trouve pas dans ce ms. 

1 Le mot O^n-P I231D, Kochab Jovis « étoile de Jupiter », ou le génitif latin 
s'est conservé en est une preuve, par exemple. 

3 Ce nom nous est donné par le manuscrit 1054, f° 28 a. DltUfib rntnbfa m&m 

■py*B "pa 'n !T3ia*?i û^an b?n ap*i p bara? 'ib ûiaa'on rrvmp£ 

Bonfilio n'est ni provençal ni italien. 

4 Voir sur cet auteur -. Furst, Geschickte aer Karàerthwns. III, p. 8-13. (Ces quel- 
ques pages renferment beaucoup d'erreurs). Steinschneider, Hehr. Bibliographie, XV 
(187'i), p. 26 et 39-40. I. Loeb, Revue des Études juives, I, p. 77. 



246 REVUE l>KS ETUDES JUIVES 

il a été surtout très estimé chez les Caraïtes. Il a écrit entre 1340 
et 1356. On peut voir dans le catalogue des mss. hébreux de la Bi- 
bliothèque nationale les nombreux travaux scientifiques qu'on 
lui doit. 

Nous ignorons en quelle année il a traduit cette histoire d'A- 
lexandre. 

Son ouvrage est la traduction exacte et même servile de YHis- 
toria Alexandri magni régis Macedoniœ, de prœliis, histoire 
appelée plus communément Historia de Prœliis. Cette version 
de la légende d'Alexandre est très connue, elle fut très répan- 
due au moyen âge et c'est celle qui fut la première imprimée. 
Elle est l'œuvre de l'archiprêtre Léon. Celui-ci avait été envoyé 
en ambassade à Constantinople par Jean et Marinus ducs de 
Campanie (941-965). Il recueillit dans cette ville un certain nom- 
bre d'écrits, parmi lesquels une histoire d'Alexandre. Plus tard 
le duc Jean la lui lit traduire du grec en latin. 

Cette version avait toutes les qualités requises pour devenir 
populaire : naïveté, vulgarité, et par dessus tout, platitude de la 
langue. 

Les traductions hébraïques peuvent ici être utiles pour montrer 
l'impression produite par ce texte sur les esprits sémitiques, car 
toutes elles en dérivent directement ou indirectement ; ce sont le 
Josiphon, la version de Samuel ibn Tibbon et celle de Bonfilio. Mais 
ce qui est plus intéressant encore, c'est qu'un des textes hébraï- 
ques nous prouve que le latin fut traduit en arabe. 

Ainsi Y Historia de Prœliis fut traduite en hébreu par l'auteur 
du Josiphon. Il est constant que cet écrivain a vécu avant l'an 
1000, puisqu'il est cité par des rabbins du commencement du 
xr siècle. D'autre part Gagnier a très bien établi que la première 
partie du Ch. II du Josiphon est une traduction souvent littérale de 
l'œuvre de l'archiprêtre Léon. Or, comme nous savons à peu près 
la date de la composition de l'écrit latin (941-965), il en résulte 
que le Josiphon est de la deuxième moitié du x e siècle. Peut-être 
même YHistoria de Prœliis va-t-elle nous servir à déterminer 
exactement la patrie de l'historien hébreu. D'après Zunz, qui 
appuie son opinion sur des indices très probants, il aurait vécu 
en Italie. Or, M. Paul Meyer croit que les mss. latins de YHis- 
toria de Prœliis n'ont pas pénétré en France avant la fin du 
xn e siècle. Or, la France seule, à défaut de l'Italie, pourrait avoir 
été la patrie du Josiphon ! . 

1 Le ms. 1087* de Rossi est un extrait du ch. II du Josiphon. M. Steinsehneider a 



LES TRADUCTIONS HEBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 247 

Un peu plus tard peut-être YJIisloria de Prœliis tut traduite 
an arabe. 

En effet nous montrerons plus Loin que la version hébraïque de 
Samuel ibu Tibbon a été faite sur un texte arabe dérivé de VHis- 
toria de Prœliis. Ce texte malheureusement ne semble plus 
exister. On ne sait naturellement ni l'époque ni le pays de cet 
auteur arabe. Mais peut-être est-il permis de le conjecturer. La 
traduction a été l'aile (Mitre 1199 et 1204 à Arles, par Samuel 
ibn Tibbon de Lunel. On pourrait donc croire que la version latine 
a été traduite en arabe au milieu du xn° siècle en Espagne. Mais 
cette hypothèse se heurterait à deux difficultés : premièrement, il 
ne semble pas que les Arabes d'Espagne à cette époque aient com- 
pris le latin ; deuxièmement, il ne paraît pas que des mss. de VHis- 
toria de Prœliis soient venus si tôt en ce pays. D'un autre côté, 



déjà indiqué certaines variantes qu'il oii're pour les noms propres (H. B., 1869, l. c.) . 
Le début de l'histoire d'Alexandre est complètement différent de celui du Josiphon 
néanmoins. En voici la traduction que nous pouvons donner, grâce à l'obligeance de 
M. Steinschneider qui a bien voulu nous communiquer la copie du ms. hébreu : 
Je commence l'histoire d'Alexantros (sic). Philippe père d'Alexantros le Macédo- 
nien régna sur la Macédoine et la Grèce pendant six uns. Par le grand nombre 
de ses soldats et son courage, il soumit et assujettit tous les habitants voisins de 
son pays, il soumit les Grecs sous son pouvoir (ces deux phrases se trouvent dans 
l'édition princeps du Josiphon, avant l'histoire de Nectanebor), alors le roi Philippe 
mourut. Philippe combattit (sic) la ville de Byzance (Bizantion) et Philippe envoya 
Alexantros son 61s à la ville de Tracis avec une grande armée pour combattre 
contre elle. Alors Pausanios (sic) de Salonique, homme fort et riche, désira et 
voulut forniquer avec Olipiadah (sic), mère d'Alexandros (sic). Il lui envoya des 
séducteurs pour lui persuader de quitter son mari ; mais elle n'accepta pas. Pau- 
sanios voyant qu'Alexantros était à l'armée, prit les armes de guerre à la main, 
lui et d'autres guerriers avec lui (Ù^TlD^ d^nNI, construction incorrecte qui fait 
penser à une phrase non hébraïqucj. Il vint pour tuer Philippe et prendre sa femme ; 
il frappa Philippe au côté d'un grand coup, mais celui-ci n'en mourut pas. La 
terre en fut remuée. En ce jour, Alexandre revint vainqueur de la guerre, il vit 
un grand tumulte dans la ville et demanda ce que c'était. Lorsqu'il l'apprit, il 
entra dans le palais de son père et vit sa mère saisie par Pausanios. Il voulut le 
frapper de son épée, mais il craignit de tuer sa mère. Celle-ci lui dit : « Frappe- 
le ! » Alexantros le frappa d'un grand coup. Alexantros vit que son père vivait 
encore, il prit alors l'épée et la donna à son père en lui disant : « Prends cette épée 
et venge ta mort. » Son père frappa Pausanios qui mourut. Philippe mourut et son 
fils Alexantros l'ensevelit. Alexantros régna à la place de son père, âgé de vingt 
ans » La suite est conforme au Josiphon. Ce récit qui ne s'accorde avec au- 
cune des versions hébraïques est entièrement conforme pour la fin à celui du Bocados 
de Ora, eh. xiv (Knust, /. c, p. 278-278) et du Mobasschir, ch. xi.v (Ibid., p. 416- 
419). 

L'édition princeps de l'ouvrage hébreu offre un début beaucoup plus simple et qui 
se rapproche bien plus de VHistoria de Prœliis que l'édition qu'on cite d'ordinaire : 
« Et maintenant je commence à raconter l'histoire d'Alexandre appelé fils de Philippe. 

> 11 n'était pas son fils en vérité, et j'ai trouvé dans un livre qu'il était fils de Necta- 
. nébor, roi d'Egypte. Voici l'histoire d'Alexandre composée par les sages d'Egypte. 
■ Les sages d'Egypte sont savants en la science du ciel et en la nature des créatures 

> et étoiles... Et voici le commencement de l'histoire. Il y avait un roi d'Egypte 
i nommé Nectanebor. . . » 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

il faut que le traducteur ait lu le latin, non à la façon des Grecs 
ou des Arabes, mais avec la prononciation des pays romans, car 
il rend la lettre c placée devant un i et un e par une s. Ainsi 
Cilicia est transcrit Silisia, Capadocia, Capadosia, Bucephala, 
Busefal. Il faut donc trouver un pays latin où YHistoria de Prœ- 
liis ait pu être transportée . C'est pourquoi nous supposons que le 
traducteur arabe a vécu en Sicile. On serait tenté de croire que ce 
dût être avant Tan 1061, puisque les Arabes furent chassés de cette 
île à cette époque par les Normands ; mais on sait qu'il en resta 
néanmoins. 

D'une note placée à la fin du ms. de Londres de la version d'ibn 
Tibbon, il semblerait résulter que Harizi aurait traduit également 
un texte latin. Voici cette note : « Ce livre a été traduit par le sa- 
vant investigateur des secrets de l'existence et de la science, 
R. Samuel, fils de Juda ibn Tibbon (que le souvenir du juste soit 
une bénédiction) de Grenade en Espagne. Il l'a traduit pendant 
qu'il travaillait à la version du « More » que l'or de l'Ophir ne 
peut égaler en valeur. Ce livre se trouve entre les mains de quel- 
ques-uns, traduit par al Harizi, mais avec de nombreuses fautes ; 
car lui l'a traduit de la langue (?), tandis que le traducteur fidèle 
mentionné plus haut l'a traduit de l'arabe en hébreu ; que son 
salaire soit complet ! » 

M. Neubauer l croit que ce passage signifie que Harizi avait 
traduit cette histoire du latin. M. Neubauer conjecture même que 
le mot ywbla doit ici être lu "pabïï « du latin ». D'après cette hypo- 
thèse, ce serait YHistoria de Prœliis qu'aurait rendue en hébreu 
Harizi, car le fonds du livre devait être le même que celui de la 
version de Samuel ibn Tibbon. Cette note ne pouvait parler du 
Mousaré hafîlosofim de Harizi, puisque celui-ci déclare dans sa 
préface à cet ouvrage qu'il l'a traduit de l'arabe. Mais, comme 1 
me le fait remarquer M. J. Derenbourg, est-il probable que Harizi 
ait jamais traduit un texte latin? D'autre part il est impossible 
que cette note du ms. de Londres ait été rédigée par Samuel ibn 
Tibbon lui-même. Cette note provient donc d'un copiste qui, sa- 
chant qu'il existait déjà de Harizi un livre parlant d'Alexandre, 
aura voulu expliquer l'opportunité de la traduction de Samuel ibn 
Tibbon. 

Enfin YHistoria de Prœliis a été traduite du latin par Imma- 
nuel ben Jacob à Tarascon vers le milieu du xiv e siècle. 

Nous étendrions démesurément cet article en montrant que la 
traduction hébraïque d'Immanuel suit pas à pas le latin, qu'il nous 

1 Les Rabbins français, p. ."»7:>. 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 249 

suffise de citer les premières pages du ms. hébreu en mettant en 
regard le texte latin. Pour ceux qui ne lisent pas l'hébreu, nous 
en avons donné une traduction littérale. On trouvera ces différentes 
pièces en appendice à la lin. 

Immanuel a traduit avec une si grande exactitude qu'il a même 
rendu en hébreu Le titre des images dont était orné le ms. latin. 
11 est très probable que celui-ci contenait ces ligures, car ces 
mss. illustrés ne sont pas rares. Le n°8501 de la Bibliothèque na- 
tionale en est un exemple. Nous allons citer toutes les légendes ex- 
plicatives de l'hébreu, ce sera en même temps comme une table de 
matières de l'ouvrage. Les légendes suivies de la lettre A se trou- 
vent aussi dans le ms. latin 8,501, la lettre B indique celles qui se 
lisent également dans l'édition de Cologne de YBistoria de Prœ- 
liis qui, comme l'ouvrage hébreu, n'a conservé que l'explication 
des dessins. 

F 80 a. Portrait de Natinipho, les cheveux de la tète et la barbe 
rasés, et vêtu d'habits blancs (A). — Portrait des Egyptiens implo- 
rant leur dieu et figure de la statue de Natinipho. 

F 81 a. Portrait de Natinipho faisant de la sorcellerie devant la 
reine. 

F° 81 1). Portrait de Natinipho changé en dragon et couchant avec 
la reine (A). 

F° 82 a. Portrait du roi Philippe et du dragon qui extermine ses 
ennemis (B). — Portrait du roi, de la reine et des cavaliers man- 
geant et buvant, le dragon arrive et embrasse la reine (A et B). 

F 83 a. Portrait du roi racontant à Ariolo le voyant tout ce qui 
lui est arrivé. 

F 83 #. Portrait d'Alexandre à sa naissance et du roi qui vient 
devant la reine. 

F 84 b. Portrait d'Alexandre qui jette Natinipho dans la fosse 
pendant qu'il contemple les étoiles du ciel (A), et l'apporte sur 
ses épaules à sa mère. 

F° 85 b. Portrait d'Alexandre sur un cheval et montant sur un 
char, Tépée à la main. 

F 86a. Portrait de Nicolas crachante la figure dAlexandre. — 
Portrait d'Alexandre combattant avec le roi Nicolas et le tuant (A). 

F 87 b. Portrait du roi Philippe lorsque les députés de Darius 
viennent réclamer l'impôt et qu'Alexandre leur répond (A). 

F 88 a. Portrait de Pausanias lorsqu'il combat avec le roi Philippe 
et le tue (A). — Portrait de Pausanias allant prendre la reine par 
violence. — Portrait d'Alexandre combattant avec Pausanias et lui 
tranchant la tète (A). 

F° 88 £. Portrait du roi Philippe mort. 

F 89 a. Portrait d'Alexandre parlant au peuple A . 



250 HKVUE DES ETUDES JUIVES 

F 89 #. Portrait des députés romains apportant un présent à 
Alexandre. 

F 89 #. Portrait d'Alexandre frappant le bélier et le tuant, lors- 
qu'il vient se prosterner devant le dieu Amon. 

{Ici manque un folio.) 

F 25 b. Portrait d'Alexandre se prosternant devant Onias le 
prêtre (A). — Portrait des gens de Latiro (Tyr) dessinant la figure 
d'Alexandre devant Darius. 

F 26 b. Portrait d'Alexandre et des députés de Darius lui appor- 
tant la lettre, le bâton, la sphère et la boîte. 

F 29#. Portrait d'Alexandre combattant avec Amontna, chef de 
l'armée de Darius et le mettant en fuite. 

F 32 a. Portrait de Glitomeco, guerrier, qui remporte trois vic- 
toires. — Portrait de Glitomeco monté sur un cheval, la couronne 
sur le front. 

F 35 b. Portrait de Darius le roi voyant une statue tomber à terre 
et se briser. — Portrait du roi Darius assis à table avec Alexandre. 
— Portrait du roi Alexandre fuyant devant les gens de Perse, avec 
une main de cire à la main. 

F 36 a. Portrait d'Alexandre combattant avec les officiers de Da- 
rius (A). 

F 36 b. Portrait d'Alexandre poursuivant le roi Darius. 

F 37 a. Portrait d'Alexandre buvant la potion de la main du mé- 
decin Philippe. 

F 38 a. Portrait d'Alexandre ordonnant de trancher la tête de 
Parménion. — Portrait d'Alexandre poursuivant Darius. 

F 38 b. Portrait de la mère de Darius et de sa femme, sa sœur et 
sa fille venant devant Alexandre. 

F 44 «. Portrait d'Alexandre poursuivant Darius. 

F 45 a. Portrait des officiers de Darius, le frappant. 

F° 46 b. Portrait de Darius mort, tandis qu'Alexandre et tous les 
chefs de Perse et de Macédoine s'affligent et pleurent sur lui. -— Por- 
trait d'Alexandre consolant les gens de Perse et parlant à leur cœur. 

[Ici manque un folio.) 

F 47 b. Portrait d'Alexandre combattant avec ces gens (à un pied, 
à un œil, etc.) 

F 48 &. Portrait d'Alexandre combattant avec les gens d'Alpania 
et leurs chiens puissants, et les vainquant par ruse et sagesse. — 
Portraits des chiens d'Alpania vainquant le lion et l'éléphant. 

F 50 b Portrait d'Alexandre combattant avec Porus, roi d'Inde (A), 
et le mettant en fuite par ruse. — Portrait d'Alexandre et de ses 
chefs lorsqu'ils montent dans le palais du roi Porus. 

F 54 b. Portrait d'Alexandre combattant avec les bêtes féroces, les 
dragons, les serpents, les sangliers, les lions (A), les tigres, les 
oiseaux et d'autres bêtes féroces, comme il est écrit plus haut. 



LES HtADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE LH1STOIRE D'ALEXANDRE 251 

F* 53 b. Portrait d'Alexandre lorsqu'il combat avec Porus, roi 
d'Inde, qu'il le frappe et lui tranche la tète par ruse (A). — Portrait 
des Indiens jetant leurs armes de guerre et obéissant à Alexandre. 

[Ici manque doute folios.) 

F 71 o. Portrait de ceux qui portent Alexandre de Babylone à 
Alexandrie, dans un cercueil d'or, et comment ils posent ce cercueil 
devant sa mère ; ses paroles en voyant le cercueil. 

F' 71 b. Portrait de la réunion de l'assemblée des philosophes et 
des gens du royaume pour prononcer sur lui des paroles qui reste- 
ront pour la postérité et serviront d'exemple et de morale. Ensuite, 
ses proches tirent cercle autour de lui. 

Comment pouvait-on représenter des paroles? En réalité pour 
ces deux derniers portraits Fauteur ou plutôt le copiste s'est 
trompé. Ce qu'il a pris pour la légende d'un dessin n'est que l'en- 
tête des ch. IV et V (liv. III), du Mousaré lia(Uosofim qu'Imma- 
nuel a plaqués à la suite de sa traduction du De Prœliis. Comme 
ces mots étaient écrits en vedette, ainsi que le montre le ms. hé- 
breu 896, le copiste par entraînement y a vu des indications d'ima- 
ges et a écrit le mot mvt & portrait ». 

Immanuel a traduit YHistoriade Prœliis jusqu'à la fin, c'est-à- 
dire jusqu'au passage où sont énumérées les douze villes bâties par 
Alexandre l . Mais là ne s'arrête pas le ms. hébreu. Après cette liste 
Immanuel ajoute un long morceau emprunté aux Mousaré iia- 
filosofim. Cet extrait commence au chapitre IV du troisième li- 
vre. Comme certaines parties de cet ouvrage ne sont pas connues 
des médiévistes, nous donnerons l'analyse des morceaux copiés 
par Immanuel -. 

Ch. IV. On apporte le mort devant Olympias, elle lui décou- 
vre la face et dans un langage plein d'antithèses, elle montre la 
vanité de la vie humaine. Des pleureuses lui répondent dans le 
même sens : « Alexandre a beaucoup enseigné par sa vie, mais 
plus par sa mort ». 

Ch. V. Les princes le portent dans son cercueil à Alexandrie, 
les grands et les philosophes font cercle autour et prononcent des 
paroles « destinées à la postérité ». 

Le chef des assistants, après quelques mots, vient demander à 
chaque philosophe « des consolations pour les grands et des en- 
seignements pour le peuple» 3 . Quarante-neuf philosophes se li- 

1 L'hébreu ajoute une treizième ville qui ne porte pas le nom d'Alexandre : Bucé- 
phalie. 

2 Stern n'a pas traduit le chapitre V du II e livre. 

3 Massoudi, Les Prairies d'or, II, p. 251 de l'édit. Barbier de Meynard, s'est sans 



252 REVUE DES ETUDES JUIVES 

vrent alors à cet exercice d'antithèses, a folie, dit le premier, 
aujourd'hui on pleure ce dont on riait hier, hier on riait de ce 
qu'on devait pleurer aujourd'hui ! » — « Ceux qui hier t'enviaient, 
dit un autre, aujourd'hui te plaignent; tu étais honoré et te voilà 
avili ; peux-tu maintenant éloigner un peu de ce qui t'est advenu 
avec un peu de ce que tu avais »? — « Dis-moi donc, dit un autre, si 
tes gardiens t'ont mal gardé que tu aies été vaincu, ou si tes armées 
se sont révoltées contre toi que tu aies été pris ; pourquoi la mort 
est-elle entrée dans ton palais sans permission, et est-elle arrivée 
jusqu'à toi sans ton ordre 1 ? ». 

Ch. VI. Puis c'est le tour de sa veuve, de son intendant, de son 
majordome : « Celui qui se faisait préparer la nourriture est de- 
venu la nourriture de la poussière »; de son trésorier, de ses deux 
lieutenants, de son portier, de son bourreau, de son scribe, de sa 
mère. Les femmes se mettent à pleurer, la mère verse également 
des larmes et continue ses plaintes. Les philosophes font entrer le 
cercueil dans la chambre de sa mère 1 . 

Ch. VIII. Ils sont au nombre de dix-sept et chacun débite sa 
sentence : « Tout empire périt, toute beauté passe, quiconque 
campe décampe. » Le dix-septième s'écrie : « Tu as laissé les 
vices pour les vertus, l'étroit pour le large, la fatigue pour la pos- 
session. Maintenant ta vie est éternelle, ton repos stable ; aussi 
heureux es-tu en ce que tu as trouvé. » 

Ch. X. Ensuite les philosophes emportent Alexandre sur leurs 
épaules, les princes et le peuple marchent devant, tête nue, et on 
l'enterre. Les philosophes retournent chez eux et cinq d'entre 
eux vont consoler la mère. Leur chef fait son éloge. Elle le re- 
mercie. 

Ici le copiste a fait un grand bourdon, il a sauté les paroles des 
quatre autres philosophes et les réponses de la mère, pour finir 
par la réponse au cinquième. 

Ch. XI. Puis vient une lettre d'Aristote à la mère d'Alexandre. 
11 la console en lui montrant l'égalité de tous les hommes devant 



doute servi de la version de Honein, car il donne le même passage. Il commence par 
ces mots : « Celui qui tenait le premier rang parmi les sages dit : Que chacun de 
vous prononce une consolation pour les grands et un avertissement pour le peuple. • 
Seulement, dans Massoudi, les personnages qui parlent ne sont que trente, y compris 
le maître d'hôtel, les deux trésoriers, la femme et la mère d'Alexandre. M. Knust cite 
encore un grand nombre d'ouvrages orientaux et occidentaux qui se rapprochent de 
la version de Honein pour ces passages. 

1 Dans le Alouaaré ici commence un nouveau chapitre, le septième. On apporte le 
cercueil de Babylone à Alexandrie, on avertit la mère qui l'embrasse et fait entendre 
ses plaintes. Immanuel voyant que cette circonstance faisait double emploi ou même 
était eu contradiction avec le début du chap. IV, Ta supprimée et fait parler à la 
suite du scribe la mère qu'il appelle seulement « celle qui le pleurait >. 



LES TRADUCTIONS HEBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 253 

la mort. Heureux celui qui se prépare un viatique ! « Console-toi, 
lui dit-il, par celui qui t'a consolé lui-même avant sa lin ». 

Ch. XII. La mère lui répond. 

Ch. XIII. Paroles de la mère d'Alexandre, après avoir lu la let- 
tre de son fils : ... « Tu as raison, mon fils, la branche ver- 
doyante n'a pas de refuge contre la sécheresse, les feuilles tom- 
beront, les étoiles brillantes ne peuvent manquer de s'obscurcir 
le feu ardent de s'éteindre, la lune resplendissante de s'éclipser; 
celui qui donne, prend: qui prête, se paie; qui donne en dépôt, ré- 
clame; qui loue, reprend ; je ferai comme toi ». 

Après cette lettre vient un chapitre intitulé : « Quelques-uns de 
ses enseignements ». Cette partie occupe le ch. v du livre II dans 
l'édition de Lunéville, mais se trouve en tête du livre III dans 
les mss. 896 et 1220 de Paris. Elle porte le titre de -noitt !nbN 
oisrbD p -ftatoba : « Enseignements d'Alexandre fils de Phi- 
lippe ». En voici une analyse. Alexandre, pour vérifier cette loi 
(TAristote que l'inquiétude dissout le cœur, prit une bête, l'en- 
ferma longtemps dans l'obscurité lui donnant à manger. Il la tua, 
et trouva son cœur dissous ». — Aristote lui donne des conseils de 
gouvernement. Le possesseur d'esclaves qui sait les gouverner sera 
chef d'armée. — Qu'as-tu trouvé de meilleur dans ton pouvoir ? 
lui demande-t-on : Récompenser et au-delà les services qu'on m'a 
rendus-. — Mes frères ne doivent pas se battre et moi rester inac- 
tif. — L'homme moral est estimé, même s'il est pauvre : c'est un 
lion craint quand il est accroupi ; l'homme sans morale est mé- 
prisé : c'est un chien avec un collier d'or au cou 3 . — On raconte 
devant Alexandre l'histoire de Romanis 4 dont la fille est aimée 
par un riche et un pauvre, et qui la donne au pauvre parce qu'il 
est intelligent. — Alvan 5 dit à Alexandre : Nous avons des pri- 
sonniers, pourquoi ne les asservis-tu pas ? « Je ne veux pas ré- 
gner sur des esclaves ». — Il fait l'éloge de la plume. — Il de- 

1 Ce passage se trouve aussi dans Gabirol, Tikkoun middot hanephesch, III, 2. 
Pour d'autres rapprochements voir Knust. 

* La version française du Mobesschir (Knust, l. c, p. 487) dit ici me venger. En 
hébreu la confusion entre se venger et récompenser est très facile, car c'est le même 
verbe 3HD qui rend les deux idées. Je remarque également dans la même version, 
p. 477, cette phrase : « Et eut victoires sur XXIII manières de langues » . Le mot 
langues a évidemment ici le sens de peuples, comme en hébreu m 3 1123b. 

3 Ces paroles se retrouvent presque textuellement dans la version hébraïque de Ka- 
lilâh et Dimnùh. J. Derenbourg, Deux versions hébraïques du livre de Kalilâh et Dim- 
nâh (Paris, 1881), p. 48. 

4 Dans Buenos Proverbios (p. 38) Damianos (le resch est mis pour un dalet), dans 
Mobesschir Dicometus et Dicomenus (p. 492-493). 

5 Alion dans certaines versions hébraïques. Dans Buenos Proverbios (p. 38) c'est 
« Alion le patriarche >. Dans les quatre versions de Mobesschir se trouve seulement 
« le patriarche » sans nom propre. 



25-5 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mande à Platon la règle que doit suivre un roi. — 11 voit deux 
anciens amis se disputer en s'insultant. « Il ne faut pas trop se 
lier », conclut-il.— Un homme en haillons entre devant lui et 
parle avec intelligence. « Pourquoi pares-tu tes paroles et non ton 
corps? C'est parce que les paroles j'en suis le maître, mais les 
vêtements, c'est toi ». Alexandre lui en fait donner. — Alexan- 
dre avait fait descendre un gouverneur d'un poste à un autre 
moins élevé. « Que dis-tu de ton poste, lui dit-il un jour? Ce 
n'est pas la place qui fait l'homme, mais l'homme qui fait la 
place ». Alexandre lui donne un meilleur gouvernement. — Lors- 
que de mauvaises gens le louaient, il disait à ses serviteurs : 
« Dites-moi si j'ai péché »? — Il alla dans un pays où des rois 
avaient disparu. « En reste-t-il des descendants? demande-t-il. Le 
dernier survivant demeure dans les tombeaux. Pourquoi résides-tu 
là? C'est pour séparer les os des sujets et des rois et je les trouve 
tous semblables. — Quel est ton désir? La vie, sans la mort, la 
jeunesse sans la vieillesse, la richesse sans la pauvreté, le bon- 
heur sans inquiétude, la santé sans maladie ». « Je n'ai jamais vu 
homme si avisé », s'écrie le roi. Et cet homme resta dans ces tom- 
beaux jusqu'à sa mort. 

Ici s'arrête l'extrait des Mousaré hafilosofirn. Ce long mor- 
ceau est la reproduction exacte de la traduction de Harizi. Or 
ici se présente un problème singulier : l'édition de Strasbourg 
et celle de Cologne de YHistoria de Prœliis, à la suite de la liste 
des douze villes bâties par Alexandre, ajoute les mots suivants qui 
manquent dans tous les mss. que j'ai vus : 

Legimus Alexandri sepulturam esse auream ad quam plurimi phi- 
losophi convenerunt. Quorum unus ait : Alexander ex auro fecit 
thesaurum. Alius : heri totus mundus non sufficiebat ei, hodie qua- 
tuor sole ulne sufficiunt. Alius : heri ducebat exercitum, hodie ab 
illis ducitur sépulture. Alius : heri terrain premebat, hodie eadem 
terra premit ipsum. Alius : heri eum gentes timebant, hodie eum 
vilern députant. Alius : heri habuit amicos et inimicos, hodie habet 
omnes equales. 

Le début est le môme, des philosophes viennent parler autour 
du tombeau d'or d'Alexandre. La façon dont ils parlent est cal- 
quée pour la forme sur la manière de l'écrit hébreu, c'est l'an- 
tithèse. Ces « alius », « un autre dit », sont la traduction de 
"iris ntttf. Une des pensées du Mousaré se retrouve même en latin. 
« Heri totus mundus non sufficiebat ei, hodie quatuor sole ulne 
sufficiunt ». L'hébreu dit : « Ce grand et vaste empire, comment 
quatre coudées le contiennent-elles ? » Mais il est impossible de 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 288 

penser que la version d'immanuel ait eu la moindre influence 
sur les versions latines postérieures, car le passage de deux édi- 
tions imprimées se trouve dans les trois mss. latins de Milan et 
dans l'un de ceux de Venise. 11 est dans la Disciplina clcricalls 
(ch. xxxvin), dans le Gesta Romanorwm ;eh. xxxi) et dans la 
Summa Johannis Valensis de regimine vite humane '. 11 est plu- 
tôt probable qu'Iminanuol aura eu à sa disposition un texte conte- 
nant cette addition et qu'il se sera rappelé le livre III du Mou- 
sarê, beaucoup plus développé. 

Le Mousarê hafilosoftm n'est pas le seul ouvrage utilisé par 
Immanuel. A la suite de ces extraits vient un morceau final qui 
commence par les mots : « Après la mort d'Alexandre, Roxane sa 
femme enfanta un fils que les Macédoniens appelèrent Alexandre, 
d'après le nom de son père. Antipater alla en Eleda, (en Grèce)... » 
Il se termine par : « c'est là le quatrième exil de Jérusalem ». Ce 
passage est une sorte de chronologie universelle depuis Alexandre 
jusqu'à Pompée. Il est copié presque textuellement du ch. 15 de 
Josiphon. Celui-ci en avait emprunté les éléments à la Chronique 
d'Eusèbe traduite en latin par saint Jérôme. Immanuel a encore 
copié le Josiphon (ch. I er ), dans le récit de l'entrée d'Alexandre à 
Jérusalem. Non qu'il ait laissé le de Prœliis pour ne citer que le 
passage du Josiphon : il a juxtaposé les deux morceaux, n'emprun- 
tant au Josiphon que ce qui ne se trouvait pas dans le texte latin. 
Il n'y a aucune raison de supposer que l'addition du passage du 
Mousarê et de celui du Josiphon soit le fait d'un copiste, car Im- 
manuel en intercalant, comme nous venons de le voir, ce récit du 
Josiphon de l'entrée d'Alexandre, nous montre qu'il aimait à citer 
tout ce qu'il savait. 

11 s'agit de déterminer maintenant quel est le texte àeYIIistoria 
de Prœliis qu'a traduit Immanuel. Pour résoudre cette question, 
nous nous sommes servis de toutes les versions de cet ouvrage que 
possède la Bibliothèque nationale et que M. Paul Meyer indique 
dans son Histoire de la légende d'Alexandre. Ce sont les éditions 
d'Utrecht, s. 1. n. d., de Cologne (1482) et de Strasbourg (1486), 
les mss. 2477, 6041, 8501, 8503, 8514, 11291, 13710, 14169, 
174 nouv. acquis, lat. C'est du ms. 8501, d'origine italienne, du 
xiv e siècle que notre traduction s'approche le plus. Néanmoins 
il est loin de lui être conforme en tout. Il serait superflu d'é- 
tablir ici cette comparaison minutieuse, à laquelle nous nous 
sommes livrés. Voici un spécimen de cette comparaison. Nous 

1 Voy. Knust, p. 303 et 556. 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

appelons I, la version d'Immanuel, G le ms. 8501, D le ms. 8503. 

Les différents mss. latins ne l'ont pas suivre à Alexandre le même 
itinéraire. Lorsqu' Alexandre est nommé roi, il va en Thrace, ditD, 
en Calcédoine, dit I, comme C. Il visite le palais de Darius avant 
l'enterrement de celui-ci dans C et dans I ; après l'enterrement 
dans D, etc. 

I supprime comme C certains détails, que conserve D. « Clito- 
mecus et les habitants de Thèbes vont au temple d'Apollon, y font 
des sacrifices, y prient Apollon. Le dieu leur répond : celui qui 
gagnera trois batailles cette fois rebâtira la ville de Thèbes. » 
I) fait intervenir ici une prêtresse qui répond au nom d'Apol- 
lon, etc. 

D'autres fois C et I sont plus complets que D. Après qu'Alexan- 
dre a permis à Clitomecus de rebâtir Thèbes, l'hébreu le fait aller 
dans le pays des barbares comme G. D supprime ce détail, etc. 

Les noms propres dans I affectent la même forme que dans C. 

Un certain Hisminea dans A, n&wttû'" dans I, se réjouit de la 
ruine de Thèbes, il s'appelle Asminea dans D. La reine des Ama- 
zone est Talistrida dans G et I, Talisarida dans D, etc. 

Enfin G seul comme I donne la correspondance entière d'A- 
lexandre avec le roi Dindime, tandis que D l'abrège. 

Néanmoins ce n'est certainement pas le ms. C qu'Immanuel a 
eu sous les yeux, car en certains endroits il ne l'a pas suivi. Par 
exemple, lorsqu' Alexandre passe le fleuve pour aller en Perse., il se 
rend déguisé dans le camp de Darius, d'après I. Dans G à ce moment 
Darius réunit son conseil. Ces deux faits se trouvent dans les deux 
versions, mais à des places différentes. Enfin C ajoute à la fin le 
meurtre de la mère d'Alexandre par Cassandre, ce quel, pas plus 
que la plupart des mss. latins, ne rapporte. 

Immanuel paraît avoir fait œuvre personnelle en amplifiant 
parfois les discours d'Alexandre. 

Voici quelques discours qui ne sont qu'indiqués dans les ver- 
sions latines. 

Lorsqu'Alexandre succéda à son père, il réunit son peuple et dit : 
«... Donc si vous voulez que je règne sur vous selon l'ordre de 
mon père Philippe, faites-moi connaître votre intention. Si vous 
ne voulez pas au contraire, choisissez-vous aujourd'hui un autre 
homme qui règne sur vous et qui- vous délivre de vos ennemis. » 
Tout le peuple fut content, ils crièrent, applaudirent en disant : 
« Vive le roi ! vive le roi ! » (F 88 b) J . 

1 Dans le Bocados de Ora et le Mohesschir, ce discours est encore plus étendu. 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE &57 

Un soldat perse se déguise en Macédonien, se mêle à l'armée 
d'Alexandre et, dans le combat, frappe celui-ci à la tête. On le saisit 
et on ramène devant le roi. « Seigneur roi, dit-il, ne me crois pas 
Macédonien : je suis Perse. J'avais juré au roi de te couper la 
tête et de la lui apporter, Darius m'avait dit : Si tu me fais cela, je 
te donnerai ma iille pour femme. Or j'ai exécuté son ordre. Me voici 
en ton pouvoir, agis comme il plaira à tes yeux. » Alexandre appela 
tous ses princes, chevaliers et guerriers, plaça l'homme devant eux 
et dit : « Quelle est la loi qu'il faut appliquer à cet homme? » Tous 
répondirent : « Il mérite la mort pour avoir levé la main contre le 
roi. « Alexandre répliqua : « Mes officiers et chevaliers, il n'est pas 
bon, le conseil que vous m'avez donné, ni le jugement que vous 
avez porté. Donc sachez et voyez ce qu'a fait cet homme : il a mis sa 
tête dans sa main (il s'est dévoué) pour accomplir le désir de son 
maître. Maintenant prenez exemple sur lui, soyez pleins de zèle 
pour votre roi lorsqu'il va combattre contre ses ennemis, aidez-le 
et cela vous sera compté pour gloire et bravoure et votre cœur 
ne tombera pas à terre (ne faiblira pas) lorsque vous irez combattre 
avec vos ennemis ; au contraire, vous serez vaillants, car il vaut 
mieux pour vous mourir avec courage que vivre avec honte. » Il 
parla encore dans ce sens, toutes paroles de remontrances. (F 38 #.) 

Le lendemain (de l'enterrement de Darius), Alexandre s'assit sur 
le trône de l'empire perse, et une foule considérable se réunit devant 
lui. Il les consola, parla à leur cœur et leur dit : « Voici, Darius est 
mort. Maintenant, tout ce qu'il m'a ordonné avant sa mort, je l'exé- 
cuterai. Il m'a commandé : Prends Roxanne, ma fille, pour femme 
et règne sur le royaume de Perse comme j'ai régné et que désor- 
mais le royaume de Perse et celui de Macédoine n'en forment plus 
qu'un. Donc si vous voulez me nommer roi sur vous, comme il l'a 
ordonné, c'est bien; sinon, informez-m'en. » Le peuple répondit : 
« Tout ce que notre maître a ordonné, nous le ferons. » Ils crièrent, 
battirent des mains et dirent : « Vive le roi î vive le roi ! » Alexandre 
remercia le peuple et leur dit : « Puisque vous avez cru bon de me 
nommer roi, exécutez mes ordres, comme de juste, ne désobéissez 
pas, ne faites en bien ou en mal que ce que je vous commanderai. » 
Ils répondirent : « Tout ce que tu nous ordonneras, nous l'exécu- 
terons. » Et chacun s'en retourna chez lui, (F 46 à.) 

La traduction d'Immanuel est généralement plate comme son 
modèle, mais claire. Il paraît avoir le plus souvent compris le 
texte latin. Néanmoins en certains passages il paraît s'être trompé 
sur le sens du latin. Ainsi dans le passage suivant : 

Alexandre en se rendant au temple d'Amon rencontre un bélier, 
il ordonne à ses cavaliers de lui lancer des flèches. Ils ne peuvent 
le mettre à mort. Alexandre bande son arc et le tue. Il dit alors à 
ses cavaliers: «Vous voyez ce que j'ai fait, agissez comme moi. » Et 

T III. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à partir de ce jour les cavaliers commencèrent à tirer des flèches. 
Or, le latin dit que cet endroit fut appelé sagitarius*. Immanuel 
s'est mépris sur le sens de ce mot latin. 

L'auteur juif ne se fait jamais sentir et même les versets bi- 
bliques par lesquels il traduit parfois les phrases latines sont très 
rares. On a donc peine à comprendre que le catalogue des mss. 
de la Bibliothèque nationale dise que cette histoire d'Alexandre 
n'est pas traduite, mais qu'elle est composée par un auteur juif. 
Les raisons par lesquelles il prouve son assertion sont assez cu- 
rieuses. Il cite l'entrée d'Alexandre à Jérusalem empruntée au 
Talmud traité Tamid 2 . Or. elle se trouve dans le de Prœliis et 
Immanuel l'a traduite exactement sans jamais s'en référer au Tal- 
mud. Le catalogue cite le mot ■vjKpii: qui est persan. Mais il 
aurait fallu lire la phrase entière qui est : « Le roi Darius prit 
une boule, un bâton recourbé du haut, appelé en grec Zocani. » 
Le texte latin dit : « baculxmi qui grece dicitur zocani ». 



IV 



Le ms. 671 de la Bibliothèque nationale a cet avantage sur le 
n° 750 d'être complet. 

L'histoire d'Alexandre occupe les f os 241 à 280. Elle commence 
par les mots : 

« Il y avait un roi parmi les rois d'Egypte, nommé Nectanébor; 
cet homme était intelligent et instruit dans la science de l'astrologie, 
et habile dans l'art de la sorcellerie et de la magie... » 

Elle se termine ainsi : 

« Son lieutenant Ptolémée pleurait derrière son cercueil et ainsi di- 
sait-il en marchant : « Ah! roi des rois, Alexandre, tu as plus détruit 
de peuples par ta mort que tu n'en as détruit dans ta vie ». Et tous 
marchaient derrière, au milieu dun grand deuil et de gémissements, 
jusqu'à ce qu'ils arrivèrent à Alexandrie en Egypte, ils l'enterrèrent 
là dans le parterre qu'il avait fait bâtir (sic) en son nom. Cette histoire 
est finie avec l'aide de celui qui crée toute action. » 

Malgré l'indication de cette dernière phrase, le ms. ajoute en- 



1 On verra à l'appendice d'autres fautes faites par l'auteur. 

2 Ce passage est dans Jovna. 



LKS TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 259 

core, comme toutes les versions latines de Y Ms for Ut de Prœliis 
et la traduction hébraïque d'Immanuel ben Jacob, le portrait 
d'Alexandre, le compte de ses années et le jour de sa naissance et 
de sa mort. 

Bien que complet pour tout ce qui touche à l'histoire du con- 
quérant macédonien, ce ms. nous paraît écourté, il ne donne au- 
cun renseignement sur le nom et l'auteur de cette version hé- 
braïque. Il en existe heureusement un deuxième exemplaire, c'est 
celui du Beth hamidrasch de Londres (n° 202) dont M. le D r Fried- 
lànder a bien voulu nous communiquer quelques extraits. 

Pour montrer l'identité de la version de Paris et de celle de 
Londres, il nous suffira de comparer un passade dans les deux 
textes ' . 

Ces deux mss. ne sont évidemment que deux exemplaires diffé- 
rents d'un même ouvrage. Celui de Londres paraît avoir considé- 
rablement abrégé l'original. Or, nous connaissons l'auteur de 
l'histoire d'Alexandre de ce ms. de Londres. C'est, comme nous 
l'avons dit plus haut, Samuel ben Juda ibn Tibbon 2 . 

D'après la notice finale que nous avons citée plus haut Sa- 
muel ibn Tibbon aurait fait cette traduction pendant qu'il s'occupait 
de celle du Morèh, c'est-à-dire entre 1199 et 1204. Faut-il accepter 
aveuglément ce renseignement ou faut-il croire que le copiste a 
voulu montrer qu'il savait que Samuel ibn Tibbon avait traduit 
aussi le Morèh, la question a peu d'importance. 

L'auteur de cette notice ajoute enfin que la traduction a été 
faite sur l'arabe. Sur ce point la lecture de la version hébraïque 
ne laisse aucun doute ; à chaque pas on rencontre des mots arabes, 
l'article arabe al, des noms propres insolites qui ne s'expliquent 
que lorsqu'on suppose qu'ils sont la transcription de noms arabes 
écrits sans points diacritiques ; enfin Samuel ibn Tibbon n'a ja- 
mais traduit que des ouvrages rédigés en cette langue. 

Berger de Xivrey 3 , reproduisant les paroles de Favre, qui lui- 
même s'inspirait de Wolf, dit ceci de cette version : « Mais 
quelques rabbins la regardent comme la traduction d'un ouvrage 
grec composée par Ptolémée, fils de Lagus, successeur d'Alexan- 



1 Voir à l'appendice. 

* Cette version d'Ibn Tibbon est très vraisemblablement celle que Azaria de Rossi 
dans son Meor Enaïm nous dit avoir eue entre les mains. Le titre est le même : 
1*73D-bN rmbTn "ÎED- h y est parlé de Nectanebor et non de Natinipho. L'his- 
toire de ce roi égyptien, ajoute Azaria de Rossi, est la reproduction exacte du pas- 
sage du Josiphon sur ce point. Cette similitude existe en efî'et. Le grand-prêtre y de- 
mande à Alexandre que les Juifs soient exemptés des impôts. Ce détail manque dans 
Immanuel et se trouve dans Ibn Tibbon. 

3 Notices et extraits, XIII. p. 193. 



260 REVUE DES ETUDES JUIVES 

dre au royaume d'Egypte. » C'est sans doute sur la préface d'un 
ms. semblable à celui de Londres que s'appuie cette opinion '. 

Ceci est le livre d'Alexandre le Macédonien, son histoire, ses com- 
bats et tout ce qu'il a fait ; c'est aussi l'histoire des autres rois qui 
l'ont devancé, les circonstances de sa naissance, son origine et sa 
descendance. 

Ce livre a été écrit par le roi Ptolémée avec tous les sages d'Egypte 
et ses devins savants sur la création de toute chose et la création de 
tous les aminaux et plantes... 

Or, il n'existe aucune histoire d'Alexandre faite par Ptolémée. 
Il ne faut pas grande imagination pour deviner l'origine de l'er- 
reur de l'auteur arabe ou du traducteur hébreu. Comme nous 
l'établirons plus loin, la version arabe est traduite comme celle 
d'Immanuel ben Jacob, de YHistoria Alexandri magni régis Ma- 
cédonien de prœliis. Or, l'histoire latine commence par les mots : 
« Sapientissimi JEgyptii scientes. . » et se termine par les paroles 
prononcées par Ptolémée aux funérailles d'Alexandre. VHis- 
toria de Prœliis étant anonyme , l'auteur arabe aura joint le 
nom de Ptolémée de la fin à celui des Sages d'Egypte du com- 
mencement et aura dit : « Ce livre a été écrit par Ptolémée et 
les Sages d'Egypte. » La fin du ms. de Londres confirme cette 
supposition. 

Ptolémée dit : Qu'Alexandre et son histoire vous soient une leçon, 
à vous tous sages de cœur ; ne recherchez pas la jouissance en ce 
monde, car le commencement de l'homme est vanité, et sa fin, honte 
et confusion. Ptolémée scella ce livre et l'appella « Livre des histoires 
et des aventures d'Alexandre », il l'a copié de l'écrit original de Si- 
mon, scribe d'Alexandre à qui Alexandre avait commandé d'écrire 
tout ce qui lui était arrivé, sauf le récit de sa mort et son testament 
écrits par Ptolémée. 

Or, ce Simon est un personnage légendaire, Ptolémée est donc 
par là même aussi un auteur fictif. 

Nous avons dit plus haut où et à quelle époque a pu vivre 
l'auteur arabe. 

On serait assez disposé à croire qu'il était d'origine juive, car 
il existe bien peu d'exemples d'ouvrages arabes traduits du latin 
par un musulman, tandis qu'au contraire nous voyons en Sicile, 
patrie que nous avons assignée par conjecture à notre auteur, un 

1 Wolf. I, p. 969; IV, p. 1007 fait mention d'un ms. de Jablonski qui serait sem- 
blable à celui de Londres. (Cf. Cat. Bodl. Col. 2486). 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 261 

Juif faire passer en arabe des écrits latins. D'après M. Stein- 
schneider, en effet, ce serait un Juif sicilien qui aurait traduit en 
arabe l' Antidotarium de Nicolaus Praepositus. 1 . Toutefois nous 
devons reconnaître que la version hébraïque semble plutôt don- 
ner à penser que cet écrivain arabe n'était pas juif, car nulle part 
elle ne porte trace de l'esprit juif, elle ne rapporte de légendes 
tirées d'ouvrages hébreux ; quand elle raconte l'histoire de l'en- 
trée d'Alexandre à Jérusalem, elle se sert des expressions « le prê- 
tre » « le chef des Juifs », sans citer les noms propres fournis par 
le Talmud, par Josèphe, ou par le Josiphon. 

Nous avons également dit que l'ouvrage arabe devait être une 
traduction de YHistoria de Prœliis. 

En effet la version de Samuel ibn Tibbon est entièrement con- 
forme à ce texte latin : elle n'a pas un récit de plus, pas un récit 
de moins et surtout elle suit scrupuleusement l'ordre des faits 
adopté par lui, et que nul autre texte latin ou grec ne présente. En- 
fin elle rapporte aussi la longue correspondance d'Alexandre et de 
Dindime,roi des Bragmanes. Or, ces lettres avaient d'abord formé 
une œuvre indépendante ; c est l'auteur de YHistoria de Prœliis ou 
de la version grecque traduite par l'archiprêtre Jean qui les a in- 
sérées dans son histoire. 

Comme on doit s'y attendre, la traduction d'Ibn Tibbon ne suit 
pas le texte latin d'aussi près que celle d'Immanuel, parce qu'elle 
n'en est que l'image réfléchie. La reproduction est exacte dans 
les lignes mais non dans la couleur. Pour démontrer notre as- 
sertion, c'est donc moins la comparaison des phrases que celle 
des faits qui nous sera utile. Mais citer même sommairement la 
multitude des détails qui constituent l'histoire légendaire d'A- 
lexandre -serait une besogne trop fastidieuse, nous demandons 
donc qu'on nous accorde confiance quand nous affirmons que 
cette conformité dans le récit est absolue. Néanmoins pour mon- 
trer la manière du traducteur, et les modifications que la ver- 
sion latine a subies en passant par le l'arabe nous donnerons 
quelques extraits de la version d'Ibn Tibbon, premièrement le 
passage parallèle à celui d'Immanuel qu'on trouvera à l'Appen- 
dice, secondement, comme ce dernier morceau se retrouve aussi 
dans le Josiphon et qu'on pourrait croire qu'Ibn Tibbon a reproduit 
seulement le texte de l'historien hébreu, un épisode quelconque 
qui ne se trouve pas dans celui-ci. 

L'œuvre de Samuel ibn Tibbon étant conforme à YHistoria de 
Prœliis, il neu résulte pas nécessairement que ce soit cette ver- 

1 Steinschneider. Donolo, Arçhiv û<- Virchow. XL, p. 95. 



262 REVUE DES ETUDES JUIVKS 

sion latine qui a été traduite par l'écrivain arabe, il se pourrait 
que celui-ci eût utilisé la même histoire grecque que l'archiprêtre 
Jean. A priori on serait plutôt disposé à admettre cette dernière 
supposition, car les Arabes étaient plus familiarisés avec le grec 
qu'avec le latin. Il nous faut donc voir si le ms. hébreu peut nous 
offrir quelque indice qui éclaire ce point douteux. 

Il présente certaines variantes avec YHisloria de Prœliis qui 
sont caractéristiques à cet égard. Dans la description du dieu 
Amon, l'hébreu dit qu'il a des cornes de bœuf et une barbe de 
chien. L'Historia de Prœliis dit : des cornes de taureau et une 
barbe ornée de poils blancs, barbam canis ornatam. On voit 
immédiatement d'où provient cette divergence : canis peut être le 
génitif de canis « chien » et l'ablatif pluriel de canus « poil blanc ». 
Le traducteur arabe aura choisi le premier sens. C'est là un 
contre-sens qui ne peut s'expliquer que par le latin. 

Plus loin, le latin dit qu'il fut annoncé à Philippe que l'Arménie 
s'était révoltée contre lui : Intérim nunciatam est Philippo régi 
quod levasset arma contra eum Armenia provincia que erat 
subdita illi. » L'hébreu dit : « Il fut annoncé à Philippe : Voici 
s'est révolté contre toi le pays d'Almania et la Provence, et tout 
le pays de l'ouest qui t'est soumis. » Peut-être est-il permis de 
conjecturer que les mots Armenia provincia ont été décomposés 
et sont ainsi devenus deux pays, l'Almania et la Provence. 

Toutefois, ces deux preuves ne seraient pas suffisantes dans une 
des hypothèses que nous discutons plus loin. Mais en voici qui 
nous paraissent irréfutables. 

L'Hellespont est traduit ^by pont de Pèles. » Si l'écrivain arabe 
avait compris le grec, il n'aurait pas commis cette faute naïve. 

Les divinités ont des noms latins : Minerva, Mars ; en grec, on 
eût dit : Athena et Ares. Peut-être certains mots ont-ils même con- 
servé la trace des cas latins : odente tyranno est transcrit i&nrûïm&t 
[Odentiran) ; mense julio et mense angusto sont traduits par 
vbv iznn et *»nTON tt^rt {julio et agusto). Enfin, certains noms 
propres sont calqués sur le latin et ne peuvent pas dériver du 
grec ; ce sont les mots qui ont en grec un cappa et en latin un c. 
Le c, placé devant un i ou un <?, se lisait, au moyen âge, comme 
une sifflante, valeur que n'a jamais eue le cappa, prononcé tou- 
jours comme un h. Or, l'hébreu, qui certainement a reproduit 
exactement les lettres arabes, met un s dans les noms propres qui 
ont ce c : Cilicia, N^bo (Silisia), Cappadocia, fcTDnbsp (Capalosia), 
etc. Cette réunion d'indices de différentes natures, montre nette- 
ment que la version arabe a été faite sur un texte latin. 



LES TRADUCTIONS MËBKA1QUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE *\:\ 

Les deux premières preuves que nous avons citées soulèvent un 
problème. Cettre traduction du mot canis par « chien » et ce nom 
de Provence se trouvent également dans le Josiphon. 

De plus, la version de Samuel ibn Tibbon présente certaines 
particularités qui ne se retrouvent dans aucune des versions du 
de Prœliis que nous avons eues à notre disposition, mais qu'on lit 
dans le Josiphon. Lysias s'appelle, dans le Samuel et Josiphon, Sa- 
li (jus; Pausanias, Josnls. Dans les deux versions hébraïques, Pau- 
sanias assiège la ville de Stq^Uûm (Angevinia) ; cet épisode manque 
dans tous les textes latins. Il en est de même pour le récit suivant : 
Philippe voit l'armée de Pausanias et revient en Macédoine ; Pau- 
sanias le poursuit, l'atteint, le frappe mortellement à la tête, entre 
dans son palais pour s'emparer de la reine; il ne la trouve pas, 
car elle s'est réfugiée dans une citadelle. Alexandre arrive, Pausa- 
nias court à sa rencontre, Alexandre l'atteint de son épée à la tête 
et le met à mort. 

Il en faudrait conclure que Samuel ibn Tibbon aurait eu à côté 
de la version arabe l'histoire du Josiphon et qu'en certains endroits 
il aurait abandonné sa traduction pour copier l'hébreu. Cette hy- 
pothèse nous paraît difficile à admettre, car si Samuel avait utilisé 
la version hébraïque, on ne comprendrait pas pourquoi il se serait 
borné à ces seuls passages et n'aurait rien pris, lui Juif, des 
récits d'origine juive que le Josiphon introduit dans son histoire; 
on ne comprendrait pas comment, racontant l'épisode de l'entrée 
d'Alexandre à Jérusalem, il se fût contenté de dire vaguement « le 
prêtre », « le chef des Juifs » sans mettre le nom propre fourni 
par l'auteur hébreu. 

Enfin, si réellement Samuel avait fait un emprunt à l'hébreu, il 
nous semble qu'il aurait simplement reproduit les phrases hé- 
braïques ; au contraire, dans le récit de l'attaque de Pausanias, les 
expressions et la phrase de Samuel sont toujours différentes de 
celles du Josiphon. 

On peut donc supposer sans témérité que, si en certains points 
les deux versions hébraïques offrent des ressemblances, c'est que 
toutes deux elles représentent un texte de YHistoria de Prœliis 
différent de ceux que nous connaissons. Les divers groupes mss. 
de la version de Jean se distinguent les uns des autres par des 
variantes bien plus importantes que celles-là. 

Quant à la faute occasionnée par le mot canis, on s'explique 
fort bien que deux auteurs, sans se concerter, l'aient faite, car le 
dieu Amon vient d'Atre dépeint avec des cornes de bœuf, il peut 
donc avoir aussi la barbe d'un autre animal. 



264 REVUK DES ETUDES JUIVES 

Samuel ibn Tibbon avait devant lui un texte arabe écrit en ca- 
ractères dépourvus de points diacritiques 1 . Aussi a-t-il commis 
beaucoup d'erreurs dans l'orthographe des noms propres. La même 
ettre indiquant 1% Yn, le t et le b au milieu et au commencement 
du mot, Ypotamus est devenu oittrrnM* (Anbotamus) ; Perdicas 
«■jpa'TD (Berdancus) ; Callisthènes tti&onD^p (Calistios) ; Duritus 
wrn (Durius) ; Talisarida innova (Balistor). Le q et Vf ayant la 
même forme Cassander est remplacé par ■■fiûKOB (Fasander) ; 
Splencus par DiDii>pON (Esclopos). Quelquefois même le q étant 
confondu avec Vf, cette lettre a été prise par le traducteur juif pour 
le fa conjonctif et a disparu Clitomecus Dip^it^b (Litomecus). 
Lï et Ys se ressemblant, Capadocia s'est changé en Capalosia, 
Nostadis en Nostalis. 

Il va sans dire que les noms qui ont un p dur en latin ont été 
reproduits par un b en arabe et de là en hébreu : Apollon, Abolon ; 
Parmenion, Barménion ; Pamphilia, Banfilia; Amepolis, Anbo- 
los ; Perdicas, Berdancus, etc. 

Le ms. latin qui a dû servir au traducteur arabe était, à peu de 
choses près, identique au ms. 8503 de la bibliothèque nationale. 
Néanmoins, l'identité n'est pas absolue, car, par exemple, le ms. 
8503 abrège beaucoup les lettres d'Alexandre et de Dindime que 
l'hébreu donne en entier. 

Les variantes de la version hébraïque avec les textes latins sont 
très nombreuses, mais elles ne portent que sur des points de détail. 
C'est, par exemple, la course dans l'arène remplacée par le jeu 
du zoulgan, divertissement oriental. Tantôt ces variantes offrent 
une leçon préférable à celle du texte latin. Alexandre, dit l'hébreu, 
voulait détruire Athènes, le philosophe Anismas-, son maître, se 
rendit à la porte de la ville en pleurant. Alexandre lui demanda : 
« Où mon maître va-t-il? » — Je demande à mon Seigneur le roi 
de faire passer ses armées par un autre chemin pour qu'ils ne se 
tiennent pas entre moi et le soleil auquel je me chauffe. Alexandre 
comprit qu'il voulait dire de laisser la ville, il s'emporta et jura : 
« Par l'Eternel, le Dieu du ciel, je ne ferai rien de ce que tu me 
demandes ! » — Eh bien ! par grâce, combats contre Athènes et 
n'en aie pas pitié, tue hommes, femmes, tous ceux qui. s'y trou- 
vent. » Alexandre fut un peu étonné et interdit, puis il ouvrit la 



' Ou un exemplaire où les caractères arabes auraient été remplacés par des carac- 
tères hébraïques, ce qui est bien peu probable. En tout cas, il est certain que l'au- 
teur arabe a écrit en caractères arabes ; ce qui est une preuve de plus que l'auteur 
arabe n'était pas juif, car le plus souvent les Juifs qui écrivaient en arabe se servaient 
des caractères hébreux. 

2 Anaximène. 



u:s rRÀDUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 265 

bouche et dit : « Ah ! qu'ils ont eu raison les anciens qui ont sou- 
tenu qu'il ne faut pas discuter avec son martre. » 

Le latin dit : « Eloigne-moi de ce lieu pour que le soleil me 
chauffe en ma vieillesse l . » 

Quelquefois ces variantes ne paraissent pas avoir de sérieuses 
raisons. 

Sërapis, dans la version de Samuel ibn Tibbon, apparaît à 
Alexandre et lui dit : « Peux-tu déplacer cette montagne et la 
porter sur ton épaule? — Je n'en ai pas la force, dit Alexandre, 
sinon je le ferai. » Le dieu réplique : « De même que personne ne 
peut le faire, de même personne ne peut changer mon nom. » 
Le latin dit bien mieux : « De même que cette montagne ne chan- 
gera pas de place, ainsi ton nom et ta destinée ne peuvent être 
changés. » 

La version de Samuel ibn Tibbon est, d'après nous, l'histoire 
juive d'Alexandre la plus intéressante, parce que l'original dont 
elle dérive a une certaine antiquité et qu'elle est devenue, par ses 
transformations, une œuvre relativement nouvelle. Le futur édi- 
teur de VHistoria de Prœliis devra l'utiliser. 

Cette longue et fastidieuse étude peut avoir une utilité, c'est de 
montrer, par son insuffisance et ses obscurités, combien une 
édition correcte de ces deux versions commentées par la compa- 
raison des textes latins serait bien préférable. Nous espérons 
pouvoir bientôt mener à bonne fin cette publication . 

Israël Lévi. 



1 Voici le texte de VHistoria de Prœliis (8503) : « Et amoto exercitu venit Athe- 
nas Anaxiens orator didascalus etate jam grandevus exiens de Athenis civitatibus (!) 
et sedebat ante portam cum iletu expectans Alexandri prescriciam (?) et veniens 
Alexander vidit illum ante portam civitatis sedere et dixit illi ; Quid vis, magister ; 
ut i'aciam tibi ? Et ille respondit : Fili, volo ut recédas de hoc loce ut calefaciat me sol 
in senectute mea. Quo audito Alexander intellexit quod de urbe postulaturus erat. 
Alexander dixit : Per supernam providendam quod mihi dicere velis non i'aciam. 
Ad hoc philosophus : per supernam et excelsam providenciam per quas michi ju- 
rasti, dirue a fundamentis hanc urbem. Alexander mirans hoc audiens dixit : Quan- 
documque sciât discipulus semper vincit eum magister ejus. » 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



APPENDICE 



l version hébraïque dimmanuel b. jacob. 



DiD^bD "jbtoïi rmîia Wi ndift ^nbd N-aïiptod id^a&w ta ntta>"n 
frayai r?D^ rrmina *ï , pi ndb^n m&nb ^b^n bd^rid iwfbw ba^i ibTia 
!-rdb7ari ba aip'rrn ,piï3nrï p idb tpoa raa^an na i^sa rrpt>n ïTirt-n 
ir-ia-na rima anpb lawi rrab^rr 'p-nû-p "h -ittîn rnnriw oi^Vià 
bN lô^taw irn^i du:i Na TO} fcanca^m p-ia rba i»sm ridbttn prn 
n^ioi ib^béo p-n , a-n^fc rm^n itiNni ndb^rr îribKttm rîdbttïi 
ta'ndaN du: u:-> tûn d-n^to» ^n ^d wï-l d^ni ma-n ri^a *na*i riab^ 
ta'nfcifin r-rnn&arr ûwti mai* bip d^d^n r-nteibn d^ims d^ttdn 
np»m i^d 3>tp -vd&o d^">aa>n -ib^tt ddm ^pd "Wi d^bian p mbtorr 
■»!rpi ,bm piam frabttfT ^asa tb^msw Bar ^m^N -itûa bd ba> •pdtti 
natiJfi ï-r^d -pba ittNm rrb» id^arr ^a rrm&na'i nai na ndbttn sn^œa 
D^nbwn 1*3 d^a d^ttN *aN "îdiT "îfcN'n îD^a&o i^-»i ; ^ba> 'jtFarrb ^1212 
■W jûtd^» rrdbTan *56a craE wrr ^uïn *bN -nttN d^fib^n *a 
aman r]dda r-nam?» maria r-nmb np^ma «STn nb^rt d^siri -naia 
r-nbtta -m* taarr:: d-'pipn -nii i"na&nrt b&* t-rm rndbo drrd ta* ntaN 
^riN na^n nnd p nnai , rfT»rn uîtttaï-i ^ta^ai rrpri *i«* d^ata ■wai 
T>aa r-na^ft *adN ^du:n d^ioa tarddid ruta» natttt rcrm ira (sic) 
dN pia n»Nm dïirr ni^ben oi&TEnbiN mana *m ,ndb *ddid nrata 
nica ï-hudïti taT*rn riatan *:> tien ^a&nnu: 1112 bd i^aNNO »pwi 
r-tdttbîaa a-narpi ï— r^n^aN^ na^ate snTataa "»ïm , dis^bs ^b^arr ^bia 
■fbfrfi r-inbin na>u3i dT»m nau:rT n^bN n^^i sp«3^am mrsaoamri 
yi^iiïb ^ais-i t=!M ndb^arr b^ n72N-«i mdNbtt n« itt^b^ria ti^i dns^bs 
^bTarr i^i ^a*3^ pt»ît' rt*3 ^bN nsn ndb?a!i n^«m «a ■'bNiu nriN ^d^i 
^a^'^^^i b^nn i» dis^bd ^b^n a*naa d^n^iN ti^ei!) "d dis^bD 
ton d-^dtd rrdbTa s-i^b» n^^i is^aïa^a p^ ,nnriN rr^N np^i (sic) 
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Nd^ ^d ittbm im7a"7 (sic) nv^lrt n^b« nasm d^a^n n^u33>'»*i «bc Nim 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 267 

HISTORIA DE PRJïLIIS 
d'après le ms. lat. nouv. acq. 174. 

Nectanebo autem ineognitus manebat in Macedoniam. Interea Phi- 
lippus rex Macedonum abiit in prelium, Nectanebo ascendens pa- 
latium ut videret reginam. Mox autem ut vidit pulchritudinem 
Olimpiadis, jaculavit cor eius et exarsit in concupiscenciam eius, 
attenditque manuin suam salutans eam ac dicens illi : Ave, regina 
Macedonum, dedignans ei dicere dominam. Ad hoc respondens 
Olimpiades dixit illi : Tu es magister, accède propius et sede. 
Sedente autem eo, interrogavit illum Olimpiades dicens : Verene est 
quod Egiptius sis ? Respondens illi Nectanebo dixit : regina, ver- 
bum pulcherrimum seu regale dixisti, quia Egiptium nominasti. 
Sunt enim Egiptii sapientes qui eciam somnia interpretantur, 
signa solvunt, volatilia intelligunt, sécréta cognoscunt atque mani- 
festant, fatum nascentium dicunt. Nam ego sagaci sensu subtilis- 
simo de his omnibus cognitus sum sicut propheta atque divinus. 
Hec autem cum dixisset aspexit eam sensu concupiscibili. Inten- 
dens ergo Olimpiades quia sic eam aspexisset, dixit illi : Magister, 
quod cogitasti me sic aspiciendo? Respondens illi Nectanebo dixit : 
Recordatus sum pulcherrima responsa deorum et enim responsum a 
proximis diis accepi ut debeam intueri reginam. Hec autem eo di- 
cente statim protulit de sinu suo mirificas tabulas erenas mixtas 
auro argentoque continentes in se circulos très. Primus quidem 
circulus continebat intelligencias duodecim. Secundus vero circulus 
habebat animalia xii. Tertius autem circulus habebat solem et lunam. 
Et post hec aperuit cantram eburneam et proferens ex ea septem 
splendidissima astra exploraticia horarum nativitate hominum et 
septem lapides scultos ad vii astra pertinentes qui sunt ad custo- 
diam hominum posita. Que cum vidisset Olimpiades dixit illi : 
Magister, si vis ut credam quod ostendis, die mihi annum, diem et 
horam nativitatis régis. Ad hec Nectanebo cepit computare per ma- 
thematicas artes et dicere annum et diem et horam nativitatis régis. 
Gumque hoc fecisset, dixit regine : Numque vis aliud aliquando 
audire ? Regina respondit : Volo ut dicas mihi quid débet fieri inter 
me et Philippum, quia dicunt mihi homines : Si reversus fuerit 
Philippus ex prelio, ejiciet me aliamque sibi accipiet uxorem. Gui 
Nectanebo dixit : Falsa sunt omnia hec verba, non veridica, sed 
tamen post aliquot annos fiet tibi in paucis diebus et iterum volens 
nolens habebit te Philippus uxorem. Ad hec regina dixit : Obsecro te, 
magister, ut dicas mihi omnem veritatem. Nectanebo respondit : 
Unus ex potentissimis diis concubet tecum et adiuvabit te. Regina 
dixit : Et quis est ille deus qui concubet mecum ? Nectanebo res- 
pondit : Ille est Amon potentissimus qui largitur divicias omnibus. 
Regina dixit : Obsecro te, magister, ut dicas mihi quam figuram ha- 



268 REVUE DES ETUDES JUIVES 

IpT (sic) isirwi mm (sic) wta n^an ïb^bm ï**i (sic) ^ma^i 'j'iai 
in&nn tanbrm *pb napn bïtft* wp ib im drrcn ailn ■»*»»« d^fca 
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ib^bm îT3&b (sic) ana'n (sic) ib^béo sraBb «flrciîib mxm rrriBEE 

t=N nfcfim ib^bm 5^1 nn^n dnbna iidn ba -ib iDO.ni rb« i»Nm 

■p^ i? ntt&«i airt *pi itven w naiM ^eoa ^ba^iia anptt ^b *jnn 

i»«m rtsbjott $*m / tna m^na -p nnto "pan n-ma fnba ttt *pbN ana^ 

moab baiN ht dan ba^ï-ia Tija^m aoan y*i£nn noa* r« nnn*i a^rs 

dïptt i^ba* inr t©n rmas» ba nab^n îTîatm , a&tt ^b irnn n!o«a 

, îiabtoîi natt b^c* nna* inafa ai» isnm ïtnaïaia -nna 



TRADUCTION DE LA VERSION D'IMMANUEL B. JACOB. 

Natinipho demeura en Macédoine, inconnu. Comme le roi Philippe 
était à son armée, Natinipho monta dans le palais du roi pour voir 
la reine. En la voyant belle, gracieuse et resplendissante, son âme 
la convoita et bientôt son cœur brûla de désir. Il s'approcha de la 
reine 01ipiades,-se prosterna et dit : Que Dieu te secoure, reine ! — 
Il ne voulait pas l'appeler sa maîtresse. — La reine lui répondit : In- 
dustrieux et magicien, approche et assieds toi. Natinipho s'approcha 
de la reine. La reine lui demanda : Es-tu d'Egypte ? Il répondit : 
Oui, je suis d'Egypte, où il y a des hommes sages qui expliquent les 
songes, comprennent la voix des oiseaux, savent les choses sacrées, 
disent le destin de ceux qui naissent, et moi je suis versé et sage 
en ces matières, j'ai la science d'un prophète et comprends tout ce 
que j'ai dit l . Natinipho regardait le visage de la reine avec un grand 
désir. La reine entendant ses paroles et voyant qu'il la dévisageait, 
lui dit : Que penses-tu de moi en me dévisageant? Natinipho ré- 
pondit : Je me souviens des douces paroles des dieux ; car les dieux 
m'ont dit que je contemplerai le visage de la reine Olipiades. Et en 
lui disant ces paroles, il sortit de son sein des tables d'airain mêlées 
d'argent et d'or portant des cercles. Sur la première étaient gravées 
douze étoiles ; sur la deuxième, dix animaux ; sur la troisième, le 

1 Immanuel s'est mépris sur les mots que cum diccisset. 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 269 
bel ille deus. Nectanebo respondil : Neque juvenis est ncque vetulus 
sed medietate consistil uabens in fronte cornua arietina et barbam 
canam (canis] ' ornatam quia in somnio videbis cuin et in ipso som- 
me concubet tecum. Regina dîxit : Si hoc ego videro non quomodo 
propbetam aut divinum sed sicu! deum adorabo te. Statimque 
Nectanebo valedicens regine et descendens de palatio exiensque 
foras civitatem in desertum locum atque evellens erbas tricturans 
eas et tollens succos illarum fecitque incantationes per diabolica 
figmenta ut videret Olimpiades eadem nocte in somnis deum Amo- 
nem concubentem secum dicentemque sibi post concubitum: Mulier, 
concepisti defensorem tuum. Manc autem facto cum surrexisset 
Olimpiades a somno fecit venire Nectanebo ad se et narravit illi 
somnium quod viderat. At ille dixit ei : Scio quod dicis, sed si locum 
dederis mini in palatio tuo veraciter ostendam tibi illum deum quia 
aliud est somnium aliud veritas. Nam iste deus in figura draconis 
veniet ad te et postea commutetur in bumanam formam. Ad bec 
respondit Olimpiades dicens : Benedixisti, magister, recipe cubi- 
culum iu palatio et si hoc veraciter probare potueris habebo te quasi 
oatrem pueri. Et hec dicens jussit ei dari cubiculum in palatio. 



VERSION DE SAMUEL IBN TIBBON. 

Nectanébor demeurait en Macédoine honoré au milieu du peuple et 
l'on ne savait ni qui ni d'où il était. Or au temps où les rois sortent 
pour combattre ensemble, Philippe roi de Macédoine partit à l'armée 
pour combattre avec un autre roi. Nectanébor monta dans le palais 
du roi pour rendre visite à la reine nommée Alnabrious 2 . Lorsqu'il 
la vit, elle lui plut, il brûla d'amour pour elle, il s'inclina et se pros- 
terna devant elle, il lui baisa la main et lui dit : Que Dieu t'aide, 
reine de Macédoine. Elle lui répondit : Que Dieu soit avec toi, vail- 
lant, intelligent et sage, approche-toi et assieds-toi ici. Il s'approcha 
et s'assit. Elle tourna la face de son côté et lui dit : J 'ai appris la puis- 
sance de ta science, et il est vrai que tu es un Egyptien. Il lui dit : 
Tu m'as fait un très grand honneur en m'appelant Egyptien, ne 
sont-ce pas les Egyptiens qui sont connus dans toutes les branches 
de la sagesse, qui sont habiles dans toute science, et si je n'en suis 
pas, j'ai le même cœur queux, je ne leur suis pas inférieur en 
science. En lui disant ces mots, il ne détournait pas ses yeux d'elle, 
elle lui dit : Pourquoi me regardes-tu ainsi ? Il répondit : Ton visage 
me rappelle ce que m'ont dit les idoles de mes dieux qu'un jour je 
devrais me lier à une grande reine et la servir ; or mon cœur est sûr 
et certain que tu es cette reine. Il sortit de dessous ses vêtements 
une tablette en pierre de schoham avec une bordure d'or enchâssée 

* Dans les mss. 8501 et 8503 : canis. 
2 L'y est sans doute mis pour un d. 



27(1 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

soleil et la lune. Ensuite il ouvrit une cassette d'ivoire et en sortit 
sept étoiles brillantes et sept pierres sculptées répondant aux sept 
planètes. A la vue de ces merveilles, Olipiades dit : Savant, si tu veux 
que je croie tout ce que tu me feras voir, dis-moi Tannée, le jour et 
l'heure de la naissance du roi Philippe. Natinipho ayant entendu ces 
mots calcula d'après la méthode de l'astrologie et de la magie et lui dit 
Tannée, le jour et l'heure de la naissance du roi Philippe. Après avoir 
terminé son travail, il dit à la reine : Si tu veux apprendre autre 
chose de moi, demande-moi le. La reine lui dit : Annonce-moi ce qu'il 
arrivera à moi et au roi Philippe, car j'ai entendu qu'à son retour de 
l'armée le roi Philippe me répudiera et prendra une autre femme. 
Natinipho lui répondit : Ce sont des mensonges et non des vérités ; 
niais ce sera à la fin d'années, et pour peu de jours, et finalement il 
te prendra pour femme comme auparavant. La reine lui dit : Sage, je 
t'en prie, dis-moi la vérité. Natinipho lui répondit : Un des dieux cou- 
chera avec toi. Elle lui dit : Quel est le dieu qui couchera avec moi ? 
Natinipho répondit : Son nom est Amon, le grand ; il est beau, ad- 
mirable, il enrichit les hommes. Elle lui dit : Fais-moi connaître son 
portrait et sa forme, pour que si ta parole se réalise, nous t'hono- 
rions. Natinipho répondit : Il n'est ni jeune ni vieux, mais il est du 
milieu en années ; il a des cornes de diable, une barbe blanche. Tu le 
verras en songe, et dans ce songe, il couchera avec toi. La reine lui 
dit : Si la chose est vraie, ce n'est pas comme un prophète ou un 
voyant que je te prierai, mais comme un Dieu. 

Portrait de Natinipho faisant de la sorcellerie devant la reine. 

Natinipho sortit de devant la reine et lui dit : Demeure en paix. Il 
alla hors de la ville vers un endroit désert ; il prit de l'herbe, la tri- 
tura, fit de la sorcellerie et de la magie pour que la reine Olipiades vît 
en songe ce qu'il lui avait raconté. La nuit, la reine vit le dieu Amon 
couchant avec elle. En couchant avec elle, il dit : Ma maîtresse, la 
reine, tu as enfanté d'un dieu qui te sauvera. Elle se réveilla de son 
sommeil et se réjouit beaucoup. A l'aube du matin, elle se leva de son 
lit et ordonna de faire venir devant elle Natinipho. Natinipho vint 
devant elle. Elle lui raconta tout ce qu'elle avait vu en songe. Natini- 
pho répondit : Si tu me donnes un endroit dans ton palais, je te 
montrerai une chose plus vraie ; et voici la vérité : maintenant ce 
dieu viendra sous la forme d'un dragon et ensuite il se montrera 
sous la forme d'un homme. La reine répondit : Tu as bien dit ; 
quand tu voudras, tu viendras et resteras dans le palais, si je peux 
éprouver cela en vérité, tu seras pour moi un père. La reine ordonna 
à ses serviteurs de lui donner un endroit dans sa chambre à coucher. 
On lui dressa là un lit à côté de celui de la reine. Le soir, Natinipho 
commença à faire des incantations par l'œuvre des Satans, il se 
transforma et fut changé en dragon. Il alla vers le lit de la reine. 



LES TRADUCTIONS HÉBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 271 

de pierres précieuses. Sur la pierre il y avait trois sphères (cercles) ; 
sur la première l'image des douze étoiles, sur la deuxième des 
planètes, sur la troisième de nombreuses règles de la science de 
l'astrologie [Ici une lacune). Elle lui dit : Que grande est la science et 
l'intelligence que Dieu t'a donnée, mais si tu me déclares l'heure 
et le moment où est né le roi, je saurai qu'il n'y a pas d'homme in- 
telligent et sage comme toi. Il fit des sorcelleries et des incantations 
et lui déclara le temps, l'heure et le moment où était né le roi Phi- 
lippe. Il lui dit : De même que je t'ai annoncé cela, ainsi puis-je te 
dire tout ce que tu me demanderas. Réfléchis et consulte-moi. Elle 
lui demanda : J'ai entendu que le roi Philippe a le dessein de me 
chasser de son palais royal à son retour de la guerre où il est allé. Il 
lui répondit : C'est faux ce qu'on ta dit là, car ce ne sera pas main- 
tenant, mais il se passera de longs jours, puis le roi te répudiera et 
se séparera de toi, mais pour peu de jours, ensuite il te reviendra 
contre son gré. Elle lui demanda de lui expliquer la chose et de lui 
servir d'aide et de conseil en cette affaire. Il lui dit : Voilà, il y a 
parmi les dieux, un dieu grand qui t'a choisi, qui t'aime extrême- 
ment et désire s'unir à toi ; c'est lui qui te secourera dans tout ce 
que tu lui demanderas, et tout ce que ton âme dira, il le fera pour 
toi. Elle lui dit ; Quel est ce dieu, son nom et son portrait pour que, 
s'il vient, je l'honore et lui obéisse? Il lui dit : Le nom du dieu qui 
t'a choisi est Amon le puissant et il s'appelle puissant parce qu'il 
a le pouvoir et la force de donner force et d'augmenter le courage de 
ceux qui espèrent en lui. Elle lui dit : Quel est son portrait, pour 
que je le reconnaisse quand il viendra? Il lui dit : Son portrait est 
celui d'un homme moyen, ni vieux, ni jeune, il a sur le front deux 
cornes, comme celles d'un bœuf, et la barbe comme celle d'un chien. 
C'est dans un rêve de la nuit qu'il viendra vers toi pour te prier de 
coucher avec toi. La reine lui répondit : Si la chose est vraie, à 
partir de ce jour je ne te considérerai que comme un prophète ou un 
ange. Il sortit de devant elle et alla dans le désert où il savait trou- 
ver des herbes et des simples nécessaires pour la sorcellerie. Il en fit 
avec sa science de la sorcellerie de quoi faire voir à la reine dans son 
songe tout ce qu'il lui avait dit. 

Le matin elle le fit appeler et il vint auprès d'elle. Elle lui dit : 
Voici, j'ai vu dans mon rêve tout ce que tu m'as dit: l'ange est venu, 
il m'a dit : je te délègue un homme qui fera tout ce que tu diras. Il 
lui dit : J'ai entendu ton songe, mais viens dans ta chambre et j'y 
choisirai un endroit où je te ferai connaître le récit de ton rêve et 
sa récompense, car je sais que ce dieu se fera encore voir à toi sous 
la forme d'un grand dragon, puis il se changera en homme de ma 
ressemblance, et si je suis retiré dans ce poste, je te conseillerai 
comment tu devras te conduire avec lui et ce que tu devras faire, 
sinon je ne pourrai pas taider en cela. Elle lui dit : Tu l'as dit, viens 
dans ma chambre, fais ce qu'il te plaît et si la chose arrive, je te 
donnerai comme père à l'enfant qui naîtra, car c'est par ton entre- 



REVUE DES ETUDES JCIVES 



MANUSCRIT 671 DE PARIS. 



dbib iddn dw ntt3N l'wpiz ?di TttoabN de ^d na^fca dia wm 
mtnVi ossnb d^sn T^n ^d ■ntttfn bip iwt^i n-nsn nara n* idb*n 
o-maa-ba* ?wn anna ims' 1 dim» ba aa» dia* da-W 1 uni ûïwhk 
im ■"[msnb ndd*« ten dwpttn un ^ ib i-ittÉn un ■*» bwm dbip 
dw^pttn -pba* iNid^i rtEattM br na*wnb;i na»i5a ba na^a watinb 
dn^brto EPWDnb aim di-nana -iiasa-ba '■ja'n p^an ^baa TO&b ttfctf'n 
ttDWïfi irwïttn b? nbra-n îmîa "nna na^i •hd*7Tp abœ ad MB*n piaan 
n^tti ^a-aa dr-^TûS nnb? dn^bN iidiai 'pas br bnbna'n dnb ynn iwN 

"pHN Wb* bVJ5*T i» M ID^Ylîl bl*Wh ^bttn 'tt'W'WC fc«N nb ■nttfcm 

*-nan«n b^ b^bwiîq tït -iien d^Nn bd nN "pruwi this nan ba^n 
nN îbrrn bNaa p-dd^b^ biûttnb dd^ra inar.Ni l^p» rnabtt nm H3BK1 
rasb in^raTi T-iaaabN nm abnna Na ^a dip^r id d^br '■pbftnb r»3B 
jnfc'nn nps>ï b*m imiîtf ^aton na niBtfb nnpb imam bîrb* ina^bw 
il"i br d^pi^ji ib d^nid dJ>n ^noi i^ddba b« dbia ntintt'n ^dda 
nfc&n biia. bipd Nnp^i didibpaa itttJi lïipttto nriN ipî itti? !TH i^b-*-i 
ï— i-^r-f im ddndttb ndina iaran na-'w iftnsnn nd^N 'pp*: d? ddb -net 
-id^ T£tf bi^îi ^bttn •ywosbaa naiia fntan aa-mia aid^d nnn ddb 
-nasdba ©m nacpm mbb»Èn bd br jnbffitttt n:nbam mabttftii bd b;* 
pN dttii nnutt ndd ^d irnabfra 1»$ *naïn b^ -flafim in^To b^ "n^d *p 
ta^ltti^n bd idd^T , TOiEûbiu dnn^i rtmsbtt nnd^ ^n ^ip^ b-J riddN 
"j^TTa b3>?3 .^1^ tpm n^OdbN lîdT^n ^n th^n^i pnaa iNnp^n d^d 
. ^nnw Vj^n ira n72 ^d ^^^ m^an nsiron ^n" 1 ^ ^Ndir ^Ȕti 



MANUSCRIT DE LONDRES. 

om^iddb^ dmandi pvi ^bdd vseb T7»y^i d^iYpion bd vît* imv 
îbtDTd-'i nmfc nriN ndn r^in^ ^nbdb dd l^nn^ piïDdî-r ^bd dEa^dîib m» 
^^73^1 ^ddd ip^^i dîT^b^ nnd^d-i ^d3 b^ dibn^i "jd^TDd rnm'-mîi b^ 
ïiDSi dn^ii ^ntiN irbr bi^Tû^ ^ i3^*nn is^ttn n;n ih 1173^1 
fbîanb d^i^nrt b^iMan ^nndoi ^»nïi n^dïi br nh» bite^ ?» Tidns» 
ïhn dd^b^ id^b^n N^^pîa ■'izjsn dnNi Tidbfttti ^nbusîa» dîib ^npbm 
toîr»^ *7^b72ïib V3& ibn^i odniE3>d d^^ t^n ïhnt tas^va n»^M 
rtiafi di-pb:> lîn^b»^ v^db im^^i *iaf»i ddind "jpT îr^r; ^d bipin^d 
dbd mnwi nn^dn ^Tonii np^it bsm in^N ^«aion mn« n^Nb nnpb 
n^n TvdN^ b^i in* 1 br ^p^iai ib ûvms d^n ^noi din^ddbN bN in^ 

bTl3 bipd N-ip^l DdbpDwN 173U51 N^nn P.*3 N^llptt ^3N72 IHwN pï *VW 

^ ddnbrt72b ndinx iN^^n nd\Ni i^man nd\s N^ai^p» D3> ddb "na 



LES TRADUCTIONS HEBRAÏQUES HE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 273 

mise que j'aurai ce fils. Alors la reine ordonna de lui préparer un en- 
droit dans sa chambre à coucher, pour qu'il passât la nuit avec elle. 



TRADUCTION. 



[Le bruit se répandit dans la ville qu'Alexandre était mort 1 . Tous 
les Macédoniens montèrent à cheval et vinrent à la porte du palais, 
ils crièrent et dirent qu'ils désiraient entrer et voir leur maître, que 
si quelqu'un les empêchait d'arriver auprès de leur maître, ils le 
frapperaient de l'épée. Alexandre entendit leurs cris et demanda qui 
ils étaient. On lui répondit : Ce sont les Macédoniens qui se sont 
réunis pour te voir. Il se fit transporter sur son lit dans sa demeure 
et dresser sur le lit] -. Les Macédoniens entrèrent et se tinrent de- 
vant lui avec leurs armes. Alexandre [pleura] 3 en les voyant, et leur 
ordonna de se dépouiller de leurs armes. Il les supplia de ne rien 
changer après sa mort et de dominer sur les provinces comme il 
l'avait décidé et de les gouverner au mieux. Pendant qu'il leur par- 
lait, ils faisaient entendre des plaintes et des pleurs pleins de lar- 
mes. Ils lui disaient : Ah, notre Seigneur, grand roi, apprends-nous 
qui régnera sur nous après toi. Il leur répondit : J'ai énuméré tous 
ceux qui régneront sur les provinces, mais j'ai omis de parler du 
royaume de Macédoine car je vous le laisse pour que vous fassiez 
régner sur vous le fils de Tobel 4 . Ils le prièrent de leur donner pour 
roi Bardacum 5 qui était venu au milieu d'eux 6 . Alexandre le fit 
venir devant lui, le nomma leur roi et lui ordonna de prendre pour 
épouse Rosnan 7 sa femme. La foule poussa des cris en pleurant 8 , 
ils se prosternèrent devant Alexandre ; les chefs du peuple s'incli- 
naient et baisaient sa main. Au-dessus de lui se tenait un vieillard 
macédonien nommé Eskelopos 9 , il cria à haute voix en s'adressant 
à eux : Macédoniens, comment vous consolez-vous et comment trou- 

1 Nous appelons P le ms. de Paris, L celui de Londres. 

2 Manque dans L. 

3 Manque dans L. 

4 Dans L : « J*ai exposé qui régnerait après moi, dans l'ordre convenable, j'ai 
énuméré les hommes dignes de régner, je leur ai partagé mon empire et ma puis- 
sance, et vous. Macédoniens, faites régner sur vous qui vous plaira et agréera à votre 
pensée ». Le nom de fils de Tobel est dans Isaïe VII, 6 on ne sait qui il désigne ; 
le traducteur se sera emparé de cette expression pour rendre « n'importe qui ». En 
tout cas, la variante de L ne laisse aucun doute sur le sens. 

5 Bardacus dans L. Le mem final et le samech se confondent très facilement. 

6 Qui était un vieillard au milieu d'eux, dans L. Le texte primitif était peut-être 
a'^S N3. P a supprimé le second mot, L a traduit l'expression. 

7 L. La sœur de Rosnan. 

8 L. Les cris de la foule arrivèrent au palais. 

9 Ce mot correspond au latin Splelencus ou Splencus. La version hébraïque ayant 
été faite sur l'arabe, le fa a été pris pour un kof, le fo/pour un fa, parce que ces 
deux lettres dépourvues de points diacritiques sont semblables. 

T. III. 18 



274 REVUE DES ETUDES JUIVES 

~b 133 omiOdbNn misa inmfcn dd^n^N ©nenbiB nnnd^b mr; 
b* vrn -p o-n^odbN «3B5 ^ifcprn ynNï-i rvûtw b^ nsa nttN b"tt#ï 
arwpfc mdb» b* "pN msbttfcfi ino bs* i-D3H Nb dittN n^N^i insro 
ï-D'W i^N'n y-ias iNnp^ dia d^TttWi bd îMn nb ^b^ oe* rid^N 
isnfcn i33na ïbi "pm«a» yiftïi THYM b^E ^t spm omaosba "îawri 

. i3b aita Nbti n;bd 'pa* 



"•5-a imaa «bas ûnanm onb Nm:n d-p» riNntt iwwa nmm Nd"n 
^i d^am d^poi b"n»^i d^n-Dn d^n ^n bd d^bdiN dm d*7N 
br tnianb -nbn wn , m»a dn d^bdiN ^n îimap* Nb d*iN dm m» 11 
m&i d^-ira dtto Tûbw ^biN iïïn **d naab u$ p "nriN ^bw dnn T 
ta^itt w ys yss yns îrçp ^ nWï "pan yj ù^biû'n dmbdb bd-iN 
bN dDOfcoi ïiam n:>pd ûïww yamd wîi duîi ydanp-is iriNfr do 
\nbnb fibNïi d"ni»Ntt nN Ni n^D ^"■ | n d -îEfim d^bNï-i bN bbem rrdnn 
Nbi ïiT3 ï-îî D'nhfi ipSTn nb nruni nbipa i w i swvi y-iNï-; irrwrt 
bna idn^i nisddbN "fbttSn ^ n tntt&ta n' s naPE ^n tiwa "inu^ 
^bw^i «ï^tta lae» ttta&iBrn Nbn on ■rçsa "îdn-p Nb \?xb mnrm ms-.sn 
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'-i^DdbN wja&te Nirrrr dipttb i^p^n N2 y«n Nm yN d^-n^d dn rrNb'm 

.mu dmh n^ 

HISTORIA DE PRJELI1S. 

Et deambulans ultra Sithiam in partibus Orientis invenit genlem 
immundam et aspectu orribilem contaminatam omnem magicis ar- 
tibus et pravis operibus que comedebant omnia abhominabilia et 
omnium bestiarum et iumentorum et pecorum seu omnium vola- 
tilium reptiliumque carnes. Non solum autem hec, sed abortiva osa 
et infortunitates conceptorum que in alvo concepte matris necdum 
perfecte coagulate. Homines autem mortuos non sepeliunt sed ma- 
gis comedunt illos. Videns autem illos (!) Alexander omnia hec im- 
munda et nephanda ab eis fieri, timens nequando egrederentur per 
orbem terrarum et contaminaretur mundus ab eis, statim precepit 
congregari eos omnes cum uxoribus et fîliis et adduxit eos in par- 
tibus aquilonis. Tune continuo deprecatus est deum Alexander im- 
pensius exaudivitque ejus deprecationes et precepit deus duobus 
montibus quibus est vocabulum promunctorium boreum, et adjuncti 
sunt ad invicem usque cubitos xn, et statim construxit portas he- 
neas et circumfudit eas antichiton quod a ferro non corrumpitur 
nec ab igné solvilur. Talis est enim natura anchiton quod ferrum 
coni'ranget in comminationem ignemque ut^aqua extinguit et nullus 
prevalet ad eos intrare nec illi ullo modo exindc ex ire. 



LES TRADUCTIONS HEBRAÏQUES DE L'HISTOIRE D'ALEXANDRE 275 

vez-vous une guérison a votre plaie, vous aviez à la place de Phi- 
lippe votre maître un bon remplaçant en la personne d'Alexandre le 
grand roi qui a vaincu toutes les nations [et fortifié sa domina- 
tion au-dessus de tous les peuples] l . Alexandre s'impatienta et se 
frappa le front de la main, il dit : Ne parle pas de mon nom en même 
temps que de mon empire, car il est déjà détruit et fondu ; mais je 
pleure sur la Macédoine, comme son empire va disparaître et sa do- 
mination périr * ! Tous les assistants pleuraient et criaient à haute 
voix : Pouquoi nous abandonnes-tu, Alexandre, et te sépares-tu de tes 
troupes et de la foule de tes armées ? Plût au ciel que nous fussions 
morts avec toi, car à quoi bon la vie après toi 3 ? 

TRADUCTION DE LA VERSION HÉBRAÏQUE. 

Il arriva chez un peuple d'aspect terrible et redoutable qui avait 
une figure étonnante aux yeux des hommes : ils mangeaient tous 
les animaux, les mouches, les souris, les êtres abominables et les 
reptiles ; lorsqu'il mourait un homme parmi eux, ils ne l'enterraient 
pas, mais en mangeaient la chair. Il avait l'intention de les chasser par 
le glaive, mais ensuite il se ravisa, disant : Peut-être en échappera- 
t-il et ne pourrai-je les exterminer. Il les chassa de ce lieu jusqu'à 
L'extrémité du pays du nord entre deux montagnes appelées l'une 
Practanicon, l'autre Boreon. Entre elles était une vallée large ; il les 
y rassembla et pria Dieu en disant : « De grâce, Dieu, enferme ces 
hommes pour qu'ils ne détruisent pas la terre. Dieu entendit sa voix 
et l'exauça, les deux montagnes se soudèrent l'une à l'autre, et il ne 
resta entre elles qu'un passage de douze paumes. Le roi Alexander 
fit préparer du fer, du plomb et du cuivre qui ne fondissent pas au 
feu ni n'éclatassent au marteau. Il (les) jeta à l'entrée du passage et 
il le ferma jusqu'à la hauteur des montagnes à niveau, pour que les 
hommes n'en pussent pas sortir et détruire le monde. Depuis ce 
temps ils y sont enfermés, personne n'en sort ni y entre et l'on a 
appelé cet endroit « Clôture d'Alexandre » jusqu'aujourd'hui '*. 

1 Manque dans L. 

2 L. Il dit : « Certes, je ne pleure pas sur les autres nations, mais sur le royaume 
de Macédoine, comme il va se fondre et disparaître ! » 

3 L. Plût à Dieu que nous fussions morts avec toi, cela nous vaudrait mieux ! 

4 Le Josiphon donne une suite à l'histoire de ce peuple, (Liv. VI, ch. 96.) qu'il 
nomme les Alains. Une année qu'il y avait grande famine dans leur pays, ils de- 
mandèrent aux Hyrcaniens de leur ouvrir une issue, assurant qu'après la famine ils 
reviendraient dans leurs montagnes. Ils allèrent en Médie, demander à vivre, en at- 
tendant la nouvelle moisson. On leur donna des viandes de chiens, d'ùnes, de souris. 

Ensuite ils voulurent revenir, mais Mitridate, roi à'Ararat, résolut de les en em- 
pêcher. Ils le défirent, et lui dirent avec dédain qu'ils s'étaient soumis à Alexandre, 
parce qu'ils aimaient mieux rester dans leurs montagnes. Titus voulut les attaquer, 
mais rebroussa bien vite chemin. 

Dans Massoudi (les Prairies d'or, trad. Barbier de Meynard, II, p. 2), cette fameuse 
muraille garnie de portes de fer et bâtie par Kosroès Enouschirvan a pour but d'op- 
poser une barrière infranchissable aux tribus voisines du Caucase, tels que les Alains. 



NOTES ET MÉLANGES 



ÉTUDES TALMDMQUES 



L'article que M. Perles a publié dans cette Revue est plein d'é- 
rudition, mais soulève certaines objections. Malgré la légitime 
autorité qui s'attache au nom de ce savant, nous nous permettrons 
de signaler les motifs qui nous empêchent d'accepter son hypo- 
thèse sur le sens des mots nman *wn et û^tie^ *»*iDO'i Mais 
avant de la discuter, disons brièvement en quoi elle consiste. 

Le Talmud, en parlant des exégètes et des homéliastes de son 
temps, leur donne souvent les épithètes de rmaiEn "WH et de 
rvmfcn "Wn. Ces deux expressions sont employées indifférem- 
ment l'une pour l'autre et ont, par conséquent, un même sens. Mais 
ce sens, quel est-il ? M. Perles les rend par « allégoristes » et 
voici comment il essaie de justifier sa traduction. « Pour moi, 
dit-il, je place -i^ir» et rrnittîi, en regard de nrott et de rmttn de 
la Bible et de ïroiffiD'i nion wne du Talmud. Ces termes, signi- 
fiant échanger, ifaiïi correspond parfaitement au grec aU^yopta ». 
(Voyez, n° 5, p. 111). 

Donc nvn'nn ^iti serait identique à m-nton ■nû-vn. 

A cette hypothèse, il y trois objections à faire. On peut admettre 
pour un instant que la véritable leçon soit celle de Saadia et de 
l'Arouch et qu'il faille lire mTittfi ,n à la place du n de toutes nos 
éditions imprimées, mais comment peut-on voir sérieusement 
dans Wiïi = *V5flïi une expression consacrée pour désigner la mé- 
taphore ou l'allégorie ? Jamais le verbe ni» n'est employé ail- 
leurs dans ce sens ni dans aucun sens figuré, et, dans l'espèce, 
il aurait fallu choisir au moins la forme passive. Puis, nous trou- 
vons bien dans la littérature rabbinique un procédé herméneuti- 
que décoré du nom de ïrvfian, mais avec une acception bien diffé- 
rente. Ce procédé consiste dans la substitution d'une lettre à une 



NOTES I.T MELANGES 277 

autre, à l'aide de certains alphabets de convention, tels que n"« 
,«5"a c'2 b"N, etc. . . C'est par ces équivalents artificiels que ^p nb 
devient nrrrs et "]:: — ian. Pour désigner la parabole, l'allé- 
gorisme, je ne connais qu'une seule appellation : b«D53. Enfin, 
c'est bien au sens propre et non dans un sens détourné, que les 
prétendus allégoristes expliquent les passages de l'Ecriture rela- 
tifs à la manne. Voici maintenant l'étymologie que je soumets. 

Le mot mi^n vient du verbe n^n qui, dans les dialectes sémi- 
tiques, en hébreu, comme en arabe et en syriaque, signifie : lier, 
serrer, envelopper, et, par une extension naturelle, couvrir et 
cacher. La glaise et le mortier sont appelés dans la Bible ntth et 
■TOti parce qu'ils servent à lier et à couvrir les pierres de cons- 
truction l . Dans le ïalmud, nttin ou amtt'in désigne un petit pa- 
quet ou sachet renfermant toutes sortes de fleurs et de substances 
odoriférantes. C'est ainsi que les femmes portaient, attachés au 
cou, de petits coussins remplis de baume (tpp nttn ou Nmïïin 
Nnôiûpl) ou de feuilles d'une plante aromatique («pbw Nmttin) 
ou de fleurs du Costus («mosi Nmioin) 2 -. FL Jehouda sortit un 
jour de sabbat, portant sur lui un sachet de parfums t^mfcin 
WôWi 3 . Ce terme est même passé dans l'usage pour désigner 
xax'eSox^v, cet objet de luxe oriental, comme dans ce passage : 
NpnD ->bn in^in *w [Kicld., 73 &..). 

Cela posé, les expressions, nttin "p^a .mTiEn "nû-vn. n'ont plus 
rien d'étrange. Quoi de plus naturel tout ensemble et de plus 
poétique que de comparer la Thôra, sous la lettre de laquelle les 
docteurs voyaient enfoui tout un monde d'idées, à un élégant 
sachet qui recouvre et cache sous un voile mystérieux les fleurs 
les plus variées et les plus odorantes ? Que le texte de la Loi ne 
soit qu'une écorce sous laquelle se dissimulent les vérités les plus 
précieuses, n'est-ce pas là une thèse, soutenue et richement 
exploitée par tous les homéliastes, philosophes et commentateurs 
rabbiniques? Cette enveloppe, plus ou moins transparente, c'est 
le n*nn, et les choses serrées et renfermées sous l'enveloppe, 
ces jolies fleurs, ces doux parfums, je veux dire les ma&tt "wa, 
les rmn "nno "«pi'Tp'i, ce sont les rvnton que les Darchanim du 
Talmud se mettaient en devoir de découvrir et de mettre à la 
portée des profanes 4 . Souvent, dans leurs gloses, ces investi- 

1 Nous croyons que le mot *"|fab, gerbe, littéralement faisceau ou assemblage 
d'épis, appartient à la même famille. 

* Voy. Sabbath, 57 6; 62 a; Ghittîn 69 a et 69*. 

i Moed-Kâtân, \2b\ Eroubin, 69a où Raschi rend ces mots par ÛTLÎ2 b*5 Tûp. 

4 Le Talmud compare positivement les arrière-ponsées religieuses ou le sens ésoté- 



278 REVUE DES ETUDES JUIVES 

gateurs de la pensée biblique avaient ainsi recours au symbolisme, 
à la méthode allégorique, mais souvent aussi ils s'attachaient à 
l'aire ressortir l'intention naturelle, l'enseignement moral, dé- 
coulant de la lettre même du texte. Les deux passages suivants, 
où il n'y a aucune trace d'explications figurées, en seront la 
meilleure démonstration. 

dbi3>b biûD fconn "p^b rm bnoa sis* "nfrN rvmttn "no-m 

« Les explicateurs des choses cachées ont dit ; Ana était un 
bâtard, c'est pourquoi il a produit dans le monde des êtres hy- 
brides (des mulets) » (Pessachim, 54 a). 

Wnp ifioio : TY/:tf (mfcrrcn) mn»n wn ,npn^ npaa ima ■lupb'n 

dnb bd£*n ^psa runta : l^s 

« Ils la cueillirent tous les matins (Exode, XVI, 21) : les scru- 
tateurs des choses cachées disent : De là il est prouvé que pour 
la manne aussi il fallait manger son pain à la sueur de son front » 

(Me chilt a, ch. iv) l . 

Nous arrivons maintenante la seconde expression, dTTVQtt "H&D* 
sur le sens de laquelle les commentateurs anciens et modernes se 
sont également épuisés en conjectures. Faut-il y voir les livres 
d'Homère ou d'un certain Merom, ou bien des journaux, des Chro- 
niques, -ri[xepYic:(a $i6iia ? M. Perles s'appuyant sur un manuscrit de 
Vienne, lit d'Hifctt *nDO et y trouve encore les allêgorlstes. Nous 
lisons comme lui, seulement nous nous permettons d'insérer entre 
les deux premières lettres, dont Tune est incontestablement l'ar- 
ticle, un n, qu'on a supprimé ici par une erreur provenant de 
l'usage où Ton «Hait de retrancher souvent cette lettre, au com- 
mencement des mots -, de sorte que la véritable leçon, si défigurée 

rique de la Thôra à des Heurs et à des plantes de senteur, comme il appert des deux 
passages suivants : 

rmnb d^msn p^E twv bsndœ d^dft "n^bn 

« Les docteurs de Babylone l'ont delà Thôra comme une plate-bande, émaillée de 
jolies Heurs et de plantes parfumées. » [Sabb. 145 b). 

ûraïud ibd ûbi^ï-î bd «bfcrd ii w apïi id» KamD nam nai ba 

i A chaque parole, tombée de la bouche divine, l'Univers s'imprégnait de sen- 
teurs. » (Ibid. 88 b.) 

1 Notre interprétation est au fond celle de Raschi. Voyez ses paroles dans Berachôth. 

24a "-D1 d*ntt3p "ïi'"i; dans Kidd 22= naii:a dianar: mis ..."Win pEd 

tLTIÏÏdnb "»lbn. Telle est aussi l'opinion d'un R. Hillel, cité dans les Thossaphoth 
(Sôta, Vob). Remarquons encore en passant que les mots irHI^d D^HïTE ne veu- 
lent pas dire du tout « expliquer figurément » comme les rend M. Perles, mais bien 
« traduire au pied de la lettre. » 

2 Comme nft pour TEN, "pn pour pntf. etc. 



NOTES ET MELANGES 279 

depuis par les copistes, nous parait avoir été celle de û^TiÊôtti 'o 
ou livres des Amorrhéens. 

Pour expliquer et justifier notre hypothèse, nous sommes obligé 
d'entrer dans quelques détails. 

Le texte capital où ces livres sont mentionnés est celui de San- 
hédrin, ch. x. 

traiittirt d^soa fcmpïi t|» arrp^ 'n n^a ....tt"*b pbn nnb \ws ib« 
ta*n&&ii toi dwwi "heo ba« ï«b *p "ns^oi stpo "p -nsio "p:c 
marna nnri .wa^ta ■>«£ . ma»a «mps am wnpn ^b^i ^^72 îarbsiD 

iana ab rtwb iana iTi^rrb *un ^îttîi isa 

a Voici ceux qui n'auront pas part à la vie future. R. Akiba 
ajoute : celui qui lit dans les livres externes, comme les œuvres 
de Ben-Sira et les œuvres de Ben-Laana. Mais les Sifré ha- 
Emorim et tous les livres composés depuis cette époque, on peut 
les lire, comme on lit une lettre. Pourquoi (faut-il lire, comme 
une lettre, même les écrits hébreux, dnao, qui ont paru après la 
clôture du canon) ? Parce qu'il est dit (Kohél, XII, 9 :) Mais d'au- 
tres livres que ceux-là (les 24 écrits canoniques), éloigne-toi, 
mon fils, car lire beaucoup est une fatigue pour le corps ; il 
est permis de les lire, mais non de les étudier laborieusement l . » 

En lisant ce passage, on s'aperçoit à première vue qu'il s'agit 
de productions littéraires de deux classes d'hommes, des héréti- 
ques, des anti-juifs, ù^natti, et des auteurs juifs orthodoxes, trai- 
tant des mœurs superstitieuses des païens, d'mttN. Les livres 
composés par les premiers étaient absolument interdits, car les 
doctrines hétérodoxes qu'ils contenaient pouvaient facilement cor- 
rompre l'esprit de leurs lecteurs juifs. R. Akiba allait si loin 
dans son ardeur religieuse qu'il menaçait de la perte de l'héritage 
céleste ceux qui les introduiraient dans leurs demeures. Les doc- 
teurs ne croyaient pas pouvoir déployer assez de vigilance et de 

1 II est impossible d'admettre que R. Akiba ait condamné aussi sévèrement les 
proverbes de Ben-Sira, que le Talmud ne fait aucun scrupule de citer à différentes 
reprises. Nous acceptons la leçon proposée par M. Joël qui lit ÊHUO "p, Ben-Sotada. 
Il résulte du reste clairement du Midrasch Kohéleth rapporté par M. Perles, que la 
simple lecture de l'Ecclésiastique n'a jamais été l'objet d'une interdiction. M. Graetz 
ne veut pas souscrire non plus à une sentence aussi inexplicable et met en avant une 
autre version. C'est sans doute à la censure que nous sommes redevables de cette 
substitution de itf^PD à N1I3S et le pluriel "HSD en est demeuré comme le signe 
accusateur. Le premier qui se soit déclaré contre le livre est un docteur du iv e siècle, 
R. Josepb, à l'époque duquel on y voyait, entremêlés aux anciens, de nouveaux 
aphorismes d'un genre douleux. Encore cette inhibition n'était-elle pas absolue. \oy. 
Sanh. 100 h.— >T;b e-.t le gérondif de rttîl et est mis pour m^îlb, comme û"^ ^b 
[Josué, 45), pour mil!?. H signitie lire et non méditer. Coinp. "j!£ dd^U "12-7: 
N ,""^r!r; éloignez vos enfants de la lecture. 



280 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sévérité contre l'intrusion de telles œuvres qui devaient foison- 
ner dans les deux premiers siècles de l'ère chrétienne. Sadu- 
céens, Boéthusiens, judéo-chrétiens, tous travaillaient à l'envi à 
miner l'édifice si laborieusement élevé par les docteurs phari- 
siens. Comme écrits particulièrement dangereux, on signale les 
livres du fils de la Sotada (Jésus, fils de Marie), et du fils de Laana 
(hérésiarque probablement sadducéen), tous rédigés en hébreu ou 
en syro-chaldéen, et illustrés de citations bibliques. On les stigma- 
tisait du nom commun de ùiaiatwi d-nso et on les vouait à la des- 
truction. Et cette destruction n'était pas la même que celle qu'on 
taisait subir aux apocryphes, car ceux-ci, on les enfouissait avec 
honneur ttPM ym*a, tandis que les autres étaient ignominieuse- 
ment brûlés l . Mais à côté de ces productions hérétiques, qui se 
plaçaient au dehors du judaïsme, il existait d'autres livres extra- 
bibliques qui, par leur caractère et leur contenu, ne présentaient 
point le même danger. Ce n'était point des écrits polémiques ou 
d'injurieux libelles ; ils ne traitaient ni de dogmes ni d'obser- 
vances religieuses, mais relataient uniquement les mœurs, les 
pratiques, les connaissances et procédés empiriques qui avaient 
cours dans le peuple. Il nous est resté un curieux échantillon de 
ce genre d'ouvrages, composés en hébreu par des lettrés juifs ; 
c'est le chapitre vu de la Tossephta de Sabbat, intitulé, comme 
ses congénères, wifcN pns, chapitre traitant des mœurs supersti- 



1 La plupart des critiques se sont mépris sur le sens du qualificatif : 'Hizonim. 
Se laissant prendre aux apparences, ils ont rapproché ce mot de NrP' 1t -Û ou ÏT^fà 
!"7j"l!£fi et lui ont donné la même valeur : livres exclus du cadre des Saintes-Ecri- 
tures, œuvres apocryphes. C'est là une erreur manifeste. D'abord, le Talmud de 
Babylone (Sanh. 100 b) rend expressément D'OINT!" '0 P ar d^pVTifc '0 et tous 
les commentateurs anciens les ont pris pour tels. Ensuite, nous lisons dans la 
Pesikta ch. III et dans le Midrasch- sur les Nombres n° 14, « lire dans d'autres livres 
que les vingt-quatre, c'est comme si on lisait dans les d^TSt^ttîl 'D- » Ces derniers 
ne veulent donc pas être identifiés avec les écrits extra-bibliques ou apocryphes. 
La vérité est que les Hizonim d'ici ont le même sens que le Ù^li^n'n "7T7 de 
Meghillâ, 24 b, c'est-à-dire celui d'hétérodoxes ou de libres-penseurs. — Une autre 
erreur également commune, c'est celle de ne voir dans la gheniza synagogale qu'une 
simple mise à l'écart, une soustraction à la lecture publique. L'expression T53 signifie 
enfouir, enterrer, faire disparaître, comme dans 'p-iNïl Ï2à5 (Schefc. VI, 1, 2), 

•pDrrn "o tMaia d*p» [Pessack 62b), m&osn '& rca (ibui.Wa). ,ïira "ps^y 

"IÏW1 vhy ÏTlSfc N"l'H £|tt. {Sabbl\$a). Il serait fort difficile de traduire ces derniers 
mots par : ranger parmi les apocryphes. Aurait-on déclaré également non-canoniques 
les habits sacerdotaux du grand-prêtre, à chaque lendemain de Kippour [Jôma, 125) ! 
Telle est aussi l'opinion de Geiger et de M. J. Derenbourg. Aujourd'hui encore, 
quand un rouleau sacré a été mis hors d'usage, on l'enfouit sous terre, pour le 
préserver de la profanation. (Cf. Megh. 26b et Ghitlin, 45 3). Le fait historique à 
tirer de tout cela serait donc celui ci : Tous les livres antérieurs à la fixation du 
Canon et qui, pour des raisons diverses, n'ont pu y prendre rang, ont été détruits; 
ceux qui avaient paru postérieurement à cette date ont été admis à la lecture, 
mais non à l'étude, encore moins à l'enseignement officiel. 



MiTkS ET MÉLANGES 28J 

tieuses ou amorrhéennes. 11 est mentionné dans le Talmud en ces 
termes : n->N înbia b"N ."pas ns N^n *n n^:p "wien pncn N3n ^n 
,w \x\ o:n72 "nb ^-n73« ^m ûtce ina- 

« Un docteur lisait devant \\. Hiya dans le chapitre des Amor- 
ti irons ; celui-ci lui lit remarquer que tous les usages dont il vient 
de donner lecture sont des superstitions païennes (p. c. prohi- 
bées), à la réserve des deux suivants : A-t-on aval»' un os, on peut 
réciter la formule nn *m. Une arête est-elle demeurée au gosier, il 
est loisible de prononcer cette autre : ktûu>m » (Sabb., 67 a). On 
sait, en effet, avec quelle vigueur le mosaïsme fait la guerre non 
seulement à l'idolâtrie, mais à toutes les pratiques qui avaient 
leur origine dans cette source impure, comme la sorcellerie, la 
nécromancie, l'enchantement, les pronostics et toutes les opéra- 
tions théurgiques. Mais dans le cours des temps, de nouvelles su- 
perstitions avaient surgi, de nouveaux procédés occultes furent 
célébrés comme efficaces, et il s'agissait de savoir s'ils ne tom- 
baient point sous le coup de la loi, comme usages amorrhéens. 
Des livres entiers, dont la section de la Tossephta n'est qu'un 
court abrégé, furent écrits sur ce sujet, vrais codex, énumérant 
toutes les formules et toutes les opérations courantes, avec l'indi- 
cation précise de celles dont on pouvait faire emploi. Fallait-il 
étendre les lois de proscription à cette littérature dont le tort, à 
ce qu'il semble, était d'absorber un temps précieux qu'on pou- 
vait employer avec plus de fruit à la méditation des textes 
saints? R. Akiba n'osait pas aller jusque-là. D'abord, ces rrobrr 
■mfcfiffi W*! étaient répandus à profusion dans les masses popu- 
laires, tout comme de nos jours les calendriers et les manuels de 
connaissances usuelles. Le peuple y puisait ses connaissances en 
agriculture, en élève du bétail, principalement en médecine, car 
on avait établi le principe que les moyens curatifs, les recettes 
médicales n'étaient point considérés comme coutumes amor- 
rhéennes (Voy. Sabbath&l a). Le moyen de faire le procès à un 
livre qui avait sa place marquée dans toutes les habitations 
juives ! Puis, les conseils empiriques (fnBTHtt "nan) qu'il contenait 
n'avaient rien de compromettant pour la pureté de la foi, puis- 
qu'on avait soin de bien signaler ceux qui frisaient la superstition. 
Enfin et pour tout dire, R. Akiba lui-même croyait parfaitement à 
l'efficace de ces formules opératoires et était môme loin de se mo- 
quer de la science des Chaldéens. On les considérait donc comme 
des guides profitables en même temps qu'inoffensifs, et on per- 
mettait de s'en servir, à cause de leur caractère profane ' . 

[pression ; — 3tfa N~"1":r 2H3 NTlp est encore limitative. C'est une locu- 



282 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Tel nous paraît être le sens des deux ou trois expressions tal- 
mudiques qui ont été peu comprises jusqu'ici et que le travail de 
M. Perles n'est pas parvenu à élucider. Ce savant commet même 
dans ce travail une inadvertance bien étrange. Essayant de ren- 
dre raison de la rigueur exceptionnelle avec laquelle R. Akiba a 
traité un ouvrage cité avec éloge dans le Talmud et le Midrasch, 
il dit que le Ben-Sira pouvait bien être médité superficiellement, 
mais non étudié et approfondi comme un écrit canonique, oubliant 
que, selon lui, le Talmud de Jérusalem en prohiberait jusqu'à la 
simple lecture, sous peine de retranchement éternel ! 

Isidore Weil. 

Colmar, décembre 1881. 



LA SECTION DE MISCHPATIM 

DIVISÉE EN DEUX, POUR LA LECTURE DE LA THORA 



Un usage, sans doute fort ancien, existe dans quelques rares 
localités d'Orient et notamment à Alger : certaines années em- 
bolismiques, on divise le séder Misclipatim en deux, et chacune 
des deux parties est lue comme un séder à un samedi diffé- 
rent. Le premier samedi, on lit du chap. XXI, 1 au XXII, 23, 
le second samedi on commence ch. XXII, 24 et on lit jusqu'à 
la fin du ch. XXIV. Gomme il faut une Haphtara supplémen- 
taire, on récite celle qui, dans le rite allemand, est dite pour la 
Parascha de û'mmp Kedoschim ù^tas vns abï-r (Amos, IX, 7 — fin). 

Ce fait, qui est peu ordinaire, aura lieu l'année prochaine 5643. 
Le signe mnémotechnique qi^n nous fait connaître dans quelles 
conditions le cas se présente, c'est, quand le premier Tischri du 
Rosch Haschana tombe un jeudi ("n) dans une année embolis- 
mique (*m? = $), le séder de Misclipatim (ùiaDUiEîi fib&o ==n) doit 
être divisé en deux (iftj&B = S]).' 

Nous croyons que cet usage, qui certes doit remonter à une 



tion consacrée pour dire : qu'il est permis de les lire rapidement, comme une lettre, 
mais non de s'en fatiguer l'esprit. C'est à cela que s'appliquent les mots : 'jVSfîb 



NOTES ET MÉLANGES 283 

liante antiquité, ne se trouve mentionné que dans le Livre sur le 
calendrier, ma^fi 'o du rabbin Abraham ben lly.va Hanassi (1065- 

1136). Il dit à propos de l'ordre dos Paraschioth ou des Sedarim : 
« Du lendemain de Soucoth jusqu'à la veille de Pâque dans les 
a années simples, on doit lire 25 sections ou paraschioth, c'est-à- 
» dire de Berescnith jusqu'à Çaw, et cette dernière comprise, 
» qui doit être lue le samedi avant Pâque ; quand il n'y a que 
» "21 samedis, on joint ensemble Vayyaqhel et Peqoudé. Dans 
» les années embolismiques, pour le môme laps de temps (du len- 
» demain de Soucoth à la veille de Pâque), on doit lire au moins 
» 28 sections (Paraschioth), c'est-à-dire, de Berescnith à Meçora; 
» quand l'année a 29 samedis dans cette période, on lit une sec- 
» tion de plus (Ah'aré Moth) ; dans quelques pays on divise en 
» deux ou Mischpatim, ou Ki tissa, ou Vayyéra. » (V. édit. Fili- 
powski, p. 10.) 

mmu: u'"d û*wdi .d'moii "pa^s mnaiô n"D drwa îtït dWdi 
nniN V^^P* 1 ^^ T70 d^pbrra iî risraiT ,m« naffl d^non br tpisn 
cpbnro mttip»3i d^ûEHDlon rrb&o ma û^pbiro mttïpftd ,mnniu ^«a 

: vbN irn "no d^pbntt mttiptt ©*n ,wiîn 15 ilo 

Rien dans les règles qu'établit R. Abraham ben H'yya ne né- 
cessite cette division de Parascha. D'après lui, on doit lire avant 
Schebouoth Beh'ouqotaï dans les années simples, mais non 
dans les années embolismiques ; il faut encore que dans les an- 
nées simples ou embolismiques on lise Debarim le samedi qui pré- 
cède le 9 d'Ab. Or, pour arriver à lire Meçora avant Pâque (mais 
non immédiatement avant) et Debarim le samedi avant le 9 d'Ab. 
dans les années embolismiques, le nombre des sections (Paras- 
chioth) est suffisant et rien n'oblige à diviser une Parascha en 
deux ; car si on le fait, on se trouve dans la nécessité de réunir 
deux sections (Paraschioth) pour la lecture d'un seul samedi, afin 
de faire coïncider la lecture de Debarim avec le samedi qui pré- 
cède le 9 d'Ab. 

D'après la tradition qui a cours à Alger, on ne doit jamais sé- 
parer les deux sections (Paraschioth) de Mattoth et de Mass'é ; et 
c'est pour remplacer la lecture qui manquerait pour un samedi 
qu'on divise Mischpatim en deux. Quel est le motif qui oblige de 
joindre dans une seule lecture Mattoth et Mass'é? c'est ce que 
nous n'avons pu découvrir. 

Ab. Gahen. 



28i REVUE DES ETUDES JUIVES 



QUELQUES OBSERVATIONS SUR LE MÊME SUJET 



M. le grand rabbin Ab. Calien a bien voulu me communiquer 
la note curieuse qu'on vient de lire et me permettre de l'ac- 
compagner de quelques observations qu'elle m'a suggérées. 

1° Le passage du Se fer hcCïbbour qui y est cité renferme 
évidemment une erreur. Comment aurait-on parlé de N-m après 
û^asœft et Nttn 15 ? Il faut sans doute corriger et lire Nnp^i ; le 
mot Tba, à moins d'être pour ntttt ba, a été ajouté lorsque la 
faute s'était déjà établie. En adoptant cette leçon, les trois lec- 
tures sabbatiques qui, selon R. Abraham b. Hiyya, peuvent être 
divisées en deux se suivent. Les deux lectures sabbatiques qui 
séparent la première de la seconde (narn et i-nsn) et celles qui 
séparent la deuxième de la troisième (bîip'n et ^iips) sont trop 
courtes pour pouvoir être dédoublées. En général, les dix-sept 
premières lectures sabbatiques depuis n^Nna jusqu'à "nn^ ne 
subissent aucune variation, quelle que soit la nature de l'année 
religieuse ; avec très©», qui se rencontre souvent avec d^pia 's, 
commence la série des sabbats extraordinaires. 

2° Le principe qui veut que ma» et ^dts ne soient pas séparés 
est, comme M. Gahen le reconnaît, la base de la coutume insolite 
qu'observent les synagogues de l'Algérie. On peut se demander 
si la réunion de ces deux lectures ne remonte pas à l'époque de 
la division du Pentateuque en lectures sabbatiques. On sait que 
tra'att et *]b^ n'ont jamais formé qu'une seule parascha l . Or s'il 
en est de même pour mtaïa et "Wft, la division des cinq livres 
de Moïse présenterait ce fait singulier que la Genèse renferme 
douze lectures, l'Exode onze, le Lévitique dix, les Nombres neuf 
et le Deutéronome huit. Il est bien entendu que nous excluons de 
ce dernier nombre les lectures destinées aux rtsiiû raœ et nritttt 
min. 

3° Pour comprendre le cas exceptionnel que M. Cahen nous 
fait connaître, il faut se rappeler que, Rosch Haschana tombant 
un jeudi d'une année embolismique, Pàque ne peut commencer 
qu'un dimanche ou un mardi s , selon que les mois de Heschwan 

1 Voyez mon Manuel du lecteur, p. 224. Aux autorités qui y sont citées, nous pou- 
vons ajouter le Lekah Tob sur Deutéronome, p. 103 a de l'édit. de Wilna. 

2 On sait que Pàque ne peut tomber que le dimanche, le mardi, le jeudi ou le 
samedi. 



NOTES ET MELANGES 

et de Kislew onl tous les deux vingt-neuf ou trente jours. Dans 
l'un comme dans l'autre cas. les deux fêtes de Pâque et de Pen- 
tecôte n'enlèvent qu'un seul sabbat à l'ordre régulier des lectures 
sabbatiques. 11 en est tout autrement lorsque le premier jour de 
Pâque est un jeudi ou un samedi; car si c'est un jeudi, un samedi 
est enlevé par Pâque e1 un second par la Pentecôte, et si c'est un 
samedi, le huitième jour de Pâque prend un second samedi. 
Quand ces deux fêtes ne contiennent qu'un seul samedi, il faut, 
une lois que ma» et vofc ne sont pas divisibles, trouver une 
paraschade plus, ce qu'on fait en dédoublant ÛX3BE». On a parla 
encore l'avantage de pouvoir se conformer à l'indication mnémo- 
technique de fiSDi -nso qui veut que JTtiifc précède immédiate- 
ment la fête de Pàque l . Dans Tordre établi par notre rite, c'est 
mtj "nfia qui forme la lecture sabbatique pour le Grand sabbat 

En Palestine où l'on ne célèbre que sept jours de Pâque et un 
jour de Pentecôte, ces deux fêtes n'occupent jamais qu'un seul 
sabbat, quand même Pâque tombe un jeudi ou un samedi. A moins 
de diviser toujours mratt et *we, les synagogues de ce pays sont 
donc obligées de divisertoujoursû^DOft.ou l'une des deux autres 
parascliiot en deux 2 . 

J. Derenbourg. 



LA DATE DE L'ÉDIT D'EXPULSION DES JUIFS DU PORTUGAL 



C'est en décembre 1496 que le roi Manuel signa Ledit par le- 
quel il expulsait pour toujours les Juifs du Portugal. 

Il y a encore quelque incertitude, chez les historiens, sur la 
date précise de cet acte important. Cassel 3 donne la date du 
20 décembre; Graetz 4 et Kayserling 5 celle du 24 décembre, et 



1 Voy. Séfcr haibbour. p. 70, 1. 22. 

2 Dans le recueil Schriften der Geonim, publié par M. Horowitz, 1881, p. 41, 
l. 27, on présente le cas où t^bpl!) 'D se rencontre avec la lecture sabbatique de 
NO H ^D. Or, tous ceux qui sont au courant de la division des lectures savent que 
dans notre rite ce cas est absolument impossible. Il ne peut arriver que lorsqu'on 
divise Û^D'wfà, dans les années embolisiniques. 

3 Encyclopédie Ersch et Gruber, article Juden, p. 231. 

4 Histoire des Juifs, VIII' vol., 2« édit.. p. 371. 

5 Gesrkischte der Juden in Portugal, p. 128. 



286 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Kayserling ajoute, d'après le Juhasin, que cette date coïncidait 
avec le dimanche 29 kaslev. Enfin Amador de Los Rios a trouvé 
dans les archives de la chambre municipale de Lisbonne une 
copie de l'édit* d'après laquelle celui-ci aurait été signé à Muga 
le 5 décembre 1496. 

Nous ne savons où Gassel a pris la date du 20 décembre, il 
n'indique pas de source, et nous pensons que la suite de ce petit 
article montrera, sans qu'il soit besoin d'aucune démonstration, 
que cette date est erronée. 

Kayserling, et certainement aussi Graetz, ont pris la date du 
24 décembre dans le Juhasin. Ce livre 2 dit que l'expulsion eut 
lieu : 

c'est-à-dire « le 24 décembre, dimanche 29 kaslev, à Presmona 
(lecture de Kayserling) près de Santarem. » 

Or le 24 décembre 1496 n'était pas un dimanche et ne coïncidait 
pas avec le 29 kaslev, l'équation est donc fausse. Le 29 kaslev, 
au contraire, était un dimanche et correspondait, cette année, au 
4 décembre. Il est donc évident qu'au lieu de T3, 24 décembre, 
il faut lire dans le Juhasin "ra, le 4 décembre, comme plus loin- 
tf"Dn, avec la préposition a. L'édit aurait donc été signé le 4 dé- 
cembre == dimanche 29 kaslev. 

Entre cette date et celle de la pièce publiée par Amador il n'y a 
qu'une différence d'un jour. L'auteur du Juhasin s'est-il trompé 
d'un jour? ou bien la pièce de Lisbonne est-elle une expédition 
faite un jour après la signature de l'édit ? C'est une question que 
nous ne sommes pas en état de résoudre. 

Goes, un chroniqueur contemporain, dit 3 , comme l'exemplaire 
de Lisbonne, que l'édit fut signé à Muja (Muga chez Amador). Le 
Juhasin a îmftmB ou fmwiD (car l'avant-dernière lettre est mal 
sortie à l'impression), ce que Kayserling lit Presmona. Or, nous 
avons eu beau chercher dans les répertoires géographiques, il 
n'existe point de Presmona dans le Portugal. D'un autre côté 
Muja (ou Muga) est située près de Santarem. C'est un bourg qui 
s'appelle aujourd'hui Mugem, dans un très beau site sur le Tage. 
Nous ne doutons pas que le Juhasin a voulu désigner cette ville 
et que la fin du nom donné ci-dessus est ttïMo (Muga) et non ttato. 
Le commencement du mot est peut-être ans, de sorte qu'on 



1 Historia de los Judios in Espana, 111° vol., p. 61 5, 

2 Edition Filipowski, p. 227, l re colonne. 

3 Kayserling, p. 122, note 4. 



NOTES ET MELANGES 287 

obtiendrait Porto do Muga, nom qu'on donnait quelquefois à cette 
localité ' . 

Il est curieux que nos historiens aient aussi hésité sur la pa- 
renté qui existait entre le roi Manuel et son prédécesseur Jean IL 
D'après Cassel, Manuel était fils de Jean, ce qui est faux ; d'après 
Kayserling, il était neveu de Jean ; Graetz dit Vetter, ce qui, si 
nous ne nous trompons, est un peu vague, mais doit probable- 
ment signifier cousin. Dans ses Estudios, Amador dit qu'il était 
beau-frère de Jean, et, dans son Historia, à la fois cousin et 
beau-frère. Là est la vérité. Jean et Manuel étaient cousins, petits- 
fils du roi Edouard (Duarte) et en outre Jean avait épousé la sœur 
de Manuel. 

Isidore Loeb. 



Encore un mot sur irunio ns. Mugem étant un village, nous 
avions, dès l'origine, supposé que le mot ne pouvait bien signifier 
village, le sens des mots hébreux qui sont de la même racine 
permettant fort bien cette interprétation. Nous hésitions néan- 
moins à produire cette hypothèse, parce que les écrivains du 
moyen âge emploient, pour désigner un village, le mot *isô, et 
que nous ne connaissions pas d'exemple du mot no employé dans 
le même sens. M. David Kaufmann vient de nous découvrir cet 
exemple. Il se trouve dans le tfasritt maigri yy\p, édition Leip- 
zig, l ro partie, p. 46 &, colonne 2, où l'on lit ces mots : nsa iNDa 
Th^P. bat "rtOtt. Ce passage, à ce qu'il semble, ne laisse pas doute 
sur le sens du mot ns. 



1 Voir le dictionnaire de Barbosa de Pinho Leal, au mot Muge (Lisbonne, 1875). 
D'après ce dictionnaire, l'endroit s'appelle aujourd'hui Muge ou Mugem. Ce nom 
viendrait de l'abondance des muges qu'on trouve en cet endroit dans le Tage et c'est 
pour cela que ce village s'appelait autrefois Porto de Mugem. 

M. Ad. Neubauer a eu la bonté de consulter pour nous le ms. d'Oxford qui a 
servi ù l'édition de Filipowski. Ce ms. porte rWlEnD ou tmfa THS en deux mots. 
M. Neubauer suppose qu'on pourrait peut-être corriger en ï"iJn!E ïbD, « le palais de 
Muga » où ledit aurait été signé. Comparez cependant dans la Zeitschrift de Zunz, 
p. 149, les noms de ibTTPS ou ïlb'WP^lD, sur lesquels M. David Kaufmann a 
aussi appelé notre attention. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

4 e TRIMESTRE 1881. 



ÎIttHa Vtflîl Noies et Commentaires sur le Pentateuque, par Moïse Isaac b. 
Samuel Askenazi. Livourne, imp. Costa, in-8° de xlvi-268 p. 

L'introduction contient une histoire de l'idée de Dieu chez les Hébreux. 
On trouvera dans le commentaire d'assez bonnes observations, mais des 
étymologies singulières. 

•jpTil bbï"î Poème en 3 parties en vers hébreux sur Hillel l'Ancien, par 
A. Rosenfeld. Varsovie, in-8° de 27 p. 

""pnîïTl '0 Midrasch de [attribué à] Mar Héfeç Aluf sur le Lévitique et le 
Deutéronome publié d'après un ms. de Munich et accompagné d'un com- 
mentaire perpétuel ÏTT1ÏT ">D^, par D r I. M. Freimann. Varsovie, imp. 
Baumritter, in-8° de (16) — 295 p. 

La première partie de ce midrasch, sur l'Exode, a été publiée en 1873. 
La préface contient une discussion intéressante sur les recueils n"Ob!T7 

mb™ 'ii ,nwt3j? msbrt .mmsrp, etc. 

Voir Hebr. Bibl., VIII, 20 et XIII, 3. 

1"p:iN ^bfa Melech Ewjon. Sammlung biblisch-romantischer Gedichte u. 
Makaman nach Dr. L. A. Frankl's Tragische Kœnige, Rachel, etc., in 
hebr. Umdichtung, von Simon Bâcher. Budapest, imp. M. Burian, in-8° 
de vni-176 p. 

Ces poésies et ces traductions hébraïques seront lues par les connais- 
seurs avec un grand intérêt. Le style en est excellent. L'auteur annonce 
dans la préface qu'il publiera bientôt un second volume contenant une 
traduction hébraïque des chants nationaux hongrois. 

'plp'ft!! D'IïMlp Mârtyrer und Memorbuch. Verzeichniss der Mârtyrer- 
gemeinden aus den Jahren 1096 und 1349, das alte Memorbuch der 
Deutzer Gemeinde von 1581 bis 1784, nebst Auszùgen aus dem neuen 
von 1786 bis 1816, nach Handschriften zu Deutz, Coblenz, Dûsseldorf u. 
Versailles, herausgegeben von Ad. Jellinek. Wien, impr. D. Lôwy, in-8° 
de vn-73 p. 



BIBLIOGRAPHIE 289 

M. le D r Jellinek a publié l'année dernière des extraits de « Memor- 
buch » intitulés Worms n. Wien. Cette publication a été le signal de 
travaux divers, tels que les additions au précédent travail publiées par 
par M. Ad. Neubauer dans le Letterbode, celle de M. Lowe dans le 
Jewish Chronicle, de M. Lewin dans le Literaturblatt (voir Revue, II, 
320 et 321 ). Les listes de morts et de martyrs publiées aujourd'hui par 
M. Jellinek d'après le mémorial de Deutz et ceux de Coblence et de 
Dùsseldorf, ont un intérêt considérable pour l'histoire des Juifs, pour 
L'histoire de la littérature hébraïque, pour l'étude des noms de personnes et 
des noms géographiques. Elles commencent par rénumération des victimes 
que lit la peste noire en K!49 (t3'p/. Il serait fort à désirer que quelqu'un 
entreprît une monographie sur l'histoire de la peste noire chez les Juifs et 
les persécutions qui en furent la suite. Les notices excellentes que 
M. Graetz a réunies à ce sujet dans son Histoire doivent maintenant être 
complétées. Les matériaux ne manquent pas, comme on pourra le voir 
dans la publication de M. Hœniger que nous analysons plus loin. La 
liste qui se trouve au milieu de la p. 9 se rapporte, d'après M. J., à la pre- 
mière croisade (1096) ; on peut en douter, car on n'y trouve point citées les 
villes où les croisés firent le plus de ravages, Trêves, Cologne, Mayence, 
etc. L'identification des lieux cités dans la publication de M. J. présente 
souvent de très grandes difficultés et demanderait une étude spéciale. Les 
noms alsaciens qui s?, trouvent à la p. "> . ta TD1"l -NjlÛ ^"II^ON'IlD'O 
N")!"^ .amaSE)""!!" N!:." n ~ sont : Strasbourg, Thann, Rouffach, Ha- 
guenau, Wissembourg, Saverne ; p. G se trouvent la Provence et la 
Bourgogne; p. 7, Bruxelles. Grâce à l'obligeance de M. le grand-rabbin 
Charleville, nous pouvons rectifier quelques fautes de copie qui se sont 
glissées dans le passage extrait de son ms., p. 9 : ligne 15, lire 

û'mînet -jwN'j-w^nn^N; i. 16, bïTiBttbpïrç; 1. 20, ataET-m, p-n^n 
ïaiiTXbvYtt .piMYrtn; i. 21, pTisto^n ; i. 22, «rufim ^biEcap^N 
pmnsain; 1. 23, ataions. 

nftN riSffi 'O 'Réimpression de l'ouvrage de Moïse Ilagis , par Ascher 
Eliézer Ilalévi et Mardochée Gerson Weinberg. Jérusalem, imp. Joël 
Moïse Solomon, in-8° de 49 ff. 

Bach (Josef). Des Albertus Maguus Verhâltniss zu der Erkenntnissleb.ro 
der Griechen, Lateiner und Juden. Wien, libr. W. Braumùller, in-8° de 
vm-212 p. 

P. 102 à 177 l'auteur traite des rapports d'Albert le Grand avec Avicebrou 
(Salomon ibn Gabirol), le médecin Isaac Israeli et Maïmonide, il analyse 
les observations d'Albert le Gr. sur ces trois écrivains ; dans les notes se 
trouvent des renvois à diverses études sur Avicebrou (p. 162, note 1 ; 
p. 172, note 30; p. 173, note 32). 

Ballin (Ada S. and F. L.) A Ilebrew Grammar with exercices selected from 
the Bible. Londres , libr. Kegan Paul, in-8° de xn (iv)-509 p. 

Cette grammaire hébraïque élémentaire se compose de quatre parties : 
orthographe, étymologie, syntaxe, paradigmes et vocabulaire. C'est la 
seconde partie qui forme le principal corps de l'ouvrage. Elle traite succes- 
sivement du nom, de l'adjectif, du pronom, du verbe et des particules, et 
chaque chapitre est accompagné d'exercices intéressants. Pour un livre 
élémentaire, l'exposition de la syntaxe nous paraît fort bien faite. Le 
vocabulaire est composé de deux parties : hébreu-anglais et anglais-hébreu. 
Il est extrêmement intéressant de voir se produire, en Angleterre, un 
pareil ouvrage, qui est l'œuvre d'une jeune fille et d'un jeuue homme 
dont l'un et l'autre n'ont pas vingt ans. 

Benoit-Lévy (Edmond'. Eludes historiques el juridiques sur le serment 
T. III. 19 



290 REVUE DES ETUDES JUIVES 

more judaicu. Paris, libr. Cotillon, iii-8° de 16 p. Extrait de l'Univers 

isiaélite. 

M. B.-L. rappelle, dans cette intéressante étude, quelques-uns des 
épisodes les plus significatifs de l'histoire du serment more-judaïco en 
France, tels que l'arrêt de la Cour de cassation du 8 mars 1810 (permettant 
aux Juifs de prêter serment selon leur religion, ce qui exclue Y obligation 
du serment spécial), l'arrêt de la cour de Nîmes du 10 janvier 1827, prononcé 
après la plaidoirie d'Ad. Crémieux, les arrêts de la cour de Colmar du 
13 janvier 1828, du 20 décembre 1842 et celui de la Cour de cassation 
du 3 mars 1846, cassant l'arrêt de la cour de Colmar et abolissant pour 
toujours le serment more-judaïco en France. M. B.-L. n'oublie pas les 
excellents résultats de la résistance que M. le grand-rabbin Isidor fit à 
Phulsbourg, en 1839, au serment more-judaïco. La partie la plus impor- 
tante de l'étude de M. B.-L. est sa thèse que le serment judiciaire est 
de sa nature un serment civil et n'a ni ne doit avoir aucun caractère 
religieux. 

Davis (D.) The mediaeval Jews of Lincoln ; reprinted from the Archseolo- 
gical Journal. [Londres, s. d.], in-8° de 24 p. 

L'auteur de cette très intéressante étude constate, ce qu'on savait du 
reste depuis longtemps, que les Juifs d'Angleterre sont venus de France 
avec les Normands, en 1066. Il suffirait, pour s'en convaincre, de voir 
qu'ils portent des noms français et qu'ils parlent français. Us s'établirent 
d'abord à Londres et à Lincoln et de là se répandirent dans tout le pays. 
La communauté de Lincoln fut une des plus puissantes. En 1176 et 1185, 
on y trouve des israélites fort riches, Aaron de Lincoln et Benedict fil' 
Isaac le Riche. Dans les persécutions qui suivirent le couronnement de 
Richard I er , 30 Juifs de Lincoln perdirent la vie, mars 1190 (cf. Graetz, 
VI, prem. édit. p. 263). Nous ne pouvons résumer ici tous les faits 
racontés par M. D., nous nous bornons à faire quelques observations sur 
les noms propres. Pour Vines, fils d'Aron de Lincoln (p. j), il faut pro- 
bablement lire Vives; Tovey écrit aussi Vines (p. 36). Il est assez curieux 
que Benedict (p. 6) s'appelle en hébreu Elias, on s'attendrait à Berehya 
ou Barukh. Pucella (p. 8) est écrit, dans Tovey, Pulcelle (p. 36). Peitevin 
(p. 9) n'indique pas une personne de Poitiers, mais signifie Poitevin. Acer 
le Lombard (p. 9) est un nom très curieux, les Lombards étaient géné- 
ralement des chrétiens. Manser (p. 9) est équivalent à notre Manessier ou 
Menessier , voir plus loin (p. 9) Manasses-le-Gros et Tovey (p. 43) 
Manasserus grassus. Pour Deulecresse (= Dieu le fasse croître, Gue- 
dalyah) voir Rabbins français, p. 1307, et Deulecresse de Danemark, 
Tovey, p. 36. Le nom de Dyaya (p. 14) est sans doute le même que celui 
de ïfiOÊO^ que nous avons rencontré dans un ms. de Dijon dont nous 
parlerons prochainement dans la Revue; Garsie b. Juda Cohen s'appelle 
aussi, chose curieuse, Garsie le Eveske (p. 14 et 15, évêque traduit Cohen). 
Le nom de Copia (ou Joppin, p. 17) se trouve dans notre liste des Juifs de 
Paris de 1296 [Revue, I, p. 61), M. D. croit qu'il est synonyme de Jacob. 
L'identification de Hayyim = Hagin reçoit une nouvelle confirmation 
p. 19, et semble être aussi traduit par Vives. Bele-assez {Revue, I, p. 61, 
sqq.) est écrit Belaset (p. 2l). Dans l'Athseneum du 1 er octobre 1881, 
M. Ad. Neubauer a fait une recension de cette étude, mais nous n'avons 
pas pu la lire. 

L'identification de Copin avec Jacob doit être juste. La première syllabe 
est enlevée (Cf. Muel pour Samuel) et la seconde est suivie du diminutif 
in. L'identification de Haquin avec Isaac est assurée par une note de Moïse 
Isserles qui dit formellement que "ppJl — pHif 1 . 

Delitzsgh (Friederich). Wo lag das Paradies ? Eine biblisch-assyriologische 
Studie mil zahlreichen assyriologischen Beitràgen zur biblischen Lâûder- 



BIBLIOGRAPHIE 291 

u. Vôlkerkunde und einer Karte Babyloniens. Leipzig, libr. llinrichs, 
iu-8° dex-346 p. 

Où était situé le paradis? Question maintes ibis traitée, toujours sans 
Buccès. M. D. le place en Babylonie, dans la région voisine de Babyloue 
et du Chat-el-.Vrab ; le ( iihon et le Pison sont pour lui des canaux, non 

des tleuves. Outre la question du Paradis, ce volume contient, sous forme 
d'appendices, des dissertations sur la géographie de Babyloue, sur le 
tableau ethnographique de la Bible (Gen. chap. x), sur lu géographie de 
Canaan, d'Egypte et d'Elam. 

Derenboi rg [Joseph). Deux versions hébraïques du livre de Kalîlâh et 
Dimnâh, la première accompagnée d'une iradueliou française, publiées 
d'après les manuscrits de Paris et d'Oxford. Paris, lib. Vieweg, iu-8° de 
X-3UÔ p. Bibliothèque de l'École îles Hautes Éludes. 49° i'ascieule. 

Cet ouvrage a paru trop tard pour que nous puissions l'analyser dans ce 

numéro, uous y reviendrons dans lo numéro suivant, mais nous u'avons pas 

voulu laisser passer celui-ci sans annoncer ce travail, qui est un nouveau 

lignage de la féconde et heureuse activité scientifique de M. J. De- 

renbourg. 

Duval (Rubeusi. Traité de grammaire syriaque. Paris, lib. Vieweg, iu-8° 
xl-477 p. 

Nous parlerons de cet ouvrage dans un prochain numéro ; en attendant, 
uous signalons la recension excellente qui en a été faite dans la Revue cri- 
tique, n° 49, 5 décembre 1881, par M. H. Dereubourg. 

Ehrentheil (M.). Jùdisches Familien-Bueh, eine von jùdisch-religiôsem 
Geiste getragene, belehrende u. unterhaltende Lektùre fur Schule u. Haus, 
160 Lebens- und Charakterbilder... Budapest, impr. Actien-Gesellschaft, 
iu-8° de (n)-576 p. à 2 colonnes. 

Ce recueil de biographies est un excellent livre de lecture pour les 
familles. Les biographies y sont classées sous des rubriques telles que 
tannaïm, araoraïm, prosélytes, hommes d'Etat, maranes, rabbins, philoso- 
phes, faux-prophètes, femmes, touristes, apostats, etc. Nous remarquons 
dans les notes des observations et rectifications intéressantes sur divers 
points de l'histoire juive. 

Eliot (George). Daniel Deronda, traduction de Ernest David. Paris, libr. 
Calmann-Lévy, 1882, 2 vol. in-18 de 382 + 385 p. 

La Revue des Deux-Mondes a autrefois consacré une très longue étude 
à ce remarquable roman. La fable en est très simple, mais elle a un ca- 
ractère de grandeur qui frappe. Un enfant, Daniel Deronda, né d'une 
mère juive, mais qui a pris le judaïsme en horreur et a fini par épouser un 
chrétien, a été confié par celle-ci à un grand seigneur anglais, qui s'est 
engagé à ne pas lui faire connaître son origine et Ta élevé dans le chris- 
tianisme. Mais peu à peu les grands et nobles instincts de la race se ré- 
veillent dans l'âme de Deronda et la resaisissent. L'intérêt du roman est 
dans ce retour lent mais fatal de Daniel au judaïsme. Son père, qu'il n'a 
pas connu, était un homme pieux; Daniel a hérité de ses vertus, il est bon, 
tendre, charitable, mais, sans qu'on sache pourquoi et sans qu'il le sache 
lui-même, il l'est autrement que les Anglais qui l'entourent, il est quelque 
chose de plus qu'un gentleman accompli. Sa grandeur morale frappe l'esprit 
et il exerce autour de lui une sorte de fascination mystérieuse. C'est que 
le judaïsme l'a marqué de son sceau et qu'il porte en lui, encore incons- 
ciente et obscure, la vaste pensée hébraïque. Sa vocation lui sera révélée 
par un pauvre juif malade et exalté, Mordecaï, un doux visionnaire qui, au 
milieu des brouillards de Londres, poursuit le rave de la restauration du 



292 REVUE DES ETUDES JUIVES 

judaïsme. Les yeux de Dauiel s'ouvrent, il voit, il croit, il est juif. Les pré- 
jugés profonds des Anglais qui l'entourent ne l'arrêtent pas un instant, pas 
plus que Mordecaï n'est découragé par les sentiments vulgaires de la 
société juive qui l'entoure. L'un et l'autre sont au-dessus des petitesses et 
des étroitesses du cœur. Ils sont, convaincus tous deux que, lorsqu'on 
est l'héritier de Moïse et des prophètes, on commande le respect. Ils saveut 
aussi que cet héritage impose un grand devoir, et Mordecaï, en mourant, 
peut emporter l'espoir que Daniel consacrera sa vie à l'accomplissement de 
la mission juive. 

Telle est la vraie conclusion du roman. L'auteur (son vrai nom est M. E. 
Lewes) en a expliqué lui-même la pensée dans u*ue lettre écrite à notre 
ami, M. D. Kaufmaun, en mai 1877, et qui vient d'être publiée dans 
1 : ' Atheneum du 20 novembre. 11 u voulu, dit-il, contribuer à ennoblir et re- 
lever le judaïsme dans la pensée des chrétiens et dans la conscience des 
Juifs. Ce but a été parfaitement atteint. 

La traduction de M. E. David est excellente. 

[Ellenberger (Ileinrich)]. Die Leidcn u. Verfolgungen der Juden und ihre 
Beschùtzer in chronologischer Reikenf'olge von Pnarao, 1650 vor Chrisli 
Geburt, bis zur Gegenwarl, von II. E. Budapest, libr. S. Zilahy, 1882 ; 
in-8° de xvi-141 p. (plus un index de 10 p.) 

Ce petit livre est un manuel très utile pour tous ceux qui s'occupent de 
l'histoire juive. Il donne, en courtes notes, le récit des persécutions et 
des actes de protection ou de bienveillance dont les Juifs ont eu tour à 
tour à souffrir ou à se louer. Pour la facilité des recherches, M. E. a 
même eu l'attention de distinguer par un caractère d'impression différent 
ces deux ordres de faits. Des chapitres spéciaux sont consacrés aux croi- 
sades, aux pastoureaux, à la peste noire, à l'inquisition, etc. Le travail 
de M. E. est conduit jusqu'en septembre 1881 et contient un résumé des 
derniers événements de Russie. L'auteur a fait de vastes lectures et son 
résumé, où il y aurait sans doute à faire certaines rectifications de détail, 
offre un très précieux secours pour l'étude de l'histoire juive. 

Immanuel b. Salomo Romano. Comento sopra i Salmi transcritto e pubbli- 
cato da Pietro Perreau. Parme, autographié à 60 exemplaires. Le fasci- 
cule XXIX a paru le 1 er décembre 1881. 

Jahres-Bericbt des Rabbiner-Seminars zu Berlin pro 5641 (1880-1881) ; 
voran geht eine Beilage von D 1 ' J. Ilildesbeimer : Die astronomische Ka- 
pilel in Maimonide's Abhandlung ùber die Neumondsheiligung. Berlin, 
Driesner, in-8° de 97 p. 

Nous nous associons aux regrets exprimés, dans la préface, par 
M. le D 1 ' H., de voir abandonnée 1 étude des ouvrages astronomiques 
juifs. Le travail ae M. H. contient une traduction des chapitres de Maï- 
înonide sur la Néoménie, des notes très étendues et six appendices. Il nous 
a été impossible de l'examiner en détail, nous espérons pouvoir y revenir. 
Tout ce que nous en avons vu nous a montré que ce travail est fait avec 
une grande application et une connaissance très étendue de la matière. 

Jellinek (A.). Derjùdische Stamm in nichtjùdischen Sprichwôrtern, zweite 
Série : spanische, ungarische und kleindeutsche Spricnwôrter. Wien,libr. 
Bermann et Altmann, 1882 ; in-8° de 98 p. 

Cette seconde série de proverbes contient des proverbes espagnols, 
hongrois et allemands relatifs aux Juifs. La publication de M. Jellinek 
est particulièrement intéressante par les aimables causeries dont il en fait 
le texte et où l'on trouve à la fois un sentiment délicat et une imagination 
riante. Parmi ces proverbes, signalons les suivants : 1° Qui veut une belle 



BIBLIOGRAPHIE 293 

femme, la choisisse le sabbat, c'est-à-dire parmi les juives (espagnol ; 
témoignage en laveur de la beauté des juives de race espagnole) ; 2° Il a 
peur comme le Juif du vendredi-saint, ou comme le Juif devant la croix 
(magyare ; allusion aux persécutions dont les Juifs étaient l'objet la 
semaine sainte et aux conversions forcées); 3° Pour le Juif aussi Marie 
est une sainte (magyare ; Marie est ici l'image de Marie qui se trouve sur 
les ducats hongrois ; 4° C'est ce qu'aucun Juif ne pourrait supporter, encore 
moins un chrétien (Prusse; les Juifs sont habitués à souffrir); 4° [devant 
un portrait, le Juif, qui n'est pas bête, s'écrie :] Dieu ! quelle ressem- 
blance ! qui est-ce donc ? (allemand) ; 0° Est-on dans l'embarras, le Juif 
est le bienvenu ; l'embarras passé, on lui ferme la porte (polonais). Mon 
ami M. J, Weyl, grand-rabbin de Marseille, me communique deux pro- 
verbes comtadins relatifs aux Juifs : 1° Brûler comme un rabbin (rabbinar, 
en provençal signifie brûler); 2° Avare comme une rabbine. 

Mbndelssohn's (Moses). Schriften zur Philosophie, Acsthetik un;l Apolo- 
getik, mit Einleitungen und einer biograpkisch-historiseken Charakteris- 
tik Mendelssohn's, herausgegeben von D 1 ' Morilz Brasch. 2° édit. Leipzig, 
libr. L. Voss, 2 vol. in-8° de lxxxx-53"7 -f- (502 p. 

A la fin du 2 e volume se trouvent les écrits de Mendelssohn pour 
l'apologie du judaïsme : Jérusalem, introduction à l'Espoir d'Israël de 
Manassé b. Israël, correspondance avec Lavater et Charles Bonnet ; avec 
le prince héritier de Brunswick- Wolfenbiïttal ; considérations sur la palin- 
génésie de Charles Bonnet. 

Rbich [Ignaz). Betn-El, Ehrentempcl verdienter ungarischer Israelilen ; 
3 e vol., 1 er fasc. ; ( in fine : ) Budapest, imp. Neumayer, 1882; in-8° de 
152 p. avec 7 portraits gravés sur bois. 

Parmi les biographies qui se trouvent dans ces volumes, nous remar- 
quons celles de Moritz Wahrmann, député ; M. Hirsch, grand-rabbin de 
Prague; Szanto, directeur de la Neuzeit ; J. Perles, grand-rabbin de 
Munich ; Ignatz Barnay, ancien secrétaire de la communauté juive de 
Pesth et son fils, Louis Barnay, acteur distingué. 

Renan (Ernest). Marc-Aurèle et la fin du monde. Paris, Calmann-Lévy, 
1882, in-8° de vi-645 p. 

Nous rendons compte plus loin de cet ouvrage; ici, seulement quel- 
ques indications de détail. P. 527, M. R. cite un certain nombre de passa- 
ges talmudiques (p. ex, Jebamot 40 a) d'où il conclut que le baptême fut, à 
l'origine, chez les Juifs, le préliminaire de la circoncision. P. 530, il faut, 
lire Ben Azaï et non Rabbi ben Azaï. P. 603, parlant « des fausses idées 
répandues sur l'usure » au moyen âge, M. R. dit : « Le Juif seul peut 
manier l'argent, on le force à être riche (nous ne savons si cela est exact, 
nous en doutons fort), puis on lui fait un reproche de cette fortune. 
Renvoi à Jourdain, Mém. de l'Acad. desinscr.,t. XXVIII, l re partie, et 
aux conciles de Tolède. P. G0, M. Renan ajoute une foi entière à tout ce 
que les chrétiens des premiers siècles écrivaient contre les Juifs. Il n'est 
assurément pas impossible que les Juifs aient calomnié les chrétiens sous 
Marc-Aurèle, mais le fait ne s'appuie que sur des témoignages chrétiens. 

M. Renan annonce, dans sa préface qu'il va écrire maintenant l'histoire 
du peuple hébreu jusqu'à Jésus. Cette nouvelle sera accueillie partout avec 
le plus grand plaisir. 

Reuss (Eduard). Die Geschichte der heiligen Schriften des Alten Testa- 
mentes ; erste Ilalfte. Braunschweig, libr. Schwetschke, in-8 u de xv- 
400 p. 

Nous ne voulons pas analyser ici ce grand ouvrage, la place nous man- 



294 REVUE DES KTUDKS JUIVES 

quorait. M. R. est un de ceux qui ont le plus contribué à l'élaboration des 
idées qui ont cours aujourd'hui sur l'histoire de la Bible, et c'est avec 
raison qu'il les revendique dans sa préface. 

Schimmer (G. -A.)- Die Juden in Oesterreich nack der Zâklung vom 31. De- 
cember 1880. Wicn, libr. Alfr. Ilôlder, in-8° de 17 p. 

Cette étude contient, outre les chiffres, des remarques intéressantes. De 
1830 à 1840, la population juive de l'Autriche a varié de 350.000 à environ 
400.000 âmes; elle est restée au-dessous de 500.000 jusqu'en 1850; elle 
était de 620.000 en 1857; de 822.000 en 1869; enfin, de 1.005.000 en 1880. 
Cette augmentation considérable de 22 O/O depuis 1869 (le reste de la popu- 
lation n'a augmenté que de 8 O/O) est en partie une simple question d'écri- 
tures, et l'auteur l'attribue dans une certaine mesure aux recensements in- 
complets des années antérieures. La population juive de Vienne, qui était 
en 1869 de 40.000 âmes, est en 1880 de 72.000 âmes, et M. S. remarque 
qu'en général les Juifs paraissent abandonner peu à peu les campagnes 
pour aller s'établir dans les villes. Les exceptions sont expliquées par des 
circonstances locales, comme par exemple le commerce de charbons et 
l'industrie du nord de la Bohême. Il est très curieux qu'en Gallicie, dans 
les districts montagneux les plus pauvres, où vivent principalement des bû- 
cherons et des pâtres, la population juive augmente et réussisse. L'aug- 
mentation totale doit enfin être attribuée en partie à l'émigration de la 
Russie et de la Roumanie. Les seules provinces véritablement habitées par 
les Juifs sont celles de la Basse-Autriche (augmentation de 81 0/0 due à 
l'augmentation des Juifs de Vienne), de Trieste (sans augmentation sen- 
sible), de la Bohême (augmentation très faible de 4 0/0), de la Moravie 
(augmentation plus faible encore, 2 0/0), de la Silésie (augmentation, 40 O/O), 
de la Gallicie (augmentation de 20 0/0) et de la Bucovine (augmentation 
de 41 O/O due en partie à l'immigration). Dans aucune des autres pro- 
vinces le nombre des Juifs n'est supérieur à 2.000, dans quelques-unes il 
est insignifiant. Le nombre de militaires israélites est de 4.000, il a plus que 
doublé depuis 1869, tandis que pour le reste de la population il a diminué 
de 11 0/0, néanmoins il est aux chiffres des militaires d'autres confessions 
comme 1 à 36, tandis que la population juive est au reste de la population 
comme 1 à 21. Il est très curieux de voir qu'à Vienne, les Juifs sont 
massés dans le 1 er et surtout dans le 2 e arrondissement, le 3 e en contient 
encore 3.600 ; le second seul en compte 19.600. 

Steinschneider (M.). Gafiki's Verzeichniss einfacher Heilmittel, dans Ar- 
chiv fur pathologische Anatomie, vol. 77, p. 507 à 548 ; vol. 85, p. 132 à 
171, et 355 à 370 ; vol. 86, p. 98 à 149. 

Ce grand et savant travail ne rentre pas dans nos études juives. Nous 
remarquons seulement que quelques-unes des autorités citées par Gafiki 
(à Cordoue, vers 1100 probablement) sont des médecins juifs : Jona ibn 
Gannach, qui avait composé un ouvrage de médecine assez important ; 
Dunasch b. Tamim, Isak b. Salomo el-Israili, Judaeus; Maserdjeweih 
(vm t! s.), Thabari. 

Wùnsche (Aug.). Der Midrasch Bereschit Rabba, das ist die haggadisebe 
Auslegung der Genesis zum ersten Maie in's Deutsche ùbertragen, mit 
einer Einleitung von D r J. Fùrst, Noten und Verbesserungen von dem- 
selben und D. O. Stracksun, und Varianten von D 1 ' M. Grunwald. Leipzig, 
Otto Scbulze, in-8° de vm-587 p. 

Cette traduction du midrasch Bereschit rabba a été partout recensée ; 
on en a montré surtout les défauts, qui sont graves ; mais une œuvre 
aussi vaste et aussi difficile mérite néanmoins d'être accueillie avec faveur. 



lîinUOr.UAIMHK 29i 



Revue des périodiques. 



r'I.'.NTT ~pr r"D Bibliotheca haggatliea, Monalsselirifl (Tir die Yerëllenl 
lichung iind Bearbeitung altérer haggad. Sehriiïen herausgsgetj. von 
('.haïra Horowitz. V' v fascicule, Francforl -sur-M., nnp. Slobolzky, iu-8" de 
61 p. 

Le premier fascicule contient le maassé d'Eliézer b. Jlyrcanos sous six 
rédactions différentes et le midrasch des dix rois publie pour la premièfe 
Cois. 11 eût été bon que M. H. connut l'article de M. Steinschneider dans 
la Z. d. D. M. G., vol. 22. 

Le second fascicule [paru, d'après le litre, en novembre 1881) contient le 
Tanna debè Eliah Zutta d'après le ras. De Rossi, n° 327 et d'après le ms. 31 
du Vatican, plus divers autres midrascbim. 

— N ""p^rr Ha-Boker Oi* (Varsovie, périodicité non indiquée). 6? année. 
== = n 08 3 el 1 .mais -avril 1881). Gottlober: Souvenirs de jeunesse 
(suite). — Gottlober : Les Esséniens. — M. A. Schatzkes : Explication du 
passage de Sîucpa '29 a sur les quatre causes des éclipses du soleil. — 
Heiiïnann : Le livre d'Eldad le Danite (suite). — Gordon: Noie talmudique. 
— Chonam: Une rectification. — Weissberg : Polémique. — Gibianski : 
Explication d'un passage de Berakhot 53/;. 

Gottlober : Ces souvenirs de jeunesse intéresseront spécialement ceux 
qui s'occupent de l'histoire des Juifs en Russie. — Gottlober : Dans le 
passage bien connu de Sota, °:2b, sur les sept classes de Peruschim, il y en 
a une qui est appelée ÎTIlDlï5i>N1 ^nSin ÏTtJ "IZ5T1D- De là viendrait le nom 
des Esséniens, COu^'N ! — Schatzkes : Le passage de Succa indiquerait 
les causes de la ruine du peuple hébreu. La première cause (mort d'un 
ab bet din qui ne serait pas pleuré comme il convient) représenterait les 
méfaits de la maison de David, parce que Jonathan, fils de Saùl, est 
appelé par le Talmud ab bet din ; la dernière cause (deux frères tués en 
même temps) représenterait les querelles de Hyrcan et d'Aristobule. L'ex- 
plication des deux autres causes est si artificielle que nous renonçons à la 
reproduire. 

Reifmann .' M. R. continue à démontrer que la l'ettre attribuée à Céraah- 
Gaon [Revue., II, p. 318) est apocryphe. Elle contient des erreurs, des non- 
sens, des absurdités de tout genre. Un grand nombre de passages du livre 
d'Eldad sont empruntés à d'autres écrits juifs ; exemples. — Chonam : 
Passages talmudiques où les lettres de l'alphabet ont une valeur numéri- 
que (guématria). — Weissberg : Conteste que D11D7D1D Symmaque, le 
disciple de R. Méir, ait été un prosélyte ; divers. — Gibianski •. Explica- 
tion du passage de N^ITl*! ÏIjT- 

n*Dbî"frl m53 r^n ou ù^TCÎBn btf '[min Halachische Schriften der Geonim. 
I. Theil, von Chaïm M. Horowitz, Franf.-s.-M., impr. et libr. Slobotzky, 
in-8° de 64 p. 

Ce premier fascicule contient : 1° Des lT1312tp miDbîl de Jehudaï 
Gaon ; 2° n"PC*lD TlT^Oi lecture de la loi pour les jours de fêtes ; 
3° consultations des Guéonim ; k° divers ; 5° les dix questions faites à 
Saadia sur l'immortalité de l'âme. 

-rr:'" Haschach;u«, die Morgeni'wtlie (Wien, périodicité non indiquée). 
10 e année. = = n° 5. Smolensky : Considérations sur la situation des 



296 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Juifs, principalement en Russie. — Israël Bernstein : Même sujet. — 
Smolensky : Critique de l'édition de l'Arukh de Kohut. — Revue litté- 
raire. — Histoire des peuples anciens (suite). — fi:;N nw de Mardochée 
Fromkin, édité par Ruben Weller. = = n° 6. Smolensky : Considé- 
rations, etc. — Bernstein : Même sujet. — La terre de gloire, suite (voir 
Revue, II, p. 150). — Kohut: Réponse aux critiques de son édition de 
l'Arukh. — Histoire des peuples anciens. = = n° 7. Smolensky : Consi- 
dérations, etc. — Lettre de Bottoschan sur l'établissement de Juifs en 
Palestine. — La terre de gloire. — Critique de l'édition de la Pesikta 
sutrata de S. Buber. — Histoire des peuples anciens. 

N° 0. Kohut : Donne, entre autres, une table des citations du Beréschit 
rabba qui se trouvent dans la lettre N dans les anciennes éditions de 
l'Arukh. 

Académie des inscriptions et belles-lettres, Comptes-rendus (Paris, 

trimestriel). = == 4° série, tome 9, juillet-septembre. Clermont-Ganneau : 
Extrait d'une lettre datée de Jaffa, 16 juillet 1881. — Victor Guérin: Le 
tombeau des Rois à Jérusalem. — J. Halévy : Inscriptions peintes trou- 
vées à Larnaca. — V. Guérin : Le temple de Jérusalem, — J. Deren- 
bourg : L'inscription hébraïque du tunnel près de la fontaine de Siloâh. 

Clermont-Ganneau : 1° A trouvé à Arsouf, ville située à 4 h. au N de 
Jatfa, une statue de Horus hieracocéphale (Apollon des Egyptiens) et en 
conclut que Arsouf (Apollonia) est Reseph, l'Apollon phénicien. 2° A trouvé 
à Amwas un chapiteau portant une inscription chrétienne grecque du v° ou 
vi° siècle, et, sur une autre face, les mots ûbl^b IfàtïJ "TT-D en carac- 
tères archaïques comme ceux des monnaies juives. Cet archaïsme est tout 
arti6ciel. Cette inscription, avec celle de Mésa, découverte également par 
M. Ganneau, forme, dit-il, l'alpha et l'oméga de l'épigraphie hébraïque 
archaïque. — Guérin : Le Tombeau des Rois, à Jérusalem, situé au N. 
de la ville, est une nécropole royale ; cependant on sait que le tombeau de 
David était sur le Sion, dans la ville? M. Guérin, s' appuyant sur Ezéchiel, 
xliit, 7-9, suppose qu'au retour de l'exil, pour éloigner du temple les osse- 
ments impurs, les restes du tombeau de David furent transportés au Tom- 
beau des Rois actuel ; ou bien que le tombeau de David ne recevait que 
les restes des Rois, le Tombeau des Rois, les restes des membres de leur 
famille, —r Halévy : Voir, sur ces inscriptions, Revue, t. II, p. 124, l'ar- 
ticle de M. J. Derenbourg, et t. I, p. 305. Le mois à' Et an est identique au 
mois de Tisri, qui, dans la mythologie sémitique, est consacré au soleil, 
divinité qui passait pour le juge suprême du monde. Le mois de Féoulat 
de l'inscription est le mois « des constructions », Fioul dans le calendrier 
juif actuel, Ab chez les Assyriens. Le seul nom de ce mois indique que les 
anciens Sémites n'étaient pas nomades, mais demeuraient dans des villes 
entourées de murailles ; Kalbim n'indique pas les scorta virilia, mais de 
vrais chiens destinés à garder le temple ; gêrim = ffourim, jeunes chiens, 
et non parasites étrangers. — Guérin : Les assises du temple de Salomon 
étaient si puissantes et si fortement enracinées dans le sol, qu'il est pro- 
bable qu'elles n'ont jamais été détruites et que le second temple, comme 
le temple d'Hérode, s'élevèrent sur ces puissants fondements. Hérode ne 
fit qu'agrandir le temple vers le nord, mais les assises du sud et des côtés 
attenants sont encore celles de Salomon. — Derenbourg : Il est constant 
maintenant que le percement du tunnel où a été trouvée l'inscription de 
Siloé a été commencé aux deux extrémités à la fois et qu'une erreur de 
direction s'étant produite dans un des tronçons au moins, les deux équipes 
d'ouvriers se sont appelées l'une l'autre pour rectifier le tracé et ont finale- 
ment fait tomber, en frappant pic contre pic, le rideau de terrain qui les 
séparait. Le canal a 1.200 coudées d'après l'inscription, 533 mètres d'après 



BIBLIOGRAPHIE 297 

les mesures qu'on en a laites. M. Derenbourg prend les 1,200 coudées de 
l'inscription pour des coudées ordinaires, ces coudées étant à celles du 
temple comme 5 à 6, et la coudée du temple étant m 52 (n'est-ce pas 
plutôt la coudée ordinaire?), on a 1,200 c. ord. = 520 m , ce qui se rappro- 
che suffisamment de 533 m . La hauteur du tunnel était, d'après M. D., 
au-dessus de la tête des ouvriers jusqu'à la voûte, de 1/2 ou de 1 coudée. 
L'endroit N£1?2 se trouve maintenant identifié, car l'inscription porte ce 
mot et non N^lft. M. D. rappelle que, d'après M. Ad. Neubauer, le 
verset d'Isaïe vin, 6, où il est dit « Parce que ce peuple a dédaigné les eaux 
du Siloâh qui marchent lentement » se rapporte au percement du tunnel, 
qui aurait par conséquent été entrepris sous Achaz. 

Gœttingische gelehrte Anzeigen. = = 3 août 1881. Recension des Iscri- 
zione inédite de G.-J. Ascoli, par David Kaufmann. == — 28 décembre 
1882. Recension de la Geschichte des Erziehungswesens de M. Gùde- 
mann, par le même. 

Nous ne voulons pas faire ici une recension de recension. Disous seule- 
ment que les notices de M. K. ajoutent d'excellents et utiles renseigne- 
ments et rectifications aux ouvrages qu'il analyse. Dans sa recension de 
Gi'idemann, il a particulièrement serré de près le problème que soulève le 
curieux règlement scolaire publié par M. G. et dont nous avons parlé dans 
la Revue, II, 158. Il semble résulter clairement de l'étude de M. K. que ce 
document n'est pas d'origine française et qu'il est plus ancien qu'on ne le 
pensait. 

Archives Israélites (Paris, bebdomadaire). 42 e année. = = N 03 21 et 22. 
Les Juifs à Metz (suite). — = N° 28. M. Schuhl : Açouoah, curiosité 
étymologique. = = N os 40, 42, 44, 46, 48, 49. Ernest David : Les Texeira. 

N os 21 et 22. — Ce fut Bossuet, alors chanoine à Metz, qui présida 
au baptême des frères "Weil, de Metz, dont l'un est devenu Louis de 
Compiègne, et a écrit un certain nombre d'ouvrages, concernant la littéra- 
ture juive; autres conversions à Metz; Louis XV à Metz en 1744 ; fêtes 
de 1751 lors de la naissance du duc de Bourgogne; Napoléon I er à Metz 
en 1806. 

N° 40, etc. — E. David : Cette étude sur la famille marrane des Texei- 
ras est intéressante. 

The Jewish Clironïele (Londres, hebdomadaire). = = N os 639, 643, 645. 
W. II. Lowe : The Memorbucb of Nûrnberg. = — N° 643. The Jews of 
York. = = N° 646. Some jewish Physicians. ===== N os 647, 649. Fo- 
reign Jewish Journals. = = N 0s 655 à 661. Dôllinger : The Jews in Eu- 
ropa. = = N° 661. Jewish Cimeteries. 

N° 639. — Lowe : Suite de l'analyse intéressante des noms juifs. Voir ' 
Revue, II, 320, où. par erreur, les prénoms de l'auteur sont M. H. au lieu 
de W. H. Il faut aussi corriger (ibid.) le mot ÏT3TT en !"m*iî, qui est très 
fréquent dans ce genre de listes et que nous regrettons de n'avoir pas 
reconnu de suite sous la faute d'impression ITÎjIT. A la fin, l'auteur donne 
une liste de noms de fonctions ou de professions et de quelques noms géo- 
graphiques. 

N° 643. — The Jews... •. Quelques notes sur les Juifs de York et sur 
le mot Jewbury. Ce nom, d'après les uns, signifie juiverie, d'après les 
autres, cimetière des Juifs. 

N° 646. — Quelques notes sans suite sur divers médecins juifs du 
moyen âge et des derniers siècles. 

N 0s 047,649. — Liste curieuse, quoique incomplète, de journaux israélites 
publiés depuis 1821. 

N oS 655 à 661. — Traduction de la remarquable lecture faite par M. Dol- 



208 REVUE DES KïTM'.S JUIVES 

linger, à l'Académie des sciences et arts de Munich, le 25 juillet 1881, sur 
la situation des Juifs en Europe pendant le moyen âge. 

N° 661 . — Texte d'une inscription tumulaire hébraïque de Venise, sans 
date. 

Der Israelit (Maycnce, hebdomadaire). 22 e année. — N°27. Zur Gcschichte 
des Rabbi Joselmann von Rosheim. = r= N os 29 à 34 et n° 46. N. Simon : 
Aus den Papieren einer Sciiamescb-Familie. = = N° 32. Sulzbach : 
Notizen zu Buxtorfs rabb. Worlerbuch. = = N 0s 34 à 45. Ehrmann : 
Geschichle der .Juden in Trier. 

N° 27. — Joselmann : Note de M. E. Scheid. Nous y reviendrons dans 
le prochain numéro. 

N os 29 à 34- — Simon : Chronique d'un Samass trouvée par M. S. Le 
nom de la ville n'est pas indiqué; le père de l'auteur du ms. est né en 
5469= 1709. Mesures prises pour secourir les pauvres; procédure pour le 
renouvellement des statuts de la communauté ; impôts ; sociétés de bien- 
faisance et d'instruction ; vexations de la part de l'autorité. 

N os 34 à 45. — Histoire des Juifs de l'archevêché de Trêves. La com- 
munauté juive de Trêves est, avec celle de Cologne, une des plus an- 
ciennes de l'Europe occidentale; les Juifs étaient déjà dans cette ville du 
temps des empereurs romains; au moyen âge, on les trouve mentionnés à 
partir de l'an 1066; ils furent massacrés par les croisés en 1096; expulsés 
de la ville, puis revenus en 1339, ils souffrirent cruellement pendant la peste 
noire (1349-50). Ils furent de nouveau expulsés en 1418, mais ils y revin- 
rent bientôt; réception de cinq familles juives à Coblentz, 25 juillet 1518; 
1561, nouvelle expulsion, à l'exception de 23 familles, parmi lesquelles nous 
remarquons celle d'un Abraham de Berncastel, peut-être un ancêtre du 
Berncastel qui fut membre de l'assemblée des Israélites à Paris en 1806, etc. 
Souffrances des Juifs de Trêves et persécutions dans les années 1675, 1687, 
1707. 1713, 1723. Liste des Juifs de Trêves en 1713. 

Der israelitische Lehrer und Cantor (Berlin, périodicité non indiquée). 

l re année. = — N° 12. Ansbacher : Sarkenes. 

Sar gènes (la robe mortuaire) viendrait du mot grec sericos et indiquerait 
une robe de luxe, comme doit l'être la robe mortuaire. (Pourquoi ne pas 
le faire venir de sarcos ou de l'allemand sarg?). 

Das jiidische Iâteraturblatt (Magdebourg, hebdomadaire). 10 e année. = 
— N° 23. Friedlander : Kirchenvâter iiber Juden und Judenthum (suite). — 
Jacob Bernays (Nécrologie). = = N° 25. Wolffsohn : Die Pleuropnomonic 
nach jùd. Ritualgesetz. — Zuckermandel : Tosefta Varianten.= = N°26. 
Wolffsohn (fin). — Lewin : Die Stadt Safet u. ihre Bewohner aschkena- 
sischen Ritus, von D r Eleazar Rokeah, Jérusalem. = = N° 27. Der 
Judengott u. Richard Wagner. — Grùnwald : Die Schriften Raschi's. — 
Dankowicz : Nochmals ùber die slavischen Wôrter bei Raschi. — No- 
tizen. = = N° 28. Grùnwald: Die Schriften Raschi's (suite). — Roth- 
schild : l^ttî. — Weissmann : 53 oder £3. = = N° 29. Ein Lehrer Men- 
delssohn's. — Caro : Am haarez. — Lôwy : Die letzten acht Verse des 
Pentateuch. = = N° 30. Ein Lehrer, etc. — Julius Opperl (Biographie). 
= = N° 31. Stier : Bileam und Jésus. — W. H. Lowe : Das Memorbuch 
von Nùrenberg (recension). = = N° 32. Stier : Bileam und Jésus. — Das 
Memorbuch, etc. = = N° 33. Lewin : Eine Familie von Aerzten. — 
Grùnwald : Welche Schriften setzt Sirach in seinem Hymnos paterôn vor- 
nus ? == = N° 34. Dôllinger : Die Juden in Europa, Festrede in der Aka- 
demie der Wissenschaften zu Mùnchen am 25. Juli 1881. — Gebhardt : 
Beitràge zur Erklàrung des griechischen Wôrter in den Midraschim und 



BIBLIOGRAPHIE -".''.> 

Talmuden. = = N° :r>. Dôllinger (suite). — L^wy : Zur Erklarung des 
Wortes tm\ Gen. 36,24. = = N° 3$. Dôllinger (suite). — Grûnwald ; 
Welche Schriften setzt, etc. (voir n* 33). = = N° 81. Dôllinger (suite). 
= = N° 38. Zuckermandel : Tosefta Varianten. — Spanier : Taschlich. 
= = N° 39. Versuch einer ostfriesichen Judenhetze im Jahre 1658. — 
Lewin: Einjunger Fasttag. = = N oa 40 et 41. Kant und Mendelssohn 
(commencement d'une lettre de Kant à Mendelssohn). — Grûnwald: Die 
Schriften Raschi's. — Lewin : Das Trierer Meniorbuch. — Slraehsun : 
Supplément, v.w meinen Noten u. Verbesserungen ?ur D r Wunsche'schen 
BibUoth. Rabbinica, Bfereschil rabba. — Gebhardt : Beitrâge, etc. = = 
N° 42. Gebhardl (suite). ===== N° 43. Grûnwald : Raschi's Leben (suite). 
= = N° 44. Fried : Beweise fur die Idenditat Menahem's ben Saruk mit 
Menahem Ginzi. = = N° 47. Simonsen : Die Ànzahl der Verse in Tillim 
und Dibré llayamim. 

N° 23 et suiv. — Friedliinder : Les opinions exprimées sur les Juifs par 
les Pères de l'Eglise, Eusèbe. 

N° 27. — Grûnwald : Les écrits de Raschi sur la Halakha et la Haggada. 
ses poésies, ses ouvrages exégétiques. — Dankowicz : Conteste qu'il y ait 
des mots slaves dans Raschi. — Notizen : Sur un journal trimestriel amé- 
ricain intitulé : ÎTlEHWl VIN 3 tpNnï"ï. — Lewin : Notices intéres- 
santes sur les juifs de Safet. 

N° 28. — Rothschild : ^J^'ffl n'indique pas la porte de la ville où se 
tiendrait le tribunal, mais le palais de justice, situé à l'intérieur de la ville, 
sur une place publique. — Weissmann : Explication du verset Exode xvn, 
16 : In" 1 O'D hy T- M. W. croit que ^ signitie la hampe ou la pique qui 
servait de drapeau, comme aussi le 71^373 qui en serait synonyme, et £3 
serait synonyme de FDT'ft, autel. Le verset voudrait dire que Moïse pla- 
ça le drapeau sur l'autel de Dieu. 

N°29. — Mendelssohn savait-il le grec? Oui, il l'apprit à Berlin, chez 
le recteur Christian Tobias Damm, directeur d'un gymnase; relations de 
Mendelssohn avec lui. — Caro : Les am-haareç (gens du peuple), contre 
lesquels le Talmud contient tant de paroles méprisantes, ne sont pas, comme 
on le suppose ordinairement, des ignorants et illettrés, mais des commu- 
nistes et des socialistes dangereux; essai de preuve. — Lôwy : Le l^fp 
qui peut lire les 8 derniers versets du Pentateuque racontant la mort de 
Moïse, signifie un TÏT 1 sans meturgeman ; ces versets ne devaient pas 
être traduits, pour qu'on n'en suspectât point l'authenticité. 

N os 31 et 32. — Stier : Geiger a déjà montré que sous le nom de Bi- 
leam les talmudistes ont au moins une fois désigné Jésus. M. St. croit 
qu'il en est de même dans le passage du midr. rabba sur Nombres 22, 5 : 
« Bileam d'abord expliqua les songes, puis il se fit devin, puis il se tourna 
vers l'Esprit saiut (se fit prophète?). » 

N° 33. — Lewin : Histoire d'une famille de médecins de Coblence : 
Isaac Rofé (vers 1600), son fils Josef Schelomo, gendre de R. Menahem, 
de Metz, qui mourut le 20 adar 1642. Josef meurt 1689 ; son fils Simon Rofé, 
mort 1770; Menahem Manlin Walich, beau-père de Leib Deutz, dont le 
fils fut grand-rabbin à Paris; son fils Simon Rofé, mort 27 novembre 1804. 
— Grûnwald : L'hymne qui se trouve dans l'apocryphe Ben-Sirah, 
chap. XLtV à L de la Septante, suppose que l'auteur a copié ou uti- 
lisé des écrits antérieurs. Comparez B. S., chap. XLIV, vers. 1 à 15 avec 
Ps. 78. 

N° 38. — La coutume du taschlikh (jeter ses péchés à l'eau) était aussi 
pratiquée par les chrétiens, comme put le constater Pétrarque lorsqu'il 
vint de France à Cologne. 

N° 39. — Le 14 novembre 16i>8 les Juifs d'Aurich présentent au prince 
d'Ostfriese un mémoire où ils réfutent une de ces accusations dites du sang 
et les calomnies répandues contre eux par une juive baptisée, qui aurait vu 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

le crime s'accomplir dans la maison de Calmer Abraham; le 2 ( J nov. 1658, le 
prince répond que l'accusation est calomnieuse. Il est dommage qu'on ne 
nous indique pas l'origine de ces deux pièces ni le lieu où elles se trou- 
vent. — Lewin : Le 15 ellul 1675 la synagogue de Trêves fut dévastée, on 
ne sait par suite de quel événement, et la communauté institua un jour de 
jeûne annuel. 

N os 40-41. — Griinwald : Remarquez l'explication du mot d^ISnû. — 
Lewin : Transcription des noms de localités qui se trouvent dans le Mémo- 
rial de la synagogue de Trêves. 

N° 44. — Fried : Menahem Gizni, qui écrivit à David Hababli (Likkuté 
Kadmoniot, p. 153) ne serait autre que Menahem b. Saruk,qui, après avoir 
perdu les bonnes grâces de Hasdaï, alla vivre à Kairoan. Les preuves de 
M. Fr. nous paraissent des plus faibles. 

N° 47. — Simonsen : Nouvelle tentative d'expliquer le passage de Kid- 
duschin 30 a où sont indiqués le nombre des versets de la Tora, de Tilùimel 
des Dibré hayamim. 

Populiir ivïssensclmî'tliolie Moiiatsblatter (Francfort-sur-Mcin, men- 
suel). l re année. == N° 7. J. S. Bloeh: Jean Bodin, ein franzôsicher 
Staatsmann (suite). = = N° 8. Jacob Bernays (nécrologie). — J. Ham- 
burger : Die Religïonsphilosophie der Juden. = = N° 9. M. H. Fried- 
lander : Gescbichtsbilder ans der nachtalmudiscben Zeit. = = N° 10. 
Ne contient point d'article scientifique. = = N° 11. G. Wolf : Zur Ge- 
schiente der Juden in Frankfurt-am-Mein. Die Tùrkenstcuer. — EmilLeb- 
mann : Zur Geschicbte des Judenhasses. = = N° 12. Emil Lehmann : Zur 
Gescbicbte,etc. 

N° 7. -- Bloch : Anatyse de l'ouvrage de Jean Bodin; voir Revue, II, 
323. 

N° 8. — Hamburger : Reproduction de son article de la Realencyclo- 
pâdie. 

N° 0. — Friedlander : Biographie de Salomon Lurja et de Moïse Isserles. 
Voir Revue, II, 323. 

N° 11. — Wolf: suite; voir Revue, II, 152. Suite de la querelle de 
l'empereur avec le magistrat de Francfort au sujet de l'impôt extraordi- 
naire des Juifs. Elle ne se termine que le 25 octobre 1685, après une lutte 
de près de 16 mois. Dans le cours de son étude, M. AV. est amené à don- 
ner le texte de la lettre par laquelle l'empereur Charles IV vendit les 
Juifs de Francfort à la ville. Elle est datée du jeudi 24 juin 1349. — Emil 
Lehmann (avec n° 12) : Le commencement de ce travail peut être utilement 
comparé à celui de M. Ellenberger que nous analysons plus haut. En étu- 
diant les causes de l'antisémitisme, M. L. expose des idées justes. Il 
rappelle, à la fin, le mot de Gutzkow : « Vous autres Juifs, il faut que vous 
patientiez avec nous ; une haine séculaire ne s'efface pas si vite. » 

Monatssclirift fikr GescEuchte und Wissenschaft des Judenthums 

(Breslau, mensuel), 30 e année. = = N° (î. Graetz : Die musikalischen 
Instrumente im jerusalemischen Tempel u. der musikalische Chor der 
Leviten. — S. Back : Die Fabel im Talmud u. Midrascb. — M. Gùde- 
mann : Notizen. — Kecension. = — N° 7. Graetz : Eine angesehene Pro- 
selyten-Familie Agatbobulos in Jérusalem. — II. Gross : Meir b. Simon 
u. seine Scbrift Milchemetb Mizwa. — B. Ziemlich : Handscbriftlicbes 
aus Mùncben, II, Cod. bebr. 62 1 . — Recensionen. — S. Back: ZurLebens- 
zeit des ûib'û *D ÎTT1FP "^T = = N° 8. Jacob Bernays. — Graetz : Die 
Anfânge der Vocalzeicben im Hebraiscben. — M. Gaster: Beitràge zur 
vergleiclienden Sagen u. Mahrcbenkunde. — Brann : Recension. = = 
N° 9. Jacob Bernays (fin). — Graetz : Die Anfânge, etc. (fin).— S. Back: 



BIBLIOGRAPHIE 301 

Die Fabel, etc. (suite). — M. Gaster : Beitrftge, etc. (suite). — S. Sckles : 
Zuni jùd. Kalender. — Hecensiou. == N° 10. Graelz : Ilillel der Pa- 
triarchensohn. — II. Gross : Meir 1». Simou (suite). — J. Back: Die Fabel, 
etc. (suite). — Bloch : Revue des Etudes juives. — Notizen. — Recensiou : 
Histoire delà Bible, par L. Wogue. 

N° 0. — Graetz : M. Gr. fait remarquer avec raison qu'on ne sait 
encore rien de précis sur les instruments de musique usités chez les Hé- 
breux et dont un {grand nombre sont principalement nommés dans les 
suacriptions des Psaumes. Se fondant sur un passage de Josèphe, 
Antiq. VII, 12, 3, sur divers passages talmudiques, M. Gr. arrive à cette 
conclusion qu'à l'époque du second temple les chœurs de lévites du temple 
étaient composés de 12 musiciens (Arakhin, II, 3 et Tosefta, ibid. II, 1), 
qui, ordinairement ne jouaient que de trois instruments : le bl33, instru- 
ment à cordes en forme d'outre avec table de résonnance ; le Kinnor, ins- 
trument à cordes en forme de lyre (comme le lac de Tibériade, appelé 
Kinm'ret), et des cymbales. Celles-ci étaient tenues par le chef de chœur, 
qui s'en servait pour marquer la mesure. Ce chef avait le titre de Ï"i2£j!ft. 
Le chapitre de I Chroniques, 2j, confirme ces assertions, puisqu'il divise 
les chanteurs en 24 compagnies de 12 musiciens chacune, formant ^v. 7) un 
ensemble de 288 personnes. Le nombre de cordes de ces instruments a 
changé avec le temps. Le jeu du Kinnor s'appelle *p*, pincer la corde; la 
présence du bl3D serait quelquefois indiquée dans les psaumes par le mot 
encore obscur ni 72 bv ■ Le Kinnor a le sou doux et sert pour les modes 
mineurs; le b^j. au contraire, a plus de cordes et fait plus de bruit, 
voilà pourquoi il ne doit y avoir plus de deux b^D dans les chœurs ordi- 
naires. Les principaux directeurs de chœurs étaient les Korahides ou 
Hémanides, puis Assaf et Jedutun, en sorte que les mots ^D^b îl^jfàb 
rnp signifient : Psaume exécuté par le chef de chœur de la famille des 
Korahides. — Back (avec n os 7, 9 et 10) : Beaucoup de fables rabbiniques 
ont un fond historique. Simon b. Yohaï insiste sur la sainteté du Sabbat 
(Ber. r. chap. ll) t parce que l'observation du sabbat fut défendue de son 
temps par les Romains et qu'il alla à Rome pour obtenir le rappel de 
l'édit; au contraire, Juda bar Schalom, un contemporain plus jeune de 
R. Abbahu, vivant encore du temps de Dioclétien , voyant que le sabbat 
était observé avec soin, tandis que la circoncision était peut-être négligée, 
rappelle que le précepte de la circoncision abolit les préceptes du sabbat et 
est plus importante que le sabbat (Jalkut, § 321 , sur Jérémie, 33, 25) . Les 
fables sur la valeur et les vertus des lettres de l'alphabet viennent toutes 
de R. Akiba et de son école (à l'exclusion, bien entend^, des fables toutes 
récentes telles que les ND^p^' '""H nvmfcî)» telles sont entre autres les 
fables sur la valeur de chaque lettre du Deutéronome (Sanhedr. j. 20c), 
sur le yod exclu du nom de Sarah (Sarai) dans Berésch. Rabba, chap. 47. 
Ce sont les persécutions du temps et la crainte de voir l'étude du texte 
biblique abandonnée ou remplacée par l'étude de la version grecque qui 
auraient inspiré aux rabbins ce respect presque superstitieux pour chaque 
lettre de l'alphabet. — Gùdemann : 1° Geiger a accrédité l'opinion que, 
dans les passages de la Bible où il est question de l'abominable culte de 
Moloch, à qui on offrait des enfants, le mot TOJffl (faire passer, s. e. par 
le feu) de la Bible a été mis à la place du mot *V^3>3î"î, brûler, mettre sur 
le bûcher. La conjecture serait gratuite, car le mot "P23>!-» doit signifier 
mettre de côté pour le culte, pour Dieu, pour le bûcher, et est, par con- 
séquent, lorsqu'il s'agit de Moloch, synonyme de '■pjfafl 2° Le mot 
û^TTtlîp dans le fameux chap. 3 d'Isaïe où est décrite la toilette des femmes, 
est traduit par Jonathan fcO072T7j bip- C'est sans doute le mot grec 
xo&irfSeapoç, ceinture, et il faut lire dans Jonathan ÎOD72nblp- 3° M. G. 
a autrefois expliqué le proverbe juif concernant les dévots (Quand les 
dévots tPTOn voyagent, il pleut) par cette circonstance que le mot 
D^TCn signifie les cigognes (Voir Gesch. des Erziehungswesens. p. 175\ 



àU2 REVUE 0ES ETUDES JUIVES 

il maintient cette explication contre M. Jellinek, Der jtid. Stainni in 
nichtjûd. Spriehwœrtern, p. 28. Le proverbe : « Juifs en Pasques, Mores 
en nopces, Chrestiéns en plaidoyers dépendent leurs deniers », est expliqué 
comme suit par M. G. : Pâsques désignait indifféremment toutes les fêtes 
au moyen âge; le proverbe veut donc dire que les Juifs ont tant de fêtes, 
qu'ils se ruinent à les célébrer ; les Mores se ruinent daos les nombreuses 
noces qu'ils font grâce à la polygamie, et les cbrétiens par les procès qui 
seraient devenus plus nombreux en Europe, surtout en Allemagne, à 
l'époque de la Renaissance, lorsqu'on y connut le droit romain (Voir 
Revue, II, 3 11). 4° Pourquoi le Peutateuque, comme l'a fait remarquer 
M. J. Derenbourg (Revue, II, 125) n'a-t-il pas de noms propres pour les 
mois, qu'il désigne le plus souvent par un numéro d'ordre, tandis que cbez 
les autres peuples contemporains les mois avaient des noms propres? C'est 
que ces noms étaient empruntés à des divinités ; le Pentateuque les exclut 
a dessein. Cela donne une portée particulière au verset de l'Exode, 12, 2 : 
« Ce mois est pour vous la tête des mois, il est pour vous le premier des 
mois de l'année. » 

N° 7. — Graetz : Comparaison de quatre notices parallèles (j. Péah, 
VIII, p. 21a; Tosefta Péab, IV, 11 ; Sifré, n° 110 et u° 103) d'où il résulte 
qu'une famille de prosélytes demeurant à Jérusalem aurait reçu des rabbins 
une somme d'argent importante, probablement parce qu'elle était devenue 
pauvre et voulait s'expatrier, ce qui aurait bumilié les Juifs. La famille 
aurait eu le nom d'Agatboboulos, et ce nom grec indiquerait qu'elle aurait 
été originaire d'Alexandrie ou d'Antioche ou dAsie-Mineure. La somme 
reçue fut de 600 pièces, probablement 600 sicles d'argent, valant environ 
975 francs. — Gross (avec n° 10) : Communications sur le livre 7\"ûrhl2 
ÏT11S73 de Méir b. Simon, dont il est question dans les Rabbins français, 
p. 558, et extraits d'après le ms. De Rossi n° 155. Cet ouvrage de 
polémique religieuse nous- intéresse surtout par les controverses avec 
l'évêque de Narbonne et les renseignements historiques qu'il contient sur 
les Juifs du Midi de la France. *p^~ indique certainement l'archevêque 
(p. 299), et l'identification avec Guillaume de la Broa (1247-57) paraît très 
bonne. Dans des mss. hébreux originaires du Nord-Est de la "France, T'pD 
signifie prévôt (p. 30l). La question de la limite du pouvoir des officiaux 
juifs (p. 302) est encore douteuse et nous n'oserions pas .affirmer que ces 
officiaux aient été mêlés à d'autres affaires que des affaires juives. Nous 
sommes heureux de voir les réserves que fait M. Gross sur les fables 
relatives aux origines de la communauté juive de Narbonne, sur l'interven- 
tion de Charlemagne dans l'histoire de R. Makhir à Narbonne et des 
Calonymos a Mayence. La correction dans Juhasin, de Londres, p. 84, de 
fîD'mjfà *P2!"ï U^blD ibnpl (les Juifs reçurent le tiers de la ville de 
Narbonne) au lieu de ib^il paraît excellente. — Ziemlich : Il résulterait 
de cette étude que Hayyim Paltiel, auteur de gloses Ù^lû^D sur le Penta- 
teuque^ était fils de Hayyim de Falaise et petit-fils de Samuel de Falaise. 
Le compilateur est un élève de Paltiel, et a eu encore pour maître Salomon 
de Chàteau-Landon. 

N° 8. — Jacob Bernays : Nous avons oublié de dire, dans notre notice 
nécrologique [Revue, II, 342), que Jacob Bernays était fils du fameux 
Hakham Isaac Bernays, de Hambourg. — Graetz (avec n° 9) : Divers 
passages de la Massora parlent de b^bfà et y m b)2 (en haut, en bas) qui 
ne peuvent indiquer la place de l'accent tonique (oxyton, baryton), mais la 
place de points diacritiques mis au-dessus ou au-dessous des lettres. Ces 
points diacritiques, analogues à ceux qui étaient d'abord en usage chez 
les Syriens, sont antérieurs au système de vocalisation introduit plus tard 
en Babylonie et en Palestine. Ces points, avec le temps, représentèrent 
certaines voyelles et notre point actuel de l'o long est un reste de cette 
ponctuation. Le nouveau système de vocalisation daterait, dans ses parties 
les plus anciennes, de l'époque d'activité scientifique inaugurée par 



BIBLIOGRAPHIE 808 

Ariuschirwah (531-579) et continuée pendant la conquête de la Perse par les 
Arabes (632-638). Il serait d'origine babylonienne et nullement calqué 
sur les travaux des Syriens. Le système palestinien actuel serait plus 
jeUne, quoiqu'il eût conservé, dans quelques-unes de ses parties, et con- 
trairement aux Babyloniens, des restes du système ancien. La palach 
• babylonien serait une altération de la lettre 3*. M. Gr. conteste l'explication 
des signes de vocalisation donnée par M. J. Derenbourg dans la Revue 
critique. 1879, mais en attribuant à M. D. des idées qu'il n'a pas expri- 
mées. — Gaster (avec n° 9) : Suite de son étude sur la légende du 
sommeil de soixante-dix ans du prophète Jérémie ; rapprochements avec 
Yalkut, II, f° 6ii/, $ 308, Pesikta rabbati, édit. Friedmann. i" 131 a, etc. — 
Recension : Sur la bibliographie û"HDD!7î "1^1^ de Benjacob, Wilna, 
. par le D 1 ' Brann. Comparant cette bibliographie avec le Sifté Yeschê- 
nim de 1680 et le Schèm Haggedolim de 17 ( J0. M. Brann remarque que le 
prornier de ces ouvrages contient 2,197 ouvrages, le second 3,i>27, celui de 
Benjacob 14,963. A la tin, des additions et rectifications de M. Brann. 

N° 9. — Sekles : On s'est toujours étonné de voir avec quelle précision 
les auteurs du calendrier juif actuel ont calculé la longueur du mois lunaire; 
ils l'ont probablement calculée d'après la période des éclipses luni-solaires 
connue des Chaldéens et Egyptiens. CetLe période est de 223 mois lunaires 
et l'observation la plus élémentaire a pu leur montrer qu'elle a pour durée 
6585 jours, 7 3/4 heures; il n'y fallait donc point de grandes connaissances 
astronomiques ni des instruments de précision. 

N° lu. — Graetz : Origône raconte que, dans son voyage en Palestine, 
il s'est entretenu de questions d'exégèse biblique, avec le patriarche Jullos 
et un autre Juif savant. Jullos est Hillel; mais, à l'époque où Origène fut 
en Palestine, de 232 jusqu'en 251-254, il n'y eut point de patriarche Hillel. Ce 
Hillel doit être le fils du patriarche Gamaliel III et le frère du patriarche 
Juda IL C'est à lui sans doute qu'appartiennent, comme l'indique la suite 
chronologique des rabbins cités, les sentences de Abot II, 4 à 7. L'autre 
savant juif avec lequel s'entretint Origène, pourrait bien être K. Hoschaya 
rabba, rabbin à Césarée, où Origène demeura depuis 232 jusqu'à sa. mort. — 
Bloch : Annonce de la publication de la Revue des Eludes juives et 
analyse d'un des articles. Nous remercions M. Bloch de l'attention sym- 
pathique qu'il a bien voulu accorder à nos travaux. — Notizen : Note de 
M. P. Frankl sur Jehuda b. Koreisch et explication, d'après M. David 
Kaufmann, d'un passage d'un Caraïte d'où il résulterait que ce Caraïte 
aurait dédié un livre à Ben Koreisch Jehuda, mais où le mot irninpï"! 
signifie non pas dédier, mais traduire en hébreu. — Notes sur le targum 
schéni d'Esther, par M. Jacob Reiss. — Recension de l'Histoire de la 
Bible de M. L. Wogue, par M. G. Rùlf. 

Israelitische Mouatsschrift (Berlin, périodicité non indiquée). l re année. 
== = N° 5. Ed. Banetli : Bilder aus der jùdischen Geschichte. I. Samuel 
ha Nagid und seine Dichtungen. = = N e 3. Ed. Baneth (suite). = = 
N° 7. Baneth (suite). — Friedlânder : Eine Berichtigung. 

N° 5. — Baneth (voir Revue, II, p. 324). 

N° 7. — Friedlânder: Note sur la fixation du jour de la nbiXtiJ dans les 
calendriers juifs. 

Mosè, Antologia israelitica (Corfou, mensuel). 4 e année ±= =± N° 7. P. 
Perreau : Intorno agli atti del IV congresso internazionale degli orien- 
talisti. ===:N* 8. Perreau (suite). — Abr. de Sola : Perissol o Farissol. 
=. — N° 9. P. Perreau : La Cantica di Salomone ed il Commentatori is- 
raeliti nel medioevo. — M. Steinschneider : Candia, cenni di storia lette- 
raria, contiuuazione, vedi anno III, p. 42. — Leone di Mosè Luzzatto : 
Un* memoria storica. = = N° 10. Perreau : la Cantica, etc. = =■- N°ll. 



304 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Perreau (suite). — Quinlo congresso degli orientalisti. = = N° 12. Per- 
reau (suite). — Quinte- congresso (suite). 

Perreau, le Cantique des cantiques et ses commentateurs au moyen 
âge : Nous ne pouvons pas analyser ici l'excellent travail de M. Perreau. 
Il commence par le Midrasch sur le Cantique, mentionne un commentaire 
arabe qui est à Oxl'ord et qui est attribué à Saadia, puis de nombreux tra- 
vaux exégétiques juifs où se trouvent commentés des passages du Cantique, 
Tobiyya b. Eliézer, Raschbam, Joseph Kara, Schemaya de Soissons, 
Menahem b. Salomon, le Jalkut, Abr. ibn Ezra, etc., etc. 

Steinschneider : Les auteurs nommés soat Mardochée Comtino, Salo- 
mon Scharbit Hazahab, Michel b. Sabbetai Cohen (vers 1450), Jedidia Je 
Rhodes, Schalom Anabi et son fils Josef, Jacob JX"n3> et Bar Ezra de 
Rhodes, Josef le Jerusalmi, messager des communautés de Jérusalem en 
1473, Joseph lub^p, Moïse Askeuazi, envoyé de Jérusalem en 1474, Isaac 
Dieulosal. 

Abr. de Sola : Apologie d'Abr. Farissol et de ses notices géographi- 
ques. 

Luzzatto : Extrait d'une note où il est raconté qu'en 1453 un juif, David 
Maurogonato, contribua à la découverte et à la défaite d'une conspiration 
ourdie (en Crète ?) contre les Vénitiens. 

Journal asiatique (Paris). = = 7 e série, tome XVIII, n° 2, août- 
septembre. René Basset : Etudes sur l'histoire de l'Ethiopie, l re partie, 
Chronique éthiopienne d'après un ms. de la Bibliothèque nationale de 
Paris. — Léon Rodet : Les prétendus problèmes d'algèbre du Manuel du 
calculateur égyptien. — Arthur Amiaud : Matériaux pour le Dictionnaire 
assyrien. — Jos. Halévy : Communication faite à la séance générale le 
29 juin. 

Basset : Sous le roi Lëbna Dëngël (1508-1540), dans la 30 e année de 
son règne, les musulmans prirent l'ambâ royal et passèrent au fil de l'épée 
les Israélites (— les princes de la lignée de Salomon ; p. 103) ; un ou- 
vrage composé sous Sartsa Dëngël, dont le nom de roi était Malak-Sagad 
(1563-1595), cite, entre autres livres, la Petite Genèse, la Vision d'Elie, 
Joseph b. Gorion (p. 115). — Rodet : Les études de M. R. ont, entre 
autres mérites, celui de montrer l'intérêt que présente la littérature juive 
pour l'histoire des mathématiques. En lisant dans le "iDDfàil 'O d'Ibn 
Ezra (m. 1052 de la Bibiiothèq. nat.) la description des procédés à l'aide 
desquels on fait l'addition de deux fractions qui n'ont pas le même déno- 
minateur, on serait tenté de croire qu'Ibn Ezra les réduit au même déno- 
minateur. Cependant ce n'est pas ce qu'il fait. Soit à ajouter les deux 
fractions f et y. Ibn Ezra prend un 75 "H 73 (un directeur ou une norme), 
qui est ici 5 X 7 ou 35. Il substitue aux f l'entier 14 ; à y l'entier 25 ; il 
lait la somme de ces deux nombres, qui est 39, à savoir 39 parties du bloc 
35 qui représente 1 unité ; 35 parties des 39 forment 1 unité, restent 4 parties 
dont il y en a 35 dans l'unité. De même pour diviser 3 f par 2 y, il prend 
le bloc 35 ; il substitue à 3 f l'entier 119 ; à 2 y l'entier 90, et divise ces 
deux nombres l'un par l'autre. Mahmoud de Hérât agit de même et de 
même aussi l'auteur du papyrus égyptien étudié par M. R. — Halévy : 
1° D'où vient le nom de Tyropéon (vallée des fromagers) donné par 
Josèphe, à la vallée qui traversait Jérusalem? M . H. pense que cette vallée 
est la même que celle dont la porte, reconstruite par Néhémie, est appelée 
(Néh. III, 13-14) niBffiîl "I3HB et rnBTOîi 'lO ! 'A faudrait lire '-è>7\ n^D 
et non 'là 75 '"Cj, et le mot mSttî (II Sam. xvn, 29) signifie fromage. 2° Sur 

les mots nb'OTî D'Din (cf. 'pnbttïTî ma opposé à b^27î ma) ; le mot 
pourrait cacher le nom d'Astarté que la localité aurait porté à l'époque 
préisraélite. 3° La célèbre pierre dont Elagabale s'est constitué le grand- 
prêtre était peut-être le symbole du dieu syrien Hadad. 4° On considère 



BIBLIOGRAPHIE 308 

généralement le mot bétyle comme venaut de bi$ rP!3, car aucun dieu 
sémitique ancien ne porte un nom composé avec bN ; bétyle viendrait 

plutôt de bin!3, jeune homme, masculin de ïlblPD, l'orme qu'on trouve 
eu assyrien. 

Magazin fur «lie Wissenschaft des «fudeiitlium? (Berlin, trimestriel). 
8 e année. =: = N° '2. J, Gohn : Saadia's Einleitung zu seinem Psalmen- 
kommentar. — Lerner : Anlage dos Bereschit Rabba u. seine Quellen. — 
Berliner: Eine selteue Privat-Bibliothek. — W. Hacher: Bar Ilê-Hé, Ben 
Bag-Bag. 

Cohn : Voir Revue, II, p. 323. — Lerner : suite du n° 1. M. L. con- 
tinue à soutenir la thèse que le Bereschit Rabba, dans sa rédaction ori- 
ginale, n'a pas utilisé le Talmud de Jérusalem. Il pense que ce midraseh 
contient de nombreuses interpolations, qui sont même postérieures au Tal- 
mud j. et au Talmud b., et qu'il en a été fait une seconde recension qui 
l'a systématiquement altéré et développé. — Berliner : Description de la pré- 
cieuse bibliothèque des mss. hébr. de M. .f. Halberstam, de Bielitz. (Voir 
Revue, II, 127). Ces mss. sont au nombre de 400 environ. Ce premier article 
contient les ouvrages d'exégèse biblique. — Bâcher : Les talmudistes con- 
naissent Bar Hê-Hê et Ben Bag-Bag, qui, d'après Tossalbt, Hagiga 9 b et 
d"autres auteurs, ne seraient qu'une seule et même personne. Le premier 
était en relations avec Hillel. M. B. rappelle le passage de Sabbat 
31 a, où il est raconté que Hillel enseigna l'alphabet à un prosélyte et lui 
démontra que même l'alphabet ne pouvait être connu qu'à l'aide de la loi 
orale. Ce prosélyte pourrait bien être notre Ben Hê-Hê ou Ben Bag-Bag, 
et son nom serait suffisamment expliqué par le récit du Talmud de Sabbat. 

Palestine Exploration Fund (Londres, trimestriel). = — Juillet 1881. 
Notes and News. — Meeting of the gênerai Committee. — The ancient 
Hebrew Inscription discovered at the pool of Siloam in Jérusalem, by 
A. H. Sayce. — id. by Isaac Taylor. — Lieutenant Conder : I. Kadesch, 
Baalbec, etc.; IL Tyre; III. From Beyrouth to Jérusalem ; IV. Nablus. 
Jérusalem, the mountain of the Scape Goat. — C. Trumbull : Ain Qadis. 
— C. W. Barclay : Jacob's well. — C. K. Conder : The collection of 
M. Peretié. — The Hittites: I. J. L. Porter, Their sacred Capital; 
IL W. St. C. Boscawen, Their inscriptions ; id. par Dunbar Heath ; III. 
Note on above. — W. St. C. Boscawen : The assyrians in Eastern Pales- 
tine. — Dunbar Heath: The Egyptian view of the Exodus. — W. F. Birsch : 
Megiddo. — W. F. Birch : Hiding places in Canaan. — Emmaus. = = 
Octobre 1881. Notes and News. — Obituary notices. — Lieutenant Con- 
der : V. The Land of Benjamin; VI. Kirjath jearim ; VII. Ilebron ; VIII. 
Mount Nebo. — The ancient Hebrew Inscription, etc. — Klein : Life, ha- 
bits and customs of the Fellahin of Palestine. — Grecne : Some remarks 
on the interprétation of the impressions on the vase handles found at the 
foot of the Temple wall. — Heath : Jannes and Jambres withstanding 
Moses. — Hananer : The place of stoninh. — Site of Megiddo. — Stooke 
Vaughan: Remarks on te « Jame suph.» — W. F. B. : Hiding places in 
Canaan. — The natives of Palestine. — H. B. S. W.: City of David. 

Juillet. — Sayce et Taylor : Nous ne voulons pas entrer dans le détail 
des discussions relatives à l'inscription de Siloé. Disons seulement que 
M. Sayce considère cette inscription comme antérieure à la stèle de Mésa 
et que M. Taylor conteste cette opinion. — Lieutenant Conder : Se fon- 
dant sur des relations égyptiennes concernant des expéditions de Toth- 
mès III et Ramsès II contre les Hittéens du nord de la Syrie et leur ville 
de Kadesch, M. Couder a recherché cette ville sur TOronte et il croit l'avoir 
T. III. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trouvée dans des ruines situées près du lac de Homs. Ce lac est mentionné 
sous le nom de y^tl tp dans Kilaïtn j. 30, 5, et Bab. bat 74 b. M. Cou- 
der revient aussi, pour la confirmer, sur l'hypothèse qu" il a émise en 1876 
que la Béthulie du livre de Judith serait Meselieh ou Mitbilia, au sud de 
Jenin ; le changement du beam n'étant pas :sans exemple chez les Syriens. 
A Naplouse, M. C. a vu la place sainte des « (ils de Jacob ». Le nombre 
des Samaritains y est actuellement de 100 âmes. M. Conder a t'ait 
quelques découvertes à Jérusalem : Le terrain qui est au-dessus de la 
grotte de Jérémie était, par sa position dominante, approprié à l'exécution 
des sentences capitales; selon des traditions locales, il était affecté à cette 
destination ; c'est donc probablement le Calvaire, et le nom de Golgotha 
lui viendrait de sa vague ressemblance avec une tête d'animal. En outre, 
M. Conder a découvert à Jérusalem une grande tombe dont il donne le 
plan et qu'il croit être juive, du temps de Jésus. Elle n'est pas loin du 
Golgotha et M. C. suppose que ee serait le caveau de Joseph d'Arimathie, 
où reposa le corps de Jésus. M. C, enfin, confirme son identification de 
plit et du rocher du bouc émissaire (Revue, II, 156,, qui a été contestée 
par M. Ad. Neubauer. Il fait remarquer qu'il y a près de là un enclos 
appelé Rujm Ghuzâleh (monticule de la Gazelle), mot qui contient la 
racine du mot Azzazêl. — Trumbull -. Visite à Aïn Kadès, qu'on a voulu 
identifier avec le Kadès Barnéa de la Bible. — The Hittites : Diverses 
questions relatives à cette peuplade de la Syrie. — Boscaven : Commen- 
cement d'une étude sur les colonies araméennes établies, dans les temps 
bibliques, le long de l'Euphrate, leurs relations avec les Assyriens et les 
peuplades du sud; Petor, patrie de Bileam, identifiée avec Tashatam ; la 
fondation du Tadmor (Palmyre) par Salomon a pour but d'enlever à ces 
colonies le transit vers l'est en ouvrant une route plus directe. — Heath : 
Analyse du commencement d'un papyrus où il est question d'un peuple de 
Sem, établi dans le Delta, qui veut aller faire un service religieux au 
commencement de l'année religieuse, qui a pour chef un Moïse, conducteur 
ou propriétaire de troupeaux, et à qui un employé du trésor confie, pour la 
célébration de la fête, 178 belles robes. Serait-ce une épisode de l'Exode ? 
— Birsch : Soutient, contre le lieutenant Conder, que Meggido était près 
de Taanach (auj. Taanuk) et que « les eaux de Megiddo » sont les cours 
d'eau qui se trouvent près de Lejjun. La démonstration s'appuie principa- 
lement sur des considérations stratégiques tirées de la bataille des Hébreux 
contre Sisera. — Birch : Ophrah, la patrie de Gédéon, serait le village 
el-Arak, situé sur un rocher à 1 3/4 milles au sud-ouest de Sichem. — 
Emmaùs : Cette ville, connue entre autres par les Evangiles, serait le Brit 
Muzza (=: Ni£"|fà ; cf. l'inscription de Siloé) près de Colonie. 

Octobre 1881. — Conder : Suite de ses notes de voyage en Palestine; 
le rocher de Rimmon (Juges, xx, 47) où se réfugient les Benjaminites 
(Rimmon serait le village de Rummon) ; sur Gibeon, Ebenézer; Kiryat 
Yearim serait Erma ; notes sur Hébron, Mamré, Escol, etc.; sur Bêt-ha- 
Kérem (Jérçm., vi, l) qui serait le Bêt-Kar de I Sam. vu, 11, et le Aïn- 
Karim actuel ; description de la vallée d'Aïn-Hesbon, et notes sur le mont 
Nebo, le mont de la Pisga, etc. — Sayce : Lecture de l'inscription de Siloé 
et discussion des opinions de I. Taylor. — Conder, Taylor, Beswick : 
Notes sur le même objet. — Sulley : Hypothèse sur les marques et ni- 
ches qui se trouvent dans le tunnel de l'inscription de Siloé. — J.-B. 
Greene : Les mots ï"îD!£ ^rbfàbj inscrits sur un vase trouvé près du 
temple de Jérusalem, veulent dire peut-être : « A Moloch le gardien », 
et le vase serait un de ceux qui auraient servi au culte de Moloch à Jéru- 
salem. — D.-J. Heath : Jaunes et Jambres seraient, d'après II Tim., 3, 8, 
deux magiciens égyptiens qui imitèrent les miracles de Moïse. Ils sont 
nommés dans le ïargum. j. sur Ex. vu, 11 O*"!^" 1 ! D" , 3*'- M. Heath croit 
avoir retrouvé ces noms dans le 5 e Papyrus Anastasi, où se trouverait une 
relation d'une campagne militaire de ces deux personnages égyptiens con- 
tre Moïse. — Hananer : Observations sur la tombe découverte près de la 



bibliographe: 307 

grotte de Jéréraie et sur l'hypothèse (voir ci-dessus) que le Golgotha serait 
au-dessus de la grotte de Jérémie ; renvoi ù Sauhédr. j. 23 a et h. 42 ô, pour 
le ïlb^pOïl rP3- — Megiddo : Serait plutôt Mujedda que Lajjun ; dans 
tous les cas la vallée de Megiddo était dans la plaine d'Esdrelon. — W. 
F. B. : Le rocher d'Etain où se retire Samson (Jupes, xv, 8) doit être 
cherché dans le Wâdy Urtas, près de l'excavation de Khureitun et des ré- 
servoirs de Salomon. — H. R. S. W. : La Cité de David était sur 
l'Ophel. 

Israelitisrher Reichs-Bote (Francfort-s.-M., hebdomadaire). T année. = 
rz: N«« |i) à 14. A. Danzer : Samuel Oppenheimer. 

Histoire d'un hanquier juif autrichien à la fin du xvn 1 ' siècle et au com- 
mencement du xvni e siècle. 

Revue de l'histoire des religions (Paris, trimestriel). Tome III. = = 
N° 4 (juillet-août). Joseph Halévy : Esdras et le Code sacerdotal. — 
M. Vernes : Le Pentateuque de Lyon et les anciennes traductions latines 
de la Bible. 

Halévy : M. Halév}' a parfaitement raison de dire que le rôle joué par 
Ezra, après le retour de l'exil de Babylone, a été singulièrement surfait 
par les historiens et les exégètes. Nous n'avons jamais bien su sur quoi 
s'appuyait l'opinion si répandue qu'Ezra ait été le grand restaurateur du 
judaïsme et le rédacteur ou l'auteur d'ouvrages bibliques. Nous nous asso- 
cions entièrement sur ce point à l'opinion exprimée par M. Halévy. Ezra 
a été un scribe érudit et pieux, qui a pu avoir son jour d'influence et d'ac- 
tion sur le peuple, mais à qui manquaient les grandes qualités nécessaires 
pour restaurer ou transformer ou fonder une religion. M. H. examine la 
question de savoir si cette partie du Pentateuque, qu'on appelle le Code 
sacerdotal, a existé avant Ezra. Il trouve d'abord que le xx e chapitre 
d'Ezéchiel, où il est question des dieux égyptiens adorés par les Israélites, 
et la profanation du Sabbat dans le désert, repose sur Lévitique xvm, 3, et 
Nombres xv, 32 ; ensuite, en changeant dans le Lévitique xxm, 40, les 
mots "|*IÎ1 Vy "H S en ^lïin Y$ *iby, l'analogie de ce verset avec Néhé- 
mie vin, 14-15, devient frappante. M. H. en conclut que le Lévitique et les 
livres qui le précèdent sont antérieurs à la captivité. — Vernes : Voir 
Revue, II. 144. 

L'Univers Israélite (Paris, bi-mensuel). 36 e année. = = N os 15, 18. 

E. Lambert : Les établissements israéliles à Metz. V. Le Cimetière ; VI. 
Les Cimetières. = = N° 22 (et 37 e année, n° è). Schuhl : Préventions 
des Romains contre les Juifs. = = N° 23. E. Scheid : Histoire de la sy- 
nagogue de Haguenau (suite). — Davidson (Ernest-David?): Les Juifs 
castillans sous don Pedro (suite). = = 37 e année. N° 4. M. Weil : Les 
noms de mois hébreux. = = N° 6. E. Lambert : Une inscription hé- 
braïque au moyen âge. 

N°23. — Scheid : Reconstruction en 1083 de la synagogue brûlée en 
1676 ; pierre commémorative. 

N° 6. — Lambert : Inscription tirée de la rue des Juifs, maison n° 15 (an- 
cien 8), de Strasbourg, et déposée au musée lorrain, à Nancy. L'inscription 
est de 8 vers rimes et semble être l'inscription tumulaire de R. Menahem 
bar Samuel, qui, avec sa femme Rachel, fille de Rab Jehonatan, donna 50 
D^pIpT (florins) pour la construction de la synagogue. C'est là sans doute 
le sens des mots b>N "p"^- La pierre est forcément antérieure à 1389, date 
de l'expulsion définitive des Juifs de Strasbourg. Dans un rayon de 50 mè- 
tres de cette maison se trouvent la boucherie, le bain et la banque (?' des 
4uifs ; à 100 mètres environ, la synagogue; à 200 m., le cimetière et la 
prison des Juifs. 



308 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Il Vessillo israelitico v Casale-Moutierrat, mensuel). 29 e année. = = 
N° 5. A. Pesaro : Cenni sugli Israeliti délia città di Ferrara per l'anno 
1880. — Gli israeliti nelle scienze, nelle lettere et nelle arti (sur des is- 
raélites de notre temps). = = N° G. A. Pesaro : Cenni sugli, ete. — 
M. Steinschneider : Letteratura autigiudaica in lingua italiana. — Gli Is- 
raeliti, etc. =" = N° 7. A. Pesaro : Cenni sugli, etc. — M. Stein- 
schneider: Letteratura autigiudaica, etc. = = N° 8. M. Steinschneider 
(suite). — A. Pesaro : Cenni storici sulla comunità israelitica di Lugo. 
= = N° 9. A. Pesaro : Cenni storici sulla coin. isr. di Lugo. — Stein- 
schneider (suite). = = N° 10. A. Pesaro (suite). = = N° 11. A. Pesaro 
(suite). — G. Levi : Alcune distinte donne israelite. 

Steinschneider : Nous n'avons pas besoin de signaler l'importance des 
études bibliographiques de M. St. sur la littérature antijuive en Italie. Le 
premier ouvrage qu'il mentionne est de 1475. 

Pesaro : Histoire des Juifs de Lugo. Ils étaient établis dans cette ville 
au xm e siècle; en 1639, ils étaient au nombre de 606 individus; leurs 
relations avec les troupes françaises en 1796; mesures à leur égard par les 
papes Pie VIII, Léon XII, Grégoire XVI, Pie IX, de 1815 à 1846 ; rabbins 
de Lugo. 

G. Levi : Sur Chelit, sœur de Raschi ; Tolzo. femme de R Eliézer de 
Worms ; Benvenata Abrabanel, Gracia Naci, Ester, femme de Jacob Coen, 
de Coron. Nous n'avons pas bien vu, dans les communications de M. L., 
si sa petite note est inédite et d'où elle est tirée. 

The Jewish World (Londres, hebdomadaire). = = N° 441. Jews of Merv. 
= = N oS 442, 443, 445, 448. Analyse de l'ouvrage Early hebrew Life, 
par John Fenton. = = N 09 442 à 444. The Jewe of the World. = = 
N 09 448 et 453. Hep 1 

N° 441. — Quelques renseignements d'un voyageur sur les Juifs de 
Merv. — N 03 442 à 444. Statistique des Juifs en Russie, en Allemagne 
et en Autriche-Hongrie. — N 03 448 et 453. Observations sur le mot hep qui 
ne contiennent rien de nouveau. 

Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschaft (Leipzig, 
trimestriel). 35 e vol. = = N 0s 2 et 3 réunis. G. Bickell: Die hebrâische 
Metrik. — P. Schroder : Phônicische Miscellen. — J. H. Mordtmann jr.: 
Zu den himjarischen Inschriften. — Franz Praetorius : Aegyptisch-Ara- 
mâisches. — Schiller-Szinessy : [Note]. 

Bickell : Additions à sa théorie sur la métrique hébraïque, pour faire 
suite à ses études précédentes publiées dans des fascicules que nous 
n'avons pas analysés ici. — Praetorius : Sur des mots araméens qu'on a 
voulu voir ou découvert dans des documents égyptiens. — Schiller- 
Szinessy : Les 70 noms de Dieu se trouvent dans le commentaire de 
31U npb sur le Cantique. 

Zeitschrift fur die alttestamentliche Wissenschaft (Giessen, se- 
mestriel). = l ,e année (1881). Fascicule 2. Giesebrecht : Zur Hexateuch- 
kritik ; der Sprachgebrauch des hexateuchischen Elohisten. — Giese- 
brecht : Ueber die Abfassungszeit der Psalmen. — Jos. Derenbourg : 
Zur Psalmenerklârung. — Hoffmann : Lexikalisches. — Stade : Zur 
Entstehungsgeschichte des vordeuteronomischen Richterbuches. — 
Stade: Zur phônicischen Epigraphik. — Stade: levé. — Stade: Wo 
entstanden die genealogischen Sagen ùber den Ursprung der Hebrâer. = 
= 2* année (1882). Fasc. 1. Budde : Das hebrâische Klagelied. — Hoff- 
mann : Lexikalisches. — Harkavy : Mittheilungen aus Petersburger Hdss. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

I. Fragment von der arabischen nnd der hebr. Vorrede Saadiab's zum 
fTttM 1CD. — R. Smend : Ueber die Genesis des Jndcntbiims. — Stade: 
Deuterozacbarja (suite). — Fr. Delitzscb : levé. ' 

Giesebrecht : L'auteur veut résoudre la question suivante : les morceaux 
élohistiqueo du Pentateuque et de Josué sont-ils antérieurs à la rédaction 
jéhoviste. qu'on place généralement de 900 à 700 avant l'ère chrét., et au 
Deutéronome, qui paraît avoir été rédigé peu de temps avant 621, ou bien 
sont-ils postérieurs; c est-à-dire ces morceaux ont-ils été écrits avant 900 
ou après 620? M. Gies. examine cette question à l'aide du lexique et de 
la grammaire du Jéhoviste, et son travail offre, autant pour la critique his- 
torique de la Bible que pour l'étude de la grammaire hébraïque, un vif 
intérêt. Après avoir dressé un tableau comparatif des mots qui distinguent 
le style jéhovistique et qu'on rencontre soit dans les auteurs les plus an- 
ciens (Pentateuque, anciens morceaux de Samuel, Juges, Isaïe, et les 
anciens prophètes), soit dans les ouvrages écrits de 700 à 600 (tels que 
le Deutéronome, Nahum, etc.), soit enlin dans les ouvrages écrits pendant 
OU après l'exil (Ezéchiel, Isaïe II, Daniel, Ezra, les Chroniques, etc ), 
M. Gies. arrive aux résultats suivants : 1° la langue du jéhoviste a les 
plus grandes analogies avec les écrivains postérieurs ; les mots qui sont 
la caractéristique de son style ne se trouvent presque pas du tout chez les 
écrivain? de la première période, rarement chez ceux du vm e siècle, beau- 
coup plus fréquemment dans le Deutéronome, et leur nombre va en aug- 
mentant de Job et les Proverbes à Jérémie, Isaïe II et Ezéchiel. En outre, 
beaucoup de ces mots appartiennent au style poétique qui devint à la mode, 
même dans la prose, à l'époque de l'exil ; 2° les aramaïsmes ont toujours 
passé pour le signe d'une époque postérieure, or le jéhoviste en a beau- 
coup, même VTCJ et *p-|p en seraient; 3° les livres anciens préfèrent, 
pour le pronom de la première personne du singulier, la forme ^DjN ; 
la forme "ON apparaît au contraire plus fréquemment dans la littérature 
postérieure, à tel point que dans Ezéchiel on la rencontre 138 fois tandis 
que "^*N ne s'y trouve qu'une seule fois et encore le passage est-il 
emprunte au Lévitique; dans les Lamentations, Kohélet, Ester, Ezra, 
"^jN ne se rencontre même pas ; dans Néhércie, Chroniques et Daniel on 
ne le trouve qu'une fois ; or l'élohiste n'a aussi qu'une seule fois "^J* dans 
Gen. 23, 4, partout ailleurs "^frî. C'est aussi l'habitude de la nouvelle 
littérature d'attacher plutôt à la particule riN et non directement au verbe 
le suffixe pronominal signe de l'accusatif, l'élohiste fait de même. De même 
l'usage du PIN après un passif et celui de l'article dans des locutions 
comme *>w£5ï"ï dV> très fréquent chez l'élohiste, se retrouve aussi, à peu 
d'exceptions près, chez les écrivains postérieurs seulement; 4° la parenté 
que Ton constate entre Ezéchiel et l'élohiste ne vient pas de ce que Ezé- 
chiel aurait copié l'élohiste, qui serait plus ancien que lui (car pourquoi 
aurait-il, dans ce cas, omis d'employer les mots les plus caractéristiques de 
style de l'élohiste), mais de ce que les deux écrivains ont écrit à peu près 
à la même époque. — Giesebrecht, Psalmen : Cinq livres des Psaumes 
ont probablement formé autrefois des collections indépendantes, car les 
mêmes Psaumes se retrouvent dans des livres différents (Ps 14 et 53, 40 
et 70 ; 57 et 60 avec 108). Le prem. livre préfère le mot Jahvéh à Elohim, 
le 2 e livre préfère Elohim, etc. L'auteur partant de ce principe, examine 
une à une les différentes collections qu'il croit apercevoir dans les Psaumes, 
interroge la langue, le style, la grammaire, les faits historiques, et con- 
clut que tous les psaumes qu'il examine (le 1 er livre reste à étudier) sont 
postérieurs à l'exil. — Derenbourg : Explication de divers passages des 
Psaumes. Dans Ps 74, 11, M. D. propose de lire ïîb'D au lieu de l'in- 
compréhensible ttbO- La correction est très heureuse. — Hoffmann : sur 

yy*i DnD (non y^n) et le neoia^b ans. 

2 e année, fasc. I. — C. Budde : Cette étude sur le rhythme de l'élégie 
hébraïque nous parait extrêmement intéressante. Le fond de la thèse de 



'MO REVUE DES ETUDES JUIVES 

M. Budde est que la période élégiaque est composée de deux vers dont la 
caractéristique est que le premier vers est plus long que le second, lequel 
figure une espèce de gémissement où la voix s'affaisse et s'éteint. Le pre- 
mier vers est ordinairement composé au moins de 3 mots, mais il peut 
l'être de 4, et de 5, etc., et le rapport du nombre des mots du premier vers 
à ceux du second vers peut être figuré par les rapports 3 : 2, 4 : 2, 4 : 3. 
etc. Le chapitre ni des Lamentations présente un des modèles les plus 
purs du genre; les chapitre i, il, iv sont en grande partie conformes à la 
xègle; le chap. v seul s'en écarte et trahit, par là, une origine différente. 
Des morceaux ayant la même coupe se trouvent dans Isaïe, xiv, 4 à 21 , 
et autres dans divers chapitres d'Ezéchiel (xix, xxvi, xxvn, xxxn), 
où se trouvent des élégies fjj^p, dans Jérémie, par exemple, ch. ix, etc. 
chez Hosée (vi, 7), Obadya, les Psaumes (xlii-xliv), etc. — Hoffmann 
(suite) : Etude très instructive sur le sens des mots *J2bto j'pT'b- — 

Harkavy : Texte de l'introduction arabe et hébraïque de Saadia à son 
Séfer Agron, avec traduction de M- H. C'est la première fois que ces textes 
sont publiés et nous nous félicitons que notre ami M. H. les ait livrés à la 
publicité. — Stade, Deuterozacharja (suite) : Preuve que les chap. ix-xiv 
deZacharie ont été écrits après l'exil : 1° La maison royale de David a perdu 
à ce point de son importance, que Zacharie peut placer à côté d'elle et 
presque sur la même ligne la dynastie sacerdotale de la maison de Lévi ; 
2° l'auteur suit les mouvements démocratiques de l'époque et attaque les 
classes dirigeantes ; de plus, il ne parle plus, comme les prophètes anté- 
rieurs à l'exil, de la nécessité de fonder l'empire de la Loi, car celle-ci est 
toute-puissante ; 3° il donne à Jérusalem, devenue le centre intellectuel, 
religieux et politique du judaïsme, l'importance qu'elle a seulement eue 
après l'exil; 4° il parle du royaume de Dieu et de la conversion des gentils 
comme les écrivains postérieurs à l'exil. — Delitzsch : A vu dans un ms. 
de Joachim de Trinitate que Ï11ÎT doit se lire ÎTlïT ; M. D. croit que 

Raschbam (Ex. m, 15) était du même avis. 

Isidore Loeb. 



Des communications de M. S.-J. Halberstam et de M. D. Kaufmann 
seront insérées dans le prochain numéro. 



Corpus Inscriptionum Semiticarum ab Academia Inscriptionum et 
Litterarum liumaniorum eonclitum atque digestum. Pars prima in- 
scriptiones phœnicias continens. Tomus I. Fasciculusprimus. Parisiis, e reipublica? 
typographeo MDCCCLXXXI. Pet. in-folio, xvi et 116 p. — Id. Tabulas. Fasci- 
culus primus (tab, i-xiv). Ibid. In-folio. 



Les rouleaux de la loi (ïmn *nso), qui sont conservés dans les 
synagogues, contiennent le texte du Pentateuque sans voyelles et 
sans aucun signe, en dehors des lettres dont se compose chaque. mot. 
Le lecteur, pour s'avancer sûrement malgré la diversité des chemins 
qui s'offrent à son choix, doit prendre pour guides la connaissance 



BIBLIOGRAPHIE 311 

générale de la grammaire et L'étude préalable du texte dans un exem- 
plaire vocalisé. Heureusement pour lui, il a pour aider sa mémoire 
de précieux appuis. D'abord les mots sont séparés les uns des 
autres, avantage qui n'est pas à dédaigner dans une langue où les 
mêmes lettres faibles servent alternativement de préfixes et de suf- 
fixes a . Puis, un certain nombre de consonnes (et tout alphabet sé- 
mitique se compose exclusivement de consonnes) se sont affaiblies 
en hébreu s et sont devenues ce que la grammaire moderne appelle 
des semi-voyelles 3 : leur présence suffit à indiquer la voyelle qui 
les précédait ; les autres voyelles du mot se déduisent le plus sou- 
vent de celle qui est ainsi marquée indirectement; et, dès lors, pour 
grande que soit encore la difficulté, elle est de beaucoup atténuée. 
En raison du service qu'elles rendent au déchiffrement, ces lettres 
sont souvent nommées iHNP'-ijîn nitetf maires lectlonis « les mères de 
la lecture 4 ». 

Prenez un passage de l'Ancien Testament ; supprimez non seule- 
ment les voyelles, les accents et tout cet appareil que la Massore a 
inventé pour fixer la prononciation, mais encore ces lettres auxi- 
liaires qui ont été introduites dans récriture pour qu'elle perdît un 
peu ce qu'une notation par consonnes a forcément d'abstrait ; rédui- 
sez l'orthographe hébraïque à sa dernière expression de simplicité 
et de misère ; qui plus est, abstenez-vous de laisser aucun intervalle 
entre les mots, et juxtaposez les consonnes de telle façon que l'œil 
ne puisse point percevoir où un mot finit, où le mot suivant com- 
mence 5 : vous vous représenterez l'image delà langue que nous trou- 
vons dans les inscriptions phéniciennes. La ressemblance avec l'hé- 
breu ne va point jusqu'à l'identité ; pour apprécier les différences 
entre les deux langues, soit dans la grammaire, soit dans le voca- 
bulaire, il suffit d'ouvrir l'ouvrage spécial que M. Paul Schrœder a 
consacré au phénicien 6 ou l'important recueil, dont l'Académie des 

1 Ainsi le yôd final exprime le possessif de la première personne du singulier; le 
yôd initial caractérise la troisième personne du masculin singulier ou pluriel dans 
le verbe; le wâw final est la marque de la troisième personne du pluriel, le tvâw 
initial est la copule, qu'on peut attacher en tête de chaque mot, etc., etc. 

2 Egalement en arabe et dans tous les dialectes araméens. L'éthiopien se présente 
à nous avec une écriture relativement moderne, où les voyelles sont rivées aux 
consonnes de façon à ne pouvoir en être détachées. 

3 Ce sont en hébreu le yôd, le ivârv, le hê à la fin des mots, plus rarement Vâléf. 

4 A quelle époque remonte ce terme technique? C'est, ce qu'on ne peut préciser. 
fil. Ewald croit à une antiquité relative. Voir Ausfuhrlichcs Lehrbuch der hcbrâischen 
Sprache des ait en Bundes (8 e éd.), p. 50. 

5 L'inscription hébraïque de la fontaine de Siloë montre que, même sur la pierre, 
on séparait par des points les mots hébreux. Cf. Revue des Eludes juives, n° 4, p. 333 
et suiv. et M. Joseph Derenbourg dans les Comptes- rendus de V Académie des Ins- 
criptions et Belles-Lettre^. 1881, p. 199 et suiv. Un tel usage des points en phénicien 
est exceptionnel ; on les rencontre dans le Corpus, p. 40, n° 11 (en partie seule- 
ment) ; p. 67, n» 46 ; p. 104, n» 89 ; p. 107, n» 91 ; p. 108, n° 92 : p. 116, n° 96. 

6 Bit Pkonizische Sprache. Entwnrf einer Crrammatik nebst Sprach-und Schrift- 
proben. Halle, 1869. In-8. 



312 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Inscriptions et Belles-Lettres de France vient de publier le premier 
fascicule. 

On a souvent insisté sur le parti qu'on peut tirer de l'hébreu 
biblique et mischnique pour expliquer les textes lapidaires des Phé- 
niciens 1 . Tout autre est l'objet de cette courte notice : en restant 
dans les limites des textes, qui sont réunis dans ce premier fascicule, 
je voudrais démontrer par quelques exemples combien l'étude du 
phénicien peut profiter à la connaissance de l'hébreu, et troubler, 
s'il est possible, la quiétude de certains hébraïsants qui persistent 
a ignorer de parti-pris les terrains limitrophes de leur domaine, 
tandis que la comparaison leur apprendrait à le mieux connaître. 

Par une inspiration de génie, Boeckh a senti tous les avantages de 
la division géographique pour le classement des inscriptions écrites 
dans une même langue ; il a posé la règle et en a lui-même fait l'ap- 
plication dans son Corpus inscriptionum grœcarum 2 . L'Académie de 
Berlin n'a pas manqué d'adopter un tel modèle dans son Corpus ins- 
criptionum latinarum 3 et dans son Corpus inscriptionum atticarum 1 *. 
C'est le même système qui a prévalu dans le Corpus inscriptiomim 
semiticarum. 

Les observations que nous allons préseuter à propos de ce dernier 
sont de deux espèces : les unes intéressent le lexique, les autres 
la grammaire. 



Un certain nombre de mots daus la Bible sont isolés : ils sont 
restés dans un seul exemple, ou bien encore le verbe subsiste sans 
le nom, le nom sans le verbe. Rien de moins surprenant que cette 
pauvreté, si l'on songe aux faibles épaves qui ont été sauvées du 
naufrage. 

Quelle bonne fortune, lorsque le phénicien porte trace de ce qui 
est effacé ou à peu près en hébreu ! Voici immédiatement la pre- 
mière inscription, qui est la stèle du roi de Byblos Tehawmélék. 
Or la forme araméenne !"nn a généralement cédé la place à ïvti, seul 
usité en hébreu dans le sens de « vivre ». Cependant la première femme 
est nommée rnn « parce qu'elle fut la mère de tous les vivants » ; 
de même, dans la Genèse iv, 18, le nom propre bfcpsima se lit pour le 
même personnage à côté de bflpjntt ; enfin, nous trouvons dans le 
ketib de 2 Chr. xxix, \ 4 un nom d'homme b&ntP, que les Massorètes, 

1 Une savante monographie est celle de M. B. Stade. Elle est intitulée : Emeute 
Prufung des zwischen dem Phônikischen und Hebràischen bcstehenden Verwandsckaft- 
f/rad«s, et se trouve dans les MorgenlândischeForschungen (Leipzig, 1875, in-8). 

2 Berolini, 1825-1877. 3 vol. in-fol. 

3 Berolini, annis 1863 et sqq. 
* Berolini, annis 1873 et sqq. 



BIBLIOGRAPHIE 313 

par oubli de la racine mn, n'ont pas manqué de convertir en bfcprn. 
Le ^btnm phénicien (plus loin, 1. 9 est le verbe Titin) justifie le ketib, 
qu'on avait éprouvé le besoin de rectifier. 

Une inscription phénicienne à deux faces, tracée à l'encre noire sur 
une pierre calcaire vers 400 avant l'ère chrétienne, a été récemment 
acquise par le British Muséum : c'est le morceau inédit le plus im- 
portant que contienne le Corpus * et il mérite spécialement de nous 
arrêter pour l'objet particulier de cet article. 

En effet, dans rénumération des fonctionnaires du temple d'As- 
tarté à Citium, dont les salaires sont fixés sur ces tablettes, nous 
retenons les suivants : 

1° A, 1. 5 [ibid., 1. 10) les û^B. Or, dans la Bible, on appelle nû^B 
le rideau qui, dans la tente d'assignation et dans le temple, séparait 
les fidèles du « Saint des saints », du sanctuaire réservé au grand- 
prètre. L'expression est fréquente, mais n'a point fait souche en 
hébreu. Les D3"iD phéniciens sont, à notre avis, ceux qui soulevaient 
un rideau à l'entrée, d'autant plus que, sur la même ligne, sont men- 
tionnés 

2° Les b*l hy U3N d»*7K « hommes préposés aux battants (des por- 
tes) », c'est-à-dire, après les huissiers, les portiers. Nous remarquerons 
ici le pluriel régulier de Û1K, comme plus bas (1. 9) dm « hommes » 
pluriel de x6"»N ; le premier de ces deux mots n'a pas de pluriel en 
hébreu. Quant à la lecture bT, elle a été contestée, mais elle ne 
m'en parait pas moins hors de doute, qu'il faille conserver ce mot 
ainsi écourté 2 , ou qu'il faille compléter (car il y a ensuite une lacune 
dans la pierre) en nbi ou nïiVr (ce pluriel, dont il sera question 
plus loin, se trouve dans l'inscription 7, 1. 3 ; Corpus, p. 30). 

3° Les tnw {ibid., 1. 12). Or le livre d'Ezéchiel (V, 1), parle du 
« couteau des barbiers » Diabttl n^n dans un passage jusque-là sans 
parallèle. 

4 e Les anb^ (supposés avec raison dans A, 1. 15 ; en toutes lettres 
dansB, 1. 10). C'est une confirmation pour l'interprétation tradition- 
nelle du passage (Deutéronome, xxm, 19) : « N'apporte pas le salaire 
d'une prostituée, ni le prix d'un Mléb dans la maison de l'Eternel, 
ton Dieu ». Ces « chiens » qui se vendaient, paraissent, ainsi que 
leurs salaires, avoir reçu un accueil autrement favorable dans le 
temple d'Astarté de Citium 3 . 

Ne quittons point cette inscription : on y trouve (A, 1. 6) robtt 
sans N dans le sens de travail, tout comme nSNbto avec N * [ibid., 



1 N° 86, A et B, p. 92-99. 

' Ainsi qu'en hébreu, au figuré Ps. cxli, 3. 

3 C'est ainsi que, sans hésiter, je traduis r\[D] rHniISS' rQ. L'inscription 11 
(p. 40), malgré le peu de sécurité qu'offrent les lectures de Pococke. porte pour Citium 
I"0, et non VO. 

4 L'inconsistaoce de l'N dans les dérivés de la racine ^fc*b « envoyer » racine qui 
n'est guère usitée comme verbe qu'en éthiopien, est attestée par le phénicien *"lbfà 
(insc. 8, 1. 1 et les passages parallèles qui y sont cités) dans le sens d'envoyé, 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1. 12). Or c'est ainsi que d^toén npbtt {Jérémie, vu, 18 ; xliv, 4 7, 18, 
19, 25) a été pris par certains exégètes pour l'équivalent de n!Dttb?o 
D?toiÊn. Telle est, du moins, l'interprétation de la version syriaque, 
si originale à travers tout le livre de Jérémie; ne gagne-t-elle point 
en vraisemblance par la comparaison du phénicien? 

Enfin (A, 1. 14), on lit t d*n fib. ù'idû m "jtttûNia^b. Le commence- 
ment est clair : « A \Abdeschmoun, le chef des scribes ». Pour la 
suite, je traduis, en complétant par un "i, « et Fauteur de la tablette 
en ce jour ». Nous aurions donc un participe actif nb d'un verbe, 
dont le parfait nb revient dans la formule t dm nbuîN (A, 1. 16) « celui 
qui a fait la tablette en ce jour ». Le substantif hébreu rnb t ta- 
blette », aurait formé un verbe dénominatif, dont notre inscription 
phénicienne fournirait deux exemples venant confirmer le sens tra- 
ditionnel de tout temps attribué à rnb. C'est sous mon nom et sous 
ma responsabilité que cette opinion a été consignée dans le Corpus : 
elle a été non seulement repoussée par un critique éminent, mais dé- 
noncée par lui comme « un recul de -deux siècles *. » Le coupable, 
dont on veut faire ainsi un disciple de Samuel Bochart 2 (à moins 
qu'il ne faille mettre un siècle au moins sur le compte de l'indigna- 
tion ressentie par mon savant contradicteur), le coupable ne s'est 
pas laissé ébranler par une fin de non-recevoir aussi absolue, et je 
maintiens en 4 882 une interprétation que je persisterai à croire juste 
et de bon aloi, tant que Ton n'aura pas trouvé une meilleure solution 
du problème. 

Il serait facile de multiplier les exemples, où le phénicien éclaire 
des passages bibliques 3 , je me bornerai à en donner encore un 
seul. L'expression rrçaîi iptt dans Ezéchiel, xliii, 21 (comparez 
T^Sfcîri 1*tÔ Néhémie, ni, 31), désigne une partie du temple, voisine 
de la porte. On le suppose du moins, autant que nous pouvons com- 
prendre ces termes techniques de l'architecture ancienne. Voici que 
par bonheur une inscription phénicienne d'Idalion (n° 88) nous ap- 
porte un nouvel exemple, grâce à une sorte de calembour entre le 
verbe TpD et le substantif "ipstoir, que le Corpus traduit « le por- 
tique ». 

d'ange, l'orthographe arabe du Coran malakoun (même signification) et l'impératif de la 
quatrième forme arabe alik, également avec élision de Valif. 

1 M. Joseph Halévy dans la Revue critique, 1881, n° 46, p. 370. 

2 Je cherche en vain un autre nom qui puisse être mentionné dans ces temps 
héroïques des études phéniciennes. Le Canaan et Y Hierozoicon de Bochart occupent 
une place d'honneur dans l'histoire des études orientales en Europe. 

3 M. Joseph Derenbourg a parlé dans la Revue (n° III, p. 124 et suiv.) des 
deux noms de mois phéniciens mentionnés dans la Bible (bm 1 Rois, vi, 38 et 
Û^nNïl ibid- VIII > 2) et confirmés par les inscriptions 3, 1, 1 et 86 A, 1. 1. — 
Qu'on me permette une conjecture, où j'essaye d'expliquer obscurum per obscurius : 
Peut-être au lieu de dlïN (inscription d'Eschmounazar, 1. 3 et 13 ? p. 14) faut- il 
lire, comme l'admet le Corpus dlïN, et le texte phénicien, si inintelligible à cet endroit, 
deviendra-t-il clair, quand on aura trouvé le sens de Ténigmatique iX^ÎN; Daniel, 
ii, 5 et 8. 



BIBLIOGRAPHIE 315 



II 



Nous ne ferons pas une longue et sèche énumération des enseigne- 
ments que la grammaire hébraïque peut tirer du Corpus : mieux 
vaut insister sur quelques points essentiels. 

Une opinion très plausible de MM. Bruston et Clermont-Ganneau, 
à laquelle je me rallie sans réserve, a enrichi le phénicien d'un nou- 
veau pronom démonstratif nttîi : malgré sa terminaison féminine, 
il serait un pluriel masculin, substitué deux fois dans l'inscription 
d'Eschmounazar l (3, 1. 41 et 22) à la forme usitée bN « ces » = hébreu 
ïibNn 2 . L'hébreu ûîrr ou plus pleinement Tilaîn (arabe houmou, devenu 
houm), pour être ainsi placé après le nom comme démonstratif, doit 
avoir l'article : on dit ûnn û^ja {Genèse, VI, 4, etc.) et S"tfs£irt ÇP£$ 
{Joël, III, 2, etc.). Mais on sait avec quelle parcimonie le phénicien 
emploie l'article, si usité en hébreu. D'un autre côté inftîi, avec le hê 
quiescent, n'est pas, comme on Ta supposé, une abréviation du 
•jîteït araméen 3 , mais un affaiblissement du ntoïi phénicien, qui ap- 
partient à un état phonétique plus ancien des finales sémitiques 4 . 
Le nEïi phénicien, qui a été reconnu également en himyarite 5 et qui 
n'est pas sans analogie avec certains pronoms de l'éthiopien, apporte 
donc pour la forme hébraïque ïilzri une explication vraisemblable. 

Le pluriel phénicien nïibT (inscription 7, 1. 3, p. 30) signifie évi- 
demment « les battants de la porte », comme le montre bien le con- 
texte : nïiblïn T n3^n. La forme hébraïque correspondante est 
ninb^i , d'un singulier nbj. Celui-ci est pour nVi, dans lequel la 
terminaison féminine a été attachée au bilitère b^ 6 , pour le ren- 
forcer et lui donner au moins l'apparence de la trilitéralité. Le sen- 

1 C'est ainsi également qu'il convient peut-être de comprendre nfaïlfà sur la 
pierre de Marseille, 1. 17. 

2 Voir, par exemple, Corpus inscr. 3, 1, 22 ; 14, 1. 5. 

3 Ewald, Ausfûhrlickes Lehrbuch der hebrclischen Sprache, 8 e éd. p. 78, n. 2; 
Stade, Lehrbuch der hebrclischen Grammatik, I, p. 128 ; J. Halévy, l. cit. p. 364. 
Bôttcher, dans son ouvrage posthume, qui porte le même titre que la grammaire 
d'Ewald, ne voit dans l'addition du ïl qu'un phénomène euphonique (I, p. 169). 

4 C'est ainsi que partout le phénicien a maintenu le n primitif clans la terminaison 
du singulier féminin des noms, tandis que l'héhreu Ta conservé seulement à l'état 
construit, et que, par son hâ surmonté des deux points du ta, l'arabe a imaginé un 
compromis entre la prononciation savante et la prononciation vulgaire. 

5 En dehors des deux exemples, auxquels le rédacteur du Corpus fait allusion 
Oj-nDN I nfaïT Osiander, iv, 1. 14 et 19), je signalerai dans une inscription inédite, 
récemment acquise par la Bibliothèque nationale de Paris, la répétition de | Dfàïl 
*pb"IN « ces enfants » à la ligne 4 et à la ligne 5. Remarquons toutefois qu'ici T\12T\ 
précède le nom, tandis qu'en phénicien TWT\ et en hébreu ïlfàil le suivent. 

e M. Stade, Lehrbuch der hebroÀschen Grammatik, I, p. 139, croit au contraire que 
b^ a été abrégé de nb' ! T. Nous avons vu plus haut que la forme écourtée b'I se 
trouve dans Psaumes, gxli, 3. 



316 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



timent de cette origine s'est ensuite effacé, et le tâw final a été consi- 
déré comme appartenant à la racine, ainsi qu'en témoigne le pluriel 
ninb'sj ; il en est du reste de même dans ntp]} « arc », pluriel nintDp, 
où l'arabe a encore la forme masculine et dans un certain nombre 
d'exemples, qu'on trouvera réunis dans les grammaires hébraïques 1 . 
Si l'on conservait encore quelques doutes sur la légitimité de cette 
théorie, nos connaissances en phénicien aideraient à les lever. En ef- 
fet, à quel singulier doit-on rapporter le pluriel nnbn ? Evidemment, 
à bl s , dont l'inscription 86 A (1. 5) fournit un premier exemple, et qui 
ne se serait point annexé un hê devant la terminaison du pluriel, si 
le phénicien avait connu un singulier nbT Dans son aspiration vers 
la trilitéralité, ce mot a suivi des voies différentes en hébreu et en 
phénicien ; en hébreu il Ta déjà réalisée artificiellement au singu- 
lier ; en phénicien, il a conservé intacte au singulier sa bilitéralité 
primitive, et n'a été jeté qu'au pluriel dans le moule de la trilitéralité 
sémitique. Ni l'hébreu, ni l'arabe, ni l'araméen n'ignorent cet emploi 
du hê pour compléter des racines défectueuses 3 . 

Deux prépositions, dont l'acception n'est pas identique, se res- 
semblent dans l'orthographe hébraïque, lorsqu'elles sont employées 
indépendamment des suffixes pronominaux : ce sont ntt « avec » et 
n», marque de l'accusatif. Je ne sais si l'on a eu raison de comparer 
avec la première l'éthiopien enta, qui indique une direction vers un 
endroit et l'arabe 'inda « chez 4 » ; il y a, ce semble, incompatibilité 
entre des significations aussi opposées. Mais, quoi qu'il en soit, le 
phénicien accentue la différence entre ces deux homonymes hé- 
breux, puisqu'il les dédouble et qu'il écrit au moins dans les textes 
corrects nc< « avec », et ma devant un complément direct 8 . Or, nous 
l'avons vu, le phénicien n'emploie pas même ses consonnes les plus 



; Comme partout, ici M. Stade est le plus complet (voir p. 140). Parmi les mots 
qu'il cite, je ferai des réserves pour T)^ « maison » ; fPT « olivier » , dans lesquels 
la comparaison des autres langues sémitiques me fait considérer le tâtv comme 
radical. 

2 Et non pas à nbl, comme le suppose M. Schrôder, Die phônizische Sprache, 
p. 175, note 3. Pour le reste, les formations parallèles qu'il indique, méritent d'ôtre 
retenues. 

3 En hébreu, le seul cas est le pluriel nîïtfaN « servantes >, à propos duquel 
Gesenius, Thésaurus, p. 109 a, montre combien fréquente est en araméen l'application 
de ce hé auxiliaire. En arabe, il se trouve même dans des pluriels brisés, comme 
miyâhoun « eaux » , afmâhoun « bouches » ; voir mon article sur Rubens Duval, 
Traité de grammaire syriaque dans la Revue critique de 1881, II, p. 443. 

* Ewald, Ausfûhrliches Lehrbuch, etc. (8 e éd.), p. 564; Dillmann, Grrammatih der 
âthiopischen Sprache, p. 315 ; Stade implicitement, lorsqu'il dit dans son Lehrbuch, 
etc., p. 224, que riN « avec » est dérivé de n3N. 

5 Si nN (inscr. 1,1. 7) paraît substitué à rPN (ibid. 1. 8 et 15), en revanche la 
distinction apparaît clairement dans le fameux texte placé sur le sarcophage d'Esch- 
mounazar, où ntf (inscr. 3, 1. 8, 9, peut-être aussi 1. 4 et 1. 20) signifie claire- 
ment « avec », tandis que rPN (ibid. 1. 4, 5, 7, 10, 11, 15, 16, 21) indique le com- 
plément direct. 



BIBLIOGRAPHIE 317 

faibles pour indiquer la vocalisa lion l : nous sommes donc eu pré- 
sence de deux mots absolument distincts, l'un monosyllabique, 
l'autre bisyllabique. Quelque étymologie que l'on adopte pour mat, il 
présente évidemment le type original, d'où se déduisent l'hébreu 
nçt, l'araméen yat, l'arabe ïyyCi. L'état construit du féminin singu- 
lier apparaît nettement dans la désinence"; quant au corps même 
du mot, je ne puis y voir autre chose qu'un ancien thème pronominal. 

Quel commentaire perpétuel les inscriptions phéniciennes nous 
fourniraient sur le texte hébreu de l'Ancien Testament, si nous vou- 
lions poursuivre cet examen comparé! Est-ce à nrânan njaWl « l'autel 
d'airain », 2 Rois, xvi, 14, avec le premier des deux termes à l'état 
construit, ou bien à nçnsn npar» « le bœuf d'airain » (ibid., verset 
17) avec les deux termes à l'état absolu que fournissent des paral- 
lèles hœna rnrarr et ynn nncn de l'inscription 1, 1. 4 ? Faut-il, dans 
le premier des deux exemples bibliques, se résigner à corriger la 
vocalisation, et lire n?T^rt, en s'appuyant sur le second, et en com- 
parant les constructions du même genre en arabe 3 ? Le problème se- 
rait résolu, si le phénicien nous livrait le secret de sa vocalisation et 
ne couvrait pas d'un même assemblage de consonnes l'état absolu et 
l'état construit de ses substantifs. 

Bien d'autres questions de grammaire sémitique sont soulevées 
par les textes contenus dans cette première livraison Comment le 
phénicien possède-t-il tant de noms propres d'hommes, où un âléf 
final a été ajouté à la racine* ? Plus d'un se retrouve dans la Bible 



1 Si, en phénicien, Ton écrit le yod à la fin des substantifs pour indiqu«r les 
suffixes de la première et de la troisième personne du singulier, c'est quMl devait être 
prononcé à part avec une vocalisation distincte. Pour la première personne, c'était 
sans doute iya, forme primitive que l'éthiopien a conservée dans son intégrité, que 
l'arabe emploie dans la poésie, ce réceptacle habituel des archaïsmes, et parfois aussi 
en prose par suite de considérations phonétiques, sauf à l'abréger tantôt en î (ibnî, 
kifâbl), tantôt en y a {bounayya, ilayya, e alayya), enfin que l'hébreu et l'araméen ont 
régulièrement écourtée en î Pour la troisième personne, il est difficile de préciser la 
voyelle qui y affectait le yôd, dont l'emploi est particulier au phénicien. 

* 11 en est de même dans la préposition nb^ « sur » inscr. 1, 1. 11, 12, 14 ; 3, 
1. 20 à côté de 52, inscr. 8, 1. 2; 46, 1. 2 (hébreu 52 ou plus pleinement ïb2, 
celui-ci également un état construit, mais du pluriel masculin). 

3 On ne saurait trop méditer le beau travail que le doyen de ces études, M. le 
professeur Fleischer, a consacré à la relation entre le nom de l'objet fabriqué et celui 
de la matière employée. Voir Fleischer, Ueber das Verhâltniss und die Construction 
der Sach-und Stofvcôrter im Arabischen dans les Berichte ilber die V erhandlungen der 
kônighch sâchsischen Geselhchaft der Wissenschaften zu Leipzig. Philologisch-histo- 
ritche Classe. 1856. (Leipzig, 1856), p. 114 et suiv. 

4 Ainsi fim inscr. 10, 1. 3 ; 13, 1. 2 ; 66, 1. 4, abrégé de #,112, inscr. 65, 1. 2 ; 
66, 1. 2; 80, 1. 1 (cf. ÉCD2 L Rois, iv, 6 ; Néhémie xi, 17) ; N27212 inscr « 1*> 
1. 3 (cf. N270l5 I Chroniques n, 13; ni, 5; vi, 15 et 24, mais aussi fï^ttlD II Sa- 

t : • l t : • 

rnuel xm, 3 et 32), abrégé sans doute eu NE'<23 inscr. 51, 1. 1 (cf. MfàTD 
I Samuel xvi, 9; xvn, 13); tfabs inscr. 52, 1. 1; fittïl inscr. 61, 1. 3; 74, 
1. 3 ; 82, 1. 2 (cf. mn I. Samuel, î, 2, et suiv. n, 1) ; NDH73, nom d'un mois, 
inscr. 11, 1. 1. 



318 REVUE DES ETUDES JUIVES 

avec la même orthographe, sans qu'il soit plus aisé d'en rendre rai- 
son en hébreu, d'autant plus que Yâléfy est parfois comme variante 
d'un M plus fréquent. Avant de prendre parti, attendons la mono- 
graphie, que notre maître M. Ernest Renan se propose de consacrer 
à toute cette catégorie de vocables. 



La série des notes détachées, qui précèdent, a son unité dans les 
liens intimes qui unissent la philologie hébraïque et la philologie 
phénicienne. Mais ce n'est là qu'une des faces, et peut-être la moins 
apparente, du monument que l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres se propose d'élever pour la plus grande gloire de l'épigra- 
phie sémitique. Avant tout, on a dû vaincre les difficultés du dé- 
chiffrement, combler les lacunes, examiner à plusieurs reprises les 
parties frustes et reconnaître à force de patience les caractères et les 
mots que le temps avait effacés ou altérés \ Puis, lorsque la lecture 
a été certaine, il a fallu, grâce aux expressions connues, deviner le 
sens des autres, en consultant à la fois le vocabulaire des langues 
congénères et les nécessités du contexte. C'est alors que l'archéolo- 
gue et l'historien sont venus contrôler les résultats obtenus, fixer 
les dates, distinguer les stèles funéraires des pierres votives, iden- 
tifier les dieux, les hommes et les choses, enfin apprécier les idées, 
les croyances, les mœurs, que mettaient en lumière ces textes dé- 
chiffrés et interprétés 2 . 

Avec quel succès une aussi vaste entreprise a-t-elle été conduite, 
et quel verdict la science moderne portera- t-elle sur le premier fas- 
cicule, qui est comme un programme et un spécimen de l'œuvre ? 
L'auteur de cette notice a côtoyé de trop près les travaux de la com- 
mission pour être en état de porter un jugement tout à fait désin- 
téressé et absolument impartial sur le plan qu'elle a adopté 3 et sur 
la manière dont elle a commencé à le réaliser. Ce qu'on ne me con- 
testera pas, c'est le droit d'admirer le luxe typographique de l'ou- 
vrage, où notre Imprimerie Nationale a trouvé le moyen de se sur- 
passer. Quant à l'atlas de planches, c'est un chef-d'œuvre de 
l'héliogravure exécuté dans les ateliers de Dujardin : il semble qu'on 



1 Après les Monumenta linguœ Phœnicia, par lesquels Gesenius avait ouvert la 
voie, le pas décisif a été fait par un modeste professeur de l'école primaire juive de 
Breslau qui, par sa compétence, a bien vite conquis une autorité européenne. Dans 
l'origine, les rédacteurs du Corpus avaient voulu s'associer M. M. A. Lévy comme 
collaborateur, et le premier projet du 25 janvier 1867 [Prœfatio, p. 5) porte trace de 
cette préoccupation. 

2 II est regrettable que les progrès récents de l'épigraphie phénicienne n'aient pu 
être utilisés par un Movers, quand il écrivait son beau livre : Bas Phonizische Alter- 
thum (1849-1856. 3 vol. in-8). En 1848, le même savant consacré à la Phénicie 
un article considérable dans la grande Encyclopédie d ; Ersch et Gruber (3 e section, 
24 e partie). 

3 La section paléographique sera sans doute rayée du programme : elle serait une 
superfétation, maintenant que la Palacographical Society de Londres publie périodi- 
quement ses merveilleux fac-similé d'anciens manuscrits orientaux. 



BIBLIOGRAPHIE 319 

ait sous les yeux les estampages et les photographies qui y sont 
reproduites. Un pays s'honore par de telles publications, où l'argent 
est jeté à pleines mai us pour encadrer dignement des travaux des- 
tinés à taire le bonheur de cinquante savants dispersés de par le 
monde. 

Hartwig Derenbourg. 



Jlare-Aurèle et la fin du monde antique, par Ernest Renan. Paris, li- 
brairie Calman-Lévy, 1882: in-8° de vi-615 pages; VII e livre de l'Histoire des 



La publication d'un ouvrage de M. Renan est toujours un événe- 
ment. M. Renan enveloppe le lecteur de charmes divers : un style 
plein de séductions, des vues neuves, ingénieuses, profondes sur 
les hommes et les événements, l'art de reconstituer l'histoire à 
l'aide de détails qui se voient sans tirer l'œil, une érudition vaste, 
bien informée, scrupuleuse au dernier point et assez délicate pour se 
dissimuler. Toutes ces hautes qualités se retrouvent dans le Marc- 
Aurèle et cependant ce livre nous a laissé comme un sentiment de 
lassitude et de désenchantement. On n'a plus sous les yeux les 
paysages riants du lac de Tibériade, on ne respire plus l'air frais des 
montagnes de Galilée. Cette histoire des origines du Christianisme 
commencée comme un chant d'allégresse et un alléluia retentissant, 
finit comme un psaume de pénitence et a pour épilogue l'apothéose 
d'un empereur romain ! En face d'un pareil résulat, le judaïsme 
ne doit-il pas se féliciter que ses docteurs, à l'époque de Jésus, 
n'aient pas tenté la conquête prématurée du monde païen ? On est 
en droit de se demander, en lisant l'histoire de Marc-Aurèle, à quoi 
a servi le christianisme dans Rome et quels progrès il y a mar- 
qués. On est en droit de se demander encore à quoi a servi la con- 
version hâtive et superficielle des payens et s'il n'eût pas mille fois 
mieux valu qu'ils fussent amenés lentement mais sûrement à la ci- 
vilisation parles Romains. Clovis baptisé n'en est pas moins un bar- 
bare, et M. Renan convient que saint Louis lui-même, si admirable 
à tant d'égards et le meilleur des rois chrétiens, ne valait pas Marc- 
Aurèle. C'est que la victoire du christianisme sur le paganisme n'é- 
tait qu'apparente et de pure forme ; au fond, les barbares restèrent 
payens avec le consentement forcé et quelquefois la connivence de 
l'Eglise. Nous sommes tout à fait de l'avis de M. Renan (p. 634 et sui- 
vantes), que le christianisme tel que l'ont fait les siècles a dépouillé 
presque tout ce qu'il tenait de la race juive et est devenu à beaucoup 



320 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'égards une religion aryenne. « Pendant des siècles, nous y avons 
mis nos manières de sentir, toutes nos aspirations, toutes nos qua- 
lités, tous nos défauts... Chaque race, en s'attachant aux disciplines 
du passe, se les attribue, les fait siennes. La Bible a ainsi porté des 
fruits qui ne sont pas les siens ; le judaïsme n'a été que le sauvageon 
sur lequel la race aryenne a produit sa fleur. » C'est la vérité même, 
sauvageon à part, les races aryennes sont restées idolâtres, poly- 
théistes, leur conversion n'a jamais été sérieuse et en définitive a 
avorté. Faut-il s'en réjouir ou le regretter? Nous nous abstiendrons 
de répondre à cette question, nous voulions seulement constater que 
de l'aveu de l'homme qui a le mieux loué et adoré Jésus, qui a le 
plus exalté son œuvre et celle des apôtres, le Christianisme n'est pas 
du christianisme. Si l'échec n'est pas complet, il est assez grave pour 
faire réfléchir et pour affliger même ceux qui, loin de s'associer à 
cette tentative, en ont été les victimes. Le spectacle d'un si grand et 
si long effort dépensé eD pure perte est pénible. Le judaïsme lui- 
même a été en partie et bien malgré lui compromis dans cette aven- 
ture héroïque et on le lui fait durement expier. 

On ne peut pas se le dissimuler, et M. Kenan a vu juste sur ce 
point (page 537), la judéophobie qui sévit en Allemagne et qui vient 
de se livrer, en Russie, à de si détestables excès, ne ment pas en- 
tièrement lorsqu'elle s'affuble du nom d'antisémitisme. Elle est bien, 
en partie, une révolte de la race aryenne contre l'influence religieuse 
d'une race sémite. Le judaïsme n'en sera pas atteint, mais elle me- 
nace ouvertement le christianisme, et le pasteur fougueux qui a 
lancé le cri de guerre doit voir maintenant, avec tous les chrétiens, 
quelle a été son imprudence. Il est vrai, ce n'est un mystère pour 
personne, cette agitation n'a été, des deux côtés de la Vistule, que 
l'expédient et la dernière ressource d'une politique fourvoyée; il 
est vrai encore qu'elle s'appuie sur les sentiments d'intolérance que 
le moyen âge nous a légués et qui sont loin d'être éteints, mais 
dans les persécutions du moyen âge lui-même il y avait peut-être 
autre chose qu'une passion religieuse. Le motif religieux était à la 
surface; au fond, il y avait une haine de race, une jalousie basse 
contre ce qui n'est pas de la même lignée et du même sang 1 . L'an- 
tisémitisme existait déjà, mais il s'ignorait lui-même, la formule 
n'était pas trouvée. Là est le danger du mouvement auquel nous 
assistons, celui qui doit préoccuper au plus haut point les hommes 
d'Etat, les moralistes et les philosophes. Au fanatisme religieux, à 
moitié assoupi, a succédé le fanatisme mille fois plus dangereux de 
la race. La science moderne, la philologie, l'ethnographie, le darwi- 
nisme, les prédications de certaines universités, les ambitions poli- 
tiques ont contribué à l'exalter. Il porte en lui le germe de luttes 
sanglantes, et les Allemands, qui ont déchaîné ce fléau, en ont peut- 



1 Les cruautés de réquisition, en Espagne, ont uniquement été dirigées contre les 
Juifs baptisés. 



MHLIÛGRAPIIIK 321 

être déjà, à l'heure qu'il est, ressenti les atteintes. S'il n 1 est pas 
promptement arrêté, toutes les conquêtes de la civilisation sont re- 
mises en question et le monde retourne à l'état de barbarie. Voilà 
doue l'empire que le christianisme, et avec lui le judaïsme, a eu sur 
les races aryennes ! Voilà le fruit de dix-huit siècles d'efforts et de 
hautes aspirations vers un idéal de justice et d'humanité ! 

Il ne faut désespérer de rien. La défaite du judaïsme, ou, si l'on 
veut du judaïsme chrétien, n'a peut-être pas été aussi complète qu'on 
pourrait le craindre. M. Renan lui-même en est la preuve. Au moment 
même où il repousse ou semble repousser le judaïsme ancien, au nom 
des instincts aryens, il le célèbre et il l'exalte. Et cette contradiction, 
apparente ou réelle, doit se retrouver, dans nos pays, au fond de 
toutes les consciences. L'attraction que le judaïsme exerce sur elles, 
malgré la résistance qu'elles y opposent, est un des plus sûrs indices 
de la puissance des idées juives et de l'action qu'elles ont eue sur 
le monde. Le monothéisme juif, avec son principe de l'unité du 
monde, n'est point parvenu à étouffer le paganisme, mais on ne 
pourra jamais ressusciter, même au milieu des masses populaires, le 
polythéisme grossier des anciens et la science tend de plus en plus 
à ramener le monde à un principe unique. L'antipathie des races, 
qui n'a jamais été éteinte, est aujourd'hui excitée au plus haut 
point, mais ces passions sont honteuses d'elles-mêmes, la parole 
d'amour des prophètes juifs les a déshonorées à jamais, elles sont 
condamnées à se cacher devant la vision tout hébraïque de la frater- 
nité des peuples et de la paix universelle. C'est assez que le judaïsme 
ait vu juste sur ces deux points de l'unité de l'univers et de l'union 
des races humaines, pour que son action sur le monde soit efficace et 
incontestée. Les races aryennes pourront osciller encore longtemps 
entre le judaïsme et le paganisme, qui peut dire si elles iront un jour 
se fixer à l'un de ces deux pôles d'attraction ou si elles s'en éloigne- 
ront pour toujours ? 

Isidore Loeb. 



lier sohwar/.o Tocl in Ilcutsclilaiitl, par Robert HœniGER. 
Berlin, librairie Eug. Grosser. In-8° de vi-180 pages. 



Nous avons rarement vu un travail qui nous ait fait toucher du 
doigt, comme celui-ci, l'imperfection de nos connaissances histo- 
riques et l'espèce d'impuissance où nous sommes de reconstituer fidè- 
lement le passé. Il n'y a point, dans l'histoire de l'Europe occidentale, 
d'épisode plus lugubre que celui de la peste noire qui sévit les années 
T. III. 21 



322 REVUE DES ETUDES JUIVES 

13i8 à 1350 et lit de nos pays un vaste champ de mort et de désola- 
tion. Aucun événement n'était plus propre à frapper les imaginations 
superstitieuses de l'époque et à se graver plus profondément dans 
les mémoires. Et cependant, c'est à grand'peine que Ton suit, chez 
les chroniques du temps, la marche et les ravages de la maladie, 
c'est avec plus de peine encore que l'on arrive à préciser l'histoire 
des persécutions contre les Juifs dont la peste fut le signal, et qui 
redoublèrent d'intensité à l'apparition des flagellants. Le mérite de 
l'ouvrage de M. Ilœniger est de montrer qu'en Allemagne du moins 
la peste est loin d'être partout la cause directe de ces persécutions, 
et qu'elle en fut tout au plus le prétexte ou l'occasion. Déjà les 
chroniqueurs de l'époque montrent qu'ils ne croient pas à la sotte 
accusation de l'empoisonnement des puits, mais que le malheur des 
Juifs était d'avoir de l'argent et des débiteurs parmi les barons, les 
militaires, les citoyens et les paysans (p. 43). Ceci indique, quoique 
imparfaitement, une des grandes causes de la persécution. 

La première moitié du xiv e siècle est, pour les populations occi- 
dentales, une époque d'expansion, de développement et de bien-être 
relatif. La population augmente et s'étouffe dans les villes, comme 
le prouvent suffisamment les chiffres effrayants de la mortalité des 
années 1348 à 1350, partout les autorités se voient obligées de prendre 
des mesures contre le luxe, la dissipation, les excès des riches. Les 
classes populaires, excitées par ce spectacle, deviennent remuantes, 
irritables, hostiles aux pouvoirs établis, à la royauté, au clergé. Elles 
aspirent à s'affranchir de la tutelle commerciale et financière des 
Juifs et à fonder un commerce national. Les Juifs avaient été rela- 
tivement bien traités dans les pays et aux époques où de pareilles 
aspirations n'avaient pas encore pu se produire. Voilà pourquoi ils 
furent plus heureux ou plus tranquilles dans la première moitié du 
moyen âge que dans la seconde, dans les pays moins avancés que 
dans ceux qui eurent de bonne heure une certaine culture. Les 
persécutions contre les Juifs sont, en réalité, de brutales révo- 
lutions ou évolutions économiques et, si l'on veut, un signe de 
progrès matériel sinon moral, comme l'étaient ouvertement, dans 
ces dernières années, les persécutions en Roumanie, comme le sont 
peut-être celles d'Allemagne. Ce n'est au fond qu'une question de 
concurrence et de boutique, qui n'avait pas besoin de se justifier 
dans la conscience encore obscure du moyen âge, mais qui sont 
odieuses et inexcusables aujourd'hui. L'agitation produite par les 
flagellants poursuivait une œuvre analogue et plus vaste encore. Née 
en 1347, à Zwettel, dans l'est de l'Autriche, elle ne fut d'abord qu'un 
pieux exercice destiné à servir de préservatif contre la peste, mais 
elle dégénéra bien vite. Les flagellants devinrent, entre les mains 
de meneurs habiles et fortement organisés, une milice où s'enrôlaient 
tous les gens sans aveu et que ses chefs poussaient à l'assaut de 
toutes les institutions sociales et politiques. Ils commencèrent par les 
Juifs, mais il n'y a pas de doute qu'ils en voulaient aussi au clergé 



BIBLIOGRAPHIE 323 

et il est presque certain qu'ils se proposaient également d'attaquer 
les pouvoirs civils. Le danger de cette conspiration ne tarda pas 
à éclater aux yeux des politiques clairvoyants, les flagellants furent 
arrêtés dans leur œuvre de destruction par la bulle du pape Clé- 
ment VI, du 20 octobre !349, mais ils avaient eu le temps de massa- 
crer les Juifs. Les persécutions contrôles Juifs des années 1348 à 
1350 ont donc des causes diverses, indépendantes jusqu'à un certain 
point les unes des autres, mais se soutenant et se renforçant mutuel- 
lement : la poste, le mouvement social des classes populaires, la 
révolution à la fois sociale, politique et religieuse tentée par les 
flagellants. Ainsi s'explique que dans la plupart des villes d'Alle- 
magne les Juifs aient été massacrés avant que la peste y eût fait 
irruption et môme dans des régions entières, que d'abord elle n'avait 
même pas visitées 1 . Les recherches de M. Ilœniger jettent une 
lumière nouvelle sur ce chapitre douloureux de l'histoire des Juifs. 
Elles ont, en outre, le mérite de rectifier de nombreuses erreurs des 
chroniqueurs et des historiens. On avait à ce poiut amalgamé les 
faits, qu'on en était arrivé à considérer partout comme contempo- 
rains le massacre des Juifs, l'arrivée de la peste et des flagellants. 
De là, de fausses dates, nombre d'indications inexactes que nous 
sommes maintenant en mesure de rectifier. L'erreur est allée si loin 
qu'une persécution des Juifs qui a eu lieu en Pologne, en 1360, a été 
transposée par divers historiens à l'époque de la peste noire; mais 
la peste noire ne pénétra pas en Pologne en 1348-50, elle y vint 
en 1360 (car elle ne quitta plus l'Europe) et c'est à cette année qu'il 
faut rapporter une élégie hébraïque qui parle de martyrs juifs à 
Kalisch, à Cracovie et à Glogau (Landshut, Amudé ha Àboda, Anhang, 
p. VI). Ainsi le travail de M. H. nous permet même de faire d'utiles 
découvertes dans le champ de Ja littérature hébraïque. 

Isidore Loeb. 



1 En partie cependant, ces massacres peuvent être ;iltribués à la panique répandue 
au loin par la peste et qui la précédait partout. 



LISTE DES NOUVEAUX MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ DES ETUDES JUIVES 

DEPUIS LE 1« r OCTOBRE 1881 



Membres souscripteurs : 

Adler (Rev. D 1 ' Hermann), Queensboroug-Terrace, 5, Hyde-Park, 
Londres. 

Alliance Israélite universelle, rue Trévise, 35. 

Aron (Armand), faubourg Poissonnière, 96. 

Brisac (L.), rue Etienne-Marcel, 16. 

Consistoire israélite de Marseille. 

Driver (R. S.), Esq. Fellow of New Colleg, Oxford. 

Gudemann (D r ), rabbin, à Vienne. 

Guizot (Guillaume), professeur au Collège de France, rue de Mon- 
ceau, 42. 

Hayem (Armand), avenue des Champs-Elysées, 33. 

Lagarde (Paul de), professeur à l'Université de Gottingue. 

Lévy (Léon), rue Logelbach, 9. 

Matthews (Henri J.), Esq. Goldsmid Road 2, Brighton. 

Robert (Ulysse), attaché à la Bibliothèque nationale. 

Simonsen (D r ), rabbin, à Copenhague. 



OUVRAGES OFFERTS A LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES : 

Par l'auteur : Edmond Benoit-Lévy, Etude historique et juridique 
sur le serment More-Jtidaico. Paris, Cotillon, 1881, 16 p. 

Par l'auteur : E. Lambert, Une inscription hébraïque du moyen-âge. 
Paris, Jouaust, 1881,3 p. 

Par l'auteur : Mossé, Histoire des femmes de l'antiquité judaïque. 
Avignon, Séguin, 1881, in-8°, de 332 p. 

Par l'auteur .- L. I-Iorst, Leviticus XVII-XXV und Hezechiel. Col- 
mar, Barth, 1881, in-8°, de 96 p. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES 



SÉANCE DU CONSEIL Dl 5 NOVEMBRE 1881. 
Présidence de M. le grand-rabbin Zadoc Kahn. 

Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté. 

M. le Président prononce une allocution sur la mort du Président de la Société 
des Etudes jiives : cette allocution réunit l'approbation unanime du Conseil qui décide 
qu'une copie en sera remise à M mo la baronne James de Rothschild en même temps 
qu'une adresse de condoléance signée par le Bureau au nom de la Société. 

L'ordre du jour appelle la discussion sur l'ordre du jour de l'Assemblée générale 
du 2G novembre. M. le Président prononcera un discours sur la perte que la Société 
a faite en la personne de son Président. Un rapport sera fait par l'un des Secrétaires 
sur les travaux de la Société et par le Trésorier sur l'état financier. 

M. Loeb, d'accord avec le Comité de Publication, propose de demander à l'As- 
semblée générale d'augmenter le nombre des membres du Conseil. Le Conseil 
décide de demander à la Société de porter à 24 le nombre des membres du Conseil. 

Le Conseil nomme une Commission chargée de s'occuper des questions relatives 
aux conférences. 

Le Conseil décide que Y Annuaire sera accordé à titre de prime aux abonnés de 
la 2- année. 



ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU 26 NOVEMBRE 1881. 

Présidence de M. Arsène Darmesteter. 

M. le grand-rabbin Zadoc Kahn, vice- président, prononce une allocution dans 
laquelle il fait apprécier l'étendue de la perte qu'a faite la Société des Etudes juives 
en la personne de son Président, M. le baron James de Rothschild. Il examine 
l'état de la Société et constate qu'elle est en bonne voie de prospérité, elle a attiré à 
elle un grand nombre d'adhérents recrutés non seulement parmi les israélites, mais 
parmi tous ceux qui s'intéressent aux études scientifiques. Les collaborateurs de ses 
publications sont venus de tous côtés. C'est une preuve que son œuvre est restée 
désintéressée et rigoureusement scientifique. Aussi a-t-elle été accueillie partout avec 
sympathie. 

La Société organisera des conférences et s'efforcera de faire entrer dans ses publi- 
cations des œuvres qui intéressent ses lecteurs. M. Zadoc Kahn termine en fai- 
sant appel au concours de ses adhérents pour étendre plus encore l'œuvre de la 
Société. 

Cette allocution sera insérée in-extenso dans le prochain Annuaire. 

M. Ephraim, secrétaire, lit un rapport sur les travaux de la Société, il analyse 
les articles parus dans la Revue et Y Annuaire de l'année 1880-81 et fait ressortir 
les points nouveaux qu'ils ont mis en lumière. 

L'Assemblée vote par acclamation l'impression de ce rapport qui paraîtra égale- 
ment dans Y Annuaire de l'année 1881-82. 

M. Erlanger, trésorier, rend compte de l'état financier de la Société. 

La Société a pu faire ses publications sans toucher à son capital de fondation et 
même donner à ses adhérents un Annuaire qui n'avait pas été prévu lors de l'établis- 
sement du budget. 



326 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le capital de fondation est de 26,600 fr. <• c. 

Sur cette somme il reste à encaisser > 1 ,000 > 

Reste 25,600 IV. » 

Il faut déduire de ce total pour frais de premier établissement. . . 1,502 30 c. 



Reste net, capital de fondation 24,097 fr. 70 c. 

Les recettes de l'année 1880-1881 se sont élevées en souscriptions, abonnements, 

vente au numéro, dons divers, à 13,066 fr. 45 c. 

dont il faut déduire 15 quittances en souffrance 375 » 

Reste 12,691 fr. 45 c. 

Les dépenses se sont élevées à 12,657 40 

Reste en caisse 34 fr. U5 c. 



Le rapport de M. Erlanger salué par les applaudissements de l'assemblée sera 
publié in-extenso dans V Annuaire. 

M. le Président, au nom du Conseil de direction, propose à l'Assemblée de porter 
le nombre des membres du Conseil de vingt et un à vingt-quatre. 

M. Isidore Loeb préférerait le nombre de vingt-cinq qui est impair. 

M. Brunschwig fait remarquer qu'en fixant un chiffre, on semble imposer le choix 
de certains membres à l'Assemblée. 

M. Raphaël Le'vy croit qu'il y aurait danger à modifier des Statuts établis il y a 
quelques mois à peine. 

M. Ojipert répond qu'augmenter le nombre des membres du Conseil n'est pas 
à proprement parler une modification a ix Statuts ; que, si l'on craint que chaque 
année pareille proposition se reproduise, l'Assemblée sera toujours libre de son vote. 

L'Assemblée adopte l'amendement de M. Loeb. 

Il est procédé ensuite à l'élection de onze membres du Conseil pour le renouvel- 
lement du tiers des membres sortants et la nomination des quatre nouveaux membres. 

Sont élus : 

MM. Albert-Lévy, membre sortant. 
Astruc, — 

Harlwig Derenbourg, — 
Erlanger, — 

Isidor, — 

Zadoc Kahn, — 

Straus, — 

James Darmesteter, 
Oppert, 

Alphonse de Rothschild (le baron), 
Maurice Vernes . 

L'Assemblée nomme par acclamation M. le baron Alphonse de Rothschild, pié 
sident de la Société. 

Les Secrétaires, 
II. Derenbourg. A. Éphraïm, 



Le gérant responsable 

Israël Lévt. 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Derenboukg (Joseph). I. L'inscription hébraïque du Silouh, 

près de Jérusalem 161 

II. Les sections et les traités de la Mischnâh 205 

Halévy (Joseph). Les inscriptions peiotes de Gitium 173 

Kahn (Zadoc). Le livre de Joseph le Zélateur {fin) 1 

Lévi (Israël). Les traductions hébraïques de la légende d'A- 
lexandre 238 

Loeb (Isidore). La controverse de 1240 sur le Talmud [fin) 39 

Perugini. L'Inquisition romaine et les Israélites 94 

Robert (Ulysse). Catalogue des actes relatifs aux Juifs du 

moyen âge 211 

Scheid (Élie). Histoire des Juifs de Haguenau [suite] 58 

Schwab (Moïse). Les Incunables hébreux 75 

Simon (Joseph). Les manuscrits hébreux de la bibliothèque de 

la ville de Nîmes , 225 



NOTES ET MELANGES. 

Cahen (Ab.). I. Le noble et le juif prêteurs d'argent 126 

II. La section de Mischpatim divisée en deux pour la 

lecture de la Thora 282 

Derenbourg (Joseph). I. Quelques observations sur le même 

sujet 284 

II. Année de la composition du Tanna debè Eliahou. . . 121 

Loeb (Isidore). La date de l'édit d'expulsion des Juifs du Por- 
tugal 285 

Perles (Joseph). Études talmudiques 109 

Robert (Ulysse). Donation du cimetière des Juifs de Dijon à 

l'abbaye de la Bussière 123 

Weil (Isidore). Études talmudiques 276 



328 REVUE DES ETUDES JUIVES 



BIBLIOGRAPHIE. 

Dkrenbourg (Hartwig). Corpus inscriptionum semiticarum. . . 310 
Dkrenbourg- (Joseph). Lehrbuch der hebrœischen Grammatik, 

von Bernhard Stade 149 

Loeb (Isidore). I. Revue bibliographique, 3 e et 4° trimestres de 

1881 1 29 et 288 

II. Marc-Aurèle et la fin du monde antique, par Renan. 319 

III. Der schwarze Tod in Deutschland, par Robert Hœ- 
niger 321 

Neubauer (A.). Réponses faites par de célèbres rabbins fran- 
çais et lorrains des xi c et xn c siècles, par Joël 

Mueller 153 

DIVERS. 

Additions et rectifications 1 57 

Liste des membres nouveaux de la Société des Études juives 

depuis le 1 cr juillet 1 881 1 58 

— — 1 er octobre 1881 324 

Nécrologie 160 

Ouvrages offerts à la Société des Études juives 1 56 et 324 

Procès-verbaux des séances 159 et 325 

Table des matières 327 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 



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DS Revue des études iuives; 
101 historia judaica 

t. 3 



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